EXPLICATION DE LA PLANCHE XL
1. Organes génitaux de Bell..., sujet de la première observation. Le prépuce qu’il est impossible de renverser complètement, à causede la rigidité des tissus dépendant de l’induration caractéristique, se trouve cependant ramené en arrière de façon qu’on peut voir une portion de l'ulcère de la muqueuse et la fausse membrane grisâtre qui le recouvre. On remarque à la surface de petits points noirâtres indice du travail de la gangrène interstitielle.
Sur le dos de la verge un cordon rougeâtre s’étendant de l’ulcère primitif jusqu’à la tumeur inguinale, indiquele trajet de droite à gauche d’un vaisseau lymphatique enflammé. Enfin, dans l’aine gauche se montre la tumeur formée par l’adénite snppurée. Ici les tégumens offrent une coloration rouge violacé et la fluctuation est partout manifeste. Aussi la limite se trouve nettement tranchée à la périphérie.
Fig. 2. Organes génitaux de Frois..., sujet de la seconde observation. Dessin fait le 18 septembre. La tuméfaction des tissus a diminué de moitié depuis le jour de l’opération. Du reste, sur les lèvres de l’incision, on peut apprécier l’étendue de l’œdème qui persiste ; on remarque aussi sur ces mêmes parties, à la netteté des lèvres et surtout à la régularité de l’angle de réunion à la partie supérieure, que les tissus divisés n’ont pas été inoculés par le pus de l’ulcère du gland.
A la région du frein on voit toute la portion gauche de l’ulcère primitif qui a détruit un tiers de l’épaisseur du gland. La coloration rouge de ses bords est un indice du travail inflammatoire sous l’influence duquel il se trouve, et l’on remarque à sa surface des bourgeons charnus livides s’élèvant à travers des détritus gangréneux et une membrane grisâtre adhérente.
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PLANCHE XII
ULCÈRES PRIMITIFS INDURÉS SAILLANTS (ULCUS ELEVATUM); ADÉNITE INDOLENTE SUPERFICIELLE MULTIPLE.
OBSERVATION
âgé de 27 ans, tailleur, entré le 3 août 1841, salle 7, n“ 31.
Thau.
La première affecUon syphilitique dont ce malade ait été atteint date de trois ans. Le lendemain de rapports sexuels avec une fille publique, il s’aperçut de la présence d’une petite écorchure, qui avait pour siège la région moyenne et supérieure du limbe du prépuce. Trois ou quatre jours plus tard une tumeur se montra dans l’aine gauche. Elle occasionna de très vives douleurs dès le début et le malade fut contraint de garder le repos.
Bientôt l’écorchure du prépuce devint grisâtre; elle s’agrandit par suite d’un travail ulcératif et les tissus ambiants se tuméfièrent en même temps qu’une inflammation assez vive se développait.
On eut d’abord recours à un traitement antiphlogistique,applicationsopiacéessur l’ulcération, sangsues et cataplasmes sur la tumeur inguinale.
Après une quinzaine de jours il ne restait de tuméfaction ni dans l’aine, ni au prépuce; on cessa l’usage desantiphlogistiques,etl’ulcération pansée avec du vin aromatique fut cautérisée plusieurs fois à l’aide du nitrate d’argent.
Cette première maladie dura trois mois, et depuis lors, aucun symptôme d’infection constitutionnelle ne s’est montré.
La seconde infection fut contractée vers la fin du mois de juin dernier. Thau... s’exposait fréquemment à des rapports suspects et ne saurait indiquer l’époque précise du début; mais ce dont il se souvient très bien c’est que le 3 ou le 4 juillet, h la suite de quelques excès de boisson une douleur très vive devint l’occasion d’un examen des organes génitaux, et qu’il vit deux petites ulcérations ayant pour siège la muqueuse du prépuce, côté droit.
Pendant une dixaine de jours on se contenta de lotions émollientes.
?L. xu.
Les douleurs cessèrent presque complètement, mais les ulcérations s’étendirent et s’indurèrent, elles furent cautérisées deux ou trois fois à la consultation externe de l’hôpital et pansées au vin aromatique; sans obtenir de notable amélioration, soit à cause du peu de soin que le malade donnait à ses pansements, ou d’une excitation générale occasionnée par des veilles prolongées. Enfin, de fréquents écarts de régime amenèrent une vive irritation des parties malades, une nouvelle ulcération se forma sur la peau de la verge, et Thau.
ne pouvant continuer son travail, fut admis à l’hôpital le 3 août 1841, salle 7, n“ 31.
Aujourd’hui les parties ulcérées sont rouges, tuméfiées, et le malade éprouve des douleurs très intenses que l’on doit attribuer à l’inflammation accidentelle, attendu que par sa nature le chancre induré excite fort peu de réaction et demeure presque toujours indolent.
L’ulcère que l’on voit sur la muqueuse après avoir renversé le prépuce, se montre beaucoup plus avancé vers la période de réparation que celui qui siège sur la peau de la verge, la surface du premier est presque partout d’une belle coloration rose, tandis que l’autre offre un aspect livide dû à la gangrène interstitielle qui est venu compliquer le progrès ulcératif. Les deux ulcérations ont une base indurée, mais cette induration caractéristique se montre bien plus en saillie dans celui de la face dorsale de la verge qui possède tout à fait à cet égard les caractères de Vulcus elevatum.
On peut remarquer encore sous le rapport de l’influence du siège que sur la muqueuse du prépuce l’ulcère s’est étendu en travers, soit que la pression occasionnée par la couronne du gland, oubien queleslimitesformées par sa rainure aient
favorisé cette marche. L’ulcère de la peau de la verge se montre au contraire assez régulièrement arrondi, son développement s’étant fait partout avec liberté sur des tissus homogènes.
Pour ce qui est du plus ou moins de facilité avec laquelle l’induration s’étend dans les divers tissus, on peut constater qu’elle est particulièrement remarquable au voisinage de l’union de la muqueuse du prépuce à celle du gland.
L’induration est aussi beaucoup plus considérable à la périphérie de Tulcère du prépuce qu’à la verge.
Dans les aines il existe quelques ganglions tuméfiés dont le développement s’est fait avec lenteur et qui sont demeurés indolents.
La région cervicale postérieure offre çà et là plusieurs ganglions également tuméfiés.
On ne remarque, du reste, aucun autre symptôme de l’infection constitutionnelle.
Les fonctions organiques sont régulières.
On panse les ulcérations avec la solution concentrée d’opium, et le malade est mis au quart de la portion alimentaire.
Le 10 août, il y a bien moins d’inflammation; la période de réparation se prononce de plus en plus pour l’ulcère du prépuce , mais la gangrène interstitielle persiste à la surface du chancre de la peau de la verge.
Même pansement. Même régime.
Le 18, les ulcères ne paraissent plus se trouver sous l’influence d’une inflammation accidentelle, l’œdème ambiant a complètement disparu.
L’amélioration déjà notée dans l’état du chancre de la muqueuse du prépuce continue régulièrement sa marche, tandis que l’autre ulcère paraît demeurer stationnaire.
On cesse l’emploi de la solution d’opium et l’on panse avec du cérat opiacé.
On donne la demi-portion d’aliments.
Le 23, les parties malades sont dessinées. On donne les pilules de lactate de mercure à la dose de deux centigrammes par jour.
Même pansement. Même régime.
Le 4 septembre, on est graduellement arrivé à la dose de quatre pilules par jour.
Le bord libre des gencives est rouge et légèrement gonflé. Il y a un peu de salivation avec odeur métallique.
Malgré ces accidents indiquant le début d’une action mercurielle sur la bouche, on donne cinq pilules. Mais le malade doit faire usage d’un gargarisme avec l’acide chlorhydrique.
L’ulcère du prépuce est en pleine voie de réparation, on le louche avec le nitrate d’argent et les
pansements sont faits avec de la charpie sèche.
On remarque une amélioration assez notable dans l’état du chancre de la face dorsale de la verge. Les progrès de la gangrène interstitielle paraissent arrêtés.
Il y a moins de tuméfaction dans les ganglions inguinaux, ceux de la région cervicale sont pour la plupart revenus à leur état normal.
Même régime.
Le 10, l’ulcère du prépuce est cicatrisé et l’étendue de l’induration de sa base est réduite de moitié.
Le chancre de la face dorsale de la verge est partout à la période de réparation. La surface est rose et couverte de bourgeons charnus. Gomme pour l’ulcère du prépuce il y a diminution très marquée dans l’induration des tissus sur lesquels il siège.
On ne remarque plus de ganglions tuméfiés dans l’aine droite.
A gauche, il reste à peine une légère tuméfaction.
A la région cervicale tout est à l’état normal.
Le malade prend six pilules par jour.
On cautérise légèrement avec le nitrate d’argent l’ulcère en voie de réparation et les pansements sont faits avec de la charpie sèche.
On donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 14, il n’y a plus d’engorgement ganglionaire inguinal.
L’ulcère est cicatrisé dans les trois quarts de son.élendue.
On donne huit pilules.
Même pansement.
Même régime.
Le 15, on remarque sur les mains du malade des vésicules de gale. Il paraît que cette affection a été contractée par suite de rapports avec un individu qui est entré à l’hôpital depuis une quinzaine de jours.
On ordonne des bains de Barèges et des frictions avec l’onguent citrin.
Même traitement. Même régime.
Le 17, tous les accidents qui appartenaient à la syphilis ont disparu sauf une légère induration qui indique le siège des ulcères primitifs.
Même traitement. Même régime.
Le 19, le malade demande à sortir de l’hôpital.
Il doit continuer son traitement jusqu’à disparition de'rinduration de la base du chancre, qui, du reste, est aujourd’hui réduite à un très petit volume.
La gale n’a pas fait de progrès.
UI.CÈRX: PRIMITIF INDURÉ (VARIETE D’UECUS ELEVATUM.)
OBSERVATION
M., âgé de 21 ans, garçon boucher, vu à la consultation le 10 août 1840.
Ce malade, né de parents sains, est gras, fort et bien constitué; taille moyenne; teint coloré. Il s’agît chez lui d’une première affection syphilitique. Depuis quinze jours il avait des rapports habituels avec la même femme, lorsqu’il s’aperçut de la présence d’une petite ulcération qui avait pour siège la muqueuse du prépuce sur le côté droit de la verge. On eut dabord recours à des lotions émollientes, puis à divers pansements qui n’apportèrent aucun remède aux progrès ulcératifs ; enfin, M.vint se présenter à la consul¬
tation ; on voyait alors dans la région que nous avons indiquée un chancre supporté par une base dont l’induration s’étendait profondément dans les tissus, de telle sorte que lorsqu’on renversait le prépuce pour explorer les parties malades, la surface ulcérée circonscrite par un anneau épais et dur, paraissait avoir son siège sur une rondelle saillante offrant la rénitence élastique des cartilages.
L’affection datait déjà de deux mois, lorsque l’ulcère primitif fut dessiné. Il se trouvait à la période de réparation commençante ; à la circonférence on remarquait un début de cicatrice, tandis qu’un autre ulcération surexcitée par quelques écarts de régime que le malade s’était pei'mis, offrait les caractères du progrès ulcératif compli¬
qué dans quelques points d’une gangrène interstitielle.
On fît panser le chancre avec la pommade au calomel et à Popium. On donna une pilule de proto-iodure de mercure par jour avec le sirop et la tisane sudorifiques.
Ce traitement fut suivi pendant deux mois, et la dose journalière de proto-iodure de mercure progressivement augmentée. Pendant les trois dernières semaines, on donnait quatre pilules par jour.
Le 12 octobre, on suspendit toute médication; l’ulcère était cicatrisé depuis une vingtaine de jours; mais au-dessous de la cicatrice, il restait encore de l’induration caractéristique. Vers les premiers jours de novembre, le malade éprouva des douleurs de gorge, et l’on constata la présence de quelques plaques grisâtres saillantes sur les amygdales. On reprit alors le proto-iodure de mercure, une pilule par jour, avec le sirop et la tisane sudorifiques. On appliqua du calomel sec sur l’induration qui persistait au prépuce.
Le 19 novembre, on donna deux pilules par jour ; il y avait amélioration très notable.
Enfin, le 30, il ne restait aucune trace de l’affection de la gorge, et la cicatrice de l’ulcère primitif n’offrait plus d’induration.