PL. XLVII
PLANCHE XLVIII
VÉGÉTATIONS FRAMBÉSlÉüS AVEC PHIMOSIS ET PERFORATION DU PRÉPUCE.
OBSERVATION
B‘*' Jean Baptiste, âgé de 44 ans, est entré le 2 juillet 1844, à l’hôpital du Midi salle 4, lit 6.
11 y a quinze ans, il avait eu une blennorrhagie et une adénite terminée par la suppuration. La blennorrhagie traitée par les antiphlogistiques, dura C5 jours. Le bubon fut ouvert par la potasse caustique.
Ce malade d’une excellente constitution , avait toujours joui d’une bonne santé, avant et depuis ces premiers accidents.
Il avait habituellement des rapports fréquents avec sa femme, qui est constamment restée saine. Il y a 4 mois environ, il vit surgir sur la face interne du prépuce, un petit bouton blanc, de la grosseur d’un grain de millet; il écorcha ce bouton à plusieurs reprises et détermina par là, une inflammation et une suppuration qui s’étendit aux parties voisines, et donna lieu aux symptômes d’une balano-posthite.
Le prépuce dont le limbe assez large, avait toujours permis de découvrir le gland avec facilité , fut pris d’un gonflement progressif qui en 15 jours, amena un phimosis complet. Alors le malade éprouva de la douleur, un sentiment de chaleur et des démangeaisons incommodes, qui s’exaspéraient par la pression et l’émission de l’urine. Déjà, commençait à s’échapper une sécrétion puriforme. Peu à peu, l’extrémité de la verge augmenta de volume, et le limbe du prépuce rétréci et renversé présentait une surface végétante.
La maladie continuant ses progrès, la peau fortement distendue, rouge et enflammée, s’amincit vers la partie inférieure de la verge. Un escharrre, qui plus tard se forma, en se détachant ^ laissa échapper une masse de végétations. Une
sécrétion abondante, sanieuse, et d’une fétidité excessive s’écoulait par l’ouverture.
Les douleurs du malade diminuèrent alors.
B*** était dans les conditions que nous venons de décrire, quand il se présenta à l’hôpital. Jamais il n’avait éprouvé de douleurs lancinantes. Aucun symptôme de syphilis constitutionnelle, n’avait précédé ni accompagné la maladie actuelle, et à aucune époque, il n’avait subi de traitement mercuriel.
Ce malade soumis au repos, à un régime doux et à l’usage de quelques bains, fut opéré huit jours après son entrée à l’hôpital.
A l’aide d’une sonde cannelée et d’un bistouri, on divisa le prépuce à sa partie supérieure. Puis, après avoir traversé cette enveloppe membraneuse , vers la base du frein, on pratiqua une incision nouvelle. De ces deux incisions, résultèrent deux lambeaux latéraux qu’on excisa ensuite à leur base, à l’aide d’une pince à pansements qui faisait l’office de règle pour conduire le bistouri. Les végétations furent ainsi mises à découvert et excisées à leur tour, avec des ciseaux courbes sur le plat. Il fallut, en quelque sorte, exhumer de cette masse de tissus épigéniques le gland qu’on retrouva presqu’atrophié par suite de la pression qu’il avait subie, et qui, sans le secours d’une attention minutieuse, aurait pu paraître complètement dégénéré. La base des végétations, une grande partie du prépuce, présentaient une dureté squirrhoïde, d’un blanc nacré, rayonnée dans quelques points et criant sous le bistouri. Ces conditions, dans certaines circonstances, ont pu faire croire quelquefois à des dégénérescences squirrheuses, carcinomateuses même, et donner lieu h des méprises relatives aux cancers de la verge dits superficiels.