‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 42 sur 48 · DU TRAITEMENT DES BUBONS · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DES BUBONS

S'il était nécessaire de produire des exemples attestant l'influence puissante que les théories médicales exercent sur la thérapeutique, l'histoire du traitement des engorgemens lymphatiques, ou bubons , qui coïncident avec les affections vénériennes , en fournirait un frappant : nous verrions, en effet, les uns recommander de faire suppurer ces tumeurs, parce qu'ils considéraient la suppuration comme une sorte d'évacuation critique , au moyen de laquelle ils pensaient que le virus pouvait être expulsé en totalité, ou du moins en partie; les autres préférer la résolution, et recourir à de nouvelles hypothèses pour expliquer comment on peut espérer, quand on la favorise, que ce même virus ne restera pas dans le corps, et n'infectera pas toute la masse des humeurs; ceux-ci, penser que le mercure neutralise la matière virulente en traversant les glandes ; ceux-là , croire qu'en saturant l'économie entière, il la préserve de l'action du principe délétère; nn grand nombre n'attacher presqu'aucune importance au traitement local; tous, au contraire, même ceux qui ne négligeaient point les topiques, ne compter s»ir une guérison solide et réelle qu'après l'emploi des mercuriuux, dont le mode d'administration, le lieu d'application et la quantité présumée nécessaire deviennent une nouvelle source d'incertitudes , de discussions, de débats plus ou moins animés. Ces contre-

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verses , inutiles dans le cabinet , et nuisibles au lit dô malade, sont heureusement presque toutes oubliées au-^ jourd'hui, et la plupart des praticiens pensent, avec Hunter, <|u'un bubon ne différant en rien d'un autre ab- ^cès, nulle méthode ne doit être recommandée exclusivement aux autres , mais qu'on doit se régler d'après la nature des circonstances individuelles , c'est-àdire d'après le mode de l'inflammation et la manière d'être du malade, en s'attachant néanmoins à favoriser la résolution par tous les moyens possibles , lorsqu'il y a espérance de l'obtenir.

Le premier pas h faire dans tout engorgement des «glandes Ivmphatiques , chez un sujet atteint de symptômes vénériens, est de s'iissurer si ces derniers subsistent encore, ou s'ils ont déjà disparu. Cet examen préli" minaire est de la plus haute importance. En effet , dans le premier cas, il suflit quelquefois de calmer l'irritation des surfaces auxquelles aboutissent les vaisseaux afférens des glandes, ou de discontinuer les applications stimulantes sur ces mêmes surfaces , pour voir la tumeur glandulaire cesser d'abord de faire des progrès, puis bientôt s'effacer d'elle-même. Les bubons qui surviennent durant le cours de l'urétrite aiguë, et ceux qui se développent lorsqu'on irrit(i ou cautérise imparfaitement des chancres, appuient cette assertion; car la méthode anliphlogistique, opposée aux symptômes primitifs, ou substituée à la méthode perturbatrice, dans le traitement de ces derniers, peut suspendre leur marche, et dispenser de les attaquer eux-mêmes par des moyens directs.

Dans le second cas, on obtient parfois aussi le même résultat en cessant d'appliquer des révulsifs, par exemple

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dés rricrcnriaux, sur des parties éloignées du corps d'où provieiinont cgalcinciit une portion des troncs vasculaires qui se rendent aux glandes, ou en soustrayant celles-ci aux causes excitantes qui agissent directement sur; elles, comme, entre autres, l'o^crcice forcé.

Lorsque ces moyens, plutôt prophylactiques que curalil's, échouent, on procède autrement. Mais la marche varie encore, suivant que l'inflammation a un caractère aigu ou chronique.

Les trois méthodes, anliphlogistique, révulsive et perturhatrice, ont été appliquées, seules ou plus souvent combinées ensemble, au traitement des bubons inflammatoires, de ceux qu'on appelle phlegmoneux.

La saignée générale est nécessaire, et quelquefois indiquée d'une manière impérieuse, quand la phlegmasie locale a excité la réaction du système sanguin. Elle est même utile chez les sujets jeunes, vigoureux et pléthoriques, quoique la fièvre n'ait pas lieu. Des applications réitérées de sangsues, en nombre variable suivant le degré et l'étendue de l'inflammation, sont ensuite le meilleur moyen pour calmer en peu de temps les douleurs. Après leur chute, on couvre les piqûres d'un cataplasme renouvelé toutes les deux ou trois heures, ou de flanelles imbibées d'une décoction émolliente tiède. Des bains prolongés, quelques lavemens, le repos absolu de la partie ou du corps entier, les boissons délayantes, et un régime plus ou moins sévère, parfois même la diète absolue, sont de puissans auxiliaires, qui réussissent même quelquefois seuls, quoiqu'il ne soit jamais sage de compter uniquement sur leur secours.

Parmi les révulsifs, qui nuiraient d'ailleurs si l'on y

avait recours avant la cliule des symptômes inflammatoires, se rangent d'abord les purgatifs, dont les Anglais font un grand usage, et qu'on néglige trop chez nous. On n'a rien à redouter de leur part lorsque le canal alinientaire est sain, et l'irritation momentanée qu'ils y déterminent produit souvent une dérivation salutaire. Les vomitifs se sont aussi montrés utiles dans certains cas : Hunter rapporte le fait curieux d'un homme que le mal de mer délivra d'un bubon déjà suppurant et prêt à s'ouvrir. Girtanner conseillait de faire trois fois par jour, pendant dix minutes, des frictions sur le trajet des vaisseaux lymphatiques alFérens, avec une flanelle imbibée de Uniment volatil. Les mercuinaux ont été fortement préconisés aussi, soit h l'intérieur, soit en frictions; cependant il est douteux que jamais ils contribuent à favoriser la résolution, et certain que, dans beaucoup de cas, non seulement ils exaspèrent l'aflection locale, mais même la provoquent, quand elle n'existait pas. Comment a-t-on pu recommander des médicaraens qui suscitent presque toujours un mouvement fébrile bien prononcé , tandis qu'on s'est montré si scrupuleux sur le régime en prescrivant l'abstinence de tout ce qui pourrait produire la moindre irritation dans le système général, et accélérer ainsi la circulation? On doit appliquer au mercure, ainsi qu'aux moyens précédens, et surtout à celui que proposait Girtanner, les règles générales que j'ai tracées relativement à l'administration des révulsifs. Tous les agens pharmaceutiques auxquels on a recours dans la vue de provoquer une irritation dérivative, nuisent, en général, lorsque la phlegmasie est violente, étendue, douloureuse; ils ne réussissent parfois que quand on a calmé celte dernière

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