EXPLICATION DE LA PLANCHE XXXIL
Fig. 1. Éruption crustacée. Rupia convexe. Croûtes bombées couvrant toute la surface qui les produit. Celle de la partie antérieure de la jambe, résultant d’une éruption isolée, est assez régulièrement arrondie. Les autres, constituées par des groupes d’éruptions confondues, ne sont plus d’une forme aussi régulière.
La croûte de la face interne et postérieure du mollet, qui est la plus avancée vers la guérison, est aussi la plus sèche, la plus noire, et elle ne présente plus de traces d’aréole.
Sur la partie antérieure et interne de la jambe, on voit une vésicule, forme par laquelle le reste de l’éruption a débuté.
Fig. 2. Ulcérations encore a la période du progrès dans quelques points du groupe qui constituait cette éruption et cicatrisée dans d’autres.
Fig. 5. Ulcérations bourgeonantes h la période de réparation.
PLANCHE XXXIII
SYPHILIDE PÜSTULO-CRUSTACÉE (ropia préominent), ACCIDENT SECONDAIRE TARDIF.
OBSERVATION
M. âgé de 32 ans, d’une constitution lymphatique très-prononcée, appartenait à une famille dans laquelle les affections struraeuses étaient héréditaires. Né en Hollande, où il avait toujours habité, il y contracta, vers l’année 1837, un chancre du gland, qui, d’après ses souvenirs, était accompagné de beaucoup d'induration. Il n’eut aucune suppuration des ganglions inguinaux. 11 prit matin et soir une cuillerée à café de liqueur de Van-Swieten; et, après six semaines, le chancre était complètement cicatrisé. Bien que le traitement fût continué, mais à une dose très-faible, le malade ne tarda pas à souffrir de la gorge, et bientôt des ulcérations se développèrent sur les amygdales et la partie antérieure du voile du palais.
Le médecin qui donnait des soins à M. \’***, attribuant, à tort, la venue de ces accidents à l’emploi du mercure, lit suspendre l’usage de ce médicament. Alors les accidents de la gorge prirent une plus grande intensité. Un autre médecin qui fut consulté conseilla des pilules mercurielles, et on obtint de leur emploi de très-heureux résultats. Tous les accidents de la gorge avaient disparu trois semaines après; on s’imagina alors que le malade était guéri, et on supprima l’usage du traitement.
Trois mois après, M. vit survenir une éruption pustuleuse disséminée, qui avait pour siège l’aile droite du nez, la joue gauche et les jambes. A ces pustules, succédèrent des croûtes brunes, saillantes, qui laissèrent voir après leur chute des surfaces ulcérées et suppurantes.
Prétextant la rigueur de la saison, le médecin de M. Y^^’* ne jugea pas convenable de prescrire aucun traitement; il se contenta d’appliquer des topiques gras et émollients sur les pustules et sur les ulcérations.
Au retour de la belle saison, le malade fut soumis à l’usage du rob de Laffecteur, mais ce fui inutilement qu’il en prit pendant trois mois.
Trois mois après, il reprit l’usage de la salsepareille sans en obtenir plus de résultats. Il prit de nou¬
veau des pilules mercurielles, qui, au bout de quelques semaines, occasionnèrent une stomatite sans avoir en rien modifié la maladie.
M, Y^^* cessa toute espèce de traitement pendant un temps assez long. Cependant l’éruption pustuleuse et les ulcérations progressaient toujours. On eut recours à la tisane de Zittmann, qui en détermina la guérison, mais lentement.
Un mois après, une pustule apparut sur le nez; l’usage du proto-iodure de mercure la fit disparaître, en occasionnant un peu de salivation.
Les récidives et la ténacité des accidents déterminèrent le malade à employer de nouveau le rob de Laffecteur comme moyen d’épuration définitive; on l’administra aux doses les plus fortes, en observant toute la rigueur du régime; néanmoins, deux mois plus tard, sans qu’on eût cessé le traitement, une éruption pustulo-crustacée survint aussi intense que les précédentes : elle apparut sur le cuir chevelu, sur le torse et sur les membres; elle se manifesta aussi sur la joue droite, telle que la planche la représente. Là, l’éruption était confluente et occupait presque toute l’étendue de la joue; elle était constituée, au centre, par des croûtes épaisses, saillantes, coniques, de couleur brune et foncée, assez adhérentes à la peau, et recouvrant des surfaces profondément ulcérées. On voyait, tout autour, un grand nombre de croûtes beaucoup plus petites, beaucoup moins foncées en couleur, et disposées en mosaïque; elles a \ aient pour support des élevures papuleuses de la peau.
Une éruption analogue, mais moins développée, existait aussi sur la joue gauche.
Il y avait encore trois groupes de croûtes semblables sur la jambe droite et deux sur la jambe gauche. Quand ces croûtes tombèrent (et leur chute ne se fit pas longtemps attendre), des ulcérations irrégulièrement arrondies, à fond grisâtre, à bords violacés, épaissis, renversés et saignant facilement, furent mises à découvert : la suppuration qui s’en écoulait était sanieuse, fétide et mélangée de détritus
PL. xxxni.
organiques. On trouvait là, tout à la fois, l’aspect des ulcères scorbutiques, scrofuleux et syphilitiques. A tous ces accidents se joignait de la maigreur, de la faiblesse, un mauvais état des voies digestives et un léger mouvement fébrile avec exacerbation vers le soir. Ce fut dans cet état que M. vint en France et qu’il fut admis dans la maison de santé de la rue de Lourcine.
Voici le traitement qui fut administré :
Pendant la première semaine, les ulcérations des jambes furent couvertes avec des cataplasmes de fécule de pommes de terre.
Le malade prit des bains à l’eau de son, des boissons gommées, et des viandes blanches pour nourriture.
Après ce premier traitement, par les calmants et les anti-phlogistiques, nécessité par les fatigues du voyage, les ulcérations furent pansées avec de la charpie imbibée de vin aromatique.
A l’intérieur, le malade prenait de la décoction de houblon avec du sirop de gentiane.
Il prenait, en outre, tous les jours, 50 centigrammes d’iodure de potassium en solution et une pilule de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure.
Dix jours après l’usage de ce traitement, les ulcérations avaient pris un meilleur aspect. On porta alors l’iodure de potassium à la dose d’un gramme par jour, encouragé qu’on était par l’amélioration de l’état des voies digestives.
On pansa ensuite les ulcérations avec les bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio. On renouvelait ce pansement tous les deux jours. Mais on fut obligé d’en suspendre l’usage (qui ordinairement réussit si bien dans des cas analogues), à cause du mauvais aspect que reprirent les ulcérations, et on recourut de nouveau à l’usage des pansements avec la charpie imbibée de vin aromatique. Les gencives se tuméfièrent, devinrent violacées, saignantes; alors on diminua la dose du proto-iodure de mercure, et on prescrivit au malade un gargarisme astringent. On remplaça la décoction de houblon par la décoction de quinquina, et on augmenta la dose de l’iodure de potassium de 50 centigrammes par jour.
Une quinzaine après l’usage de ce dernier traitement, les ulcérations des jambes étaient détergées complètement et recouvertes de bourgeons charnus de bonne nature; on revint à l’application des bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio , qui , au bout de deux semaines, déterminèrent la cicatrisation des ulcérations.
On porta alors l’iodure de potassium à la dose de 2 grammes et demi par jour.
Les croûtes de la joue se racornirent, se soulevèrent et parurent sur le point de se détacher ; on en précipita la chute à l’aide de quelques douches de vapeur d’eau, et les tissus sous-jacents apparurent parfaitement cicatrisés.
On porta enfin l’iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour ; et, après deux mois de ce traitement, tous les accidents avaient disparu. La fièvre avait cessé depuis longtemps, l’embonpoint revint ; et cependant, pour le maintien de la guérison et pour se mettre autant que possible à l’abri des récidives, le malade continua encore pendant deux mois l’usage de son traitement.
Cette observation est remarquable par la filiation régulière et successive des symptômes et même par leur aggravation pendant l’usage d’un traitement réputé spécifique. Mais si on tient compte de la constitution lympathique du malade, de ses prédispositions slrumeuses, des tendances scorbutiques qu’il a manifestées, on ne sera pas étonné qu’un traitement dont les formes et les doses ne paraissent pas toujours avoir été bien appliquées aux différentes phases de la maladie, ait pu être inefficace et même devenir nuisible.
Nous avons pu bien constater, en outre, l’inefficacité absolue du rob de Laffecteur, tant de fois déjà observée, bien que le charlatanisme l’ait trop longtemps exploité et veuille l’exploiter encore. Une première fois, ce rob de Laffecteur, administré pendant l’existence des symptômes, n’amenant aucune modification favorable, on fut forcé d’abandonner son stérile usage pour le remplacer par une médication plus puissante, qui détermina une guérison momentanée.
Pendant l’intervalle de cette guérison épbémére, la routine d’un préjugé aveugle fit recourir de nouveau à l’usage du rob de Laffecteur, comme prophylactique des accidents à venir ; ce fut alors qu’on vit, pendant l’administration de ce médicament porté aux doses les plus fortes, et secondé par toute la rigueur du régime, survenir une recrudescence des accidents dans toute l’intensité de leur manifestation.
Ce ne fut donc qu’après une appréciation plus exacte des symptômes et des divers éléments morbides que nousavons signalés, qu’on parvint, à l’aided’une médication précise et appropriée à toutes les indications, à la guérison complète des accidents.