‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleursChapitre 59 sur 115 · COULEUR VERTE OBTENUE PAR OXIDATION DU CUIVRE MÉTALLIQUE · texte numérisé non relu

COULEUR VERTE OBTENUE PAR OXIDATION DU CUIVRE MÉTALLIQUE

Dans beaucoup de cas , il est avantageux de préparer des couleurs vertes par l’oxidation de la limaille ou des plaques de cuivre; pour cela il y a différons moyens. Ceux qui sont préférables sont l’oxidation du cuivre par une eau acidée qui puisse former un sel soluble.

Le cuivre métallique doit être dégagé des impuretés (la tôle , par le lavage avec de l’eau et la lessive ; la limaille, par le lavage et le décantage).

La dissolution dans les acides n’a pas besoin d’une explication particulière; on prend les acides que l’on peut avoir à meilleur marché; on les laisse à froid ou avec chaleur dissoudre du cuivre, jusqu’à ce qu’ils soient saturés, 011 précipite le cuivre par un des moyens décrits plus haut.

Nous allons indiquer quelques procédés d’oxidation.

i° Avec sel ammoniac.

On arrose des copeaux de cuivre avec une dissolution

COULEURS VERTES. s8j.

de sel ammoniac; on le laisse dans un lieu chaud, en remuant de temps en temps ; on soutire la liqueur verte quand on voit que le métal n’est plus attaqué ; on arrose avec de nouvelle dissolution , et on continue jusqu’à ce que tout le cuivre soit dissous.

Ou précipite l’acide de la liqueur verte par le lait de chaux.

En place de cuivre on peut prendre du laiton (cuivre

jaune) ; on obtient alors une couleur verte renfermant du blanc de zinc.

2° Avec acide muriatique .

On humecte dans une caisse des copeaux de cuivre ( i oo livres) avec acide muriatique (4 livres 1/2), liquéfié (16 mesures); on met le couvercle, on l’enlève après quelques heures , on remue de nouveau , on laisse la caisse ouverte pour que l’air ait un facile accès , on répète i’humectatîon quand la matière est sèche , jusqu’à ce que tout le cuivre soit corrodé. On décante la matière verte , on lave avec de 1 eau. Ce liquide est employé plus tard pour étendre l’acide muriatique; un endroit chaud accélère la formation de la couleur verte.

On peut aussi humecter avec de l’urine pourrie, ou à la place d’acide muriatique on peut prendre les résidus

des fabriques d’acide muriatique , d’acide sulfurique et d’acide nitrique.

5 Avec tartre , sel marin , sel ammoniac et vinaigre .

On mêie 1 2 parties de limaille de cuivre avec 24 parties de creme de tartre, 5 parties de sel marin , et 3 parties de sel ammoniac j on humecte le mélange, de manière à en former une pâte épaisse. Elle s’échauffe et se durcit

a88 COULEURS VERTES,

après quelques heures , ce que l’on cherche h éviter par l’agitation et l’humectage. Si elle durcit trop , il faut la pulvériser et la remettre en pâte avec du vinaigre.

On l’abandonne ainsi, jusqu’à ce que tout le métal soit oxidé, et que la niasse ait la couleur du vert-de-gris.

On obtient une masse pâteuse qui ressemble au vert-de- «Tis , mais qui , délayée avec de l’eau , ne gonfle pas comme ce dernier; cependant on peut (d’après Haeseler), en ajoutant un peu de borax , lui donner cette propriété.

Plus de sel ammoniac rend la couleur plus bleue ; plus de sel marin la rend plus claire.

4° Avec cuivre , soufre et arsenic .

Le cuivre métallique est fondu dans des creusets avec du soufre , pulvérisé et mêlé avec du soufre et de l’arsenic , et modérément chauffé dans un four à réverbère ; on lessive et on fait calciner les résidus avec addition de soufre et d’arsenic. La lessive de cuivre est ensuite précipitée avec une dissolution qui doit présenter le vert sous 2 états diffeiens.

VERT DE MONTAGNE

Le vert de montagne se trouve dans les mines de malachite , et d’autres minéraux de cuivre ; on le recueille en grand principalement en Tyrol , près Schvaz, et en Hongrie , à Neusohl , Schmoelniz et Herrengrund. On le prépare aussi artificiellement. Les mines d’Autriche , en 1819, livrèrent au commerce i,25o quintaux de vert de montagne; de 1809 à 1811 , l’exportation annuelle était de 4G4 quintaux. Il paraît dans le commerce en grains inégaux et en poussière. Le premier est souvent grene

VERT DE MONTAGNE. zg9

avec de l’eau de gomme ou de la colle. La meilleure sorte de Hongrie est trois fois au-dessus de celle du Tyrol.

i° Préparation du vert de montagne naturel en Tyrol.

Les minerais de cuivre vert sont cassés comme pour la préparation du bleu de montagne ; on en fait 5 sortes, malaehüe gruin stein ver h , oel grain slein verk , et berggruin , ou grand grain stein verk . Le dernier est moulu d’abord grossièrement dans un moulin (i), et constamment humecté , afin qu il ait la consistance d’une pâte. Alors on décante (2), et le résidu est passé dans des moulins plus serrés. Ce qu on obtient à la seconde décantation est le vert de montagne ordinaire. On continue ainsi , et on obtient à cnaque fois une meilleure sorte* La malachite verte est moulue de même, mais le produit de la première dé^ can lotion constitue le vert de montagne ordinaire ; en général, cet assortiment est arbitraire. Ordinairement on fait trois sortes, le vert malachite (52 florins les 100 livres ) , vert a 1 huile ( 20 florins) , couleur de fond ( i5

florins \

2° Vert de montagne de sous -carbonate de cuivre et de tartre .

Gurth donne la recette suivante pour un vert de mon-

(1) Les meules sont en granit et sont mises en mouvement comme a l’ordinaire 5 elles ont 2 pieds et quelques pouces de diamètre : la pieire du bas est fixe , la meule supérieure est mise en mouvement par une roue à eau. La meule donnante est entourée d’une couronne de bois qui s eleve jusqu à sa surface. A la partie supérieure est fixée une couronne de cuivre qui s’ajuste exactement sur la pierre du fond et surpasse un peu la hauteur de la pierre mobile • devant , la couronne est gai nie d une rigole d’un pouce 1/2 de diamètre par laquelle s’écoule la couleur moulue.

(2) Cette matière decantee est utilisée pour la fabrication du métal, et non pour la couleur.

Tom II. v ,,

2go COULEURS VERTES,

tao-ne semblable à celui d’Auersberg , mais un peu plus foDcé. On met en pâte une partie de sous-carbonate vert de cuivre avec une partie de tartre ; on laisse le mélange faire un bouillon dans la chaudière; on fait avec le liquide composé de tartrate de cuivre , et avec une autre partie de précipité vert, une pâte (1) , on grène par une lame de fil de laiton , on fait sécher, on humecte avec une forte dissolution de sel de cuisine , et on laisse sécher de nouveau. Le sel de cuisine couvre les grains et leur donne une teinte plus foncée.

On peut aussi mêler au précipité avant de le grener, 12 pour 100 de sel de cuisine; ou bien on emploie le sel de cuisine avec le tartre : dans ce dernier cas , la couleur devient encore plus foncée.

5° Vert de montagne , par le sous-carbonate de cuivre , le tartre , le sulfate de cuivre et la soude.

On prend 5 parties de sous-carbonate vert de cuivre (précipité du sulfate de cuivre par la potasse); on y mêle 4 parties de tartre pulvérisé , et on met le tout en pâte , que Ton chauffe dans une chaudière de cuivre presque jusqu’au bouillon.

Quand l’effervescence cesse , et que la couleur est trèsfoncée , on éteint le feu; on met dans le mélange 5 parties de sulfate de cuivre pulvérisé, et 5 parties de soude blanche également pulvérisée; on remue continuellement la matière pour qu’elle ne se durcisse pas , ne devienne

(4 En générai on peut toujours donner au carbonate vert de cuivre, en le pétrissant ou en le faisant bouillir avec une dissolution de tartrate de cuivre et de sel marin , différentes nuances ; mais il ne faut pas prendre trop de tartrate de cuivre, parce que la couleur se dissout dans l’eau .

VERT DE MONTAGNE. aC)I

pas brune , et ne s attache pas à la chaudière. En peu de temps elle devient ferme (1) , et peut être mise à sécher. On peut la grener ; on obtient ainsi un vert assez fin, que Ton peut employer à l’eau ou à l’huile.

On obtient un vert semblable , mais un peu plus pâle, avec i5 livres de sous-carbonate de cuivre, i5 livres de lai tre ,12 livres ne sulfate de cuivre , et 1 2 livres de soude.

4° V ert de montagne , avec cendres de cuivre , tartre , sel marin , vinaigre , chaux et terre jaune .

On mele 4^o Livres de tartre pulvérisé avec 5oo livres de cendres de cuivre, et 80 livres de sel marin; on en fait une pâte avec du vinaigre pur, et on l’étale en couche mince sur des châssis (afin que l’air ait un accès facile).

Dans l’espace de i/f jours, on remue quelquefois la matière , et on humecte avec du vinaigre.

Après ce temps on l’arrose dans une cuve avec 8 fois son poids d eau; on remue, on laisse le mélange s’éclaircir, on soutire la liqueur qui a dissous du tartrate de cuivre (2) ; on y ajoute de la terre jaune , jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment verte, et de la chaux, jusqu’à ce que tout le cuivre soit précipité.

Quand la couleur verte est déposée, on enlève la liqueur surnageante; on fait égoutter et sécher.

Ce procédé est lent , mais il donne une belle couleur, à bon marché.

59 V ert de montagne par sous-carbonate de cuivre , tartre ,

stil-de-grain et craie .

On prépare le tartrate de cuivre , en faisant bouillir du

(1 j Si elle se durcit trop tôt il faut ajouter encore un peu d’eau.

(2) Le résidu peut, être lessive' de nouveau quand il contient en eore du tartrate de cuivre.

a9* COULEURS VERTES.,

sous-carbonate de cuivre avec du tartre; on précipite l’oxide par la chaux, et on mêle le précipité avec du stil-de-grain ; la couleur est principalement composée d’oxide de cuivre , de tartrate de chaux et de stil-de-grain.

On prend 280 livres d’oxide humide précipité par la potasse, du sulfate de cuivre; on y mêle peu à peu 260 1. de tartre brut moulu, et on remue de temps en temps; il se forme du tartrate de cuivre et tartrate de potasse. Pour que le mélange soit plus intime , 011 fait bouillir le mélange avec 6 à 8 fois son poids d eau dans une chaudière de cuivre ; on laisse reposer (6 heures), et on soutire la liqueur claire (1).

On délaie dans la liqueur bleue (tartrate de cuivre) 56 livres de stil-de-grain jaune moulu, et on ajoute du lait de chaux, jusqu’à ce que le précipité ait acquis la nuance que l’on désire.

On remue de temps en temps , pour que la matière soit plus légère et plus homogène. Après 12 heures, le précipité est assez ferme pour pouvoir être mis en pâte sur des planches à sécher ; si on le laissait plus long-temps dans la cuve, il deviendrait si serré , qu’on ne pourrait l’enlever qu’avec peine. Au-dessus se trouve de l’eau contenant de la potasse et du tartrate de chaux qui peut être utilisée.

Le séchage peut se faire au soleil. Aussitôt que la matière devient cassante , on remue afin de rendre la teinte plus uniforme. On obtient 1000 livres de vert de montagne assez beau.

Quelques fabricans ajoutent à chaque 100 livres de couleur, 8 à 10 livres de sel marin pour augmenter son poids et la maintenir humide.

(1) Le re'skîu est de nouveau bouilli pour en extraire tout le tartrate de cuivre.

VERT DE SCHEELE. 393

VERT DE SCHEELE.

Cette couleur a été decouverte par Scheeîe ; elîe est composée d’acide arsénieux (oxide d’arsenic blanc) , et d’oxide de cuivre. Elle est vert de serin, et très-utile à l’eau et à l’huile; cependant ses propriétés vénéneuses la recommandent peu.

On dissout du sulfate de cuivre à chaud , et on y verse une dissolution d’arsenic blanc dans la potasse , jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité; on filtre, on lave et on fait sécher.

On peut prendre, 2 livres de sulfate de cuivre dissous dans 6 cannes d’eau chaude, et une dissolution d’arsénite de potasse formée avec 2 livres dé potasse, 22 onces d’arsenic, 2 cannes d’eau. On obtient 1 livre i3 onces de couleur.

Ou 4 parties de sulfate de cuivre dissous dans 24 parties d’eau, et une dissolution d’arsénite de potasse formée de 1 1/2 arsenic blanc , 4 potasse pure et 02 d’eau bouillante.

Le vert minéral pour lequel il fut donné une patente en Angleterre , en 1814 ou 1 8 1 5 , n’est pas autre chose qu’un mélange de 1 partie de vert de Scheeîe , 1 d’oxide de cuivre précipité du sulfate de cuivre bouillant par la potasse , 1 1/2 de bleu de montagne , 3 de blanc de plomb, i/5 d’acétate de plomb. La couleur est vert de pois, avec un reflet bleu; elîe résiste au temps et à l’eau de mer. Pour la préparation du vert de Scheeîe , on prend une dissolution de 14 onces de potasse, 1 once 3/4 d'arsenic blanc dans 8 mesures 1/2 d’eau; 011 étend la dissolution avec 26 mesures d’eau.

Page 1