‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 91 sur 121 · PL. XXXVIII · texte numérisé non relu

PL. XXXVIII

jours, tout avait disparu, et le malade, se croyant guéri, voulut quitter l’hôpital. Trois mois plus tard, il revint avec des ulcérations des narines et des papules granuleuses des ailes du nez. Un nouveau traitement mercuriel fut administré et continué seulement pendant six semaines, car ce malade, toujours impatient, ne voulut pas consentir à en prolonger plus longtemps l’usage.

Au mois de décembre 4846, qui n’avait plus rien éprouvé, fut tout à coup pris de douleurs articulaires assez intenses, ayant un genou pour siège (rhumatisme articulaire). Ces douleurs de l’articulation du genou différaient par conséquent de celles qu’il avait eues à une autre époque, en ce qu’elles étaient augmentées par la pression, par le froid et par l’humidité; le repos et la chaleur les diminuaient ou les faisaient disparaître. Vers le commencement de' janvier 4847, vit paraître sur les cuisses et sur les jambes une éruption qui, d’abord peu prononcée, sans douleur et sans démangeaison, s’accrut assez rapidement et donna lieu à des croûtes stratifiées, brunes foncées, saillantes, coniques, sèches, assez fortement adhérentes et couvrant complètement les surfaces qui les produisaient, et dont le diamètre pouvait égaler celui d’une pièce de deux francs ; c’était du rupia. Il survint un peu de fièvre le soir. Une douleur limitée à la face interne du tiers supérieur du tibia se manifesta presque en môme temps. Celle douleur fut d’abord intermittente nocturne; la moindre pression l’exaspérait; peu à peu le tibia se tuméfia dans le point indiqué, et alors la douleur fut à peu près continue, mais avec des exacerbations nocturnes.

Indépendamment des accidents qui viennent d’être énumérés, il se développa, dans le tissu cellulaire sous cutané de la partie inférieure et externe de la cuisse gauche, de petites tumeurs assez régulièrement arrondies, dures, indolentes et mobiles. Ces tumeurs, tuberculiformes, du volume d’un gros pois,

quand on s’en aperçut pour la première fois, s’accrurent peu à peu en soulevant la peau, et atteignirent la grosseur d’une petite noix. L’une d’elles devint douloureuse, chaude, plus adhérente à la peau qui prit une teinte rouge violacée; elle se ramollit et finit par présenter de la fluctuation. Alors la peau qui la recouvrait s’amincit, s’ulcéra et laissa échapper un pus sanieux, mal lié, chargé de détritus organiques et d’une odeur fétide. La tumeur vidée, l’ouverture qui s’était spontanément faite à la peau ne prit pas d’extension, elle se couvrit d’une croûte épaisse, saillante et très-semblable à celles du rupia qui existaient dans le voisinage.

Mais là ne se bornait pas, chez notre malheureux malade, la série des ravages que devait produire la syphilis. Le testicule gauche avait peu à peu augmenté de volume et durci, sans qu’il fût possible de savoir précisément à quelle époque avaient commencé ces altérations de volume et de consistance. Aucune douleur n’avait précédé la maladie du testicule, soit dans l’organe même, soit dans ses régions sympathiques. Il n’était survenu un peu de douleur que récemment et sans caractère nocturne ; le poids déterminant des tractions sur te cordon, gênait plus qu’il ne faisait réellement souffrir.

Voici du reste ce qu’un examen attentif permit de constater :

Le côté gauche du scrotum, qui ne présentait aucun changement de texture, de couleur ou de chaleur, renfermait une tumeur libre de toute adhérence, et d’un volume double du testicule resté sain, à droite. Dans cette tumeur, il était impossible de retrouver l’épididyme.

Evidemment constituée par le corps du testicule et la tunique vaginale, sa forme était irrégulière et sa consistance inégale : en lias et en avant, il y avait de la fluctuation, et on pouvait s’assurer, par la transparence de cette partie, qu’il y avait de la sérosité dans la tunique vaginale ; dans les autres points on sentait, dans l’épaisseur du testicule, trois noyaux durs, résistants, élastiques, paraissant plongés dans les vaisseaux séminifères dont une partie était restée saine et leur formait une sorte d’atmosphère. En touchant le testicule malade avec ménagement, on

ne déterminait aucune espèce de souffrance ; mais si on exerçait une pression un peu forte, on exaltait la sensibilité. Il était facile de comprendre, dans ce cas, que les points indurés n’étaient pas douloureux par eux-mêmes, mais que les tissus sains ambiants le devenaient quand on les comprimait sur eux.

Du reste, le canal déférent était tout à fait à Vètat normal. Quant aux fonctions génitales, elles avaient un peu perdu de leur vigueur.

Contre les accidents secondaires tardifs et contre les accidents tertiaires dont était affecté simultanément, on dut avoir recours à la médication mercurielle et iodurée. On lui fit prendre tous les jours delà tisane de feuilles de saponaire, lOcentigrammes de proto-iodure d’hydragyre et 3 grammes d’iodure de potassium.

Les douleurs ostéocopes cédèrent dès les cinq preniiers jours du traitement. Les croûtes de rupia se détachèrent rapidement, laissant à découvert des ulcérations dont la cicatrisation fut promptement obtenue à l’aide de pansements avec la pommade au calomel (4 gramme de calomel pour 30 grammes de cérat opiacé). Les tumeurs gommeuses sous-cutanées et les noyaux ou indurations plastiques du testicule se résorbèrent aussi excessivement vite, de telle sorte que ce malade put quitter l’hôpilal, après six semaines de traitement, sans autres traces de sa maladie que les cicatrices du rupia. Le testicule était revenu à l’état normal : volume, forme, consistance, fonction, tout était parfait.

L’observation qu’on vient de lire n’a pas besoin de commentaire : c’est un de ces exemples si communs d’évolution régulière de la syphilis, dans lesquels le traitement spécial, de trop courte durée ou à doses insuffisantes, guérit les accidents actuellement existants, sans en prévenir d’autres et sans les déranger, toujours, dans leur ordre naturel d’apparition ; ordre si régulier, si évident pour quiconque veut le comprendre. 11 démontre la prompte efficacité d’une médication rationnelle, appliquée selon la nature des accidents qu’on a à combattre et les phases auxquelles ils appartiennent. Il fait voir enfin la nécessité de prolonger convenablement les traitements si on veut obtenir des guérisons durables.

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