DU TRAITEMENT DES INFIAMMATIONS PRÏ.MIT'VES DES MEMBRANES MUQUEUSES
Le mode d'application cl l'utililé des trois méthodes de traitement auxquelles j'ai cru devoir réduire les procédés de la thérapeutique, ne sont pas les mêmes dans les phlegmasies vénériennes aiguës des membranes muqueuses et dans celles qui se présentent sous le mode chronique.
1°. Pklerjmasles alguts. — La méthode antipldop^istique a pour but non seulement d'apaiser l'inflammation locale , mais encore d'éteindre ou au moins de diminuer les influences sympathiques que des irritations éloignées pourraient exercer sur elle , et d'empêcher qu'elle-même ne réagisse sympathiquement sur d'autres organes. Ces indications sont toutes d'une égale importance, et se prêtent un mutuel appui. Aussi les émissions sanguines , locales et siénérales , demeurent-elles fort souvent sans résultat , quand on ne les combine pas habilement ensemble. La saignée générale est de rigueur chez les sujets jeunes , robustes , pléthoriques , comme aussi dans les cas où la phlegmasie est très-intense , et quand elle s'est propagée aux tissus sous-jacens ou voisins , en un mot toutes les fois que, spontanément ou accidentellement, le système circulatoire montre une grande disposition à s'émouvoir. Alors , c'est seulement après avoir pratiqué et souvent même répété plusieurs l'ois cette opération, que
DUS M.VLADIES VENERIENNES. 08 1
lu saignée locale, au moyen des sangsues, devient réellement efllcace. On seconde l'aclion de ces deux puissans moyens par des boissons aqueuses, mucilagineuses ou acidulées , tièdes ou froides , par des bains généraux ou locaux , et par des applications émollicntes , des cataplasmes , des fomentations , des lotions , des injections.
La méthode révulsive a besoin d'être diriaiéeavec beaucoup de circonspection pour ne pas nuire; mais, entre des mains prudentes , elle déploie une grande efficacité, et , assez souvent même , elle suffit quand tous les autres moyens ont échoué. Cependant, en général, il faut se tenir en garde contre son emploi , et surtout contre l'abus (|ue la routine ou l'empirisme pourrait inspirer d'en faire. On ne peut jamais l'appliquer, comme la précédente , d'une manière franche et sans quelque hésitation , car, à moins qu'on n'ait déjà connaissance des effets qu'elle produit sur le malade , elle ne doit être mise en usage qu'avec une sorte de tâtonnement. Le choix du révulsif et cehii de l'organe vers lequel on veut diriger la révulsion , sont de la plus haute importance. Il faut prendre , parmi les révulsifs , ceux dont l'action , quoique énergique , est passagère etpeu profonde, sauf à insister sur leur emploi aussi long-temps que le cas pourra l'exiger, et qu'ils paraîtront ne pas nuire , mais y renoncer sans balancer, ou du moins les varier, lorsqu'on s'aperçoit enfin qu'ils ne produisent aucun résultat avantageux, parce qu'alors, si l'on s'obstinait à les administrer, on ajouterait à la maladie primitive une autre irritation plus ou moins vive , plus ou moins opiniâtre , que leur abus ne manquerait pas de développer. Quanta l'organe avec lequel on les met en conlact , il doit être exempt de toute irritation chronique.
et. Il plus i'ortc raison, aiguë, auUeuicnl le surcroît de stiinululion qu'ils y détermineraient exaspérerait presque toujours la maladie principale, parce que les sympathies ne sont jamais plus disposées et plus promptes h éclater, sous la moindre inlluence , que quand elles ont été graduellement exaspérées par l'irritation , long- temps continuée, de l'organo d'où elles émanent. En général, on fait choix du tube alimentaire , vers lequel on dirige les excitans, même lorsqu'on se propose d'agir plus particulièrement sur les tégumens communs ou sur les voies urinaires. Cependant on applique aussi quelquefois les révulsifs à la peau. C'est ce qui arrive , par exemple , quand on a recours aux frictions mercurielles. A l'égard de ces dernières, nous trouvons en elles un exemple frappant des contradictions dont j'ai parlé plus haut , car elles ont été blâmées par presque tous les auteurs dans les phlegmasies simples de la membrane muqueuse génilourinaire , tandis qu'on les a recommandées dans celles des autres membranes de cette classe, et qu'on les a préconisées exclusivement dans les mêmes phlegmasies compliquées d'ulcérations ou de végétations.
La méthode perturbatrice, qui consiste dans l'application des irritans sur le siège même de la phlegmasie, réussit dans plusieurs circonstances (i). Mais l'audace ne doit
(i) On a expliqué de plusieurs inamères l''aclion salutaire qu'exercent quelquefois les irrilans appliqués sur une membrane muqueuse plilogosée. Tantôt on a supposé qu'ils tlélermiuaicut le resserreuu'ul des vaisseaux de la partie, et arrêtaient ainsi la sécrétion : lantùl on a admis qu'ils excitaient une irritation , soit plus forte, soil d'une aulre nature que relie qui existait auparavant.
DES MALADIES VhNÉRIE^NEi». 685
point être érigée en règle de conduite parce que le succès la couronne quelquefois, car alors rien ne distinguerait le vrai médecin du grossier empirique ou du charlatan déhontë. Des accidens redoutables peuvent être la suite de l'emploi de cette mélliode téméraire. Trop souvent d'ailleurs, la guérison apparente qu'elle procure n'est que le passage de l'inflammation au mode chronique (i), ou même celui des tissus h l'état de désorganisation.
Ces deux dernières méthodes sont manifestement nuisibles toutes les fois qu'il y a fièvre, c'est-à-dire surexcitation de l'appareil circulatoire. Au reste, la plupart des inconvéniens qu'on peut leur reprocher, n'ont lieu que quand on les met en usage durant le plus haut période de l'inflaumiation , car lorsqu'on les emploie , la révulsive surtout, au début et principalement vers le déclin de la phlegmasie , non seulement elles ne présentent plus les mêmes vices, mais encore elles peuvent seconder puissamment la méthode antiphlogistique, et même remédier aux suites que cette dernière entraîne toutes les fois que, ne faisant pas avorter complètement l'inflammation, elle la dispose h passer au mode chronique.
Le régime Joue un grand rôle dans le traitement des
l'araii ces Uois hypothèses, la dernière seule ne présente aucun sens à l'esprit ; mais les deux autres peuvent être également vraies, selon les cas à rexplicalion desquels on les fait servir.
(i) llunter la dit formellement ; « Les injections irritantes dans l'urètre enflammé arrêtent souvent 1 écoulement, sans néanmoins, dans tous les cas, hâter la guérison. L'inflammation peut encore continuer , même plus long-temps cju'elle n'aurait fait si l'on n'avait pas cherché à réprimer la disposition à la sécrétion. »
084 TRAiri'
|»hlojîinas'n'.s vriKtieiiiics aigurs des membranes mii-
(]iieiis(^s.
L'une des principales règles est de soustraire l'organe malade, non seulement aux causes immédiates d'irrilalion, mais encore h tout ce qui pourrait contribuer, d'une manière indirecte, h y exalter l'action vitale. Le repos et la modération en tout genre sont indispensable». La guérison s'opère avec d'autant plus de promptitude, f[u'on observe mieux ce précepte. On ])eut même soutenir hardiment que la plupart des affections vénériennes seraient trc&^simples et de courte durée, au lieu de se montrer, comhie elles font si souvent, opiniâtres, rebelles, interminables, si les malades étaient uu)ins indociles h cet égard, et s'ils ne s'imaginaient pas , sur la loi des empiriques et <k's charlatans, qu'on peut guérir sûrement sans s'astreindre à changer sa manière ordinaire de vivre.
La sobriété, la tempérance, le choix des alimens parmi les substances aqueuses, végétales, peu ou point assaisonnées, l'abstinence des liqueurs fcrmenlées, comme aussi de toutes les autres boissons stimulantes, sont des conditions non moins essentielles à remplir. Leur importance, que personne ne conteste lorsque l'on a recours aux antiphlogisliques, pourrait sembler moins évidente quand on emploie les deux autres méthodes, particulièrement la révulsive, d'autant plus qu'on ne manque pas d'exemples de maladies vénériennes des membranes muqueuses, même très-aiguës, qui ont disparu à la suite d'une indigestion ou d'une débauche de liqueurs fortes. Mais, comme on ne peut ni diriger, ni maîtriser l'action des révulsifs avec autant de facilité que celle des antiphlogistiques , connue l'application de celle méthode exige toujours beau-
Wr.S MALADIES VÉ.NÉRIKNXES. {")8Ô
coup de niénagemens, enfin, comme on n'est jamais certain, quand on commence à l'administrer, qu'elle ne nuira point, ni même qu'après s'être montrée utile, elle n'agravera pas tôt ou tard les /Symptômes, il est plus prudent de restreindre le malade dans la quantité ou la qualité de ses alimens et de ses boissons, que de lui laisser, sur cet article, une liberté dont il pourrait abuser de manière h contrarier on h exalter outre mesure les effets des médicamens révulsifs.
2". Phleginasics chroniques. — -La méthode antiphlog isliq lie ne dvTploic pas une eflicacité aussi sensible, ou du moins aussi prompte, dans les inflammations vénériennes chroniques des membranes muqueuses, que dans celles qui ont un caractère aigu. Cependant on aurait grand tort de la négliger. Elle convient surtout dans les cas, rares à la vérité, d'une dégénérescence imminente des tissus, et toutes les fois qu'une cause quelconque détermine la recrudescence de la phlegmasie. Mais on ne doit guère l'appliquer que d'une manière purement locale. II est fort rare, en effet, que la saignée générale soit indiquée, et, dans la plupart des cas, elle sei^ait plutôt nuisible qu'utile. Les émissions sanguines locales doivent être elles-mêmes peu abondantes et répétées avec modération, ce qui n'empêche pas qu'elles ne soient fréquemment insuffisantes, peut-être parce que la piqûre des sangsues ajoute encore à l'irritation légère des parties. Quant aux topiques émolliens, ils ne servent presqu'à rien.
La méthode révulsive est d'un grand secours. C'est aussi tantôt sur une membrane muqueuse non enflammée, el^ tantôt à la peau, que l'on cherche à provoquer l'irritation destinée à agir sur l'ancienne comme dérivative.
Mais, en {général, si l'on excepte les exutoires, on néglige beaucoup trop les révulsions direcles vers les légumcns communs , quelqu'avantageiix qu'il soit d'accroître momentanément l'action d'un organe sécrétoire, pour réprimer l'exaltation habituelle de celle d'un autre. Les bains de vapeurs aqueuses ou excitantes, et ceux de calorique, ou l'étuve sèche, mériteraient d'être employés souvent. Dans tous les cas, il ne faut point perdre de vue qu'une telle intimité de liaison règne, soit (uilre les diverses membranes muqueuses, soit entre elles et la peau, que Ton échoue fréquemment, tout en courant le risque d'agraver le mal primitif.
La méthode perturbatrice réussit souvent , tantôt en répercutant l'inflammation, par l'eflet astringent des moyens qu'elle emploie , tantôt , au contraire , en l'exaltant et la ramenant aux conditions d'une phlegmasie aiguë, qui se dissipe ensuite d'elle-même, ou qu'on peut du moins attaquer avec plus de succès par les antiphlogistiques. Quelquefois elle agit elle-même comme révulsive sur les irritations indolentes de quelques tissus ou organes voisins.
Le régime n'a pas besoin d'être aussi sévàre que dans le cas d'une phlegmasie aiguë. Cependant on aurait d'autant plus tort de le négliger entièrement que , dans beaucoup de cas , c'est pour s'être relâché h son égard qu'il est arrivé h l'inflammation de passer du mode aigu au mode chronique.
DES MAIADIES VÉNÏCRI EANES. 687