CHAPITRE ÏV. l
deux surfaces, Sous forme de lames circulaires tellement minces qu'elles disparaissent peu de temps après.
Dans ces transports il y a réciprocité d'action , c'està-dire que si l'étincelle éclate entre l'argent et le cui- -vre, il y a transport de l'argent sur le cuivre et du cuivre sur l'argent.
M. Fusïnieri a renjarqué que le transport d'un métal sur l'autre est accompagné de deux fortes percussions contraires, opérées par le métal qui a été transporté; Tune a lieu sur le point d'où il s'est détaché, l'autre sur celui oïl il est entré dans l'autre métal ; l'existence de ces deux percussions est démontrée par la présence de deux cavités opposées, qui renferment le même métal dans un état annonçant une fusion.
Quand l'étincelle part d'un métal et passe dans l'air, elle emporte avec elle un groupe de molécules , dont le centre est à l'état de fusion et la partie extérieure éprouve la combustion.
435. Suivant M. Fusinieri (i), le principe électrique est doué d'une force d'expansion spontanée, dont on se rend compte par la manière dont le laiton et l'or se disséminent sur une surface polie d'argent; ces métaux s'y déposent en lames excessivement minces, qui finissent par se volatiliser. Priestley avait déjà observé des effets de.ce genre, ainsi que des phénomènes de transport (li). La première fois qu'il fit usage d'une batterie électrique, ce grand physicien remarqua qu'il s'élevait à chaque décharge une poussière fort noire provenant du métal; quoique le fil de métal ne fût pas fondu et que la chaîne dont il se servait fût fort grosse.
Il observa encore qu'une feuille de papier, sur laquelle était posée la chaîne , était marquée d'une tache noire, partout où elle avait touché le papier, et que la chaîne avait perdu une très-petite partie de son poids.
(1) Journal dePavie, i8ai, 181&, i8a3, 1824 et ^SaS*
(a) Histoire de TÉlçctricité , t. m, p. 35o.
l58 TRANSPORT DES SIJBST. PONDÉRABLES, ETC.
Pour bien s'assurer de l'effet delà dispersion , Priestley (ît passer la décharge à travers un morceau de charbon;^ le charbon fut réduit en poussière. Le carton sur leouel il était posé fut déchiré, et le charbon pénétra dans 1 intérieur.
Ayant placé la chaîne sur une lame de verre, il s'y déposa, lors de la décharge, des taches d'un aspect agréable, de la largeur et de la couleur de chaque chaînon; le métal, à la partie extérieure de ces marques, pouvait être enlevé facilement de dessus le verre • tandis que dans la partie inférieure il faisait corps aVec le verre.
I-.es expériences que nous venons de rapporter prouvent bien le pouvoir dispersif de l'électricité.
436. Revenons aux recherches de M. Fusinieri; ce physicien a reconnu quelesétiucelles électriques obtenues entre deux fils de métal ou deux morceaux de charbon en communication avec la pile, renferment aussi des particules de ces substances très-divisées et à l'état de combustion.
Des faits qu'il a observés il tire les conséquences suivantes : l'étincelle électrique n'est pas formée seulement d'un fluide pur ou de fluides impondérables , tels qu'on les considéré ordinairement. lia lumière des étincelles électriques provient de l'ignition et de la combustion des particules de la matière pondérable elle** même. La présence de l'air détermine deux effets; j^ elle empêche la libre expansion dans l'espace; a^elle favorise la combustion des molécules extérieures de chaque groupe, tandis que les molécules intérieures sont lumineuses par le seul fait de la fusion. Il en résulte que, daus les gaz privés d'oxigène, les molécules matérielles transportées par l'étincelle sont à l'état d'incandescence et de fusion ; phénomène qui a souvent lieu en chimie dans un grand nombre de combinaisons.
Davy a tiré des conclusions semblables d'expériences que nous avons rapportées (i33), en ajoutant néanmoins que Tespace où il n'y a pas de quantités appré-
CQAPITi^B IV. l59
cfal^le^ ^ matière pondérable est capable également de produire les phénomènes électriques. Cette question ns^ pas été Fobjet de recherches de la part dû M. Fusinieri.
5 V. Suite des phénomènes calorifiques de
l'électricité*
437. Toutes les piles ne sont pas également propres k la production d'effets calorifiques énergiques, MM. Fourcroy« Yauquelin et Tbénard ont montré les premiers que l0s batteries à larges plaques contribuaient plus puissamment à l'inflammation des métaux que celles qui étaient composées d'un même nombre de plaques plus étroites. Il nous est impossible d'en dire davan* tàge dans ce moment sur les rapports d'action entre ces deux piles, attendu que nous ne considérons ici que lei phénomènes calorifiques.
Davy a reconnu que la décharge d'une batterie ^ larges plaques, en pleine activité, qui traverse un fil de fer de 2 pieds de long et de ^ de pouce de diamètre , plpugeant dans l'eau, acquiert une température suffisante pour la faire entrer promptement en ébullition.
Si les deux extrémités des deux conducteurs de la TOêmo pile sont terminées par dés morceaux de charbon bhn cuits, de vives étincelles jaillissent dans l'eau; il y 9 MD dégagement abondant de gaz, et les bouts du char? bon paraissent d'un rouge blanc pendant quelque temps, Pendaqt toute la durée du phénomène, le dégagement de ga;E est accompagné d'un bruit semblable à celui d'uue liqueur en ébullition. Les effets sont encore à peu près les mêmes en substituant à l'eau des huiles fixes ou volatiles, de Téther , de l'alcool; on obtient aussi des étincelles avec le charbon dans les acides nitrique et sulfiirique, qiii sont de bons conducteurs parmi t^ liquides.
L'ignition du charbon dans ces différents cas dé* pend probablement de ce que pendant son contact avec te liquide il esJL entouré de glo|>ule$ de gaz qui ^mpé-
l6o SUITE D£S PHÉNOM. CÎAtORIF. DE l']ÉL£G.
ehent la chaleur dégagée de se répandre dans le liquide environnant.
438. Davy, guidé par l'idée que la chaleur n'est autre que la réunion des deux principes électriques, s'est attaché à reconnaître si celle qui est dégagée dans les décompositions chimiques n'est pas due au jeu des forces électriques. Ayant placé dans le circuit d'une batterie de loo paires de disques deux cônes d'or remplis d'eau distillée et mis en comhiunication avec uhe mèche d'asbeste, il plongea successivement dans chacun de -ces deux cônes un thermomètre, et il ajouta ensuite à l'eau du cône positif une goutte de solution de sulfate de potasse; la décomposition commença aussitôt, et fut suivie d'une élévation de température qui devint suffisante, en moins de deux minutes, pour faire entrer l'eau en ébullition.
£n opérant avec une solution de nitrate d'ammoniaque, la chaleur dégagée s'est élevée à une telle intensité. . qu'elle a fait évaporer toute l'eau , dans trois ou quatre minutes, avec un bruit semblable à une explosion. Une certaine quantité de forte lessive de potasse introduite dans les cônes, ou de l'acide sulfurique concentré, n'a produit que très-peu d'effet calorifique.
Il résulte de là que l'atgroissement du pouvoir conducteur de l'eau par l'addition d'une goutte de solution saline n'a contribué que peu ou point à l'effet, qui paraît dépendre en partie de l'énergie de la décomposition.
L'expérience suivante indique les causes qui produisent les effets calorifiques : lorsqu'on fait communiquer les deux pôles d'une pile avec une tige de plante grasse, la température s'élève tellement qiîe l'eau qu'elle renferme finit par entrer en ébullition. On doit rapporter ce grand dégagement de chaleur aux nombreuses cloisons végétales que le fluide électrique est obligé de franchir sur sa route et qui sont autant d'obstacles à sa libre circulation.
Davy a mis le sceau à ses recherches sur les phéaomènes calorifiques de la pile, en obtenant des effets de