‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 90 sur 121 · FL. XXXVII · texte numérisé non relu

FL. XXXVII

couvert d’un pus épais et jaunâtre. Ces ulcérations étaient séparées par des tissus de cicatrice à différents degrés de formation.

Le malade n’avait jamais présenté d’autres complications ni aucun indice de scrofules.

Il fut soumis à l’usage de l’iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour, et successivement de 4, 5 et 6 grammes. Il prit aussi, en même temps que l’iodure de potassium, 5 centigrammes de proloiodure de mercure, puis 10 centigrammes, puis 15, augmentant de huit jours en huit jours , jusqu’à ce qu’un peu de gonflement des gencives indiquât que la dose journalière était suffisante. On donna de la tisane de quassia amara et du sirop de gentiane, nourriture substantielle et vin aux repas.

Les ulcérations furent pansées avec de la charpie imbibée de la solution suivante renouvelée trois ou quatre fois par jour :

Eau distillée 200 grammes.

Teinture d’iode, 6 grammes, lodure de potassium, 1 gramme.

Mêlez.

Sous l’influence de ce traitement, les ulcérations cicatrisèrent avec une très-grande rapidité : dès la troisième semaine, elles étaient guéries. Les douleurs de la clavicule avaient cessé au bout de sept jours; mais le traitement continué pendant trois mois ne parvint à faire disparaître que la moitié du gonflement de la clavicule, alors absolument indolente.

Dans l’observation qu’on vient de lire, l’accident tertiaire, qui ne s’est manifesté que bien longtemps après l’accident primitif et sans l’intermédiaire d’accidents secondaires précoces, a été suivi d’accidents du côté de la peau, qui se montrent ordinairement avant. Les cas de ce genre ont pu faire douter de la régularité de l’évolution de la syphilis et faire admettre par quelques personnes que la syphilis constitutionnelle pouvait présenter une exostose pour premier symptôme, et donner lieu, plus tard, à des syphilides. Ils ont pu aussi faire croire à d’autres (qui ne connaissent pas les lois auxquelles la syphilis obéit) que ces accidents étaient la conséquence d’autant de contagions ou de nouvelles infections. On peut toujours parfaitement comprendre ces cas et les expli¬

quer par l’intervention d’un traitement plus ou moins efficace contre les accidents secondaires, qu’il peut empêcher définitivement, ou simplement retarder, sans avoir une influence aussi marquée sur les accidents tertiaires.

On connaît, en effet, toute la puissance du mercure contre les formes secondaires de la syphilis, et, de tout temps, on avait constaté son action bien moins salutaire contre les symptômes tertiaires; on avait môme été autrefois, et tout récemment encore, jusqu’à l’accuser de produire la plupart des accidents tardifs, soit comme seule cause, soit par son mélange avec le principe virulent; mais aujourd’hui que nous savons que ces accidents sont essentiellement et uniquement syphilitiques, que c’est encore :

« Vénus tout entière à sa proie attachée, »

nous ne pouvons conclure qu’à une moindre puissance et quelquefois à un défaut absolu d’action contre les accidents, qui réclament une autre médication, et, par-dessus tout, l’emploi de Yiodure de potassium.

Quant à l’affection de la clavicule, nous ferons observer que c’est un des os dont la syphilis affecte plus souvent le parenchyme pour donner lieu à de véritables hypérostoses , contrairement à la tendance qu’elle a à produire, dans d’autres régions, des exostoses épiphysaires , qui sont fréquemment la conséquence de périostoses plastiques.

Chez notre malade, à mesure que l’exostose vieillissait, et qu’elle était arrivée plus près du terme de l’ossification définitive, on a pu observer que les douleurs , d’abord très-vives, allaient en diminuant et avaient presque cessé. Aussi, le traitement commencé trop tard a-t-il été impuissant pour ramener l’os malade à son volume normal. Il n’en est pas de même lorsque Yiodure de potassium est administré dès le début des maladies syphilitiques des os. La douleur ostcocope résiste rarement plus d’un ou deux septénaires à l’emploi méthodique de ce médicament; et quand on attaque les tumeurs osseuses à la période de fluxion et de dépôt plastique (qui toujours précède l’ossification), on obtient des résolutions complètes. Il est môme des circonstances où l’on pourrait dire que l’os malade a subi une espèce d’atrophie après sa guérison.

CARIE ET NÉCROSE DES OS DE LA VOUTE PALATINE (accident tertiaire).

OBSERVATION

âgé de vingt-cinq ans, serrurier, est entré à l'hôpital du Midi le 25 septembre 1846. Sa constitution était bonne; il avait été vacciné, et il était né de parents sains.

En 1840, il contracta un chancre qui avait le gland pour siège; l’induration se manifesta bientôt et devint très-prononcée. Les ganglions inguinaux étaient engorgés des deux cotés, mais indolents.

Sous l’influence d’un traitement par des pilules, le chancre fut cicatrisé en trois semaines, mais l’induration persista, et il en existait des traces six ans après ; il est vrai qu’alors il était assez difficile d’établir rigoureusement le diagnostic différentiel entre le tissu inodulaire et l’induration spécifique.

En 1841, sans nouveaux accidents primitifs et avec les apparences d’une bonne santé, s’aperçut

de l’engorgement des ganglions cervicaux postérieurs ; puis des ulcérations superficielles des amygdales et une roséole confluente survinrent; la roséole ne fut accompagnée ni de fièvre ni de démangeaisons.

On administra au malade de la liqueur de Van- Svvieten, dont on continua l’usage pendant trois mois. Les ulcérations de la gorge furent cautérisées plusieurs fois. Après trois semaines de ce traitement, l’éruption cutanée avait disparu, mais le malade cessa l’usage du traitement, et un iriiis double survint : il y avait rougeur vive des yeux, larmoiement et photophobie. Il reprit l’usage du traitement mercuriel, appliqua des sangsues derrière les oreilles et un vésicatoire à la nuque. Les ulcérations de la gorge guérirent au bout de trois mois et la maladie des yeux au bout de cinq mois.

Les apparences de la santé se maintinrent jusqu’en 1843, où, sans autre cause que la persistance de la diathèse, le testicule droit devint tout à coup volumineux et douloureux; il y avait en môme temps, du côté correspondant au testicule malade, des douleurs lombaires qui s’exaspéraient pendant la nuit.

entra à l’hôpital du Midi pour cet accident, et je pus constater l’état suivant : le testicule droit avait triplé de volume, sa forme était ovo'ide à grosse extrémité inférieure; il était lourd, d’une égale densité partout, et sa surface était lisse. On ne pouvait distinguer l’épididyme, mais le canal déférent et tous les autres éléments du cordon ne présentaient au¬

cune altération. La pression occasionnait de la douleur. La peau du scrotum était à l’état normal, et l’accroissement de volume du testicule s’était effectué en moins de quinze jours.

Des frictions mercurielles sur les bourses, et l’usage de 5 centigrammes par jour de proto-iodure de mercure administré en pilules suffirent pour amener la guérison de ces accidents dans l’intervalle d’un mois.

Le malade se croyait guéri, lorsqu’au mois de décembre 1845 la persistance de la diathèse détermina des douleurs ostéocopes très-vives ; ces douleurs avaient le crâne pour siège, puis des exostoses se développèrent ; l’une au côté gauche du front, l’autre à l’arcade orbitaire du côté droit.

Le tibia était aussi le siège de douleurs ostéocopes vives, nocturnes et qui s’accroissaient sous l’influencc de la pression.

Après quinze jours d’un traitement par l’iodure de potassium administré en solution à la dose de 3 grammes par jour, tous les accidents avaient disparu.

Vers le mois de juin 1846, le malade crut avoir un coryza caractérisé par un enchifrénement habituel et des sécrétions mucoso-purulenles dont il se débarrassait avec difficulté en se mouchant. Peu à peu ces sécrétions augmentèrent, devinrent plus liquides et légèrement sanieuses. De la gêne et du malaise existaient en môme temps à la voûte palatine; la pression avec le doigt occasionnait de la douleur, et bientôt une petite tumeur se développa sur le point douloureux. Cette tumeur, d’abord dure, se ramollit et présenta les caractères d’un petit abcès qui s’ouvrit, et alors unecommunication s’établit entre la cavité buccale et les fosses nasales. En môme temps des ulcérations apparurent sur le voile du palais et sur la partie postérieure du pharynx.

revint à l’hôpital du Midi, et sa maladie alors présentait les symptômes suivants :

Maigreur, coloration terreuse de la peau , faiblesse du pouls et léger mouvement fébrile vers le soir.

La voûte palatine était le siège d’une ulcération qui s’étendait de la partie postérieure des incisives à la base de la luette. Cette ulcération occupait toute l’épaisseur de la muqueuse et présentait à son centre une perforation longitudinale qui établissait une communication avec les fosses nasales, et on sentait sur les bords decette ouverture les parties osseuses mises à nu.

Dans l’épaisseur du \oiledu palais, on voyait deux petites ulcérations arrondies, qui paraissaient être la conséquence de la fonte purulente de deux petits tubercules sous-muqueux.

Deux autres ulcérations tout à fait analogues avaient pour siège la partie postérieure et supérieure du pharynx.

Malgré tous ces accidents, le malade éprouvait peu de douleur, mais la déglutition était pénible et les liquides ingérés refluaient en grande partie par les fosses nasales. La voix était altérée et devenue nasillarde. La suppuration des fosses nasales avait beaucoup diminué depuis que la perforation s’était établie.

Voici le traitement qui fut prescrit :

3 verres par jour d’une décoction dequassia amara avec 60 grammes de sirop de gentiane;

lodure de potassium administré en solution d’abord à la close de 3 grammes, puisa la dose de 6 grammes par jour.

Gargarisme trois fois par jour avec la solution suivante :

Eau distillée, 200 grammes.

Teinture d’iode, 6 grammes.

lodure de potassium, 1 gramme.

Mêlez.

Le 9 octobre 1846, l’ulcération de la voûte palatine était déjà un peu rétrécie, mais une petite portion du vomer s'était détachée. Le 10 novembre tout était cicatrisé : la perforation centrale persistait. Le malade sortit de l’hôpital avec la recommandation de continuer l’usage de son traitement pendant deux mois.

Cette observation, comme toutes celles que nous avons déjà publiées, montre la régularité des lois auxquelles la syphilis est soumise. Ainsi l’évolution successive des accidents primitifs, secondaires et tertiaires nous est apparue dans l’ordre indiqué. L’inlluence du traitement des accidents primitifs, insulïisante pour guérir la diathèse, a retardé la manifestation des accidents secondaires.

L’administration d’un nouveau traitement fit disparaître les aceidenls secondaires, mais la diathèse persistant, les accidents tertiaires apparurent à leur tour. Un fait important à noter et qui se rencontre quelquefois pourtant, c’est la brusquerie d’invasion avec laquelle le sarcocèle syphilitique s’est développé. Ordinairement insidieux dans ses débuts, lent dans sa marche, indolent desa nature, employant dos mois et môme des années à parcourir ses phases, il n’attaque que partiellement un seul ou les deux testicules; mais, comme dans le cas dont il s’agit, il peut affecter le testicule dans sa totalité par une sorte de fluxion aiguë, d’où l’on peut admettre deux variétés du sarcocèle syphilitique, l’une aiguë et l’autre chronique.

La première variété est le plus souvent accompagnée de douleurs directes ou sympathiques faciles à confondre avec celles que détermine l’orchite inflammatoire simple, si on ne tenait compte des conditions dans lesquelles la maladie est née.

La seconde variété pourrait être confondue avec le sarcocèle scrofuleux-tuberculeux et avec les différentes variétés du cancer du testicule, ou bien encore avec l’hématocèle par les observateurs inattentifs. Mais la symptomatologie que nous avons établie et les signes que nous avons fait ressortir serviront toujours pour le diagnostic différentiel.

Quant à la carie de la voûte palatine qui a fourni le sujet de la planche, c’est un accident qu’on rencontre assez souvent; il est sans doute fréquemment précédé ou accompagné des symptômes que nous avons signalés chez notre malade, mais il peut se présenter seul quelquefois; sans lésion préalable des fosses nasales, il peut débuter par la voûte palatine et parcourir toutes ses phases, ou bien c’est par le plancher des fosses nasales que la maladie commence, ainsi qu’on a pu le voir dans le cas particulier dont nous venons de tracer l’histoire.

La carie et la nécrose, très-souvent combinées dans ces régions, peuvent être la conséquence d’une dénudation des os, par suite d’ulcérations secondaires tardives des muqueuses, ou de la fonte purulente et d’ulcérations consécutives des tubercules du tissu cellulaire sous-muqueux. Mais le plus ordinairement, ainsi que l’observation présente le prouve, c’est par une ostéite que la maladie débute, et cette ostéite, rarement plastique, donne lieu à la suppuration, qui détermine la carie et la nécrose.

En effet, il nous a été donné de trouver dans des fragments d’os détachés, tantôt la partie calcaire seulement, tantôt le séquestre qui présentait à la fois et la trame organique et la portion calcaire de l’os.

Ne pas vouloir admettre dans la syphilis la carie ou la nécrose isolément, ou la carie et la nécrose combinées à la fois, c’est exiger de la nature autre chose que ce qu’elip doit faire dans des conditions données.

On peut affirmer aussi, contradictoirement aux assertions de Delpech, Becquetl et autres, que la syphilis seule et arrivée à une certaine période de son existence, cest-à-dire après qu’elle a profondément altéré la constitution, peut déterminer tous les accidents que nous avons énumérés.

Notre malade n’avait jamais présenté aucune manifestation de scrofule, transmise par hérédité ou acquise, et jamais le mercure n’avait occasionné chez lui aucun accident.

Les perforations de la voûte palatine sont quelquefois tellement considérables, qu’on ne peut y remédier

qu’en ayant recours aux différents obturateurs connus. Mais, dans quelques circonstances de destructions limitées, on peut en essayer la cure à l’aide de l’autoplastie. Il y a sept ou huit ans, j’ai obtenu un succès sur un architecte, habitant de la Suisse, par un procédé analogue à celui de Krimer. La perforation, légèrement elliptique, à grand diamètre antéropostérieur, avait un peu moins d’un centimétré d’étendue.

Je pratiquai d’abord, à droite et à gauche de la perforation, et à un centimètre de distance, une incision longitudinale d’avant en arriére, de deux centimètres de longueur. Des deux extrémités de ces deux premières incisions j’en fis partir quatre autres à angles droits et dirigées de dehors en dedans, laissant entre elles, sur la ligne médiane, un intervalle de quatre ou cinq millimètres. Je disséquai, de cette manière, deux petits lambeaux quadrilatères, dont le bord interne restait adhérent au pourtour de la perforation. Je les renversai de dehors en dedans (leur face supérieure, décollée de la voûte palatine, devenant ainsi inférieure), et je mis leurs bords saignants

EXPLICATION DE L

Ityp6roslose de la clavicule droite et ulcérations U marche serpigineuse. Ces ulcérations, consécutives à une sypliilide iiiherculeuse, sont en voie de guérison.

Dans rinlervalle de ces ulcérations on voit des cicatrices déprimées et adhérentes aux os.

en contact. La réunion fut opérée et maintenue à l’aide à’érignes-agraffes que je fis exécuter à M. Charrière, et qui sont semblables à celles queM. Vidal (de Cassis) vient d’appliquer, du reste d’une manière plus étendue, à la réunion de différentes plaies. Ces érignes, en 8 de chiffre, pouvant être ouvertes en comprimant l’ovale supérieur, se rapprochaient ensuite par leur propre élasticité. A cause de la région sur laquelle elles devaient être appliquées, leurs crochets étaient coudés à angle droit sur leur extrémité, et dans la petite plaque formant ressort se trouvait un trou dans lequel passait un fil pour les fixer aux dents et prévenir ainsi leur chute dans la bouche. Je les laissai seulement appliquées vingt-quatre heures, et la réunion fut obtenue.

Voici le dessin qui représente la forme de ces pinces.

PLANCHE XXXVII

Fig. 2. Ulcération de la voûte palatine avec carie et nécrose des os.

Ulcérations téréhrantes ayant pour siège le voile du palais et la partie supérieure et postérieure du pharynx, consécutives à des tubercules du tissu . cellulaire sousmuqueux.

PLANCHE XXXVIII

RIJPIA (acccïbent secondaihi: tardif) TUMEURS GOMMEUSES ET SARGOCÈLE SYPHYLITIQUE (accidents tertiaires).

OBSERVATION

Le nommé T*^*, âgé de quarante-six ans, fut reçu à l’hôpital du Midi le 42 mars 1847. D’un tempérament sanguin et d’une assez forte constitution, il avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’on 4845, il contracta un chancre à la hase du gland. Ce chancre ne fut pas très-douloureux; il ne s’étendit pas beaucoup et était accompagné de dureté. Les ganglions des aines se tuméfièrent des deux côtés; mais il ne survint aucune suppuration. Le traitement consista dans des pilules, et la guérison ne fut obtenue qu’au bout de cinq mois.

Deux mois après la cicatrisation du chancre, le malade fut pris de douleurs frontales. Ces douleurs se faisaient surtout sentir pendant la nuit, et la pression ne les augmentait pas. A cette époque, les cheveux tombèrent en assez grande quantité. Bientôt de nouvelles douleurs se manifestèrent au voisinage des grandes articulations, et, bien que fût devenu très-impressionnable au froid, ce n’était que lorsqu’il se couchait et qu’il commençait à sentir la chaleur du lit que les douleurs s’éveillaient et prenaient une assez grande intensité ; du reste, comme celles du front, la pression ne les rendait pas plus fortes. En même temps que ces accidents, des papules muqueuses se développaient entre les orteils et s’ulcéraient en plusieurs points, dans les commissures, pour constituer ce qu’on est convenu d’appeler des rhagades. Ces ulcérations interdigitales donnaient lieu à une suppuration abondante et fétide et gênaient beaucoup la marche du malade, qui vint alors réclamer des soins à l’hôpital du Midi. Il fut traité par le proto-iodure de mercure, d’abord â la dose de 5 centigrammes par jour, puis à 40, puis à 45. Il prit de la tisane de saponaire et du sirop du gentiane. Les plaques muqueuses et les ulcérations des orteils furent lotionnées deux fois par jour avec de l’eau chlorurée au quart, et ensuite saupoudrée avec du calomel; tandis que les surfaces contiguës étaient tenues isolées à l’aide de charpie sèche. Au bout de vingt

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