ARTICLE VIII
Df TRAITEMENT DE l'i.NFLAMMATION DE l'cKIL.
L'inflammation aiguë de l'œil, soit qu'elle n'intéresse que la conjonctive, soit qu'elle attaque en même temps les parties profondes, ce qui est le plus ordinaire, réclame avant tout la méthode antiphlogistique, car les momens sont précieux lorsqu'il s'agit d'un organe si important, dont le moindre délai pourrait entraîner la perte. On insiste sur la saignée du bras, du pied surtout, et même de l'artère temporale, sur l'application des sangsues aux tempes, ou mieux encore à la paupière inférieure, sur les ventouses scarifiées à la nuque et aux tempes, sur les boissons froides, la diète et la soustraction de la lumière. Il est souvent utile de pratiquer des mouchetures à la conjonctive tuméfiée. Les applications émollienles sont peu utiles, la plupart du temps même nuisibles, et l'on peut tout au plus se permettre des lotions légères avec un liquide mucilagineux; mais les injections ou instillations de ce même liquide doivent être proscrites, parce qu'elles ajoutent à l'irritation.
La méthode révulsive seconde l'action des antiphlogistiques, dès que la phlogose commence à s'apaiser, et que la douleur a disparu ou diminué beaucoup; mais il faut la diriger avec prudence, surtout dans les ophthalmies intenses, qu'elle exaspère fréquemment. Les pédiluves trèschauds, les vésicatoires à la tempe voisine ou à la nuque, les applications de la pommade d'Autenrieth sur les mêmes régions, et les purgatifs, sont alors les moyens les plus efficaces. Quant aux bougies simples ou imprégnées
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de mucus oculaire, comme le voulait Peroilc, que l'on recommande d'introduire dans l'urètre, pour y renouveler ou y augmenter l'éconlf^ment, on peut les employer, pourvu qu'on ne compte ])as trop sur l(!ur action dérivative, qui ne s'evercc effecliviem'ônt pas toujours, et' pourvu qu'elles ne fassent point négliger les seuls remède* efficaces, c'est-h-dire les antiphlogistiques.
M. Delpech, guidé par la fausse théorie du virus vénérien, conseille les frictions avec l'onguent liiercuriel sur les tempes et le front. Ce moyen doit être proscrit, comme dangereux dans l'origine, et inutile au moins vers la fin. « On se repent rarement, dit M. Demours, de s'être attaché à ne combattre d'abord que les symptômes inflammatoires, sans trop se presser d'attaquer leur cause présumée. Le mercure donné trop tôt augmente ordinairement l'irritation, et la propage aux membranes internes de l'œil. » Plus loin il ajoute que le traitement dit spécifique expose le malade, quand on l'emploie prématurément, à éprouver des redoublemens d'irritation dont l'efîet est souvent de déterminer des désordres organiques, et même la destruction du globe de l'œil. Ces funestes résultats sont plus à craindre de la part des frictions que de celle des préparations mercurielles qui s'administrent à l'intérieur. Ces dernières se montrent quelquefois utiles, soit en stimulant l'estomac, comme le sublimé, soit en produisant la purgation, comme le calomelas, tant vanté par MM. Travers et Farre. Mais la fréquence des phlegmasies profondes de l'œil chez les sujets auxquels on fait prendre du mercure, doit engager tout médecin prudent à s'en abstenir.
La méthode pcTturbatrice présente encore moins de
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chances de succès que la révulsive , et son emploi est si fréquemment suivi de graves revers, qu'on ne saurait le conseiller dans aucun cas. Les lotions et les injections sous les paupières avec une dissolution opiacée de sublimé, que recommande M.Delpech, doivent être rejelées, comme toutes les pommades excitantes.
Dans l'oplithalmie chronique, les émissions sanguines locales conviennent également toutes les fois que les accidens ont beaucoup d'intensité; mais, quand il y a peu ou point de douleur, c'est sur les dérivatifs que l'on doit compter le plus. Le régime n'a pas besoin d'être aussi sévère , mais il faut cependant éviter les excès. Le malade doit s'abstenir entièrement des boissons fermentées , se couvrir assez pour ne pas ressentir l'impression des vicissitudes de l'atmosphère, et se garantir surtout du froid, de l'humidité. Ici la méthode perturbatrice entraîne moins d'inconvéniens, quoique ce soit toujours un moyen hasardeux. Des lotions froides, et l'exposition de l'œil au grand air, par un tems sec, ont suffi quelquefois pour dissiper de légères ophthalmies chroniques, jusqu'alors très-opiniàtres. Le mercure n'exerce pas plus d'action spécifique ici que dans toutes les autres phlegmasies, et M. Dupuytren a souvent employé avec avantage de légères frictions mercurielles sur les paupières, dans des ophthalmies chroniques internes dont l'origine n'était point vénérienne.
Les suites de l'ophthalmie réclament le même mode de traitement, lorsque l'inflammation persiste avec elle. Dans le cas contraire on ne tire les indications que des parties elles-mêmes qui ont éprouvé quelque lésion dans leur texture. Cependant il ne faut pas perdre de vue que quoique la phlogose soit dissipée à l'extérieur, elle n'en
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persévère pas moins, à un degré obscur, dans les parties profondes de l'œil, cl que les moyens perturbateurs auxquels on a si ordinairement recours alors, l'exaspèrent presque toujours. C'est donc aux révulsifs, associés, si le besoin l'exige, avec les antiphlogisliques, qu'il convient encore d'avoir recours dans cette circonstance.
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