PREMIÈRE PARTIE
reiîfermé dans un foyer sans communication extérieure. En examinant avec allention le pus scrophuleux ^ on voit que son principal caractère est un défaut d'élaboration et de confection sujQ&santes ; caractère qui paraîtra la conséquence naturelle de l'état constitutionnel, si l'on considère que les éléniens qui doivent concourir à la formation dô ce liquide, véritable résultat d'une sécrétion morbilique , sont fournis par des fluides circulatoires de mauvaise nature, et travaillés par des solides vivans dont l'organisation est imparfaite et vicieuse.
Marche des ulcères scrophuleux . — Oa ne doit jamais se flatter de guérir ces maladies locales, sans danger de récidive, tant que la constitution strumeuse n'est pas entièrement détruite. Jusqu'à cet heureux terme, ces ulcères peuvent se cicatriser, se rouvrir, se cicatriser encore, et suppurer de nouveau. Hufeland et M. Baumes assurent que les scropliules semblent s'assoupir pendant l'hiver, pour se réveiller au printemps ; je me plais à croire que ces praticiens auront basé leur opinion sur des faits, et cependant je puis assurer que j'ai constamment observé le contraire sur les nombreux malades que j'ai rencontrés dans les différens hôpitaux de Paris. J'ai surtout fait cette remarque pour les ulcères écroueUeux. Je traite même actuellement plusieurs individus chez lesquels des ulcérations
24o TRAITÉ SUR JLES SCROPHULES.
semblables, soit aux mains, soit aux pieds, se sont déjà cicatrisées plusieurs fois pendant le printemps et Tété, pour s'ouvrir de nouveau dès rinvasion de l'hiver, et surtout des froids humides, si fréquens dans cette saison.
Je dois surtout fixer l'attention des observateurs sur une circonstance qui devient souvent alors l'un des principaux obstacles à la guérison , et qu'il est indispensable de bien connaître pour l'application des moyens curatifs. Pendantl'hiver, et spécialement lorsqu'il s'accompagne d'une température humide e-t froide, les douleurs des ulcères se réveillent parfois avec beaucoup d e force, et deviennent très-aigues; des chaleurs brûlantes s'y font sentir par intervalles , et , chose bien digne de remarque, s'y manifestent le plus souvent à des époques réglées. Ainsi, j'ai vu plusieurs malades passer la journée sans aucune souffrance, et ressentir tous les soirs, vers six ou sept heures , ces funestes chaleurs dans les parties affectées. Il s'opère véritablement alors une sorte de congestion sanguine dans ces dernières, qui deviennent rouges, douloureuses, chaudes et tuméfiées , et le siège évident de cet ' état, que les anciens désignaient, avec assez de raison , par le terme de fièvre locale. Ces accès , dont la durée la plus ordinaire est de deux ou trois heures, fatiguent les tissus scrophuleux, en engorgeant leurs vaisseaux par des fluides trop
PREMIÈRE PAllTiE. 2/^1
abondans, et dont ils n'ont pas la force de se débarrasser; déchirent les faibles cicatrices qui s'étaient effectuées pendant les intervalles de calme; agrandissent les ulcérations, et ne permettent jamais leur guérison parfaite, si Ton ne trouve un moyen capable de prévenir le mouvement fébrile dans les parties ulcérées.
Les excès et les imprudences dans le régime, les passions tristes surtout, ont une influence nuisible sur la marche des ulcères strumeux, Je dois spécialement noter comme agissant de cette manière , l'invasion des règles chez la femme ; en effet, à chaque époque menstruelle , ces ulcères, lors même qu'ils sont en voie de guérison, demeurent, pour ainsi dire, stationnaires ; souvent même , ils s'accroissent, se ramollissent j deviennent fongueux, livides, saignans, et reprennent un meilleur aspect après cette époque. Les ulcères écrouelleux peuvent, i°. s'arrêter au tissu cutané , s'étendre en superficie , sans affecter les organes sous-jacens ; j'ai vu plusieurs fois des ulcérations de cette nature, qui siégeaient dans la peau des doigts, soit aux pieds, soit aux mains, depuis cinq, dix et même quinze ans, et qui, pendant tout ce temps, étaient, pour ainsi dire , demeurés au même état sans attaquer les os situés à quelques lignes au-dessous; li'*. dans quelques circonstances plus fâcheuses, l'inflammation s'étend au tissu cellulaire sous-^
ll^l TRAITÉ SUR LES SCROPHULES.
cutané, creuse des cavernes profondes, recouvertes par une peau mince, violette, perforée d^orifices nombreux arrondis , laissant échapper un pus de mauvaise nature , et présentant assez bien l'aspect d'un crible. Ces ouvertures peuvent se cicatriser; mais pendant ce temps, le pus s'accumule dans les trajets sinueux , les distend, rompt les cicatrices, et s'écoule en plus ou moins grande quantité. Ces foyers désemplis, les ouvertures de la peau se cicatrisent de nouveau pour se rouvrir encore , et sous l'influence de la même cause. J'ai vu des ulcérations semblables présenter cette alternative de cicatrisation et de rupture, pendant des mois entiers, et ne disparaître qu'après l'excision des parties décollées, ou par l'emploi de compressions bien faites, comme nous le dirons en exposant l'histoire du traitement.
S"*. Enfin, dans les cas les plus graves, l'inflammation s'étend au tissu osseux qui, après un temps plus ou moins long, devient le siège de véritables ulcérations strumeuses , profondes ou superficielles , décrites sous le nom de carie scropJiuleuse ,
CARIE SCROPHUIiEUSE.
Cette altération des os n'est point, comme l'avaient pensé quelques auteurs, le résultat de l'érosion du périoste, par le contact d'un pus