‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs (volume 2)Chapitre 46 sur 124 · GALLE · texte numérisé non relu

GALLE

précipités que forme la décoction de galle dans les dissolutions métalliques renferment les oxides réduits.

Couleurs des précipités obtenus cwec différentes dissolutions salines » t^cls de platine , vert d olives sel d’or brun verdâtre; sel de mercure, jaune; sels de plomb, blanc ou gris; sel d’argent, brun; sels de cuivre, jaune brunâtre; sel d’étain , blanc grisâtre; sels de cobalt, bleu pâle; sels de bismuth , jaune verdâtre; sel d’antimoine , blanc bleuâtre; sels de zinc, faible brun verdâtre; sel de nickel, blanc; sels de colombium, orange; sels d’osmium, pourpre passant au bleu; sels de fer, noir.

La noix de galle est employée pour teindre le coton en brun et en jaune cannelle , en le passant dans une décoction de galle après l’avoir aluné; la laine sans mordant y prend un gris brunâtre. On obtient un beau jaune nankin en passant le coton dans du lait, séchant, passant ensuite dans un bain d’alun saturé par une addition de 1/8 de chaux; rinçant, séchant, et passant alors au bain de galle. En employant du nitrate de plomb au lieu d’alun, on obtient une couleur semblable et aussi solide (Bancroff).

La noix de galle , ainsi que tous les autres corps qui renferment de 1 acide galiique , sont employés pour produire les noirs avec les sels de fer. Les étoffes de laine sont d’abord chaullees avec la noix de galle, et passées ensuite au bain de fer. On opère de la meme manière pour teindre les chapeaux. On donne cependant ordinairement à la laine un fond bleu. On commence par l’engallage, parce que l’oxide de fer n’ayant pas une grande affinité pour la laine , il ne se fixe qu’autant que la laine est déjà couverte d’un mordant pour lequel il a une grande affinité.

Espèces. Les principales espèces de galle qui paraissent dans le commerce sont les suivantes :

Noix cle galle df Alep. C’est la meilleure; elle est plus

2fl2 GALLE.

petite , plus lourde , plus pure , plus foncée que celle d’Europe, et très-riche en acide gallique et tannin. Elle n’est point un produit de la Syrie ni de Fîle de Chypre , quoiqu’elle porte le nom de ces pays ; elle provient des provinces d’Asie plus orientales. D’après BancrofF, elles viennent des Indes occidentales. Il y en a de noir bleuâtre , de vertes et de gris blanchâtre. On distingue encore les galles en sorte. Les bonnes noix de galle sont passablement dures et cassantes; elles tombent rapidement dans l’eau; au centre elles ont un grain brunâtre.

Noix de galle de Sorian. Également de Syrie , mais inférieures aux autres.

Noix de galle distrie . Elles égalent souvent en bonté les noix de galle moyennes d’Àlep; mais ordinairement elles leur sont inférieures, quoique meilleures que celles d’Ungarn (Esclavonie). Elles viennent d’Istrie, et sont fréquemment employées en Autriche pour la préparation des maroquins.

Noix de galle des Abruzes , de la Romanie et d autres parties de V Italie. Elles sont inférieures à celles du Levant; mais les meilleures surpassent un peu celles d’Istrie.

Noix de galle d Ungarn ( Esclavonie ) . Elles sont lisses , d’un gris jaunâtre , blanc jaunâtre ou blanches; elles sont inférieures aux précédentes. Il y en a une espèce plus grosse et plus inférieure encore.

Noix de galle de la Chine. Cette espèce a été observée depuis peu. Brand (Anglais) dit qu’elles sont plus riches que toutes les espèces connues jusqu’à présent , de même grosseur, jusqu’à celle d’une noix, avec une écorce lisse d’un gris rougeâtre (épaisse de 1/10 de pouce) ; dans l’intérieur se trouve une moelle brune dans laquelle on remarque des • insectes. Elles se développent en vésicules sur les jeunes branches ( ce serait alors une espèce de knoppern ). Leur sa-

GALLE. 2t)J

veur est plus astringente que celle de tous les autres corps qui contiennent du tannin. Elles donnent avec les sels de 1er un noir pur. Le tannin et l’acide gallique y paraissent entièrement exempts de matière extractive; on peut alors extraire ces matières à un plus haut degré de pureté. Elles ne sont pas bonnes pour le tannage , à cause de l’absence d’extractif : les cuirs deviennent trop cassans; aussi elles sont uniquement employées en Chine pour la teinture. Elles sont préiérables en teinture à toutes les autres , parce qu’elles ne renferment point de matières colorantes qui pourraient être nuisibles a la couleur noii per, et aussi pour l’encre qui ne moisit pas aussi vite, parce que 1 altération qu’elle éprouve paraît provenir de la matière extractive.

Les galles sont rarement fausses; cependant quelquelois on teint les blanches en noir; mais on les reconnaît à leur légèreté et à la présence des ouvertures.

TANNIN. Le chêne et ses productions, la noix de galle , les knoppren , etc. , doivent leur influence dans la teinture à la présence du tannin et de l’acide gallique : deux matières trèsvoisines, et qui paraissent se transformer 1 une dansl autie. On ne connaît pas encore parfaitement leur nature. Le tannin doit être ici examiné avec soin , à cause de sa propriété de se combiner avec la gélatine , en formant un corps flexible imputréfiable ; propriété sur laquelle repose toute la tannerie ( i ) ; et parce qu’il forme avec l’oxide de fer une combinaison noire qui a de l’affinité pour les étoffes.

(1) Ordinairement on apprécié la quantité de tannin que contient une décoction en la précipitant par une dissolution de gélatine; mais il paraît qu’il y a des espèces de tannin qui ne jouissent pas de cette propriété quoiqu’elles produisent du noir avec les dissolutions de fer. Aussi ce procédé n’est pas toujours exact pour estimer la valeur d une plante sous le rapport de la teinture en noir.

Jusqu’à présent on n’a trouvé ie tannin que dans les plantes vivaces , et dans les parties de celles-là qui sont durables. Les écorces de presque tous les arbres et arbustes en contiennent, principalement dans les parties les plus voisines du bois , parce que celui des couches extérieures est altéré par le contact de l’air. A l’extérieur il se transforme en matière insoluble , et en extractif amer dans les parties intérieures. Il paraît qu’avec l’âge il se décompose également dans le bois. Il se trouve dans les racines de plusieurs végétaux, dans les feuilles de différentes plantes , dans les enveloppes de quelques fruits et dans quelques fruits, principalement avant la maturité. On ne l’a jamais rencontré dans les plantes vénéneuses , ni dans celles qui renferment une résine élastique et un suc laiteux.

On connaît principalement deux espèces de tannin; celui qui précipité le fer en vert , et celui qui le précipite en noir.

Le tannin est brun , très-soluble dans l’eau. La dissolution attire l’oxigène de l’air, forme des matières insolubles, se décompose en partie , et ne précipite plus le fer en noir bleuâtre, mais en brun. Les alcalis le rendent rouge-brun, et forment une combinaison peu soluble; la chaux agit de la même manière» L’alun fraîchement précipité enlève le tannin en dissolution, et forme une combinaison d’un gris verdâtre indécomposable par l’eau , soluble dans les acides. L’oxide rouge de plomb et le deutoxide de mercure se combinent avec le tannin , et forment des combinaisons brunes. Mis en contact avec les sels d’or, il précipite l’or à l’état métallique. Il forme des précipités différemment colorés avec les autres dissolutions métalliques , parmi lesquels on distingue ceux de deutoxide de fer, qui sont d’un beau noir. Celui des sels de cuivre est brun; celui de nitrate de cuivre est jaune clair. Avec l’amidon, la fibre ligneuse, la gélatine ,

le mucilage , la gomme - résine , la matière caseuse , il forme des combinaisons insolubles , dont plusieurs sont employées.

On a observé que le tannin des différens végétaux ne jouissent pas des mêmes propriétés , probablement parce que la saison , l’âge et la nature de l’arbre produisent des variétés différentes. Souvent aussi pendant les recherches il se forme ou il se décompose du tannin; cependant nous allons rapporter les résultats des expériences qui ont été faites pour déterminer la quantité de tannin refermée dans différentes

matières végétales.

D après Davy.

Une once contient :

matière extractive.

Écorce de chêne vieux, blanche, intérieure

Écorce de chêne jeune

Écorce de châtaignier

Éeorce de saule de Leicester, intérieure. Écorce de chêne moyenne, colorée. . .

Écorce colorée de châtaignier

Écorce de saule de Leicester. . . . . ,

Écorce de chêne entière

Écorce de châtaignier tout entière. . .

Écorce de saule tout entière

Écorce d’orme • • • •

Écorce de saule ordinaire.

Sumac de Secels. .

Sumac de Malaga

Thé sonchonc

Thé vert

Gatéchu de Bombai

Catéchu de Bengale.

grains.

iG5

Noix de galle.

tannin.

grains.

rw

D'après B i g- gins.

Cet auteur estimait îa quantité d’acide gallique d’après la force de îa couleur, la quantité de tannin d’après la quantité de précipité qu’un demi -litre d’infusion donnait avec une dissolution d’une once de gélatine.

Une livre :

Écorce d’orme

Ecorce de chêne coupé en hiver. . ,

Écorce de châtaignier

Ecorce de hêtre

Écorce de saule et branches

Écorce de sureau

Écorce de prunier . .

Écorce de saule, du tronc

Écorce de platane , .

Écorce de bouleau

Ecorce de cerisier

Écorce de saule

Écorce de peuplier

Écorce de noisetier

Écorce de frêne

Ecorce de châtaignier, du tronc . . .

Ecorce du chêne lisse

Écorce de chêne coupé au printemps.

Ecorce de saule de Leicester

Ecorce de sumac

acide gall. tann. pre'cip.

grains

grains

. ÎO

D’après Cadet de Gassicourl .

M. Cadet de Gassicourt a déterminé îa quantité de tannin renfermée dans plusieurs végétaux, par la quantité de

précipité que les décoctions donnaient avec la gélatine, lous ont été fortement desséchés; 100 grammes ont donné :

grammes.

Noix de galle. . 4^

Piacine de tormantille 4 b

Cornus sanguinea du Canada 44

Ecorce d’aulne 56

Écorce d'abricotier 52

Écorce de grenadier. . « 02

Écorce de chêne 21

Écorce de cerisier 2 4

Écorce de cerisier de Cornouailles 19

Écorce de platane 16

Écorce du saule pleureur 16

Écorce de l’olivier de Bohême i4

Écorce de l’arbuste à tan à feuilles de myrlhe. . i5

Écorce de sumac de Virginie 10

Écorce du chêne vert 10

Écorce de sorbier 8

Écorce du châtaignier rose d’Amérique 8

Écorce du châtaignier rose 6

Écorce du châtaignier rose de Caroline. »... 6

Écorce du sumac de Canada h

Observations sur le tannin de différentes substances végétâtes ,

par M. Berzelius.

La décoction de noix de galle contient du tannin , un peu d’acide gailique , des tannates et des gallates de potasse et de chaux , du tannin altéré dans 1 état que i on désigné ordinairement sous le nom d '‘extractif , et enfin une combinaison insoluble dans l’eau froide, du tannin avec peut-être

de l’acide pectique , que l’on obtient surtout avec l’extrait d’écorce de chêne.

Les meilleurs réactifs pour préparer le tannin sont l’acide sulfurique et la potasse.

On purifie le tannin avec l’acide sulfurique, en filtrant à travers une toile une infusion chaude de noix de aalle , ajoutant une très-petite quantité d’acide sulfurique affaibli, et mêlant bien. Il se produit un léger coagulum qui contient du tannin et de l’extractif, qui , de même que dans la clarification par le blanc d’œuf, enveloppe les corps en suspension , de manière que le liquide peut être filtré. On ajoute alors à la dissolution filtrée de l’acide sulfurique étendu de la moitié de son poids d’eau , et l’on agite le précipité; on verse l’acide par petites portions, tant que l’on aperçoit que le précipité , après une heure de repos , se prend en une masse glutineuse demi-fluide. Aussitôt que l’on s’aperçoit qu’il change de nature on décante le liquide, et on le mêle avec précaution avec de l’acide sulfurique concentré, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité. On obtient ainsi une masse blanche tirant au jaune , qui est une combinaison d’acide sulfurique et de tannin , et qui est insoluble dans une eau acidée. On la porte sur le filtre ; on la lave avec de l’eau mêlée de beaucoup d’acide sulfurique; on la presse entre du papier non collé, et on la dissout dans de 1 eau pure, avec laquelle elle forme instantanément une dissolution d un jaune pâle; on ajoute alors par petites portions du carbonate de plomb en poudre très-fine , qui sature d abord 1 acide sulfurique libre, et ensuite, après une courte macération , celui qui était combiné avec le tannin : aussitôt que la saturation est achevée, la couleur devient d un jaune plus foncé. On filtre la dissolution et on l’éva-

pore à siccité, et mieux dans le vide. On obtient ainsi une masse dure extractiforme , qui contient le tannin pur avec

l’extractif formé par l’accès de l’air. Cette masse étant pulvérisée est mise en digestion avec de l’éther à une température de 3o°, tant qu’il se dissout encore quelque chose; on laisse l’éther s’évaporer spontanément , et le tannin reste sous la forme d’une masse transparente à peine jaunâtre, qui ne change point à l’air. Ce que l’éther n’a point dissous est l’extractif brun , qui ne se dissout plus entièrement dans l’eau.

On purifie le tannin au moyen du carbonate de potasse, en mêlant une infusion de noix de galle fdtrée avec une dissolution concentrée de carbonate de potasse, tant qu’il se forme un précipité blanc, mais pas au-delà , parce que le précipité serait dissous par un excès d’alcali. Le précipité est lavé sur un filtre avec de l’eau à la glace, car il serait entraîné par l’eau chaude , et ensuite on le dissout dans l’acide acétique étendu , qui en sépare une matière brune. Cette matière est l’extractif qui s’est formé pendant les lavages par Faction de l’air. Après avoir filtré la dissolution, on précipite le tannin par l’acétate de plomb; on lave bien le précipité, quoique dans cette opération sa couleur passe du blanc au jaune , et on décompose par l’acide hydro-sulfurique. Le liquide filtré est incolore , et laisse , par l’évaporation dans le vide sur la potasse , le tannin en écailles dures, légères, jaunâtres et transparentes , qui, exposées à l’air et surtout à la lumière solaire, prennent une couleur jaune plus foncée : les écailles dissoutes dans l’éther abandonnent l’extractif. J’ignore si dans l’opération qui vient d’être décrite le sulfure retient l’extractif du tannin. Un pharmacien français a reconnu au sulfure de mercure la propriété de décolorer comme la poussière de charbon; sa manière d’agir paraît être la même. La potasse enlève l’extractif au sulfure de plomb.

Le tannin pur est incolore; il doit sa couleur jaune ou

27o TANNIN.

brune à une altération par l’air. Il n’est point déliquescent , se dissout dans l’eau avec la plus grande facilité, et se laisse pulvériser aisément. La propriété qu’on lui attribue ordinairement de se ramollir entre les doigts lui manque entièrement : à la distillation il ne donne point d’ammoniaque , mais une huile jaunâtre et un liquide qui , par le refroidissement laisse déposer des cristaux de nature différente de celle de l’acide gallique. Ils ont une saveur brûlante , ne produisent point de noir avec les sels de fer, mais les colorent en jaune-vert , et forment un précipité d’un vert-gris. Le tannin du chêne est précipité par la plupart des acides, excepté l’acide acétique. Le précipité adhérent qu’il donne avec les acides doit son adhérence principalement à la combinaison de l’acide avec l’extractif. Si on le dissout dans l’eau bouillante , la plus grande partie de ce dernier se sépare par le refroidissement , et l’on peut séparer le tannin du liquide éclairci de la manière qui vient d’être indiquée. Les combinaisons exactement saturées d’acides n’ont point du tout de saveur aigre, mais seulement une saveur pure astringente ; si bien que l’on n’y soupçonnerait pas la présence d’un acide. A l’état pur elles sont ordinairement trèssolubles dans l’eau , et n’en sont précipitées que par un grand excès d’acide. Le tannin donne avec les hases sali-

fiables des combinaisons très-remarquables. Celle avec la potasse ou avec l’ammoniaque â l’état neutre est peu soluble dans l’eau froide, et se précipite sous la forme d’une terre blanche; elle se dissout dans l’eau bouillante , et s’en sépare par le refroidissement sous la forme d’une poudre qui 7 portée sur un filtre, pressée et desséchée , a tout-à-fait l’apparence d’un sel terreux inorganique , et se conserve dans l’air sans altération. Pendant qu’elle est humide il se forme de l’extractif aux dépens de l’air. La combinaison avec la soude a la même apparence , mais elle est beaucoup plus

TANNIN. a7x

soluble. On sait que le tannin du chêne précipite la dissolution d emetique. Ce précipite est remarquable en ce qu’une partie du tannin prend dans le sel la place de l’oxide d’antimoine. Lorsque l’on se sert de la dissolution de noix de galle, c’est l’acide gallique qui se combine de préférence avec le sel, et qui ainsi imite l’acide borique.

Le tannin de l’écorce de quinquina, indépendamment du procédé de M. Pelletier, peut être obtenu en faisant à chaud une infusion faiblement acide d’écorce de quinquina , la filtrant après le refroidissement, et la précipitant par le carbonate de potasse. On obtient un précipité blanc, qui est le tannin combiné avec la quinine et la cinchomne , précipité duquel on peut retirer beaucoup de tannin en ajoutant un excès de potasse. Le précipité devient rouge-brun par les lavages, parce que îe tannin se décompose plus vite par 1 air que le precedent. Âpres avoir lavé le précipité on le traite par 1 acide acétique , qui dissout les bases et le tannin, et laisse l’extractif formé pendant les lavages. C’est cet extractif que M. Pelletier a nommé rouge de quinquina , et dans lequel le tannin de l’écorce de quinquina peut être entièrement changé. On précipite ensuite le tannin par l’acétate de plomb, et on décompose le précipité par l’hydrogene sulfure, comme plus haut. Il se précipite en un liquide d un jaune clair qui , évaporé dans le vide , laisse un extrait consistant d un jaune pâle, d’une saveur purement astringente , sans amertume. L éther le dissout , et le laisse par 1 évaporation avec une couleur jaune plus pâle; il s’en sépare du tannin combiné avec du rouge de quinquina. Le sulfure de plomb , après la décomposition du sel de plomb par 1 hydrogène sulfuré , en sépare une nouvelle portion de rouge de quinquina. Le tannin de l’écorce du quina donne avec les acides des combinaisons peu solubles , mais qui sont cependant beaucoup plus solubles que celles du tannin

d'écorce de chêne. On peut , en mettant dans une dissolution très -concentrée une dissolution aussi très -concentrée de carbonate de potasse , obtenir une combinaison pulvérulente; mais ce précipité , aussi bien que le liquide surnageant , se change en peu d’heures en rouge de quinquina par l’influence de l’alcali.

On purifie le tannin de cachou de la manière suivante : on réduit te cachou en poudre , et on le traite par l’eau chaude dans un vase fermé; on filtre la dissolution à travers un linge , et on la clarifie avec un peu d’acide sulfurique; on la mêle ensuite avec de l’acide sulfurique concentré tant qu’il s’en sépare quelque chose; on lave le précipité avec de l’eau acidée; on le dissout ensuite dans de l’eau bouillante , et pendant le refroidissement la combinaison de 1 aeide sulfurique avec l’extractif se sépare avec une couleur jaune-brun. Le liquide filtré, qui est rouge, est mêlé avec du carbonate de plomb, et agité avec soin jusqu a ce qu il ne trouble plus le chlorure de barium ; étant filtré il ne conserve qu’une couleur à peine jaunâtre , et en l’évaporant dans le vide, il laisse le tannin pur en une masse jaune , transparente , consistante et homogène. Il se dissout facilement dans l’eau et l’alcool, et même un peu dans l’éther; sa dissolution dans l’eau , exposée à l’air , commence par devenir d’un rouge foncé à sa surface , et en 24 heures dans toute la masse. Si on l’évapore alors , il reste une matière qui ressemble parfaitement au cachou par ses propriétés , qui ne se dissout pas entièrement dans l’eau froide, et qui laisse un dépôt d’un rouge-brun. Ses combinaisons avec les acides sont aussi solubles que celles du tannin de quinquina, elles ne sont point précipitées par la potasse , mais par son influence elles se changent bientôt en exti actif rouge.

La gomme kino contient un tannin qui diffère beaucoup des tannins précédens. On le précipite d une infusion de

GARANCE. s73

gomme kino par i’acide sulfurique , et on le lave avec de l’eau froide. Le précipité dissous dans l’eau bouillante abandonne par le refroidissement l’extractif combiné avec l’acide sulfurique. On décompose le liquide surnageant par l’eau de baryte , avec l’attention de précipiter exactement l’acide; en l’évaporant dans le vide , on obtient une matière rouge , transparente , d’une astringence pure , peu soluble

dans l’eau froide et insoluble dans l’éther. Elle a une si

grande tendance à former de l’extractif, que sa dissolution se trouble d’elle-même à l’air, et dépose une substance d’un rouge clair. On ne peut séparer l’acide sulfurique avec le carbonate de plomb; caron obtient un liquide presque noir* qui tient du plomb en dissolution , et qui , après l’évaporation , laisse une matière noire insoluble dans l’eau froide : même chose arrive lorsqu’on cherche à le séparer avec l’acétate de plomb ou de cuivre et l’hydrogène sulfuré. Ce tannin forme avec les acides des précipités très-peu solubles, mais il n’est point précipité par le carbonate de potasse ou le tartre antimonié.

GARANCE. (Rubia tinctorum.) Sud Europe; cultivée. On en distingue deux variétés : celle qui est sauvage et celle qui est cultivée.

( Rubia cordifolia . ) Sibérie. La racine est utilisée en teinture comme celle de l’espèce précédente.

( Rubia peregrina . ) Espagne, Levant ; nouvellement cultivée dans le sud de la France.

Histoire . La garance était connue des Grecs et des Romains ; ils distinguaient les espèces cultivées et celles qui étaient sauvages. Elle fut successivement désignée sous les noms de Erytrodamus et de Værantia. C’est de cette dernière dénomination qu’est dérivé le nom français garance.

Toutes les parties de la première espèce contiennent une matière colorante jaune qui, par l’absorption de l’oxigène , Tom. I. 18

2 rj ^ G AB AN CE .

devient rouge; elle est déjà en partie dans ce dernier état dans la plante.

Cette matière colorante existe principalement dans la racine, a ussi cette partie de la plante est la seule qui soit employée en teinture. On distingue dans la racine (1 ) l’écorce, la partie moyenne et la partie ligneuse intérieure. L’écorce renferme la même matière colorante que le bois , mais elle contient beaucoup de matière extractive brune, qui altéré la couleui rouge. On cherche alors dans le moulage à séparer 1 ecorce, ce qui est facile, parce quelle se réduit plus facilement en poudre que le reste de la racine ; on enlève alors la poudre produite par l’écorce , au moyen du tamisage (2). Dans la partie moyenne de la racine , qui contient la plus belle matière colorante et en plus grande quantité, on distingue avec un microscope une grande quantité de petites parties brillantes rouges, renfermées entre les fibres. La matière colorante paraît exister principalement dans ces petits corps brillans. Les libres contiennent uné matière brune , semblable à celle qui se trouve dans l’écorce.

Les racines se trouvent dans le commerce , desséchées ou en poudre. On peut aussi les employer fraîches ; elles donnent alors de plus belles couleurs , teignent davantage (5) , et 011 peut extraire la matière colorante avec i/o moins

d’eau.

(ij La racine nouvelle renferme un suc jaune qui devient rouge pal les alcalis , et à Pair avec le temps. Dans les racines anciennes la teinte rouge commence à paraître dans l’intérieur.

(2) On peut aussi séparer en partie la matière brune de la décoction aqueuse de la racine.

(3) D’après Dembourney, \ livres de racines fraîches produisent autant d’effet que i livre déracinés sèches - et comme 8 livres de racines fraîches se réduisent à i livre par la dessiccation , il s’ensuit que la faculté teignante est deux fois plus grande dans les îacines fraîches que dans les racines sèches. D’apres un essai fait en Angleterre, 5livies de racines fraîches teignent autant cpie 4 livres de racines seclies.

Les racines qui croissent dans le midi de la France, en Alsace , en Hollande , sont livrées au commerce en poudre; celles qui viennent du Levant , et en partie celles du sud de la France , se trouvent dans le commerce sans être moulues ; elles sont alors désignées sous le nom d’alizari. La racine est rouge-jaune , moulue elle est d’un beau rouge. Quelquefois, après l’avoir moulue, on l’humecte et on l'expose à l’air : la matière colorante jaune est changée en rouge. Elle attire l’humidité de l’air; on doit par conséquent la conserver dans des vases fermés. La garance d’Allemagne et de Hollande est d’un jaune d’orange, tombant dans le rouge brun, d’une saveur acide et sucrée; son odeur est forte,

Il serait peut-être utile , si cela était possible, d’extraire la matière colorante de la racine fraîche et de la livrer ensuite au commerce; elle serait d’un transport plus facile et moins dispendieux.

Composition. Doebereiner considérait la garance comme renfermant deux matières principales : un acide, espèce de tannin d’un rouge bleuâtre, et une matière alcaline d’un rouge rose. Lorsque l’on verse de l’acétate de plomb dans une décoction de garance , la matière acide est seule précipitée; l’autre reste en dissolution. L’eau froide extrait la matière acide de la garance , et on peut dissoudre complètement 1 autre par l’alun. L’eau de chaux la précipite de sa dissolution avec une plus belle nuance que les autres alcalis (i). La garance contient en outre beaucoup de mucilage , du sucre et d’autres matières.

Bucholz a trouvé, dans 100 parties de garance séchée à l’air :

(1) M. Meiime préparait ainsi , aussi bien de l’e'corce que du bois, une Jaque approchant du carmin, et beaucoup plus solide. Il séparait la matière colorante fau\e’par l’eau froide ; et traitait le re'sidu par l'eau et l’alun ; la laque e'tait prccipite'e par les alcalis.

Matière extractive rouge de garance ^9, 0

Matière brun-rouge, soluble dans les alcalis et 1 al-

cool chaud

Matière extractive caustique

Résine grasse rouge ?

Gomme brun-rouge

Fibre ligneuse un peu rougeâtre

Matière soluble seulement dans la potasse

Sels végétaux de chaux

Eau *

Perte * » • •

John a trouvé :

Matière grasse analogue h la cire , brun-rouge. . 1,0

Matière rouge résineuse 0,0

Matière extractive rouge 20, o

Matière extractive oxidée 5, o

Gomme brunâtre 8, o

Fibre ligneuse 45, 5

Acétate de potasse et de chaux 8,0

Phosphate, sulfate et muriate de potasse, à peu

près 2> 0

Phosphate de chaux et de magnésie 7,0

Silice 1 ? 5

Oxide de fer 5

D’après d’autres analyses , la garance contient de l’acide tartrique libre; d’après Bartholdy, elle contient du sulfate de magnésie, qui n’a point été trouvé par John, et qui provenait peut-être du terrain dans lequel la garance observée avait végété ; d’après Braconnot , elle renferme du sulfate de potasse.

Kuhlmann , qui a nouvellement analysé la garance d’Alsace , y a trouvé de la matière colorante rouge , de la matière colorante fauve , de la fibre ligneuse , des acides végétaux , du mucilage, des matières végéto- animales ( végétales azotées ) , de la gomme (4/100), sucre (16/100), matière amère, résine, sels : ces derniers étaient formés de sous - carbonate , sulfate, phosphate et muriate de potasse, carbonate et phosphate de chaux, et delà silice.

Extractif rouge. La matière extractive rouge paraît, d’après Bucholz , être la principale matière teigÉànte de la garance. On l’obtient pure en traitant la garance par l’alcool (un peu aqueux). On évapore un peu, on sépare par le filtre le précipité résineux qui se forme , et on évapore complètement (1). Elle est rouge-brun, donnant dans le brunjaune, brillante, d’une saveur d’abord sucrée, ensuite amère et acide ; elle rougit le tournesol , prend à l’air une consistance sirupeuse , forme avec l’eau une liqueur brunrouge , qui n’est presque pas changée par les acides, et qui devient d’un beau rouge par les alcalis. Le chlore la décolore promptement.

Matière colorante rouge résineuse. La matière colorante résineuse qui se précipite dans l’opération précédente s’obtient pure en la lavant avec de l’eau et la dissolvant dans de l’alcool froid , évaporant la dissolution , traitant le résidu par l’éther , et évaporant à siccité. Cette matière est grasse au toucher, d’un rouge orangé; sa consistance est celle des baumes. Elle est insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcool, dans les alcalis, et plus soluble encore dans l’éther. Sa dissolution éthérée est d’un brun jaune, la dissolution ammoniacale est rouge-pourpre; sa dissolution dans

(1) Gernlin observe que îa matière ainsi obtenue doit contenir du sucre, de la matière amère brune et un acide.

les alcalis est violette. L’eau trouble la dissolution alcoolique.

Propriétés de la garance. — Amélioration par le temps. Si on met la garance moulue dans des tonneaux bien fermés , elle s’améliore beaucoup pendant plusieurs années , par la fermentation qui s’y développe ; elle gagne 4 à 5 pour 100 de poids , et i/3 de faculté tinctoriale (î). Cette amélioration paraît atteindre son maximum de la troisième à la cinquième année ; après la sixième année la garance se détériore. La racÉe non moulue , au contraire , s’altère toujours par le temps , ce qui parait être du a son contact avec l’air. L’alizari du Levant se conserve au plus quatre ans.

Action de T air . La garance éprouve à l’air une décomposition qui lui enlève bientôt toutes ses propriétés tinctoriales. Elle absorbe de l’eau et de l’acide carbonique.

Action de la lumière . La lumière détruit très-vite la matière colorante de la racine de la garance; aussi on la préserve avec soin de la lumière dans le séchage et au moulin. L’infusion de garance dans laquelle on ajoute de la craie , concentrée jusqu’à ce qu’on obtienne une encre rouge, laisse sur le papier des traits qui deviennent jaunes au soleil. La chaleur est aussi très-préjudiciable à la couleur de la garance.

Action de l'eau. L’eau froide , d’après Doebereiner , ne dissout que la matière colorante acide rouge de sang; l’eau chaude dissout aussi celle qui est rouge rose. D’autres observateurs prétendent que l’eau iroide dissout en petite quantité la matière colorante de la garance. La teinture à froid est d’un jaune rougeâtre , à chaud elle donne plus dans le brun. Par un bouillage continu , une partie de la matière colorante devient brune et insoluble; il se forme

(1)3/7 de livre de vieille garauce produisent le meme eftet qu une livre de nouvelle.

aussi à la surface du liquide une pellicule brune qui est produite par une altération de la matière colorante rouge ( 1 ). L’infusion et la décoction contiennent en outre des matières sucrées , mucilagineuses , de l’acide libre.

L’eau chaude ou bouillante versée sur la garance qui a été traitée par l’eau froide , prend une couleur d’un jaune rougeâtre. L’écume qui se forme par l’ébullition devient violette par le contact de l’air (2). La décoction est, dans le commencement , jaune rougeâtre ; après un plus long bouillage , jaune brunâtre. Avec du levain elle entre en fermentation , et sa consistance muciîagineuse disparaît ; il se forme de l’alcool, le résidu est coloré , et est préférable , pour la teinture , à la garance qui n’a point fermenté. Cette observation , faite par Doebereiner , a été confirmée par Strecius; cependant, ce dernier doutait que ce procédé fut avantageux , attendu le prix peu élevé des eauxde-vie et la perte de matière colorante de la garance; car trois parties du résidu servent seulement autant qu’une de garance ordinaire.

Si l’on abandonne à l’air l’infusion de garance , il se forme un précipité faible de matières rouges; elle se couvre de moisissure , se décolore et prend une teinte grisâtre.

( Chaptal. )

Action de l' alcool. D’après John, l’alcool paraît désoxigêner quelques parties de la garance, lorsqu’elles ont attiré de l’oxigène.

(1) Haussmann pensait que toute la matière colorante fauve de la garance se formait par Poxigénalion de la matière colorante rouge. D’après cela , j’attribue l’effet utile du muriate de protoxide d’etain dans la teinture avec la garance, à la propriété' de'soxigénante de ce sel.

(a) M. Chaptal a observé que la couleur de garance concentrée est violette , et qu’en l’étendant d’eau elle devient rouge. Il pense quel’oxigénation produit des couleurs violettes.

28o GARANCE.

Action des acides . Les acides décolorent le suc de la racine fraîche (i).

Les acides très-étendus forment avec la garance un extrait jaunâtre. Par une digestion continue , la couleur passe au vert, et la couleur paraît être détruite, mais les alcalis reproduisent la couleur rouge. Le chlore rend la décoction jaunâtre. Il faut deux fois plus de chlore pour décolorer la décoction de garance que celle du bois bleu , preuve que sa couleur résiste davantage à rinfluence de Fair. L’acide sulfurique décolore l’infusion alcaline, et précipite la matière colorante rouge-jaune. Le précipité est facilement soluble dans les alcalis; il est d’une couleur violette, il teint l’alcool en jaune, et l’eau froide en jaune rougeâtre sans se dissoudre entièrement. M. Chapta! pense que ce précipité contient la matière colorante de la garance, presque entièrement séparée de la matière jaune.

Action des alcalis. Les eaux alcalines forment avec la garance un extrait d’un rouge foncé violet; une dissolution saturé 3 de potasse forme un extrait ayant la couleur de celle du bois bleu. (60 parties de potasse sont nécessaires pour extraire la matière colorante d’une partie de garance.) Les acides rendent la liqueur jaunâtre sans former de précipité. L’infusion aqueuse de garance devient rouge violet par la potasse et la chaux ; la décoction , rouge de cochenille. La matière résineuse rouge extraite par le procédé de Bucholz se dissout dans l’ammoniaque avec une superbe couleur de pourpre , dans la potasse avec une couleur violette. L’alun précipite la dernière en beau rouge-brun, le sel d’étain en rouge-brun sale.

(O Beckmann, à qui cette observation est due, observe qu’il faut plus de garance pour les mordans acides que pour ceux qui sont alcalins, parce que les premiers décomposent une partie de la matière colorante.

Action des terres . Les terres alcalines agissent comme les alcalis.

L’infusion obtenue avec la craie est d’un rouge de sang , claire , qui donne par l’évaporation un extrait rouge foncé, facilement soluble dans l’eau. L’alumine se combine facilement avec la matière rouge de la garance. Elle se combine aussi facilement avec le phosphate de chaux, c’est pourquoi les os des animaux qui se sont nourris des feuilles ou des racines de la garance ont une teinte rouge; les vaches qui mangent le son qui a servi à nettoyer les étoffes teintes avec la garance, donnent un lait rougeâtre; les cochons engraissés avec ont les os et la chair rouge ; les poulets qui mangent les graines de la garance donnent des excrémens rouges. D’après John , la craie enlève de la décoction une grande partie des matières colorantes , principalement celle rouge ponceau; la matière colorante ne peut pas être séparée de la craie par des lavages. La décoction préparée avec la chaux ne donne pas alors aux étoffes des nuances aussi vives ni aussi fortes que celle qui a été préparée sans craie.

Action clés sels. L’alun produit dans l’infusion faite à froid un précipité rouge-brun; la liqueur reste jaune brunâtre. En ajoutant des alcalis , on obtient une laque rouge de sang (1), qui se redissout par un excès de potasse. L’extrait de la garance fait avec de l’eau renfermant de l’alun , est d’un jaune orangé; les alcalis en précipitent une laque d’un brun foncé. Lorsque la garance a déjà été traitée par l’eau froide , l’extrait par l’eau et l’alun est d’un rouge rose. L’infusion alcaline est précipitée en brun foncé par l’alun; l’acétate d’alumine avec addition de potasse y forme

(i) Broyëe à l’huile elle donne une belle couleur rouge, inférieure cependant à la laque de cochenille; mais à l’eau la couleur n’est pas belle.

un précipité d’un beau violet. L’alun a plus d’affinité pour la matière colorante rouge que pour celle qui est jaune : elle fixe alors de préférence la première sur les étoiles. La garance ne donne pas de belles couleurs avec des sels de chaux et de magnésie. L’infusion avec le tartre est a une couleur de safran foncé. John obtenait , dans la décoction de garance , un précipité brunâtre avec le muriate de baryte , un précipité donnant dans le rouge) cramoisi , avec le muriate de strontiane, et d’un rouge brunâtre avec le muriate de chaux.

Action des sels métalliques. L’infusion aqueuse est précipitée en rouge brunâtre par l’acétate de plomb ( d après M. Chaptal , en blanc verdâtre) , en pourpre brun par le nitrate de mercure, en beau brun par le sulfate de 1er, rouge ponceau brunâtre par le sulfate de manganèse.

D’après John, la décoction de garance est précipitée par le nitrate d’argent en rouge sale, en améthyste brillant par le nitrate de mercure , en brun foncé par l’acétate de fer.

Le muriate d’étain précipite le rouge de garance de ses dissolutions aqueuses en brun jaune, l’acétate de plomb en brun rouge foncé, le sulfate de fer en brun jaune (seulement après un laps de temps, mais peu prolonge) (i).

Bancroff a fait quelques essais sur les couleurs que l’on obtient sur laine par dilïérens mordans métalliques. Il faisait bouillir la laine avec les dissolutions salines , et la passait dans le bain de garance sans la rincer. Le muriate d’antimoine donne un rouge beau , solide , et préférable à

(1) D’après M. Chaptal , ie précipite est bran noir • mais probablement il avait employé un sel de fer dans lequel ce métal était fortement oxide' , car d’anrès mes observations beaucoup d. infusions de plantes donnent avec, les sels de fer peu oxides des précipités bruns, qui deviennent plus foncés à l’air, mais avec ceux qui sont tres-oxidés, les précipités sont immédiatement noirs.

celui qu’on obtient avec i’alun , qui cependant n’était pas aussi brillant que celui qu’on obtient avec le sel d’étain ; le nitrate de cobalt donne un brun rougeâtre; le nitrate de bismuth , un rouge brunâtre foncé; le nitrate de zinc , une couleur orangée rougeâtre (avec sulfate de zinc Dingler obtenait une couleur rose); le nitrate de plomb , un orangé passant au rouge de tuile ; le nitrate, le sulfate et le muriate de cuivre , des couleurs brimes donnant plus ou moins dans le jaune.

Les sels de fer donnent avec la garance des rouges foncés et couleur de café.

Alex. Fogier obtenait par impression avec nitrate d’étain , et bains de garance , des couleurs de chair ; avec sulfate d’étain, des couleurs de chair claires; avec nitrate de cuivre des lilas grisâtres ; avec nitrate de fer contenant du cuivre, lilas; avec acide arsenique , rouge trouble donnant dans le lilas; avec nitrate de bismuth, rouge sale; avec acétate d’alumine et nitrate de fer. couleur de puce foncée. L’eau de savon produit dans l’infusion et la décoction de garance un précipité couleur de chair.

Action des matières animales. Bancroff a essayé, sans succès , de purifier la décoction de garance par la colle , parce que les matières colorantes étaient précipitées avec le tannin. Fogier a obtenu une couleur solide et distinguée en ajoutant de la gélatine au bain de garance. Le lin et le coton qui ont été passés dans une dissolution de gélatine , tordus et séchés, se teignent beaucoup mieux que sans mordant , et beaucoup mieux encore lorsqu’il sont alunés en même temps. Le sérum du sang et la bile n’agissent pas aussi bien que la gélatine. La dissolution d’extrait de rouge de garance ne teint pas en rouge le blanc d’œuf en chauffant j usqu à la coagulation.

Le lait n’est point caillé par la racine de garance, même

a84 GARANCE.

par l’ébullition ; il ne convient pas plus que l’eau pour dissoudre les matières colorantes. Fogler a fait plusieurs essais sur la solidité de la couleur sur coton par l’emploi des matières végétales et animales. En employant de l’urine au lieu d’eau pour le bain de garance, la couleur est plus solide , mais par un temps chaud le bain fermente facilement. Les excrémens de moutons ou de chiens produisent le même effet. Le sucre blanc produit une belle couleur sa i turée; en ajoutant du poivre d’Espagne la couleur résistait mieux à l’action de l’acide nitrique. Une faible addition de gomme ou de farine d’amidon dans le bain bouillant avant la passe du coton , produit aussi une belle couleur saturée. Le fenu-grec produit le même effet. La plus belle couleur était produite par le fiel de bœuf, mais l’acide nitrique la détruisait facilement.

Il paraît d’après Kuhîmann que la présence des matières glutineuses azotées facilite la précipitation des matières colorantes rouges. Il observait que la liqueur dont on a précipité la matière colorante par l’acide sulfurique donne encore un nouveau précipité de matière colorante en y ajoutant du blanc d’œuf.

Action de V infusion de noix de galle. L’infusion de noix de galle et de sumac facilite la dissolution des matières colorantes dans l’eau, aussi ils sont employés pour cet objet par les teinturiers ; la dissolution aqueuse de la matière extractive rouge de la garance, est faiblement troublée, et seulement après 24 heures , par l’infusion de galle.

Recherches sur la garance par MM. Robiquet et Colin ,

Kuhîmann et Kœchlin , [Bull, de sciences te c /mol. )

Le 22 août 1826 , MM. Robiquet et Colin firent la lecture à la société Philomatique d’un mémoire sur la garance. En

faisant digérer la poudre de garance dans l’eau , et comprimant cette poudre dans une toiie , on obtenait un liquide, où se produisait de la gelée qui , délavée , exprimée et attaquée par l’alcool bouillant , donnait un extrait duquel la chaleur dégageait , par sublimation , le principe colorant rouge de la garance désigné sous le nom d 'alizarine. Au mois d’octobre suivant, la société industrielle de Mulhausen, qui n’ignorait point les recherches de MM. Colin et Robiquet, proposa pour sujet de prix l’extraction du principe colorant rouge de la garance , et l’estimation des qualités de cette racine tinctoriale.

Le 6 novembre MM. Colin et Robiquet lurent leur mémoire à l’académie des sciences, et le 19 février 1827, MM. Chevreul et Thénard proposèrent de l’insérer parmi les mémoires des savans étrangers. Le ier juin 1827, M. Kœchlin fit , à la société industrielle de Mulhausen , un rapport duquel il résultait qu’aucun des mémoires envoyés au concours 11e résolvait complètement les questions proposées. En con séquence , celles-ci furent de nouveau remises au concours, avec une augmentation dans les prix. Le 5o juillet , MM. Colin et Robiquet lurent à l’Académie des sciences l’un des trois mémoires qu’ils avaient envoyés à la société de Mulhausen, et le s5 septembre, MM. Chevreul et Thénard firent sur ce mémoire un rapport aussi favorable que le premier. M. Kuhlmann présenta ensuite à l’Académie son mémoire, qui n’avait point été couronné par la Société de Mulhausen; enfin M. Gauthier de Claubry vient tout récemment de lire à l’Académie un travail sur la garance. Toute découverte réelle faite sur cette précieuse racine serait d’une si grande importance en teinture, que nos lecteurs voudront connaître à fond ce qui résulte de toutes les recherches qui viennent d’être citées : c’est ce que nous tâcherons de faire en peu de mots.

M. Kuhlmann , qui avait déjà signalé en 1825 les prin cipes contenus dans la garance , et qui connaissait le premier travail de MM. Colin et Robiquet, remarque d’abord, dans son nouveau mémoire, que le lavage à l’eau froide ne peut enlever qu’une très-faible portion de la matière colorante rouge , et que sur ce point il faut renoncer au procédé de MM. Colin et Robiquet. Alors il traite la poudre de garance directement par l’alcool bouillant qui finit par enlever à peu près toute la matière rouge. Ensuite il concentre la dissolution alcoolique, y verse un peu d’acide sulfurique et de l’eau , et obtient un abondant précipité orangé qu’il prit pour l’alizarine; la liqueur acide d’un beau jaune citron n’en contenait plus, le dépôt fut lavé à l’eau, qui n’enlevait à peu près rien de l’alizarlne; puis séché sur le filtre et dissous dans l’éther. Ici l’alizarine cristallisa, et ces cristaux soumis à la distillation sèche , reproduisirent avec perte les cristaux obtenus d’abord par MM. Colin et Robiquet. M. Kuhlmann retrace ensuite les propriétés de l’alizarine , jaune dorée, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’éther; précipitée par les acides et non par les alcalis, on voit qu’elle ressemble beaucoup aux résines. Ayant voulu teindre avec ce principe , l’auteur fut très-surpris de ne pouvoir produire le rouge d’Andrinôple , mais seulement les violets. Dès lors il pensa qu’un second principe colorant était nécessaire pour la production des rouges , et ce nouveau principe se trouva dans la*matière jaunefauve qu’il avait jusqu’alors négligée, laquelle était soluble dans l’eau et l’alcool , et que l’on pouvait purifier en la précipitant par l’oxide de plomb , lavant par l’alcool, et la dégageant ensuite par l’acide sulfurique; ce principe jaune est désigné sous le nom de xanthine , et l’auteur donne pour l’extraire immédiatement un autre procédé qu’il n’est pas nécessaire d’indiquer ici.

La xanthine est d’une couleur orangée verte , sa dissolution dans l’eau est sucrée ; elle se dissout Lien dans l’alcool et moins Lien dans l’éther; les alcalis la font virer au rouge, et les acides au jaune- citron; mais l’acide sulfurique concentré la fait passer insensiblement au vert; et la poudre yerte qui se précipite peut se dissoudre dans l’eau.

Maintenant il paraît évident que les différentes teintures en garance proviennent des quantités relatives d’alizarine et de xanthine portées avec le mordant sur la toile; dans les roses domine la xanthine ; les violets ne contiennent celle-ci qu’en petite proportion. Alors il est facile à un habile teinturier de favoriser, par la connaissance qu’il vient d’acquérir des propriétés de ce principe colorant , l’absorption par le tissu de l’un ou de l’autre de ces principes, ou d’enlever un des deux , quand ils sont d’abord entrés en combinaison avec le tissu. C’est ce qu’indique Ruhlmann à la fin de son mémoire.

Pour obtenir l’alizarine , MM. Colin et Robiquet proposèrent dans leur deuxième mémoire de traiter la poudre de garance par l’acide sulfurique , avec beaucoup de précaution , faisant en sorte que le mélange s’échauffe le moins possible. Par cette action tout est charbonné, excepté peutêtre la matière rouge. On pulvérise le charbon obtenu, on le délaie dans l’eau , puis on le jette sur un filtre , où il doit être bien lavé a l’eau froide. On le fait sécher , on le broie et on le délaie dans 5o parties d’eau , à laquelle on ajoute 6 parties d’alun ; on fait bouillir le tout au moins 1 A4 d’heure, et on filtre la liqueur bouillante sur une chausse de toile. On traite encore une fois le résidu par l’eau alunée chaude. On réunit les deux liqueurs , on y verse une partie d’acide sulfurique , et on laisse refroidir, en agitant de temps en temps. Des flocons apparaissent, on décante le liquide le plus clair, et on jette le reste sur un filtre de toile; on y lave le pré-

cipité d’abord à l’eau acidulée, puis à l’eau pure, on le sèche , et l’on a la matière colorante rouge ou la purpurine. Cette purpurine , quand on la chauffe à sec , laisse dégager de l’alizarine , une huile empyreumatique , une odeur de matière animale bridée,* il donne un résidu charbonneux.

Les auteurs proposent ensuite un nouveau procédé pour obtenir la matière rouge du charbon dit sulfurique, ils le traitent d’abord par l’alcool froid , qui enlève une matière grasse; puis ils le traitent par une nouvelle portion d’alcool que l’on porte à l’ébullition. On décante la dissolution encore un peu chaude, et on la laisse refroidir à part ; on la décante de nouveau, et on évapore. L’alcool recueilli est replacé sur le mare, que l’on traite ainsi successivement 5 à 4 fois. L’extrait alcoolique, obtenu en second lieu, est délayé dans un peu d’eau, et soumis à la presse; dans cet état , la matière colorante est pure. Quand on veut l’employer en teinture , on commence par la dissoudre dans l’ammoniaque. D’après les calculs des auteurs, îookilog. de garance exigeraient à Paris , pour cette préparation , une dépense de 5o francs.

M. Kœchlin a fait sur ces différens produits de la garance, des essais de teinture , d’où il résulte que l’extrait alcoolique du charbon sulfurique a donné le meilleur résultat; puis viennent par ordre décroissant , la purpurine , l’alizarine , l’extrait ammoniacal du charbon sulfurique précipité par l’acide sulfurique, enfin le charbon sulfurique auquel on a joint un peu de carbonate de chaux.

Parmi toutes les garances , celle qui a fermenté pendant 3 ou 4 jours, et qui ensuite a été lavée à l’eau froide , s’est trouvée la meilleure en teinture; viennent les autres garances rangées dans l’ordre suivant : garance qui a été lavée h froid avec un millième d’acide tartrique ; celle qui n’a été lavée qu’à l’eau froide et qui a perdu environ 55 pour îoo

de son poids; l’écorce de garance d’Avignon, dite de palus ; l’intérieur de cette dernière garance; celle qui a éprouvé un certain degré de putréfaction; enfin la garance qui au bout de 5 semaines environ , a quadruplé son poids par l’absorption de l’humidité. Toutes ces garances , soit lavées , soit fermentées , ont donné des résultats aussi satisfaisans que la garance non lavée ; seulement , au sortir du bain des garances lavées , les parties non mordancées de la toile étaient presque blanches , et les parties colorées semblaient avoir déjà reçu un avivage. Il résulte de tous ces essais que le principe colorant rouge, plus ou moins purifié, peut à lui seul teindre en rouge , en écarlate , en rose , en violet , en brun , en noir, etc. , sans le secours des substances jaunes, muciîagineuses , ce qui détruit complètement l’opinion de M. Kuhlmann sur le concours de l’alizarine et de la xanthine dans la production des diverses nuances de rouge. L’emploi des garances épurées doit introduire de grands perfectionnemens dans l’impression sur soie et dans la teinture sur laine; car les tissus d’origine animale , comme toutes les étoffes huilées , ont sans mordans une grande affinité pour la matière jaune , que l’on ne pouvait enlever par des avivages alcalins et acides.

Rien n’est plus évident à priori que la compression de la poudre de garance macérée dans l’eau 'devait expulser , à travers les mailles de la toile , une quantité plus ou moins grande de fibres ligneuses. La garance d’Avignon , soumise à ce traitement , ne donne presque point de gelée , tandis que la garance d’Alsace en donne beaucoup; ce qu’il est aisé d’expliquer par le développement ou la maturité plus grande à laquelle parvient la garance des pays chauds; d’où il résulte que son tissu plus rigide est moins facilement entraîné par l’eau; caria gelée de garance n’est, en définitive , que les membranes légères enlevées à cette ra- Tom. t. 19

cine; membranes qui se superposent, chargées plus ou moins du principe colorant rouge. C’est ce principe intimement combiné à la résine de garance , que l’alcool dis-

sout ; l’extrait alcoolique sublimé laisse dégager la matière rouge à la faveur de la résine. En effet , après avoir enlevé toute la matière soluble dans l’eau froide, si i on épuisé le

résidu par l’eau chaude , on enlèvera toute la matière colorante rouge , et celle-ci desséchée ne fournit presque rien par sublimation. De plus , si on épuise la garance successivement par l’eau chaude , par 1 eau alunee bouillante , par l’eau légèrement acide , et qu’on traite ensuite le résidu par l’alcool , on obtiendra un extrait alcoolique dont les vapeurs sublimées donneront toutes les apparences de 1 alizarine , sauf la couleur qui ne sera plus que d un blanc saie. M. Robiquet dit avoir épuisé de la garance par 1 eau d’alun, puis avoir traité le résidu par l’alcool; la teinture alcoolique était rougeâtre, et l’extrait huileux qu il en a retiré ne donnait rien par sublimation. On serait porté à croire que le résultat différent obtenu par M. Kœchlin est du à l’action de l’eau acidulée. Enfin M. Robiquet exige que l’on partage l’alizarine en résine et matière colorante ; il a vainement tenté d’y parvenir au moyen de l’eau , de l’alcool et de la chaleur. M. Kœchlin se proposera sans doute en conséquence de combiner d’abord l’alizarine et la purpurine avec l’alumine; cette terre retiendra la matière colorante rouge , et pourra céder la résine et la matière grasse à falcool et à l’essence de térébenthine.

M. Kœchlin , bien qu’il ne croie point à l’existence de l’alizarine , comme principe rouge de la garance , regarde comme très-belles les recherches de MM. Kuhlmann , Robiquet et Colin , et cite un cas de teinture qui semble fortifier l’opinion de ces derniers chimistes. Si l’on soumet à la vapeur une toile imprimée et garancée, une partie du

GARANCE. a9i

principe colorant se sublime , surtout si un acide est mis en contact avec la toile. En enroulant cette toile avec une toile blanche , les parties sublimées se réimpriment sur celle-ci , et les dessins y conservent les mômes formes que sur la toile primitivement imprimée ; ces dessins d’abord jaune-orange , deviennent roses quand on les lave à l’eau, et mieux à l’eau alcaline.

Quant au charbon sulfurique , M. Robîquet dit avoir toujours réussi à y préserver la matière rouge contre l’action corrosive de l’acide; M. Kœchîin soutient que ce procédé est impraticable en grand , vu la chaleur dégagée , et qu’il faut environ 6 fois plus de charbon sulfurique que de garance pour obtenir les mêmes résultats en teinture. Il serait à désirer que l’on pût enfin s’entendre sur ce qu’il y a de positif dans toutes ces recherches , dont quelques-unes sont contradictoires entre elles; la Société de Mulhausen a fait de grands sacrifices pour résoudre une question qui l’intéressait particulièrement ; peu de chimistes seraient disposés à entreprendre des recherches aussi dispendieuses que celles qu’on a« exécutées par ses ordres, dans le but de s’assurer de la réalité des découvertes soumises à son jugement; si elle n’a pas décerné le prix aux travaux que l’Académie des sciences avait approuvées , on n’a dû voir dans cette détermination que le résultat d’une conviction acquise par des expériences positives qu’elle publie en ce moment, et qui pourront éclairer la marche des nouveaux concurrens.

Nous n’avons pas cru devoir nous arrêter aux autres Mémoires envoyés au concours à Mulhausen; ils ne renferment rien de remarquable. Mais nous eussions désiré pouvoir donner ici un extrait du Mémoire lu récemment h. l’Académie par M. Gaultier de Claubry. Ce Mémoire , déposé quelque temps après la lecture du premier Mémoire

do MM. Colin et Robiquet, renferme la découverte du charbon sulfurique que ces derniers auraient ensuite obtenu de leur côté. De plus, M. Gaultier de Claubry annonce la découverte d’une matière rose (purpurine) et dune matière rouge que l’on n’avait point encore obtenues.

Depuis , Kurrer a indiqué le moyen que nous allons rapporter pour séparer la garance de son principe colorant jaune et la rendre propre à l’impression sur laine, coton, soie et lin (polytech. Journ. von Dingler 1827.)

L’auteur observe que dans le procédé de M. Ménmé le lavage de la garance emporte les 5/5 de la matière rouge. Dans la vue d’éviter cette perte il essaya de faire subir à la o-arance dans l’eau pure la fermentation alcoolique et la fermentation acide. Il la lavait ensuite jusqu’à ce que 1 eau de lavage ne fît plus virer au rouge le tournesol. La garance qu’il obtint par ce procédé avait toutes les qualités désirables; mais la difficulté d’empêcher la fermentation acide ne rendait pas ce procédé applicable en grand , parce que cette fermentation enlève toujours une quantité notable de

L’auteur essaya ensuite de faire subir à la garance la seule fermentation alcoolique , et de la laver immédiatement. Cette fois le résultat fut parfait sous tous les rapports , et en appliquant ce procédé à toutes les garances du commerce il ne rencontra point de difficultés. Voici

la description de son procédé.

Il prend 3 cuves A, B, C, qu’il dispose 1 une près de

l’autre, et qui peuvent être placées à l’air libre sous un hangar ; mais en hiver elles doivent être placées dans un cellier aéré , où l’on puisse maintenir une température de 18 à 20» Réaumur. La cuve A sert à la trempe et à la fermentation; elle doit avoir pour 5o à 55 livres de garance , 2 pieds 8 pouces de hauteur sur 2 pieds 6 pouces de dia-

mètre; la cuve B ou cuve h laver doit avoir 5 pieds 1/2 de hauteur sur 3 de diamètre; elle doit être munie de 3 robinets de bois sur sa hauteur; le premier à 2 pieds, le second à 3 pieds , et le troisième à 4 pieds du fond. La cuve G sert à déposer; sa hauteur est de 4 pieds 1/2 , et elle porte un robinet à 1 pied 1/2 du fond. Lorsqu’on veut exécuter une opération , on place dans la cuve A, 00 a 55 livres de garance pulvérisée; on ajoute de 1 eau , en remuant jusqu a ce que la garance soit recouverte de 1 pouce 1/2 de ce liquide. Alors on laisse la masse en repos jusqu’à ce que la fermentation , en se développant , ait formé un chapeau de garance à sa surface, ce qui se produit ordinairement au bout de 36 heures , ou au plus tard au bout de 48 heures, suivant la température. C'est le moment favorable pour transporter la masse dans la cuve B , et quand cette opeiation est faite on achève d’emplir la cuve avec de 1 eau, 011 laisse en repos 2 heures; pendant ce temps la garance se précipite. On ouvre le premier robinet , ensuite le second , puis le troisième , et l’on recueille 1 eau fournie par le deuxième et le troisième lavage pour la porter dans la cuve G , où elle achève de précipiter la garance qui a échappé à la cuve B. L’on continue alors de faire 2 , 3 et 4 lavages de la garance de la cuve B , jusqu à ce que 1 eau ne soit plus colorée. La garance ainsi purifiée peut servir à la teinture et à la fabrication des tissus par les procédés connus; mais il est bien important en été de la travailler de suite, pour éviter une nouvelle fermentation. La garance de la cuve G , lavée ou précipitée , peut servir comme l’autre. L’on peut employer le premier liquide séparé par la fermentation dans la préparation des cuves chaudes à indigo , ou des cuves de pastel en place de garance. (Bull, tech. )

Propriétés tinctoriales . A. cause de la faible solubilité des

2g4 GARANCE.

matières colorantes de la garance dans l’eau, on ne peut pas teindre avec la décoction , il faut faire bouillir la garance avec les matières à teindre; l’eau en dissout de nou velles à mesure qu’elle cède aux étoffes celles qu’elle tenait en dissolution (1). L’infusion employée seule teint le coton aluné en faible jaune pâle; l’infusion forte alcaline en rouge faible; l’infusion avec tartre en jaune sale. Si la laine est chauffée doucement avec de la garance , elle se teint , d’après Bancroff, sans mordant en rouge brunâtre, et quand elle a bouilli d’avance dans de l’eau légèrement acidifiée avec de l’acide sulfurique, on obtient un plus beau rouge que quand elle est aîunée (2). La couleur éprouvait peu d’altération par une exposition de deux mois à l’air. Le lin et le coton ne prennent pas de couleur dans les mêmes circonstances.

En teignant avec la garance , il faut surtout chercher à fixer sur l’étoffe le moins de matière fauve possible. Les moyens qu’on emploie pour cela sont .* i° de teindre a une température peu élevée; 20 d’ajouter au bain de garance du tartre, ou de l’eau de son acide; 3° de faire bouillir dans de l’eau de savon (3) l’étoffe qui a été teinte avec la garance après l’alunage ( coton ou lin ) , il éloigne la matière colorante fauve peu solide (4); ou bien on expose l’étoffe à l’air et à la lumière , qui produisent le même effet. Nous allons donner sur ces opérations des détails plus circonstanciés.

(1) Par- la même raison on ne peut pas taire des décoctions assez chargées pour pouvoir être employées dans les imprimeries.

O) Bancroff obtenait des couleurs aussi solides, mais de nuances différentes, en faisant bouillir la laine d’abord avec de l’eau acidée avec d’autres acides (acide nitrique , muriatique, tartrique, citrique ).

(3) Ou des bains de son, d’agaric , de bouse de vache, etc.

(4) Cela n’est pas applicable à la laine , parce qu’elle souffrirait par le bouillage.

Teinture sur lame . La laine aiunée prend dans le bain de garance une couleur rouge qui n’est pas aussi brillante que le rouge de cochenille, mais qui est plus solide; et comme elle est meilleur marché , elle est fréquemment usitée en Angleterre pour teindre le drap rouge des militaires. On emploie un mordant d’alun et de tartre; on chauffe la garance ( 8 à 16 onces par livre de drap ) avec de l’eau à un degré tel qu’on puisse y tenir la main , et on teint comme à l’ordinaire, sans échauffer davantage le bain, jusqu’à ce que la matière colorante soit fixée ( i ) ; après cela on porte le bain au bouillon : circonstance qui, à ce qu’on croit, contribue à fixer davantage la couleur (2). Le bain après la teinture paraît très -chargé de matière jaune, parce que cette matière, ayant moins d’affinité pour le mordant d’alun que les matières rouges, ne s’est pas fixée, du moins si la température n’a pas atteint l’ébullition.

Quelques teinturiers ajoutent au mordant du nitrate d’étain pour rendre la couleur plus brillante; mais il est plus avantageux d’employer ce sel dans le bain de garance , parce qu’il empêche au moyen de son acide la fixation de la matière colorante fauve. Le même effet est produit par l’addition d extrait acide de «smau bain de garance.

(1) Vitalis prescrit , pour mordant i/4 d’alun et 1/16 de tartre; et pour la teinture i/3 de garance avec addition de 1/24 de dissolution d etain étendue dans un égal poids d’eau. Il élève la température dans 1 espace d’une heure à 75°, et il lait bouillir pendant 3 a 4 minutes.

(2) BancrofT , ne dit rien de positif sur la nécessite du bouillage des draps teints. D’après Kurrer et Dingler, cela est très- utile ; mais ce bouillage ne devrait pas avoir lieu dans le bain de garance, mais dans de l’eau pure , ou mieux dans un bain de son , de savon . Par un travail de plusieurs heures dans un bain à 00 ou 4°° E. , la matière colorante est suffisamment fixée sur le drap. Il y a toujours à craindre dans le bouillage au bain de garance qu’une certaine quantité de matière colorante jaune se fixe sur la laine, de laquelle elle ne peut pas etre séparée comme du coton par les bains de son ou de savon.

,jq6 garance.

Quelquefois ou mêle & lâ gttrctncc des lichens coloié^ pour donner à la teinture une nuance rose; mais cette nuance est passagère.

Si on traite la laine avec du sel d’étain, et qu’on ajoute aussi du sel d’étain au bain de garance (1), on obtient un rouge qui se rapproche davantage de l’écarlate de cohecnille que celui qu’on obtient avec de l’alun : il est plus solide. On obtiendrait même de i’écarlate aussi beau qu’avec la cochenille , si on pouvait complètement éloigner la matière fauve (2) ; et cela ne serait pas difficile h des teinturiers expérimentés , dans l’état actuel de nos connaissances; quelques essais y conduiraient facilement (0). Je crois que l’éloignement des matières fauves par des lavages l\ l’eau faiblement alcaline à laquelle 011 ajouterait un peu de son, et l’addition d’un peu d’oxide d étain avant la teinture , afin de désoxigéner les matières brunes , produiraient un très-bon effet.

M. Roard a donné les proportions suivantes pour teindre 5 pièces de drap (pesant 1 34 livres).

(1) D’après Bancroffcela est necessaire , et il est d’avis que Berthollet n’obtenait pas de bonne couleur avec le mordant d’étain , parce qu il n’employait pas cette méthode. L’addition du sel d’étain dans le bain a l’avantage de diminuer la solubilité de la matière fauve et sa fixation sur la laine. Une addition de tartre produit le meme effet ainsi que l’eau de son acide , mais ils ne doivent pas etre employés en excès.

(2) Une addition cl’un peu de cochenille au bain «de garance diminue également la nuance brunâtre.

(5) Gonin, teinturier à Lyon, l’a découvert ; il a refusé le prix de 6,000 fr. que la société d’encouragement de Paris lui avait offert pour la publication de son procédé. Streccius à Berlin prétendait, en 1821 , avoir découvert un procédé qui avait principalement pour objet d’éloigner les matières colorantes fauves et les matières étrangères. M. Roard extrayait la matière colorante fauve par une dissolution de soude , et teignait lalaine et la soie alunée dans le bain avec du sel d’étain et du tartre j il obtenait ainsi de très-beaux rouges*

Pour le rouge de garance

Pour le brun de ] capucin I

Pour le rouge aurore

Pour orange,

Bouillon.

onces.

Bain de teinture.

onces.

Alan

Tartre blanc.

Diss. d’étain. 4

Garance ....

Garance .... 3o

Diss. d’étain.

Diss. d’étain. i3

Tartre

Garance .... 3o

Diss. d’étain.

Diss. d’étain. 5

Tartre

Garance .... 20

Garance ....

Décoction de bois jaune.

Un peu de bois jaune ,

Diss. d’étain. 1

Diss. d’étain.

Garance .... 8

Tartre

Garance ....

Bois jaune.

Le travail dure 2 heures pour le rouge de garance, moins pour le rouge-aurore , pour l’orange 5o à 4° minutes. La teinture se fait de 5o à 4o° centigrade. La couleur rouge ainsi obtenue est très-vive , mais moins brillante que l’écarlate. Les couleurs capucine , aurore et orange diffèrent peu de celles que l’on obtient avec la cochenille. -

Teinture sur soie . La soie se teint avec la garance comme la laine, mais on l’emploie rarement. On préfère la cochenille , parce que les couleurs sont plus vives.

Teinture sur coton et lin. La matière colorante de la garance ne se fixe pas sans mordant sur le lin et le coton , et avec des mordans elle se fixe moins bien que sur la laine et la soie; mais comme ces deux matières supportent facilement l’opération nécessaire pour enlever la matière colorante fauve , le coton et le lin sont très-souvent teints avec la garance. On obtient ainsi des couleurs très -distinguées et très-solides. La plus brillante et la plus solide est désignée sous le nom de rouge d’Andrinople ou rouge eu Levant, parce que pendant long-temps les Levantins seuls savaient

produire cette teinture.

Pour produire le rouge de garance et le rouge d’Andrinople, il faut que les étoffes ou les fils soient Lien blancs (1). Giobert a aussi observé que le coton blanchi avec du chlore se teint avec la garance en rouge plus vif que celui qui a été blanchi par faction du soleil et des lessives. Il a attribué cet effet à ce que ce dernier contient du carbonate de chaux. Si cela était ainsi, on pourrait passer les étoffes dans un bain d’acide sulfurique ou d’acide muriatique, et rincer à froid.

Rouge de garance . Pour teindre en rouge de garance on procède ordinairement de la manière suivante. Le fil ou l’étoffe est mis dans un bain d’alcali faible en ébullition, lavé, séché , engallé (2). On sèche et on alune deux fois (3) ; on sèche, on rince , alors on passe dans le bain de couleur. Ce dernier est formé de 3/4 de livre de bonne garance pour chaque livre d etofïe ; on le porte peu à peu au bouillon , dans 1 espace de 5o à Go minutes , plus ou moins , suivant la nuance qu’on veut obtenir.

(0 üingleret Kurrer recommandent pour les étoffés destinées à l’impression, de remplacer le bouillage dans les lessives alcalines, par un bain de bouse de vache , et 2 jours d’exposition à l’air et de traitement dans un bain d’acide sulfurique très -étendu. La matière est plus ouverte , prend mieux la couleur, et la conserve mieux,

(2) Cette opération se pratique en laissant tremper le coton dans une décoction d’une partie de galle pulvérisée sur 4 parties de matière à teindre. La noix de galle agit par l’acide gallique qui décompose l’alun et occasione une plus complète combinaison de l’alumine avec l’étoffe. La noix cle galle ne contribue pas à la solidité de la couleur, et est même préjudiciable à son éclat (Bancroff). On remplace quelquefois la noix de galle par le sumac.

(3) Pour Falunage on prend sur \ parties d’étoffe une partie d’alun, dont on sature une partie de l’acide par i/iG de craie, on plonge l’étoffe dans la dissolution tiède, on tord, on laisse sécher, et on alune de nouveau avec moitié autant d’alun ( et le restant du premier mordant ). On peut remplacer l’alun par l’acétate d’alumine et changer un peu le travail. Les séchages' réitérés sont nécessaires. Bancroff a obtenu un rouge plus vif avec l’acétate d’alumine.

GARANCE. a99

Aussitôt que le bouillon a duré quelques minutes on sort l’étoffe, on la lave légèrement, et on teint une seconde fois de la même manière et avec autant de garance (1); on lave et on sèche , ou bien on passe avant par un bain de savon tiède (2) qui enlève les matières colorantes fauves.

On ajoute aussi d’autres matières colorantes au bain de garance pour obtenir d’autres njiances ; par exemple , une décoction de bois jaune, de gaude, de bois bleu, de quercitron , de knoppern , et on emploie alors les mordans nécessaires.

Hœlterhoff donne pour le rouge garance ordinaire les proportions suivantes : 20 livres de fil de coton, 14 livres de garance hollandaise, 5 livres de noix de galle, 5 livres d’alun, auquel on ajoute 1 livre 1/2 d’acétate de plomb, et plus tard 1/4 de livre de craie.

Quelques chimistes ont pensé que la matière colorante serait mieux fixée sur l’étoffe en passant le coton aluné par une dissolution de colle. Mais d’après Dingler, Kurrer et Bancroff , cette opération 11e paraît pas être d’une grande utilité.

Dans les imprimeries d’indienne , les étoffes garancées sont passées à un bain de son; en partie, immédiatement après la teinture, en partie après plusieurs jours d’exposition à l’air, l’action de l’air oxide la matière colorante fauve, qui alors s’enlève plus facilement. Souvent on emploie aussi le bousage; on passe plusieurs fois au bouillon, et on expose à l’air.

(1) Cette double teinture est usite'e depuis long-temps en Allemagne • elle est est employée pour ne pas chauffer trop long-temps avec beaucoup de garance, parce que celle-ci est toujours détériorée. Par la même raison il ne faut élever la température du bain que jusqu’au point où la main peut la supporter.

(2) On prend 1/8 de savon pour 1 livre d’étoffe.

3oo GARANCE.

Dans rindc l’exposition à l’air et au soleil suffit pour détruire la matière fauve. Pour empêcher que les endroits blancs se teignent, on traite quelquefois avant l’étoffe avec du sumac (1). Cette opération se pratique aussi pour produire des nuances brunes et noires. On ajoute alors un peu de sumac ( 1 livre par pièce d’indienne) à l’eau quand elle est encore froide, on y travaille la pièce i5 à 20 minutes, jusqu’à ce que le bain ait une chaleur supportable à la main; la température ne doit pas excéder cette limite. Alors on lave 1 étoffé dans de l’eau acidée par l’acide sulfurique , on teint aussitôt, et on laisse l’étoffe sous l’eau; parce que si elle restait exposée à l’air le sumac absorberait de l’oxigène, et les parties qui doivent rester blanches se teindraient. Si on ajoute 1/6 de sumac au bain de garance on évite la teinture des réserves, mais la nuance donne dans l'orange. ( Bancroff. )

Une addition de craie ( quand l’eau n’en contient point) a été recommandée par Haussmann. Il a montré qu’on obtient aussi une couleur plus saturée et plus vive. D’après cet auteur, la craie agit en décomposant le sulfate de magnésie que contient la garance , et accélère le dégagement de la matière colorante. Mais d’après Dingler, il est plus probable que la craie agit en saturant le mordant en excès sur l’étoffe, et en facilitant comme substance alcaline la solubilité de la matière colorante. Cette substance est, par la même raison, utile pour les couleurs d’impression. Cependant on pourrait la remplacer par un excès de garance; mais on perdrait ainsi la meilleure partie de la matière colorante , parce que cette dernière est la

(]) Dingler et Kurrer avaient pensé que le sumac agissait utilement par l’acide gallique qu’il renferme , parce que la noix de galle qui contient plus de cet acide agit encore mieux , mais on ne peut pas toujours remployer, parce qu’elle trouble la couleur.

GARANCE. Soi

première qui se dissout , et qui est précipitée par le mordant en excès. Il serait difficile de concilier l’observation de John, sur l’influence préjudiciable du carbonate de chaux et de la chaux , qui sont quelquefois employés dans l’Inde , et l’effet utile reconnu des eaux dures.

Rouge de garance clair . Si on ajoute du son au bain de garance, la couleur devient beaucoup plus claire et d’une nuance agréable. C’est à Fogler que l’on doit cette observation; mais elle ne paraît pas avoir été utilisée d’abord en Allemagne ; ce ne fut que plusieurs années après qu’un simple ouvrier, nommé Grovse , découvrit par hasard ce procédé. Les maîtres imprimeurs lui payèrent 100 guinées pour ce procédé (qui consistait à faire bouillir d’abord l’eau avec du son , et à y ajouter ensuite de la garance ). Le rouge de garance ainsi obtenu était désigné sous le nom de Grovse, nom de l’inventeur, ou de rouge d’œillet. Le son paraît agir par son acide. Le blanchissage par le bain de son après la teinture est alors supprimé.

Rouge di Andrinople. La teinture du coton en rouge d’Andrinople est de toutes les opérations de la -teinture la plus longue et la plus compliquée , mais c’est la couleur la plus solide qui soit connue.

Histoire . Cette teinture a été découverte dans l’Inde , qui pendant long-temps est restée en possession de cette importante fabrication. Plus tard elle se propagea dans d’autres parties de l’Asie, et en Grèce. En 1747 Ferquet, Goudard et d’Haristoy firent venir des teinturiers grecs en France, et montèrent à Darnetal , près Piouen, et à Aube- ! nas, dans le Languedoc, des teintureries en rouge d’Andri- 1 nople ; neuf ans après , un autre particulier, nommé Flachat, qui avait séjourné long-temps dans le Levant , ramena des 1 ouvriers, et établit une teinturerie à Saint-Chamond , près i Lyon, En 1765 le gouvernement, convaincu de l’impor-

tance de cette fabrication , fit publier les procédés , et après il se forma un grand nombre de teintureries en rouge d Andrinople : cependant cette fabrication n’était bien exécutee qu’à Rouen. Là on découvrit le rosage, qui donne encore plus de lustre à la couleur, et on produisit un grand nombre de couleurs très- solides avec la garance, qui étaient employées pour la fabrication des étoffes connues sous le nom de rouenneries.

Le procédé se propagea ensuite dans l’Alsace , la Suisse et à Bade, dans le Wurtemberg, à Klberfield, à Brême, à Augsbourg , etc. où il était en partie employé avec une perfection inconnue avant , mais que le bas prix de la teinture ne permettait pas toujours d’exécuter complètement. En 1808, Reber , à Mariakirch , livrait le plus beau fil rouge d’Andrinople, et la fabrique de M. Kœchlin se distinguait par la solidité de ses indiennes rouges.

Travail de la teinture en rouge d’ Andnno pie. Le premier travail consiste dans le nettoyage des fils et des tissus par les bains alcalins, et leur trempage dans des liqueurs huileuses, auxquelles on ajoute de la fiente. O11 répète cette opération plusieurs fois , et on sèche après chaque immersion.. Après , suit le dégraissage par des liqueurs alcalines, l’engaL lage, falunage, le garançage, l’avivage par l’enlèvement des* matières fauves au moyen dubouillage à une température élevée avec des liquides alcalins, et le rosage par le bouillage avec un liquide renfermant du sel d’étain. Nous allons donner plus de détails sur cette longue manipulation , et sur les différences qui existent dans les principaux ateliers.

A Rouen on a deux manières de teindre , que l’on distingue sous les noms de marche en gris et de marche en jaune , Dans la marche en gris on teint immédiatement après que le coton a reçu le mordant huileux , l’engallage et l’alunage (il est alors teint en gris). A la marche en jaune on passe à

GARANCE. 3o3

de nouvelles huiles , à un nouvel alunage et engallage avant le garançage (le coton obtient alors une couleur jaune).

Nous possédons différens aperçus sur la teinture en rouge turc , et sur le but et Futilité des différons travaux. Le travail le plus ancien est celui de l’animalisation; mais l’expérience a démontré que sans matière animale on peut produire le plus beau rouge turc. D’après Dingier, le coton est pénétré d’huile en le traitant par des dissolutions savonneuses ( l’alcali sert à diviser l’huile); cette huile est altérée par les séchages réitérés; par l’exposition à l’air elle attire l’oxigène , et se combine dans cet état intimement avec les fibres du coton : le coton gagne alors en poids. La fiente ( ainsi que la fermentation ) accélère l’oxidation , et par la meme raison l’huile impure est préférable à l’huile pure (1). Les traitemenssuivans, avec les liqueurs alcalines, ont pour objet d’enlever l’huile qui n’a point été oxigénée; un fort séchage doit complètement changer celle qui se trouve encore sur les fibres ; l’alunage qui suit produit une combinaison de l’alun avec le coton; l’engallage tanne les fibres qui sont combinées avec l’huile oxigénée, et produit une combinaison d’huile altérée, d’alun et de tannin, qui rend la matière colorante si solide. Le but des autres travaux s’explique de lui-même.

Aperçu de M, Chaptal. M. Chaptal pensait que le but des travaux était de produire sur les fibres du coton une com-

(i) En Angleterre on prend des huiles mucilagineuaes (gallipoli); à Malabar des huiles plus ou moins rances; dans les Indes orientales de l’huile de sésame , et aussi de la graisse de cochon , arec laquelle l’abbé Mazeas prétend avoir obtenu de meilleurs résultats qu’avec toute autre huile ou graisse ; en Arménie on préfère l’huile de poisson à l’huile d’olive; et on regarde le suif comme meilleur que l’huile d’olive. Les huiles siccatives ne réussissent pas. L’huile de lin noircit la couleur (par désoxigénation). Il serait utile d’essayer si l’application des. corps qui oxigèneraient l’huile produirai! un bon effet.

3o4 GARANCE.

binaison triple d’alumine , d’huile et de tannin ? et de former ainsi un mordant qui seul peut fixer solidement la couleur de la garance.

Aperçu "de Bancroff. Bancroff adoptait l’avis précédent , et cherchait des moyens plus simples d’obtenir la triple combinaison ; mais tous ses essais n ont pas réussi , car le meilleur de ses résultats n’a pas donné un rouge comparable en beauté et en solidité à celui qu’on obtient par les procédés ordinaires (1). Il pensait que la fixité de la couleui de garance dépendait d’une matière encore inconnue , existant dans le fumier ou le sang.

Aperçu de Vitalis. Yitalis , dans son cours de teinture de 1823, suit d’anciennes théories , et donne des explications inexactes. Le mordant de fiente a pour but , d aprè& lui, d’animaliser le coton ; les bains d’huile répétés ont pour objet d’en faciliter la combinaison; les séchages souvent répétés enlèvent l’humidité qui empêcherait la pénétration des liqueurs suivantes.

Aperçu de Vuticlu D’après cet auteur, le traitement par les huiles ouvre le coton, qui prend mieux alors le mordant et la matière colorante ; l’huile et le savon 11 entrent pas en combinaison avec le coton. Dans le traitement par les alcalis, l’huile qui était dans le coton se transforme en savon et s’enlève; d’après cela, le coton n’augmenterait pas de poids. A l’engallage et l’alunage, le coton éprouverait une espèce de tannage; par cela ainsi que par les parties salines du sang la matière colorante de la garance est fixée. Dans le bain de teinture l’acide libre de la garance se combine avec l’albumine du sang et forme une combinaison savonneuse , et le phosphate de fer du sang forme avec l’acide gallique du coton un précipité noir; la matière colorante delà ga-

(1) D'après l’opinion de Dingler, cela s’explique facilement parce que dans aucun de ces essais l’huile n’ètait oxidée sur le coton.

GARANCE. 3o5

rance devient libre , et se combine avec le coton. Par le bouillage du coton teint dans des liqueurs alcalines, les combinaisons précédentes d’acide et de sang et le phosphate de fer qui restent sur le coton se dissolvent.

Procédé employé dans les Indes orientales ( Côte de Coromandel ) , d’après Heyne. (1).

Le fil de coton est mis en écheveaux de 5o à 4o iiîs, que Ton passe dans un Üi pour pouvoir les suspendre plus facilement.

On lave et on bat alternativement pendant une demiheure dans l’eau froide. On le laisse tremper dans l’eau jusqu’à ce que l’eau commence à dégager une odeur désagréable ( dans les climats cha uds cela arrive après 24 à 5o heures) ; on lave, on bat de nouveau , et on sèche au soleil (2).

Les travaux suivans sont le passage dans du fumier de mouton auquel on ajoute de l’huile et de la potasse (3). On y travaille le coton pendant une demi-heure à fond,* on

(G Le docteur Heyne, Allemand , re'sidait dans les Indes orientales ; il revint en Europe en 18 j 3. En 181 4 il a fait connaître des details intéressans sur plusieurs industries importantes des Indes. Le procède de la teinture en rouge se trouAre dans V Ami de l’ Industrie de Karstner, et dans le journal de Dingler.

(2) Le but de ce long traitement est d’ouvrir et de nettoyer le coton ; on l’obtient plus simplement dans d’autres parties des Indes par le bouillage dans des eaux alcalines.

(3) On prépare d’abord une lessive de cendres de bois (de musa-paradisa , etc. ) qui doit être assez forte pour qu’en y versant de l’huile (de sésame) elle devienne laiteuse. Pour 16 onces de lessive on met 2 à

3 onces de fiente de mouton j on passe la liqueur, et on la verse dans un mélange d’une mesure de lessive, 1/2 mesure d’huile de sesame et 1/4 de mesure de tsiki (eau savonneuse). Le liquide bien préparé a une éeume laiteuse : pour 1 livre de fil on prend 4 livres de lessive ,

4 à 6 onces de fiente , et 1/2 d’huile. Heyne remplace l’huile de sésame par l’huile d’olive; le suif lui paraît préférable. Les teinturiers indiens

Tom. I.

3o6 GARANCE.

expose au soleil du matin. A midi on répète le mordant ; on expose au soleil jusqu’au soir. Nouveau mordant et entassage dans un vase jusqu’au matin. Nouveau mordant s’il en reste encore; séchage au soleil.

Le soir, humectage avec lessive étendue d’un tiers d’eau; empilage dans des vases fermés, où le coton est remué quelquefois , pour que le liquide qu’il renferme reste également réparti.

Ces alternatives d’exposition au soleil et d’entassage pendant la nuit avec des liqueurs alcalines sont répétées jusqu’à ce que toutes les matières grasses soient changées en savon (1), et que le fil en soit saturé. Avec une lessive suffisamment forte et un beau soleil , 5 jours et 5 nuits suffisent pour cet objet.

Alors on mouille le fil matin et soir avec de la lessive très-faible , on laisse complètement sécher à l’air, et on lave de suite , ou , ce qui vaut encore mieux pour la bonté de la couleur , 5 à 4 semaines après. Pendant ce temps le fd reste dans l’atelier.

Le lavage se fait d’abord dans peu d’eau (2), et ensuite dans un courant d’eau , jusqu’à ce que le fil devienne moelleux , et que l’on reconnaisse à son odeur et au toucher qu’il ne reste plus de mordant libre dans le fil.

Toutes les opérations précédentes sont encore répétées

emploient toujours de l’huile rance. La cendre de bois contient de la soude d’après Heyne. La potasse ne la remplace pas bien , la soude vaut mieux.

(1) On reconnaît que l’huile est saponifiée en lavant quelques écheveaux de fil dans de l’eau renfermant des parties astringentes 5 en peu de temps il se forme une écume blanche , dont l’aspect et le toucher font juger si toute la graisse est convertie en savon.

(2) L’eau de lavage est conservée pour être employée dans le mordant. On la désigne sous le nom de tsiki. Après quelque temps elle devient gluante et de mauvaise odeur.

GARANCE. 3o7

une fois ; ce qui est important pour la bonté et la beauté de la couleur. Cependant on prend pour le mordant moins de

fiente de mouton (i). On y passe ordinairement le fil une seule fois.

Alors on met le fil dans une infusion à froid, pâteuse, de feuilles de casah (2), dans laquelle il reste pendant la nuit; on le tord ensuite; on le dégage, par l’agitation, des feuilles qui y restent attachées , et on l’expose au soleil toute la journée. Il a alors une couleur orange.

L’infusion de casah qui a été employée est augmentée de nouvelles feuilles, et on y ajoute autant de racines de chay en poudre (5). On y met le fl après deux heures, on l’y laisse pendant la nuit, et le matin on l’expose au soleil.

Le jour suivant le même procédé est répété de la même manière. Le fil a alors une teinte jaune rougeâtre, quelque» fois par place d’un joli rouge.

Le fil est ensuite mis pendant la nuit dans une infusion de racines de chay; le matin il paraît teint en rouge clair, et on l’expose au soleil. Pendant la nuit il est remis dans une nouvelle infusion de chay. Le matin du cinquième jour de travail il est lavé à fond , exposé au soleil , et pendant la nuit il est mis dans un bain de racines de chay, dans lequel on ajoute un peu de feuilles de casah et de l’huile (4). Le matin

(1) Il est forme' de 3 parties de forte lessive, une partie d’huile de gingeli, 1/2 de ricin, 1 partie de tsiki neuf, et un peu de fiente de mouton.

(2) Feuille du safranier: elle contient de la matière colorante jaune et des parties astringentes (comme les feuilles de nos airelles ).

(3) Cette racine est examinée plus bas. Quand le fil n’excède pas 1/2 livre , on prend plein la main de cette racine et autant de feuilles de casah.

(4) On préparé ce bain en e'crasant des feuilles de casah dans un mortier, on y ajoute autant d’huile qu’il est nécessaire pour former une pâte presque sèche. Une once de cette pâte est mêlée avec la quantité ordi-

3o8 GARANCE.

du sixième jour on fait sécher le coton au soleil; on le met pendant la nuit dans un bain froid et neuf de racines de chay ; on lave le matin , et la nuit suivante le fil est mis dans une infusion froide de parties égales de feuilles de casah et de racines de chay. Cette dernière infusion est passée ; on y ajoute une poignée de racines de chay, et autant d’eau qu’il est nécessaire; on y fait bouillir légèrement et on y maintient le fil jusqu’à ce qu’il se forme une écume rouge-rose ( 1 ). Alors on éteint le feu , ou on enlève le vase du feu pour que le liquide se refroidisse ( mais pas trop vite) ; on tord le fil, on le bat, on le lave et on le sèche. C’est ainsi que se termine la teinture, qui dure presque un mois (2).

On connaît encore d’autres variétés de ce procédé, Heyne en a donné quelques-unes; mais le procédé décrit est celui qui donne la plus bejle couleur.

A Mysore on remplace la racine de chay par celle de morinda ci trifolia , qui sera examinée plus bas.

Procédé employé à Condavir. Le Goux de Flaix donne dans son Essai sur les Indes orientales une description du procédé employé à Condavir pour teindre les fds en rouge turc pour les étoffes que l’on fabrique à Masulipatan. Nous allons donner les principales dispositions.

Les fils, 2 mans, ( 100 livres de France) sont mis’ dans la lessive bouillante; on les bat (pour qu’ils prennent mieux la couleur ) , on les fait tremper 6 heures dans un bain fer-

naire d’eau, on laisse reposer pendant 2 heures, et après on y ajoute une poignée de racine de chay pulvérisée.

(1) Pendant le bouillage on sort quelquefois le fil et on le replonge aussitôt, on l’agite continuellement. Le contact de l’air est nuisible quand il dure quelque temps , et il faut l’empêcher le plus possible.

(2) Quand la couleur du fil n’est ni saturée ni vive , les teinturiers du Malabar plongent le fil dans une infusion de feuilles de casah et de racine de chay mêlée d’huile , et plus tard dans une infusion de bois de Sapan préparée à froid. Mais la dernière couleur s’en va au lavage.

GARANCE. 3o9

menté, dans lequel on ajoute du lait, et qui contient du tannin (1). On sèche, on frappe, on trempe dans un bain huileux,* on sèche, on fait bouillir dans une dissolution d’alun dont on a précipité l’acide par la chaux, et à laquelle on a ajouté du lait (2). Le coton est ensuite tordu, séché à l’ombre , passé pendant 2 heures au bouillon dans un bain de Sapan et de santal fait avec de l’eau dure , et contenant de l’alun (3). Par un plus long bouillage et l’augmentation de l’alun , on obtient une couleur plus foncée.

On obtient seulement de la solidité par un bain tiède de racine de chay ( 3 serts ) et alun ( 1/4 de sers ) , dans lequel on le travaille à fond, à 3o ou 4o°, pendant 6 heures 1/2. Après quelque temps on augmente la chaleur , et à la lin on laisse refroidir le bain avant de sortir les fils; on rince et on sèche.

Procédé employé en Grèce , d’après M. de Beau jour (4).

Bain alcalin huileux, bain de fumier de mouton, tordage , séchage ( 4 fois ) ; engallage , alunage ( 2 fois ) ; teinture dans un bain de garance auquel on a ajouté du sang; avivage dans un bain alcalin.

fi) Il se préparé en faisant bouillir 12 livres de mirobolan dans 55 pintes d’eau, on y ajoute 10 livres de fiente de mouton ou de chèvre , on laisse fermenter le mélange , alors on passe et on mêle la liqueur avec 10 pintes de lait de buffle.

(2) On dissout 5 serts d’alun dans de l’eau , on ajoute i sers de chaux, on soutire la liqueur claire et on la mêle avec moitié de lait.

(3) Pour préparer le bain de teinture on arrose 8 serts d’alun, 32 serts de bois de Sapan en poudre, et 3 serts 1/2 de santal rouge (ce dernier rend la couleur plus vive) avec 200 pintes d’eau; on laisse 2 jours le mélange couvert au soleil, on remue souvent , et fait bouillir.

(4) D’après M. de Beaujour , la Xhessalie fournissait annuellement 10,000 balles de coton teint en rouge turc, qui étaient expédiées en Allemagne , en Pologne, en Russie, etc. Les principales fabriques sont au pied des monts Ossa et Pélion ; le village d’Anibelakia est presque en général habite' par des teinturiers, et fournissait annuellement 2,5qo balles de coton rouge.

3io GARANCE.

Le coton est teint au bouillon dans un bain alcalin (de 1 partie 1/2 de soude et 20 parties d’eau) pendant 5 à 6 heures (1), rincé à l’eau propre, mis 5 à 6 heures dans un bain de fumier de mouton renfermant de l’huile et de la soude, jusqu’à ce qu’il en soit bien pénétré (2); alors il est tordu, séché; et on répète 5 à 4 fois le passage au bain de fumier, le tordage et le séchage ( cette répétition est essentielle). Le coton est ensuite rincé, trempé dans de l’eau tiède contenant 5 parties de noix de galle pulvérisée; passé 2 fois dans 48 heures par un bain d’alun et de potasse (3) ; tordu, rincé et garancé. Pour ce dernier bain on pulvérise 35 parties d’alizari, on l’arrose avec du sang de bœuf ou de mouton (4) et avec 100 parties d’eau. On chauffe alors doucement. Quand la liqueur est chaude on y plonge peu à peu les fds, on les suspend au-dessus de la chaudière, et 011 les plo nge seulement quand le bain est prêt à bouillir; ils y restent jusqu’à ce que la moitié de l’eau soit évaporée; on rince ensuite, et on fait bouillir sur un feu ardent dans un bain alcalin, jusqu’à ce que le coton ait la nuance désirée. Ce dernier travail donne à la couleur sa vivacité : elle doit être faite avec beaucoup de soin.

Ce travail dure 4 semaines pour chaque portion de fil.

(1) On pulvérise pour cet objet 1 partie de fumier et 6 parties de soude j on y verse 40 parties d’eau, on tire à clair, on ajoute 6 parties d’huile d’olive, et on agite jusqu’à ce que le mélange soit laiteux. Dans quelques parties de la Grèce on emploie aussi de la fiente de chien.

(2) On remplace aussi la noix de galle par le sumac , la racine de noyer, de l’aulne et du chene.

(3) 5 parties d’alun, 5 parties d’eau et un peu de soude.

(4) On prend d’autant plus de sang que la couleur doit être plus foncée.

garance;. 3n

Procédé employé en Bucharie , d’après Vuttich (1).

En Bucharie, dans la Perse, et maintenant aussi dans le sud de la Russie , on teint très-bien le coton en rouge turc. Il est connu dans le commerce sous le nom de burlat. Les travaux de cette teinture sont très-compliqués, et exigent de 20 à 3o jours. Les chaudières sont en fonte de fer , excepté celle destinée à l’alunage , qui est en cuivre. On trempe le coton dans un liquide savonneux formé d’huile de baleine , de fiente de vache et de potasse (2) ; on le tord , et on le laisse en tas pendant 5 jours , couvert de paillassons. On Pétale et on le laisse sécher h l’air; on traite de nouveau avec un liquide semblable, mais sans fiente de vache; on tord, on met en tas. Le coton s’échauffe un peu; après quelques heures on étale , et on fait sécher à Pair.

Alors on enlève les matières savonneuses en excès par un bain alcalin (3); rinçage, séchage, et on répète le passage dans un mordant savonneux sans fiente de vache; séchage (les 3 dernières opérations sont répétées 3 fois de suite). On passe alors dans un bain de noix de galle renfermant de Paîun (4) ( qui produit le tannage et une teinture en jaune);

(ï ) Journal de Dingler, les poids et les mesures sont de Russie. TJn pud pèse 4o livres de Russie. (29 1/4 de Bavière ). Un uchad contient 6 seaux, un seau contient 82 livres* de Russie ; l’uchad environ 5 puds.

(2) Sur 1,000 pièces on prend 11 puds , 10 livres d’huile de poisson, 2 ucliads de fiente de vache fraîche, 5 uchads de lessive de schadrik (préparée avec 20 puds de schadrik). L’huile de poisson est préférée à l’huile d’olive, qu’on employait avant. L’huile de chanvre a ete essayée, mais on a trouvé que l’étoffe s’enflammait au séchage. ( Le schadrik est du sous-carbonate de potasse impur obtenu par la calcination des cendres de bois. ) On le préfère à la soude parce qu il rend la couleur plus vive.

(3) De 4 1/2 à 5 puds de schadrik et 1 uchad d’eau.

(4) Pour 1,000 pièces d’étoffe on prend 4 puds de sumac, 5o livres de

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