CHAPITRE XIV
EXPOSÉ D'UNE MÉTHODE GÉNÉRALE POUR OBTENIR CRISTALLISÉS LE SOUFRE, LE SULFATE ET LE CARBONATE DE BARYTE.
§ I*"*. Principe employé pour la formation de ces
composés.
554« Nous avons déjà montré que lorsqu'un corps, quand il est transporté par un courant, rencontre un autre corps, avec lequel il forme un composé insoluble, la combinaison a lieu et le précipité s'effectue aussitôt. Mais nous n'avons encore rien dit de ce qui se passe quand un acide rencontre un sel dont la base a plus d'affinité pour lui que pour l'acide avec lequel elle est combinée : l'expérience suivante va nous dire ce qui se passe dans celte circonstance.
Un tube de verre, de plusieurs millimètres de diamètre, ouvert par les deux bouts et contenant dans sa partie inférieure de l'argile très-fine, humectée d'une solution de nitrate de potasse, et dans sa partie supérieure, de l'alcool ordinaire, est placé dans un autre tube, rempli d'une solution de sulfate de cuivre; puis l'on établit extérieurement la communication entre les deux liquides, au moyen d'un arc composé de deux lames de cuivre et plomb soudées bout à bout, le côté cuivre plongeant dans le sulfate, et le côté plomb dans l'alcool; Le
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sulfate de i;iiîvrc ne tarde pas à être décomposé par suite des effets électriques qui résultent de la réuclioii des deux liquides l'un 8iir l'autre et de l'alcool sur le plomb. Le cuivre du sulfate se réduit sur la lame de même métal , qui est le pôle négatif; l'oxigèue et l'acide sulfurique se transportent du coté où se trouve la lame de plomb; mais au lieu d'obtenir du sulfate de plomb, il se forme en peu de jours une grande quantité de cristaux octaèdres de nitrate de plomb. Ce fait prouve évidemment que l'acide sulfurique, en traversant l'aiglle imprégnée de nitrate de potasse, a décomposé ce sel, s'est combiné avec la potasse eu raisou d'une plus grande afBuité pour cette base que n'en a l'acide nitrique. Ce dernier acide devenu libre s'est rendu au pôle positif, ou il s'est combiné avec l'oxide de plouib, formé en grande partie aux. dépens de l'oxigèiie du cuivre. Il en est résulté du nitrate de ploinb qui a cristallisé à mesure que l'alcool en a été saturé. Avec une action voltaïquc plus forte, le sulfate de potasse aurait éfé décomposé; cet exemple nous montre combien sont précieux les faibjes courants électriques pour opérer des combinaisons. Dans le cas que nous considérons, le nitrate de potasse a été décomposé par le concours des forces électriques et des aflinités.
555. Appliquons maintenant le principe précédent à la décomposition du sulfo-carbonate de potasse et à la formation de quelques composés.
i"^* ExpÊRiEiNCE. T^e sulfo-carbonate de potasse dont la solution, quand elle n'est pas tj'ès-concentrée , se décompose peu à peu à l'air, se trouve dans des circonstances favorables pour que des forces très-faibles apportent des cbangcmints dans l'élat de combinaison de ses molécules. Voici comment on opère sur cette substance : on prend deux bocaux en verre; dans l'un on, verse une solution de sulfate de cuivre, et dans l'autre une solution alcoolique de sulfo-carbonate de potasse; puis l'on établit la communication entre les deux liquides, d'une part, avec un tube de verre recourbé rempli d'argile humectée d'une solution de nitrate de potasse,
3a4 PItlICG. EMPLOT£ POUR LA FORM» DE CES COMP.
sur son passage de l'acide carbonique , le chasse de la combinaison et prend sa place; alors l'acide carbonique forme avec Toxide de cuivreiun carbonate, lequel, en se combinant avec celui de soude , donne naissance à un double carbonate de cuivre et de potasse , qui cristallise en belles aiguilles d'un vert bleuâtre satiné. Cette substance, qui n'est pas soluble dans l'eau, se décompose à l'aide de la chaleur, le carbonate de soude se dissout, celui de cuivre se précipite, et devient brun comme le carbonate ordinaire traité par l'eau bouillante.
Dans les expériences précédentes, la propriété dont jouit l'acide sulfurique de chasser des acides qui ont moins d'affinité que lui pour les bases , n'a lieu qu'en raison du peu d'énergie de l'action de la pile; car si l'action était plus considérable , tous les acides indistinctement seraient transportés au pôle positif. Cette propriété est subordonnée néanmoins à certains phénomènes dont il sera question dans le chapitre suivant.
Le courant électrique dont nous nous sommes servis pour produire des décompositions, peut provenir de Jeux causes, de la réaction chimique l'un sur l'autre des deux liquides qui sont en contact, et de l'action chimique du liquide du petit tube sur le métal qui plonge dedans. Dans le premier cas, si la réaction est suffisamment énergique, on peut se passer de la seconde ; de même si celle-ci a une intensité convenable, la première devient inutile; mais quand l'une et l'autre sont faibles, et que les cou- ^ rants qui en résultent sont dirigés dans le même sens, alors leur somme devient indispensable à la production des effets électro-chimiques. En général , toutes les fois que les deux courants cheminent dans le même sens, leur somme ne peut que favoriser les décompositions et la formation des produits. Il arrive souvent que ces deux courants sont si faibles que la réduction de l'oxide dans le*grand tube ne saurait avoir lieu. Dès lors il n'y a aucun effet de produit. Si donc l'on n'aperçoit dans les appareils, au bout de quelques jours y aucune précipitation de cuivre