ULCÈRE PRIMITIF, INDURE, BOURGEONNANT
Just.
OBSERVATION
, âgé de 38 ans, boulanger, entré le 4 août 1840, salle 8, n” 17.
Ce malade, né de parents sains, et chez lequel du reste, rien n’est venu révéler l’existence de de quelque maladie héréditaire, est d’un taille moyenne; il a les cheveux blonds et la peau blanche, ses muscles sont forts et bien développés.
A l’âge de dix-huit ans, il eut une blennorrhagie qui ne fut pas traitée régulièrement, et dont il ne saurait préciser la durée, à cause des récrudescences occasionnées par des écarts de régime et des rapports sexuels répétés sansménagementpeu de jours après que Técoulement venait de cesser.
Quoiqu’il en soit, depuis quatre ou cinq ans, il restait à peine un léger suintement urétral, lorsqu’en 1834, une nouvelle blennorrhagie fut contractée, et sous l’influence des mêmes causes que nous avons signalées à l’occasion de la première , elle persista pendant plus d’une année. A part ces Jeux blennorrhagies et quelques accès d’une fièvre mal déterminée dont Just.... futaffecté dans le courant de l’année 1822, sa santé s’était toujours maintenu dans le meilleur état. Jamais il ne s’était montré de symptôme qui indiquâtune infection syphilitique;
mais il y a six semaines, que deux jours après des rapports sexuels suspects, il remarqua trois petites ulcérations qui avaient pour siège la couronne du gland au voisinage du frein et le frein lui-même. Il dit aussi que trois ou quatre jours avant, le coït dans lequel ces ulcérations furent contractées, il s’était fait une écorchure au côté interne du pouce de la main droite, et soit que par la même occasion, la verge et le doigt se fussent infectés, soit que celui-ci n’ait été contaminé que plus tard par le pus des ulcérations de la verge, toujours est-il que l’écorchure du pouce ne tarda pas à s’ulcérer.
Le malade essaya d’abord de quelques pansementsdont il ne peutnous indiquer lanature, mais bientôt les progrès de la maladie et l’impossibilité de travailler, l’obligèrent h venir à l’hôpital, où il fut admis, le 4 août 1840, salle 8, n“ 17.
Aujourd’hui 6 août, on voit à la couronne du gland trois petites ulcérations grisâtres, la plus grande a détruit le frein dans sa totalité, leur base offre une induration élastique qui s’étend assez profondément, et que l’on peut comparer à la moitié d’un pois. Les surfaces ulcérées sont à peu de chose près au niveau des tissus sains ambiants.
Le chancre du pouce offre également les caractères de l’ulcère primitif induré, seulement ici l’induration est bien plus étendue, et la base se trouve élevée comme dans la forme décrite sous le nom A'ulcus elevalum.
Sur les membres et sur le tronc, de nombreuses macules rougeâtres finement ponctuées, légèrement saillantes, particulièrement sur la peau du ventre et se’ffaçantmomenlanémentsousla pression du doigt indiquent le début de la manifestation des accidents syphilitiques dépendant de l'infection constitutionnelle. La face n’en présente aucune trace appréciable. Cette éruption a été remarquée par le malade depuis quatre jours au plus; elle s’est faite sans prodromes notables; il n’y a eu ni fièvre ni maux de tête, ni démangeaisons à la peau.
On panse le chancre avec la solution concentrée d’opium. On donne une pilule de proto-iodurede mercure par jour, avec le sirop et la tisane sudoriques.
Le malade est mis au quart de la portion alimentaire.
Le 8 août, l’éruption syphilitique a fait des progrès; le nombre des macules est plus considérable, et les premières qui se sont montrées offrent une coloration plus foncée, prenant une teinte jaunâtre sous la pression du doigt, en même temps on remarque que l’épiderme, dans le point quelles
occupent, est plus sec et résistant au toucher.
Les ulcères ne sont plus sous l’influence de l’irritation accidentelle.
On panse avec la pommade au calomel et à Popium. On donne deux pilules de proto-iodure de mercure.
Demi-portion alimentaire.
Le 16 , en plusieurs points les macules ont fait place à des squammes minces adhérentes au centre, et dont les bords légèrement soulevés forment un cercle blanchâtre en dehors duquel l’épiderme également détaché dans une très petite étendue constitue un liseré circulaire.
Les chancres de la verge sont en pleine voie de réparation. On les touche légèrement avec le nitrate d’argent.
On donne trois pilules.
Même pansement, même régime.
Le 30, l’éruption n’a pas fait de progrès, mais elle reste stationnaire ; les ulcérations de la verge ont disparu; l’induration caractéristique persiste à leur siège.
La saillie du chancre du doigt s’est accrue de beaucoup. On le panse avec des bandelettes de sparadrap de vigocum mercurio, à l’aide desquelles on exerce une légère compression circulaire.
Même traitement, même régime.
Le 7 septembre, on dessine l’ulcération du pouce. Elle offre à sa surface de très gros bourgeons charnus recouverts d’une membrane rosée, et assez généralement lisse; leurs interstices sont profondes et fournissent beaucoup de pus. A la circonférence, on remarque une sorte d’anneau induré, formé principalement par le tissu cutané qui semble avoir été refoulé par un mouvement d’expansion excentrique.
On donne quatre pilules.
Même pansement, même régime.
Le 14, l’influence du traitement sur la maladie est très prononcée ; en plusieurs points l’éruption cutanée se flétrit, et des squammes se détachent en laissant à nud des surfaces légèrement rosebrunâtres, mais sans dépression notable.
L’ulcération du pouce pai’aît en voie de réparation.
Même pansement.
On donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 18, il y a tendance au ptyalisme; le bord libre des gencives est un peu tuméfié.
On suspend les pilules.
Le malade n’ayant pas été à la garde-robe depuis trois jours; on donne une bouteille d’eau de sedlitz.
Gargarisme à l’acide chlorhydrique.
Môme pansement. Diète.
Le 20, il n’y a plus de ptyalisme.
On donne deux pilules.
Même pansement. Demi-portion.
Le 27, l’éruption cutanée s’éteint de plus en plus; la desquammation est presque générale, les macules qui avaient été les dernières à se produire, se sont affaissées sans se couvrir de squammes. Elles ont laissé pour la plupart une tache à peine sensible.
L’ulcération du pouce, dont la surface a été touchée deux ou trois fois avec le nitrate d’argent, est presque partout cicatrisée, et l’induration de la base est réduite des trois quarts.
On donne cinq pilules.
Même pansement; même régime.
Le 29, le malade sort pour affaire ; mais il doit revenir.
Just.... rentre le 2 octobre, même salle, n” 20.
Le traitement n’a pas été continué pendant l’absence de l’hôpital.
Le malade a fait des courses très fatigantes, et s’est pernais un excès de boisson.
Aujourd’hui, çà et là, parmi les anciennes taches qui sont demeurées brunâtres et légèrement déprimées, se montrent de petites papules saillantes, elles ont de la tendance à se réunir par groupes, et surtout dans les parties que la première éruption avait laissées intactes.
On reprend le traitement. On donne deux pilules de proto-iodure de mercure par jour, avec le sirop et la tisane sudorifiques.
Demi-portion d’aliments.
Le 10, l’éruption a fait peu de progrès.
Même traitement; même régime.
Le 14, la syphilide paraît foi’t peu modifiée par le traitement; elle demeure saillante.
On continue le traitement, auquel on ajoute une fumigation de cinabre et un bain Barèges alternés.
Même régime.
Le 20, l’état du malade se trouve considérablement modifié ; de nombreuses squammes se détachent des points envahis par la nouvelle éruption, et les papules offrent bien moins de saillie.
Même traitement; même régime.
Le 29, les papules n’offrent plus de saillie et la desquammation continue.
L’induration qui persistait à la cicatrice de l’ulcère du pouce, a complètement disparu.
Même traitement; on donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 10 novembre, la dernière éruption a laissé
partout des taches brunes, plus déprimées que celles qui marquent le siège de la première.
Le malade sort de l’hôpital, pour rentrer enfin une troisième fois, le 5 avril 1842, salle 1, n“ 26.
Il prétend n’avoir pas contracté de nouvelle infection, quoiqu’il se soit fréquemment exposé.
Après sa sortie du service, il ne continua pas son traitement, pendant le temps que l’on avait indiqué comme nécessaire pour obtenir une guérison parfaite.
Malgré cette négligence et les nombreuses infractions de régime que Just. se permettait,
ce ne fut, dit-il, qu’au mois de juillet 1841, qu’il s’aperçut de la pi’ésence d’une éruption, àlaquelle son médecin reconnut les caractères du tubercule muqueux; elle avait pour siège, les replis del’anus et son pourtour dans une assez grande étendue; on lui fit suivre un traitement sur la nature duquel nous n’avons pu recueillir que des données assez incomplètes. Toujours est-il que sa durée fut d’un mois à peu près, et que les tubercules de l’anus disparurent.
Un ou deux mois plus tard le malade éprouva des douleurs de gorge. Il vint h la consultation externe de l’hôpital où il lui fut ordonné de prendre des pilules de proto-iodure de mercure avec le sirop et la tisane sudorifiques.
Cette prescription, quoique très irrégulièrement exécutée, fit obtenir une notable amélioration et la santé parut rétablie pendant quelque temps; puis, à diverses reprises, il y eut des douleurs de gorge, enfin, le 5 avril 1842, jour de la rentrée de Just... dans le service ; on remarque une rougeur assez intense de la gorge, et de chaque côté, au voisinage de la commissure des lèvres une ou deux plaques muqueuses d’un blanc grisâtre; les commissures elles-mêmes sont le siège de quelques tubercules granulés.
On donne deux pilules de proto-iodure de mercure par jour avec le sirop et la tisane sudorifiques, gargarismes avec l’acide chlorhydrique.
Soupes et bouillons.
Le 10, la gorge ne présente plus de rougeur et la rapidité de la guérison de cet accident donne lieu de rapporter sa production à l’usage immodéré des boissons irritantes que le malade se permettait fréquemment.
Même traitement. Demi-portion d’aliments.
Le 16, les plaques muqueuses ont presque disparu. Il reste à peine quelques tubercules aux commissures des lèvres.
Même traitement. Même régime.
Le 20, la muqueuse buccale se montre partout débarrassée de l’éruption.