‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 66 sur 121 · PI. XXVII · texte numérisé non relu

PI. XXVII

Pendant les huit mois qui suivirent, le malade jouit d’une bonne santé; mais alors, à la suite d'un nouveau coït, il s’aperçut d’une légère écorchure qui avait pour siège un des côtés du gland. Il y fit peu attention; mais l’écorchure devint une ulcération indolente et qui suppura peu. Il revint à l’hôpital du Midi, salle 4, lit 18.

On constata un ulcère primitif à base indurée avec engorgement indolent des ganglions inguinaux.

Cette fois, il était facile de pronostiquer la venue des accidents secondaires chez ce malade, si aucun traitement spécifique n’intervenait. Cependant il sortit avant d’être soumis au traitement; mais trois mois après commença la série des accidents qui annonçaient l’existence de la diathèse syphilitique , et la manifestation secondaire s’effectua bientôt. B*** fut affecté de maux de tête qui avaient pour siège principal la région sus-orbitaire. Ces douleurs étaient intermittentes et nocturnes, une gêne survint dans les mouvements du cou, les ganglions cervicaux postérieurs s’engorgèrent, les cheveux et les sourcils tombèrent, et dans le voisinage des articulations se manifestèrent des douleurs nocturnes ; un mouvement fébrile survint avec exacerbation vers le soir. Le malade entra de nouveau le 30 juin 1846, à l’hôpital du Midi, salle 2, n° 23.

Alors une douleur assez vive, qui avait pour siège le côté gauche de la poitrine, et de forme pleurodynique, vint s’ajouter aux symptômes que nous venons d’énumérer. Quelques jours après le malade épi’ouva des douleurs gutturales et de la

dysphagie. L’isthme du gosier, le voile du palais, les piliers antérieurs et les amygdales devinrent le siège d’un erythème assez prononcé. Une éruption cutanée apparut sur la face, le torse et les membres : c’était d’abord de simples macules d’un rouge vineux, et plus ou moins confluentes ; elles étaient groupées ou disposées en cercles. A ces macules succédèrent des vésicules acuminées qui étaient remplies de sérosité et entourées par un aréole rouge-sombre. Puis, le plus grand nombre de ces vésicules passa à l’état de pustules psydraciées; elles étaient remplies de pus et pour la plupart reposaient sur une base saillante et dure; elles étaient entourées d’une aréole cuivrée plus étendue. L’éruption resta à l’état papuleux en quelques endroits , surtout à la paume des mains et à la plante des pieds; sur la peau du crâne, elle devint croûteuse presque instantanément.

Du reste, la fièvre que nous avons signalée dura peu, et à aucune époque l’éruption n’a été prurigineuse. La peau avait une teinte jaune-mat, dans les intervalles qu’avait épargnés l’éruption.

Au premier aspect et surtout sur les épaules, l’éruption ressemblait à un acné vulgaire, plus la forme cerclée quelle présentait en beaucoup d’endroits.

Sur les membresinférieurs, les pustules avaient une physionomie analogue à la varicelle et à ses différentes variétés.

A la face, c’était l’aspect herpétiforme qui dominait. (Planche xv bis, fig. 2.)

Voici le traitement qu’on administra au malade :

Tisane de douce amère.

Tous les jours une pilule de protoiodure de mercure de 5 centigrammes.

4 portions d’aliments, c’est-à-dire la ration la plus forte qu’on donne dans les hôpitaux.

Après une semaine environ, on administra deux pilules par jour.

Après la quinzaine qui suivit, on administra trois pilules par jour et on en resta à cette dose.

Les douleurs de la tête et des membres qui avaient commencé à perdre de leur intensité au moment où l’éruption s’était complétée, cédèrent entièrement après une semaine de l’usage du traitement mercuriel. Mais l’éruption qui avait présenté plusieurs poussées successives malgré la persistance des précédentes, ne commença à se modifier et à marcher vers la guérison qu’après cinq semaines de traitement. Voici quelles ont été les différentes phases de son déclin : là où l’éruption n’avait pas dépassé la période maculeuse les taches ont disparu sans laisser de traces; là oùil yavait des vésicules, la résorptions’est faite sans desquamation; pourtant quelques-unes se terminèrent par une petite desquamation furfuracée.

Aux pustules, succédèrent des croûtes brunes, noirâtres, adhérentes, sèches, qui, en se détachant, laissaient une tache rouge-cuivré, lisse, entourée en quelques points par un liseré d’épiderme blanchâtre.

A la paume des mains et à la plante des pieds où l’éruption avait été primitivement papuleuse, il se fit une desquamation qui présentait l’aspect du psoriasis guttata.

Là où l’éruption avait été plus profonde, soit qu’il y ait eu ou non un état papuleux consécutif, il est resté des cicatricules d’un rouge cuivré très-prononcé.

Pendant la dernière quinzaine qui vient de s’écouler, on administra au malade une fumigation de cinabre tous les deux jours.

Maintenant le traitement mercuriel devra être continué pendant deux mois encore, si rienn'’oblige à le modifier ou à en suspendre l’usage ; et à moins de contre-indication,; il devra être suivi, pendant un mois ou six semaines, d’un traitement par Tiodure de potassium à la dose de 2 grammes par jour.

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