‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 111 sur 121 · AUTOPSIE DU FOETUS · texte numérisé non relu

AUTOPSIE DU FOETUS

Cet enfant a l’aspect d’un fœtus arrivé à la fin du huitième mois de la vie intra-utérine, ce qui se rapporte bien avec les renseignements fournis par la mère. L’état de conservation dans lequel il se trouve prouve qu’il n’est pas mort longtemps avant sa naissance (sa mère avait cessé de le sentir remuer trois jours avant d’accoucher). La peau de l’abdomen

seule, avec le cordon, a pris une légère teinte brunâtre sous l’influence d’un commencement de putréfaction. Deux phlyctènes remplies de sérosité brunâtrè, sanguinolente, produites par la même cause, existent sur l’abdomen au voisinage de l’insertion du cordon ombilical. Elles ont une forme irrégulière qui les distingue des bulles dont est couverte la peau de tout le corps. Leur grandeur est aussi plus considérable: l’une a deux centimètres de long sur un de large, la deuxième a environ un centimètre dans tous les sens; elle représente un quadrilatère irrégulier.

Sur tous les autres points de la surface cutanée, excepté à la tête (face et téguments crâniens) et aux organes génitaux, existent une multitude de petites bulles pour la plupart parfaitement circulaires, variant depuis la grandeur d’une lentille jusqu’à celle d’une pièce de 25 centimes. Dans certains points, quelques-unes de ces bulles forment, en se réunissant par leur circonférence des soulèvements épidermiques beaucoup plus étendus et moins réguliers, mais dans lesquels on retrouve des éléments de cercle.

Les plus volumineuses sont à la plante des pieds, à la paume des mains, sur la peau du ventre.

Immédiatement après la naissance, elles étaient remplies par une sérosité purulente d’un blanc jaunâtre, qui, examinée au microscope, se présente composée de globules purulents contenant une grande quantité de globules graisseux. A la surface du derme, quand on a enlevé l’épiderme, et que la sérosité purulente s’est écoulée, on trouve une couche pultacée, d’un blanc jaunâtre, qui, au microscope, se montre formée de globules purulents mêlés à de nombreuses, cellules épithéliales et à quelques éléments fibro-plastiques (corps fusiformes). Au-dessous de certaines de ces bulles, le derme n’est pas altéré. Le lendemain de la naissance, sur un grand nombre, ôn trouve le derme légèrement épaissi et notablement vascularisé, ce qui lui donne en ce point une teinte rougeâtre qui tranche sur la couleur blanche rosée de la peau saine voisine. Au centre de chaque bulle, on trouve une portion plus ou moins considérable du derme érodée, comme si les papilles avaient disparu à ce niveau, tandis qu’autour de ce point limité, il y aurait eu un simple soulèvement de'l’épiderme.

Sur la face dorsale du fœtus l’éruption est beaucoup moins développée; elle existe là pour ainsi dire à l’état naissant, l’épiderme commence seulement à se soulever.

Les os du crâne sont solides, les sutures et les fontanelles sont normales, d’une grandeur ordinaire, les condyles du fémur coupés borizontalement, par tranches minces, n’offrent pas le tubercule pisiforme

d’ossification; du côté droit seulement à sa place, on trouve un point d’un blanc mat qui tranche sur la couleur normale du cartilage.

Abdomen. ^ Sérosité brune foncée, assez abondante. Rien dans le foie de particulier, si ce n’est quelques taches jaunes granulées limitées à la face concave. Ces taches paraissent formées par des grains arrondis microscopiques d’aspect brun, formés par la réunion de granules moléculaires insolubles dans l’acide acétique même concentré. Ce foie pèse 129 grammes.

r/ioraa:. —Sérosité brunâtre assez abondante dans les plèvres et le péricarde.

Tête. — Pas de trace de sérosité dans l’arachnoïde.

Pas de plaques muqueuses aux orifices naturels ni dans la cavité buccale.

L’observation que l’on vient de lire et que je dois à l’obligeance de M. le D'^Blaud, alors interne distingué attaché à la Maternité, est un cas remarquable de peniphigiis.

Le pemphigus simple n’est certainement pas une affection très-rare, mais le pemphigus syphilitique ne paraît pas avoir été fréquemment observé, et même des écrivains récents semblent ne l’admettre que chez les nouveaux-nés. M. le professeur Paul Dubois, qui en a observé un assez grand nombre, pense que c’est alors un accident syphilitique; tandis que Krauss, qui a publié en 1834 un travail sur cette question avec beaucoup d’observations, n’admet pas que la maladie soit de nature syphilitique.

J’ai déjà donné dans l’Iconographie (Planche XXV) l’observation d’un pemphigus chez l’adulte que j’ai cru devoir considérer comme syphilitique, par les circonstances dans lesquelles il s’était développé, et par les autres symptômes secondaires qui l’accompagnaient. Depuis, des faits analogues et aussi bien caractérisés se sont présentés à ma clinique de l’hôpital des vénériens. Dans les cas que j’ai observés chez l’adulte, il y a toujours eu, en même temps, d’autres symptômes secondaires, dont le pemphigus aurait pu n’être considéré, à la rigueur, que comme une complication, ou une coïncidence étrangère, s’il n’avait suivi, en tout, la marche des autres symptômes, obéi au môme traitement et reparu avec eux, quand il y a eu récidive, comme dans l’observation citée. Le pemphigus qu’on croit devoir rattacher à la syphilis, n’ayant pas de caractères tranchés, de signes pathognomoniques qui le différencient d’une manière absolue du pemphigus vulgaire, c’est aux antécédents, aux symptômes concomitants et peut-être aux résultats des traitements, qu’il faut avoir recours pour établir un diagnostic rationnel.

PL.ite

Aussi chez les nouveaux-nés, dont Thistoire des parents n’est pas toujours facile à avoir, celle du vrai père surtout, et chez lesquels d’autres symptômes secondaires n’existent ordinairement pas, il a été permis de contester souvent la nature syphilitique de la maladie.

Dans les observations de M. le professeur Dubois, il semblerait que, sauf un seul cas, on a toujours pu constater la présence actuelle d’accidents syphilitiques chez la mère, ou acquérir la certitude, par des renseignements positifs, que la syphilis avait antérieurement existé chez elle. Il ne paraît nullement démontré, d’après la citation que M. Cazenave emprunte à M. Dubois et à laquelle il n’a ajouté aucune observation qui lui soit propre, que la mère n’ait été malade qu’au moment de la conception ou pendant la gestation ; il ressort de la citation même que, dans certains cas, elle avait dû l’être avant, d’où on ne saurait conclure que le pemphigus puisse servir à distinguer la syphilis congéniale de la syphilis héréditaire.

Dans l’observation que je viens de donner, si on peut se fier au dire de Marie son amant seul

aurait été malade ; d’abord des ulcérations primitives à la verge, et ensuite des accidents secondaires du côté de la peau ; . mais elle n’aurait eu de rapports avec lui que deux mois après la guérison des accidents primitifs contagieux, ^t n’aurait par conséquent rien contracté dans les rapports sexuels, ni plus tard par la gestation du germe infecté. C’est du reste ce qui arrive le plus ordinairement. Quand le père syphilitique n’a pas d’accident primitif à la période contagieuse, au moment de la fécondation, et qu’il produit un enfant syphilitique, la mère n’est pas

EXPLICATION DE

Syphilis héréditaire : enfant né mort. Pemphigus : accident secondaire. Bulles de différentes grandeurs sur le torse et sur les membres. On en voit une des plus volumineuses à la plante du pied. Dans quelques points où les bulles sont rompues, on trouve de simples érosions, sans altération du derme, ou une couche pultanée, d’un

infectée. Cependant, comme je l’ai dit ailleurs, il me paraît possible que dans quelques cas la mère devienne malade par la gestation d’un enfant infecté.

Mais ce qu’il y a de très-remarquable, c’est que, si on peut admettre l’infection de la mère par voie de gestation, il est bien certain que dans les cas où elle échappe à cet empoisonnement, elle ne contracte jamais la syphilis plus tard, en allaitant son enfant malade. On comprend du reste que cela soit ainsi : les rapports intra-utérins n’étant plus les mêmes que ceux de nourrices à nourrissons.

Quoi qu’il en soit du pemphigus des nouveaux-nés, envisagé comme accident syphilitique, il appartient à la catégorie des accidents secondaires, c’est-à-dire qu’il est la conséquence de l’infection constitutionnelle; et si on ne veut pas constamment obscurcir les questions les plus claires, embrouiller à plaisir le langage et lui ôter la précision si nécessaire pour pouvoir s’entendre, on ne peut pas dire que ce soit un accident- primitif, c’est simplement un premier accident, une première manifestation de l’empoisonnement général; la syphilis transmise dans ces caslà par les parents débutant chez les enfants par l’état secondaire, avec tout ce qui le caractérise.

Le pemphigus des nouveaux-nés, quelles que soient les conditions antérieures des parents, est un des accidents constitutionnels des plus précoces et des plus graves; les enfants n’arrivent quelquefois pas à terme, comme dans notre observation, ou meurent peu de temps après la naissance. Les autres accidents constitutionnels plus caractérisés, et alors incontestables, ne se montrent ordinairement que plus tard après la naissance.

LA PLANCHE XLVL

blanc jaunâtre. Sur un grand nombre, on trouve le derme légèrement épaissi et vascularisé, comme on peut le voir par l’incision faite à l’un des pieds.

Près de l’ombilic existent des phlyctènes remplies de sérosité brunâtre, sanguinolentes, dépendantes d’un commencement de putréfaction.

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PLANCHE XLVII

VÉGBTATXONS VSRRUQUEUSES GRANULÉES.

OBSERVATION

Le nommé L*“ , maçon, âgé de 26 ans, avait toujours joui d’une bonne santé, bien qu’il fût peu soigneux de sa personne. Il avait des rapports sexuels peu fréquents, et affirmait n’avoir jamais été affecté d’aucun symptôme réputé vénérien.

Six mois avant l’époque à laquelle il fut soumis à notre observation, il avait éprouvé des démangeaisons à la région génito-crurale droite, du côté où il avait l’habitude de porter le scrotum. Ces démangeaisons furent suivies bientôt de cuissons et d’une sécrétion abondante et fétide.

Peu de temps après, le malade dit s'être aperçu de l’existence de plusieurs petits boutons qui avaient pour siège la face interne de la cuisse, et la face externe du scrotum.

Les démangeaisons et les cuissons s’accrurent avec l’éruption.

Un médecin, consulté par le malade, considérant cette éruption comme étant de nature syphilitique, lui prescrivit, pendant deux mois, et sans aucun résultat, l’usage de la liqueur de Van- Swieten.

Lorsque L*** vint à l’hôpital réclamer nos soins, l’éruption était constituée par de petites tumeurs pleines, solides, sessiles, d’une couleur rouge foncée, formant des groupes confluents ; elles étaient dans quelques points, dépouillées d’épi¬

derme, et là elles fournissaient une sécrétion mucoso-purulente dont la fétidité étaitserablable à celle qu’on a considérée à tort, comme particulière aux papules muqueuses de cette région.

Cette variété d’éruption verniqueuse des follicules cutanés, qui avait eu pour point de départ un simple intertrigo, ne pouvait en aucune façon être rapportée à un principe syphilitique.

Nous ferons observer, en passant, que ce,tte forme de végétation est assez commune chez les femmes et devient souvent une cause d’erreur de diagnostic, pour ceux qui ont de la tendance à considérer comme syphilitiques presque toutes les affections des organes génitaux.

Le traitement consista dans les moyens suivants :

On excisa les végétations, à l’aide des ciseaux courbés sur le plat. Après l'excision, on appliqua des compresses imbibées d’eau froide. Puis deux jours plus tard, et jusqu’à guérison complète, on isola, avec descompressesimbibéesd’eau blanche, les pariiesqui avaient été le siège de l'éruption végétante.

Quelques groupes peu saillants furent simplement touchés avec le nitrate acide liquide de mercure.

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