EXPLICATION DE LA PLANCHE XXXIII
éruption pustulo-crustacée et papulo-crusIacÉe ; rupia proéminent en- Les papules croûleuses ne sont ici qu’une évolution modifiée et
touré de papules croûleuses; accident tardif de syphilis secondaire. avortée de l’éruption du centre. (Rupia prééminent.)
Pl.33.
Peint d'apres nature et lith par EBeau.
Lith.d'Artus.rue de U Harpe
PLANCHE XXXIV
TUBERCULES ULCÉRÉS DE L’ÉPAISSEUR DU VOILE DU PALAIS. (ACCIDENT TERTIAIRE.)
OBSERVATION
(Fig.
âgé de ironie-trois ans, né de parents sains, vaceinédans son enfance, conlracta, à l’agc de quinze ans, un chancre qui avait pour siège la base du gland; il ne survint pas de bubon suppuré, et, après un mois d’un traitement mercuriel, l’uleéralion fut cicatrisée complètement.
Depuis cette guérison, le malade continua à jouir d’une santé parfaite jusqu’au mois de juillet 1844 ; mais alors il éprouva de la gêne dans la déglutition, pendant les efïbrls de la toux ou du bâillement. Les douleurs se faisaient sentir du côté des fosses nasales postérieures pendant qu’il se mouchait. Une céphalée occipitale et nocturne se manifesta en môme temps.
Un jour, pendant que le malade examinait sa gorge, il s’aperçut que la luette était plus pendante que de coutume et que le voile du palais environnant était tuméfié. Comme il ne faisait aucun traitement, les parties tuméfiées ne lardèrent pas à s’ulcérer; il se décida à venir réclamer nos soins à l’hôpital.
Voici ce que nous avons constaté : La partie moyenne du voile du palais et la base de la luette étaient le siège d’une ulcération profonde de forme ovoïde, à bords taillés à pic ; le fond était tapissé d’une pseudo-membrane jaune-grisâtre. Les parties qui environnaient celte ulcération étaient rouges et œdématiées. La luette, pendante sur la base de la langue, paraissait ne plus suivre les mouvements du voile du palais.
11 s’agissait d’un de ces tubercules ulcérés qui se développent si souvent dans le tissu cellulaire sousmuqueux de celte région. Ces tubercules, quand ils sont méconnus et quand on ne leur oppose pas à temps un traitement convenable, ne lardent pas à diviser le voile du palais dans son épaisseur, et à détruire la luette. Ce qu’il y a surtout à redouter dans cet accident, c’est sa marche souvent insidieuse : la
fonte purulente du tubercule s’effectue entre les feuillets muqueux qui lui servent d’enveloppe ; le travail ulcératif peut commencer par derrière, cl rien n’en trahit la présence au regard de l’observateur inaltentif ou inexpérimenté, jusqu’au jour où le voile, aminci en avant, venant à se déchirer, met à découvert les ravages du mal qu’on avait jusqu’alors méconnu.
Cette observation confirme la loi d’évolution des symptômes successifs de la vérole constitutionnelle et montre l’influence du traitement mercuriel. Le malade dont il est ici question, après avoir guéri l’accident primitif par l’usage d’un traitement mercuriel, de peu de durée, fut préservé des accidents de syphilis secondaire, et il s’écoula quinze ans entre l’apparition de son chancre et la venue de l’accident tertiaire dont nous venons d’esquisser l’iiisloire.
Voici le traitement auquel fut soumis :
Tous les jours, trois verres d’une décoction dequassia amara, avec une cuillerée à bouche de sirop de gentiane pour chaque verre.
3 grammes d’iodure de potassium en solution.
Un gargarisme avec le liquide suivant :
0/ Eau distillée 200 grammes.
Teinture d’iode G grammes.
lodure de potassium 1 gramme. Mêlez.
Après quinze jours de ce traitement, l’ulcération fut complètement cicatrisée ; cependant le malade en continua l’usage pendant quinze jours encore après la cicatrisation. Après ce laps de temps, sur sa demande réitérée, on le laissa sortir de l’hôpital.
Le 3 juin 1848, j’ai eu l’occasion de revoir ce malade, et je me suis assuré que sa santé s’était maintenue parfaite : c’est à peine si l’on retrouve des traces de l’ulcération tant la cicatrisation en a été régulière.
l'L, XXXIV.
ULCÉRATION PROFONDE DE LA GORGE ET DU VOILE DU PALAIS. (ACCIDENT TERTIAIRE.)
OBSERYATION.
(Fig. 2.)
Ed***, âgé de vingt-sept an.s, né de parents sains, d’un Icmpcramenl lymplialico sanguin, avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’il contracta en 1835 un chancre, de l’existence duquel il s’aperçut peu de jours après le coït. Ce chancre ne larda pas à s’indurer.
Plusieurs engorgements inguinaux apparurent ensuite, mais les ganglions engorgés étaient peu douloureux et n’ont point suppuré.
Le malade ne lit aucun traitement, et six semaines après l’apparition de l’accident primitif, une éruption de taches rouges se manifesta. Celle éruption, sans démangeaison, fut précédée et accompagnée de maux de tôle nocturnes, et il y eut en même temps un léger engorgement des ganglions cervicaux postérieurs.
On soumit alors le malade à un traitement mercuriel pendant quatre mois. Après trois mois de l’usage de ce traitement, l’induration du chancre avait disparu, mais l’éruption, qui était une syphilide exanthématique, persista plus longtemps.
Après la disparition de ces symptômes, la santé du malade se maintint bonne jusqu’en 1843. A celle époque, sans cause déterminante appréciable pour le malade, sans écoulement urélral, un engorgement indolent des deux testicules survint : cet engorgement n’occasionnait de gène que par son poids pendant la marche; et, d’après la description que nous en a donnée le malade, il paraît devoir être rapporté au sarcocèle syphilitique. Cet accident guérit après deux mois d’un traitement antiphlogistique et anti-syphilitique, ainsi que cela arrive ordinairement lorsque la maladie est prise à temps. Depuis que j’ai indiqué, d’une manière plus précise, les avantages qu’on pouvait obtenir de l’application de l’iôdure de potassium dans ce cas, personne plus que moi n’a signalé la
possibilité de la guérison absolue du sarcocèle syphilitique, malgré les assertions contradictoires du livre de M. Vidal (de Cassis), où les erreurs du reste sont assez communes.
En 4844, plusieurs tumeurs gommeuses du tissu cellulairesous-culanéaireclèrentle mollet delà jambe gauche. Une de ces tumeurs avait le volume d’une petite noisette. Elles étaient restées dures et indolentes, et la peau qui les recouvrait n’avait éprouvé aucune altération dans sa couleur. Ed^^^ fut soumis, pour cet accident, à un traitement mercuriel dans un hôpital militaire, et, après quinze mois, il n’avait obtenu aueune amélioration. Sous l’inlluence d’un traitement par l’iodure de potassium que je lui administrai à l’hôpital du Midi, ces tumeurs gommeuses disparurent complètement au bout de deux mois.
En 1845, le malade fut affecté d’une conjonctivite non spéciliqueet qui céda, on quinze jours, à l’usage d’un traitement anti-phlogistique et de quelques collyres astringents. Au mois de mai 1846, sans autre cause que la succession des accidents que nous avons énumérés déjà, il survint de la gêne dans la déglutition; puis un gonflement, qui lentement acquit un volume assez considérable, se manifesta au côté droit de l’arrière-gorge. Ces accidents, qui n’avaient été ni précédés ni accompagnés de fièvre, avaient eu pour précurseurs des maux de tête qui avaient pour siège la région occipitale, et dont la plus grande intensité se faisait sentir pendant la nuit. Le gonflement envahit peu à peu le voile du palais et la luette. Tous ces symptômes existaient depuis trois mois, quand le malade se décida à consulter un médecin qui lui prescrivit, mais sans succès, plusieurs applications de sangsues. Ce fut alors que la maladie continuant ses ravages, Ed’^’^* revint à l’hôpital du Midi en no-
venibrc 18-46, où il fut admis dans mon service, salle -l''®, lit n° 1. .
Voici les symptômes que nous avons constatés :
Le côté droit de l’arrière-gorge était le siège d’une ulcération profonde, qui avait détruit l’amygdale, détaché le pilier postérieur du voile du palais et détruit presque la moitié du pharynx. On ne pouvait pas voir les limites inférieures de celte ulcération, on ne pouvait pas non plus préciser où étaient ses limites supérieures. Le fond de celte ulcération était irrégulier et tapissé d’une pseudo-membrane de couleur gris-jaunâtre. Les parties environnantes étaient tuméfiées et d’une teinte livide et rougeâtre. La luette avait été détruite, et sur le côté gauche de l’isthme du gosier, on voyait les traces de l’ulcération.
Le malade éprouvait tantôt de la gêne et tantôt do la douleur, mais pendant la déglutition seulement. Les aliments et surtout les liquides séjournaient souvent dans les fosses nasales. La phonation était altérée et la voix nasillarde. L’oreille droite était affectée de surdité. Les ganglions cervicaux et sous-maxillaires n’étaient pas engorgés. Il n’y avait pas de fièvre; le teint était pâle et terreux.
Celte vaste ulcération gutturale, d’après l’ordre régulier de l’apparition des accidents syphilitiques qui devait être rapportée à la période des accidents tertiaires, tant par l’époque de sa manifestation que par son siège anatomique, me détermina à prescrire l’usage du traitement suivant :
Tous les jours, trois verres d’une décoction de quassia araara, avec une cuillerée à bouche de sirop de gentiane pour chaque verre. De plus, le malade prit 3 grammes d’iodure de potassium par jour.
Il fit usage du gargarisme suivant :
0/ Lau distillée, 200 grammes.
Teinture d’iode, 6 grammes, lodure de potassium, 4 gramme. Mêlez.
Ce traitement fut commencé le 7 novembre, et le 22 du même mois, sous son influence, rulcéralion était cicatrisée. La rapidité de cette guérison n’étonnera pas ceux qui savent traiter convenablement cet accident, autrefois réputé si grave.
Après sa sortie de l’hôpital, le malade cependant continua pendant deux mois encore l’usage du traitement ci-dessus indiqué.