BL. XI
éprouve de très vives douleurs ; il existe une lymphite indiquée par uncordonrougecroisantlaligne médianeau dos de la verge, et le hubon qui s’estdéveloppé dans l’aine gauche, a présenté les caractères et la marche des adénites, qui accompagnent les ulcères primitifs non indurés à la période de progrès. Ici les téguments offrent une coloration rouge violacé, et la fluctuation est facile à reconnaître dans toute l’étendue de la tumeur, qui, peu profonde, parait avoir eu pour point de départ un ganglion superficiel isolé.
A part les accidents que nous venons de noter, il n’existe, du reste, aucun autre symptôme morbide et les fonctions organiques s’exécutent avec régularité.
On applique des cataplasmes sur la tumeur inguinale, et le chancre est pansé avec une solution concentrée d’opium. Le malade reçoit le quart de la portion alimentaire.
Le 23 juillet, l’irritation que l’on remarquait dans les points malades, a presque complètement cédé au repos et à l’emploi des antiphlogistiques. On pratique l’ouverture de la tumeur inguinale à l’aide de ponctions multiples. Les pansements du chancre sont faits avec de la charpie imbibée de vin aromatique.
Cataplasmes sur l’aine.
Même régime.
Le2 août, les bords des ponctions multiples pratiquées sur le bubon, se sont ulcérés sous l’influence du pus virulent, et la nature de l’adénite se trouve ainsi suffisamment déterminée. Le chancre n’offre plus de travail gangréneux ; l’œdème inflammatoire des tissus ambiants a complètement disparu, et la base de l’ulcère se trouve réduite à l’induration caractéristique.
On donne une pilule de proto-iodure de mercure par jour, avec le sirop et la tisane sudorifiques.
On touche les parties ulcérées de la verge et de l’aine, avec un pinceau trempé dans de la teinture d’iode, etl’on continue les pansements avec le vin aromatique.
On donne la demi-portion d’aliments.
Le 10 août, on remarque une amélioration très notable dans l’état de la surface du chancre de la verge ; elle est bien moins grisâtre.
La majeure partie de la peau qui recouvrait le bubon a disparu par suite des progrès de l’ulcération, et la surface du foyer purulent se montre .à nud.
On touche avec la teinture d’iode ; même pansement; même régime.
Le 17, la surface du chancre de la verge est complètement débarrassée de la couche membraneuse grisâtre qui la recouvrait.
L’ulcération de l’aine ne fait plus de progrès.
On donne deux pilules par jour. Même pansement; même régime.
Le 27 août, le chancre de la verge est en voie de cicatrisation. Sa surface se montre recouverte de bourgeons charnus de bonne nature.
L’ulcération de l’aine ne fait point de progrès,
mais ne parait pas encore en voie de réparation.
On touche légèrement le chancre de la verge avec le nitrate d’argent; pansement au vin aromatique; même régime.
Le malade sort de l’hôpital pour affaire, et rentre le 31 août.
Sauf un peu d’excitation occasionnée par la fatigue d’une marche assez longue, il y a fort peu de changement dans l’état des ulcérations, dont le pansement a été, du reste, continué.
On reprend le traitement indiqué; même régime.
Le 8 septembre, le chancre de la verge est cicatrisé.
L’ulcération de l’aine est en pleine voie de réparation. On touche légèrement sa surface avec le nitrate d’argent, et l’on panse avec du vin aromatique.
On donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 15, la cicatrisation de l’ulcération de l’aine, est presque complète.
On panse avec de la charpie sèche ; même régime.
Le 21 septembre, le malade sort guéri.
UliCÈRi: PRIMITIF, PHAGÉDÉNIQUE, GANGRÉNEUX.
OBSERVATION
., âgé de 17 ans, sculpteur, entré le 14 septembre 1841, salle 3, n° 8.
Frois.
Les fréquents rapports sexuels auxquels se livrait ce jeune homme avec des filles publiques ne lui permettent pas de préciser le jour d’une infection , dont il n’a pu du reste constater le début à cause d’un phimosis congénital.
Les dernières relations datent de vingt-et-un jours ; mais déjà, depuis une semaine à peu près, le malade éprouvait des cuissons assez vives vers la région du frein. Enfin, le 6 septembre, à la suite d’une forte marche, il survint du gonflement à 1 extrémité de la verge, et l’ouverture du prépuce, qui jusque-là n’avait laissé échapper que quelques gouttes de pus, livra passage à une abondante sécrétion sanieuse.
Trois ou quatre jours de repos au lit et des applications émollientes diminuèrent un peu l’inflammation; mais l’intensité des douleurs que le malade éprouvait ne lui permettant de se livrer à aucun genre de travail, il vint se présenter
à l’hôpital, le 14 septembre 1841, et fut admis salle 3, n“ 8.
Aujourd’hui, 15 septembre, il existe une tuméfaction considérable du prépuce, à travers l’ouverture duquel s’échappe une abondante sécrétion sanieuse mêlée de détritus gangréneux. Les fatigues que le malade s’est permises pendant les derniers jours qui ont précédé son entrée à l’hôpital ont été l’occasion d’une irritation très vive, et l’extrême tension des tissus menace de favoriser l’extension de la gangrène, si l’on ne se hâte de pratiquer le débridement du phimosis.
En général, on ne doit, il est vrai, recourir à cette opération que le plus rarement possible, lorsqu’il existe des chancres à la période de progrès , car alors le pus virulent qu’ils fournissent ne manque pas d’inoculer les bords de l’incision qu’on a faite, et d’étendre ainsi le champ de l’ulcération. Mais ici nous ferons remarquer qu’à
part l’indication pressante, qui résulte de l’état des parties, il est permis d’espérer que la spécificité des ulcères primitifs, dont on peut soupçonner l’existence, a été modifiée par la cfangrène , qui mêle en grande proportion ses détritus au pus seerété.
Le 16 septembre, on pratique la circoncision; mais comme ici l’œdème des parties et les accidents que nous venons de décrire ne permettent pas d’employer le procédé ordinaire, on opère en quatre temps.
Une première incision divise le prépuce dans toute l’étendue de sa région supérieure en suivant la ligne médiane, et la seconde, latérale au frein, part de son insertion balanique pour arriver jusqu’au limbe.
Les lambeaux qui restent alors sur les deux côtés de la verge sont successivement saisis entre les mords d’une pince à pansement, puis réséqués à l’aide du bistouri.
Le gland se trouvant ainsi mis à découvert, on constate la présence d’une ulcération qui a détruit au moins un tiers de son épaisseur dans la région du frein. Cette ulcération, à la base de laquelle il n’existe pas d’induration spécifique, est envahie par la gangrène, et çà et là, on voit à sa surface des bourgeons charnus tuméfiés offrant pour la plupart à leur centre un point noirâtre, indice de la mortification qui les a frappés.
Pour ce qui a trait à l’état général du malade, l’examen le plus minutieux ne montre aucun symptôme de syphilis constitutionnelle.
On applique sur les parties malades des compresses imbibées d’une solution concentrée d’opium. Diète.
Le 18, il y a beaucoup moins de tuméfaction, et la gangrène n’a pas fait de progrès.
Même pansement. On donne des soupes et des bouillons.
Le 23, on constate que les lèvres de l’incision pratiquée pour opérer le phimosis, ne paraissent pas ulcérées, et que le pronostic porté sur la destruction du principe virulent par la gangrène se trouve ainsi vérifié. Cependant, pour établir ce fait d’une manière irréfragable, on prend du pus à la surface de l’ulcère primitif et on l’inocule sur la cuisse gauche ; on inocule également sur la cuisse droite le pus recueilli dans l’angle supérieur de la division du prépuce.
Les pansements sont laits avec du cérat opiacé.
On donne le quart de la portion alimentaire.
Le 30, les inoculations n’ont rien produit.
Même pansement; même régime.
Le 1'”' octobre, la surface de l’ulcération est rose, et paraît recouverte de bourgeons charnus de bonne nature ; les lèvres de la division du prépuce sont cicatrisées dans la majeure partie de leur étendue.
On cautérise légèrement avec le nitrate d’argent, et les pansements sont faits avec de la charpie imbibée de vin aromatique.
On donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 12, la cicatrisation fait des progrès rapides.
Même pansement,
Même régime.
Le 19, tout est cicatrisé, il reste seulement au prépuce un peu d’œdème dur.
On cesse les pansements. Même régime.
Le 22, le malade sort de l’hôpital ; il ne reste aucune induration spécifique, et l’on ne trouve aucun symptôme qu’il soit possible de rapporter à une infection constitutionnelle.
Fig.