CHIMIQUES
§ V^. Pe la nomenclature électro-chimique.
461, Quand une science fait de rapides progrès et qu'elle s'enrichit journellement de nouveaux phénomènes, on se trouve quelquefois dans la nécessité de modifier la nomenclature; c'est à cette époque de progrès que des noms différents sont donnés par divers savants à la même chose. Il en résuite momentanément une confusion de termes dont la science se débarrasse aisément ^ pour ne conserver que ceux qui lui sont véritablement utiles. Loin de rejeter ces termes, on doit les examiner, les étudier et prendre autant que possible ceux qui sont le plus généralement adoptés.
Aussitôt que l'on eut découvert la propriété dont , jouit la pile, d'opérer la décomposition d'un liquide, au moyen de deux fils ou lames de platine, plongeant dans ce liquide, et en communication chacune avec l'une des extrémités de la pile, on donna le nom de pôles à ces fils ou lames; celui de pôle positif à celui où se rendaient l'oxigène et les oxides , et celui de pôle négatif à celui où se rendaient l'hydrogène et les bases. On s'aperçut bientôt combien cette dénomination était impropre, puisqu'elle ne présentait à l'esprit que de fausses analogies, soit qu'on la comparât à celle qui s'applique aux pôles d'un cercle ou à celle d'une pla-
194 tDENT. DES DicOMP. CHIM. OPÉtt., ETC.
D'un autre côté, comme on doit éviter, autant que possible , les nouveaux mots , il nous semble qu'au Heu d'anode et de cathode , ou peut employer les dénominations d'électrode positive et d'électrode négative; aussi le ferons-nous quelquefois dans le cours de c«t ouvragé. L'expression électrolyser est excellente, et devrait être adoptéje. Quant aux anions et aux cassions, nous leur préférons les anciens noms d'électrp-négatif et d'électro-positif.
§ IJ. De Videntité des décompositions chimiques^ opérées ayec des électricités émanées de diverses sources.
462. Commençons par indiquer quelques-unes des propriétés communes à l'électricité des machinés et à Celle de la pile, dont nous avons besoin pour l'exposé des phénomènes électro-chimiques.
On sait que les phénomènes électriques se divisent en deux classes, quelle que soit la source d'oîi émane l'électricité : phénomènes relatifs à l'électricité de tension, et phénomènes relatifs à l'électricité en mouvement.
Considérons d'abord l'électricité voltaïque : les deux électricités contraires qui s'accumulent aux deux extrémités d'une pile composée même d'un grand nombre de paires, quoique considérables en quantité, ont une faible tension, puisque l'on n'obtient aucun indice de courant quand on essaie de les décharger avec des pointes très-fines et suffisamment rapprochées.
Cette électricité se comporte comme celle d'une batterie électrique. Dans toutes les épreuves auxquelles on la soumet, nous citerons en particulier celle qui suit :
L'air échauffé déchargeant l'électricité ordinaire avec une grande facilité, on trouve aussi que l'électricité voltaïque peut être déchargée de cette manière : on prend (fig. 88)(j) une baguette de verre AB, sur laquelle deux fils de cuivre C, 13 sont fortement fixés, et à deux extrémités desquels sont deux autres fils fins de platine,
(i) Transact. phil., i833 , p. 23, Faraday.
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dont les bouts libres sont Irës-près l'un de l'autre en e; ië-fîl de cuiVrè'C est mis en commutiication avec le pôle positif, et Je fil D avec un appiareii proji're à produire des décompositions et communiquant lui-même aYec le pôle négatif. On n'aperçoit d'abord aucun signe de' débom position, mais aussitôt que l'intervalle est placé dans la flamme d'une lampe à alcool, de manière que la température des deux extrémités des fils de platine soit portée au rouge, la décomposition commence aussitôt; cèttie expérience prouve que le transport de l'électricité Voltaïqué s'effectue au travers de l'air chaud, observation qui a été faite pour la première fois. par Gautherot (i).
En remplaçant l'appareil de décomposition par un multiplicateur, on obtient aussi des déviations, quand on élève suffisamment la température des fils de platine; l'effet seulement est moins marqué que dans l'expériéiice précédente. Ce résultat est évidemment un cas p'ârtîculier du fait bien remarquable qui a été découvert par Davy, savoir, que l'on fait passer la décharge d'une batterie puissante entre les extrémités de deux conducteurs en charbon , en les éloignant graduellement après les avoir mis en contact.
On peut donner encore une preuve de la grande quantité d'électricité fournie par la pile, dans Texpérictice suivante qui est due à Davy : quand les deux conducteurs d'une batterie voltaïqué sont mis en communication avec tiriè batterie électrique, celle-ci se charge rapidement à l'instant et devient capable de produire le choc et une étincelle.
La différence ca;'actcristique qui existe entre Télectrîcité dégagée par les machines ordinaires et celle qui e^ produite dans les batteries voltaïques, consiste donc en ce que la première a une très-forte tension pour une petite quantité, tandis que la seconde est très-considérabie et ne possède qu'une petite tension. Nous allons
(x) Histoire du Galvanisme, par Sue.
1^8 IDENT. DES DÉCOMP. GHIM. OPÉRÉES, ETC.
long morceau de papier de curcuina ^ coupé, «^n. portes à Tune de ses exlténiités^ et. humecté d'unis solution ^line, fut mis en communication avec le conducteur de la machine, de manière qtieson extrémité en pointe se trouva opposée au fil décomposant de l'appareil.. L'alcali se dirigea vers la pointe lorsque Ton permettait à l'électricité de s'évanouir; il en fût de même encore à l'endroit où l'électricité avait abandonné le papier. . 4^4* 1^^ expériences furent faites aussi sans employer de communication métallique; dans ce cas les deux pôles ou les deux parties extrêmes étaient formées par l'air seulement. Un morceau de papier de curcuma a et im morceau de papier de tournesol é ( fig. 91) ayant été trempés dans une solution de sulfate de soude, furent placés, comme l'indique la figure, sur de la cire, -entre deux aiguilles /? et n^ l'une en communication avec le fil de métal du conducteur de la machine, et l'autre ayeç le train de décharge. L'intervalle était d'environ un demi-pouce. La pointe p était opposée au papier tournesol, et la pointe /î au papier de curcuma. En tournant la machine pendant quelques instants, la décomposition commença à se montrer. La pointe adonna la réaction acide, et la pointe n la réaction alcaline. Si l'on considère les deux bandes de papier comme constituant un conducteur indépendant de là machine ou de la charge, on trouve que l'acide se manifeste à l'extrémité négative et Talcali à l'extrémité positive. Cette expérience peut être faite encore en employant une série de petits conducteurs, formés de bandes de papier de tournesol et de curcuma, humectées d'une solution de sulfate de soude et disposées comme l'indique la fig. 92. Toutes les pointes du papier tournesol sont rougies, ainsi que toutes les pointes du papier curcuma. Ces décompositions électro-chimiques soDt analogues à celles que Ion obtient dans les circonstance» ordinaires avec la pile voltaïque , av«c cette difTérenée néanmoins qu'ici les pôles ne sont plus des corps métalliques, mais bien des corps mauvais conducteurs,