‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 44 sur 121 · ULCÈRE PRIMITIF INDURÉ PERSISTANT. SYPHILIDE PRÉCOCE · texte numérisé non relu

ULCÈRE PRIMITIF INDURÉ PERSISTANT. SYPHILIDE PRÉCOCE

polymorphe; groupes miliaires.

OBSERVATION

Rich..., âgé de 23 ans, entré à l’hôpital, salle 'J", lit n® 2, le 27 septembre 18-44.

Rich... était né de parents sains. Il avait eu la variole dans son enfance. D’un tempérament nerveux et bilieux à la fois, il avait les cheveux châtains et les yeux gris.

Il n’avait jamais été malade, lorsque, il y a trois ans , il eut une blennorrhagie qui céda à l’usage des émollients, du cubèbe et des injections avec le sulfate de zinc.

A cette même époque, il avait eu une ulcération de la verge qui fut cautérisée et qui guérit au bout de quelques jours sans aucun autre traitement.

Il y a quatre mois , peu de jours après un coït, le malade s’aperçut d’une petite ulcération indolente , qui siégeait sur le revers du prépuce et à droite. Cette ulcération s’accrut lentement et s’indura beaucoup.

Bientôt, plusieurs ganglions superficiels des régions inguinales s’engorgèrentj mais l’engorgement demeura stationnaire et indolent.

Quatre semainesétaient àpeine écoulées, quand le malade fut pris de céphalées sus-orhitaires et nocturnes; il éprouva de la gêne dans les mouvements du cou, et les ganglions cervicaux postérieurs s’engorgèrent ; il survint de la rougeur à l’isthme du gosier et un peu de dysphagie. Les cheveux commencèrent à tomber, et il y avait, en même temps, à la région fémoro-tibiale, des douleurs préarticulaires et rhumatoïdes.

Trois semaines plus tard , le malade n’ayant fait aucun traitement, il survint une éruption générale et confluente, sans cause adjuvante appréciable, sans démangeaison ni fièvre.

PL. xviii.

Quand Rich... fut soumis à notre observation, l’ulcère primitif n’était pas encore cicatrisé et les symptômes énumérés plus haut persistaient. Il présentait en outre un teint terreux et chlorotique très prononcé; le cœur donnait, au premier temps, un bruit de souffle très manifeste. On entendait aussi un léger bruit de diable sur le trajet des carotides.

Une éruption sqammeuse humide siégeait sur le front.

Le torse et les membres étaient couverts de taches exanthématiques, variées, irrégulières dans leur forme et leur étendue. Ces taches, d’un rouge sombre, dont quelques unes disparaissaient sous l’influence d’une pression légère , étaient entremêlées de papules , déjà recouvertes çà et là de petites squammes grises, minces et adhérentes.

Sur différents points du torse et particulièrement sur la région abdominale , l’éruption avait un aspect que nous avons observé souvent: elle consistait en dots irréguliers, dus à un développement superficiel des follicules cutanés et pileux (syphilide papuleuse miliaire) siégeant sur une tache cuivrée.

Voici le traitement qu’on prescrivit :

Tisane de saponaire édulcorée avec le sirop de gentiane. Tous les jours, 12 pilules de Vallet en trois doses. Une pilule de proto-iodure de mercure, puis plus tard deux. On fit les pansements du chancre avec la pommade composée de calomel et de cérat opiacé. Quand il fut cicatrisé, on appliqua un morceau de sparadrap de Vigo cum mercuî'io.

Le malade sortit de l’hôpital le 22 octobre 1844. L’induration du chancre, l’engorgement des ganglions cervicaux et inguinaux persistaient.

Sur le front, existaient encore des taches de terminaison d’une couleur brune foncée, avec un état gélatineux et un amincissement de la peau dans quelques points. Ces taches ne dispa¬

raissaient plus sous l’influence de la pression- Partout ailleurs l’éruption avait à peine laissé des traces, si ce n’est dans les endroits où elle avait affecté la forme groupée miliaire et où à chaque petite papule avait succédé une petite dépression brune et ponctuée.

U1.CSRÎ3 PRIMITIF INDURÉ A ImA PÉRIODE DE RÉSOLUTION. STPHILIDE PRÉCOCE POLYMORPHE. ICTÈRE.

OBSERVATION

Le malade, qui a fourni le sujet de cette planche, avait eu, sur la face dorsale de la verge, un chancre induré pour lequel il n’avait subi aucun traitement. A la suite de ce chancre, un engorgement des ganglions inguinaux était survenu, mais sans douleur et sans suppuration.

Deux mois après la cicatrisation de l’ulcère primitif, un ictère apparut tout à coup; puis bientôt se manifestèrent des douleurs céphaliques nocturnes, et il survint un engorgement des ganglions cervicaux postérieurs.

Ces premiers accidents furent rapidement suivis d’une éruption générale, sous forme de macules exanthématiques, difficiles à distinguer, à < ause de l’ictère.

A ces macules succédèrent des papules, sèches et squamneuses dans quelques points , et mipustuleuses dans d’autres (variété de la pustule lenliculée).

Sur le scrotum, il y avait eu des pustules plates humides, auxquelles succédèrent des ulcérations superficielles.

La cicatrice du chancre, qui donnait au toucher la sensation d’une substance gélatiniforme étaitelle même le siège d’une éruption papuleuse.

Les antécédents, la marche et la terminaison de cette éruption syphilitique, n’ont rien présenté de particulier, si ce n’est leur coïncidence avec l’ictère qui en avait altéré la couleur spéciale.

On fit prendre au malade : de la tisane de saponaire, des pilules de proto-iodure de mercure et des bains.

Sous l’influence de ce traitement, l’ictère avait disparu longtemps avant l’éruption syphilitique qui reprenait sa teinte caractéristique au fur et à mesure que Pictère disparaissait.

Voici une autre observation analogue qui n’est pas dépourvue d’intérêt(l).

Claude D***, peintre décorateur, âgé de 23 ans, entra à fhôpital du Midi le 12 novembre 1844.

Ce malade, dans son enfance, avait fait une chute sur la tête, qui occasiona chez lui des accidents cérébraux très graves. A l'âge de 14 ans, il fut pris d’un abattement général et subit, déterminé par une constipation opiniâtre ; et depuis il avait toujours éprouvé un peu d’embarras dans les fonctions entéro-hépatiques.

Vers la fin du mois de septembre 1844, il eut des rapports sexuels avec une fille publique : peu de jours après, il s'aperçut qu’il avait la gale et de plus une écorchure h la rainure du gland. Cette petite ulcération, qui de jour en jour allait s’étendant en largeur et en profondeur, avait revêtu, le 16 octobre 1844, tous les caractères du chancre induré àgangrène moléculaire; et il était survenu, pour complication, une balano-poslhite assez intense, qui avait été occasionée par le contact irritant de l’ichor gangréneux du chancre.

Il existait aussi, dans les deux régions inguinales, un engorgement indolent de plusieurs ganglions superficiels.

Quatre jours avant son entrée à l’hôpital, D’"

(!) Cette observation a été recueillie par M. Eugène Dulac, mon prosecleur, et ancien élève de l’bôpital des vénériens.

fût pris tout à coup d’un ictère intense, à la suite d’une émotion violente qu’il attribue à une perte d’argent qu’il avait faite au jeu. Peut-être aussi l’abus des boissons alcooliques, qui très certainement déjà avait déterminé la complication gangréneuse du chancre, n’était pas étranger à l’invasion de l’ictère.

Quand le malade fut soumis à notre observation, il n’éprouvait aucune douleur à l’épaule droite; aucun changement appréciable ne s’était manifesté dans le volume du foie, et la région hépatique n’était pas douloureuse; seulement il était tourmenté par une constipation assez opi niâtre.

La teinte ictérique avait acquis le summum de l’intensité possible. Toutes les sécrétions étaient fortement colorées en jaune, la salive surtout, et quant à la suppuration de la balano-posthite et du chancre, on l’eût prise pour de la bile pure.

La gangrène, arrivée longtemps après le début du chancre, et l’induration spécifique existant, il était certain que la diathèse syphilitique devait amener bientôt la manifestation des accidents se condaires. Il fallut s’occuper à la fois de l’ictère, de la gale et des accidents primitifs, avant de songer au traitement aniisyphilitique général.

L’ulcération fut pansée avec de la charpie enduite de cérat opiacé.

On ordonna, pour boisson, de la limonade tartrique, et tous les deux jours, on fit sur l’éruption psorique, une friction avec l’onguent citrin ; on prescrivit en outre un bain pour les jours intermédiaires.

La balano-posthite fut bientôt dissipée, à l’aide de lotions faites avec une solution d’un gramme d’azotate d’argent pour 100 grammes d’eau distillée.

Tous les deux ou trois jours, le malade prenait deux pilules écossaises.

L’éruption psorique ne dura pas plus de huit ou dix jours.

L’ictère ne disparut que vers le commencement

du mois de février 1845. Jusque là, à part quelques frictions avec l’onguent citrin, aucun traitement mercuriel n’avait été administré.

A travers la coloration jaune foncée de la peau, il avait été impossible de découvrir aucune trace de syphilide exanthématique. Cependant déjà les ganglions cervicaux postérieurs étaient engorgés.

Au moment où l’ictère disparaissait, on vit surgir, sur plusieurs points différents, une éruption mixte papulo-squammeuse et papulo-pustuleuse lenticulée, tout à fait analogue à celle que la planche représente. Le cuir chevelu était en même temps le siège d’une éruption impétigineuse disséminée.

Quand l’éruption fut complètement développée, le malade éprouva des douleurs céphaliques et lombaires, accompagnées d’une oppression très forte.

On aurait pu croire un instant que D*’* allait faire exception à la loi qui veut: que les accidents secondaires se manifestent toujours avant le sixième mois, lorsque les malades n'ont pas subi de traitement mercuriel; mais chez celui-ci, l’intensité dans la coloration de l’ictère semblait plutôt avoir masqué que retardé l’éruption syphi litique.

Chez le malade dont nous avons parlé précédemment, la coloration moins intense de l’ictère, avait permis d’observer plus vile l’existence de la syphilide ; peut-être aussi elle en avait moins gêné la manifestation.

Ne pourrait-on pas, dans des cas semblables, supposer que la perturbation occasionée par l’intoxication syphilitique, a pu aussi agir comme cause de l’ictère.

Les accidents syphilitiques cédèrent à l’usage des pilules de proto-iodure de mercure et delà tisane amère, et le 18 janvier 1845, le malade sortit de l’hôpital, guéri de tous les symptômes qu’il avait successivement présentés à notre observation.

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