‹ Traité complet sur la maladie scrophuleuseChapitre 14 sur 236 · PREMIÈRE PARTIE. l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. l

Deuxième Question. — En admettant Vexistence d'un vice ou virus scrophuleux , pourraiton lui accorder le caractère contagieux ?

Lors même que Fon accorderait aux partisans de la théorie que nous venons de combattre, rexistence du vice ou virus scrophuleux, ils seraient encore dans l'impossibilité de soutenir le caractère contagleu:L qu'ils supposent à ce principe imaginaire.

En effet 5 i^. il n'existe pas un seul fait bien constaté qui prouve que les scrophules aient jamais été contagieuses pour aucun individu.

2°. Un grand nombre d'expériences faites publiquement, et par des auteurs dignes de foi, démontrent au contraire jusqu'à l'évidence , que le contact, et même l'inoculation sont toujours sans effet. Ainsi, MM. Pinel et Alibert ont, à l'hospice de la Salpétrière, placé dans la même salle, des enfans, les uns sains, les autres écîouelleux, en laissant entre eux les plus libres communications, et cependant la maladie ne s'est jamais transmise des seconds aux premiers. M. Halle a fait des observations semblables dans le faubourg Saint- Marceau. M. Richerand a fait la même remarque à Saint-Louis : ce L'affection )) scrophuleuse n'est point contagieuse ; les petits » scrophuleux reçus à l'hôpital se mêlent impu- » nément aux autres malades, partagent les réy) créations , les repas des autres petits enfans sans

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» que cette cohabitation et ces contacts répétés » propagent la maladie ». (Richerand, Nosograph* chirurg. T. I , p. i6i . ) Je connais à Paris plusieurs familles dont quelques enfans sont affectés d'écrouelles avec ulcères et suppuration abondante : ces jeunes malades partagent avec leurs frères le même lit, les mêmes amusemens , sans aucun effet contagieux.

Les partisans de la contagion établissent particulièrement leur opinion sur le fait suivant : «Dans une même famille, disent-ils, on ren- )) contre le plus ordinairement plusieurs enfans y) scrophuleux, lorsque cette maladie s'y mani- )) feste, et cette simultanéité d'affection chez un » plus ou moins grand nombre d'individus qui » communiquent habituellement ensemble, ne )) peut s'expliquer autrement que par la transy) mission au moyen du contact ».

En accordant même ce principe qu'il serait bien facile de détruire, puisque l'on voit beaucoup de familles ne compter qu'un enfant scrophuleux, n'est-il pas évident que les conséquences qu'on veut en inférer sont essentiellement fausses, et qu'au lieu d'admettre ici la transmission des scrophules par le contact , il serait plus naturel de penser, que les enfans d'une même famille , vivant sous les mêmes influences , respirant le même air, partageant le même genre de vie ^ la même habitation et les mêmes alimens^

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doivent à ces circonstances communes la maladie dont ils sont affectés simultanément,

3^. Les faits tirés de l'observation pathologique ne sont pas les seules preuves opposées à la contagion des écrouelles. L'inoculation tentée sur les animaux vient encoreà leur appui. M.Hébréard, médecin à Bicêtre , a cherché par plusieurs moyens à inoculer les scrophules sur difiPérens chiens , tantôt en frictionnant la peau avec le pus d'un scrophuleux, tantôt en appliquant un linge enduit du même fluide sur le tissu cutané récemment dépouillé de son épiderme par un vésicatoire ; tantôt enfin en déposant la matière purulente dans plusieurs plaies faites avec Finstrument tranchant. Les cicatrices se sont effectuées sans aucun signe de contagion , et ces animaux, conservés pendant quelque temps ^ n'ont pas présenté le plus léger symptôme de l'affection strumeuse.

Désirant m'assurer par moi-même de ia vérité de ces résultats, j'ai poussé plus loin les expériences de l'inoculation , i''. en la pratiquant sur des cochons-d'Inde, animaux plus lymphatiques et par là même beaucoup plus disposés que les chiens à contracter les scrophules ; 2°. en plaçant ces animaux dans un lieu étroit, humide, et presque entièrement privé de lumière, circonstances qui loin de s'opposer au développement de cette maladie , ne pouvait que le favoriser •

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3°. en mettant le prétendu virus en contact avec toutes les surfaces absorbantes , et le faisant agir en même temps sur tous les organes. Pour remplir entièrement ces dernières conditions , j'ai pris du pus sur quatre individus éminemment scrophul eux, affectés l'un d'ulcères anciens au pied et à plusieurs doigts avec gonflement considérable, et carie de quelques phalanges ; les autres , d'engorgemens cervicaux en suppuration. Un de ces individus avait une phtîiisie tuberculeuse bien caractérisée. Le fluide purulent a été sur chacun de ces animaux, i*^. introduit plusieurs jours de suite avec les alimens dans l'estomac , à la dose d'une demi-cuillerée à café chaque fois ; 2^. injecté dans la veine crurale gauche à diverses reprises, à celle de huit à dix gouttes seulement , et avec ménagement • 5". déposé dans la plaie faite pour découvrir le vaisseau , au milieu des ganglions et des lymphatiques de l'aine par conséquent ; 4''- enfin employé plusieurs fois en frictions long-temps continuées sur la peau du col, rasée avec beaucoup de soin; les plaies ont ensuite été pansées avec toutes les précautions nécessaires , et n'ont pas offert le plus léger retard dans leur cicatrisation , qui s'est effectuée sans aucun symptôme écrouelleux. De ces animaux au nombre de quatre, l'un est mort trois jours après les expériences , un autre quinze jours plus tard ; je les ai ouverts avec toute l'attention pos-

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sible, sans renconlrer aucun engorgement scropli aïeux nia Tintérieur ni à l'extérieur. Les deux autres ont été conservés pendant deux mois et demi, et n'ont éprouvé aucune altération dans leur santé.

J'entends les partisans de la contagion élever la voix contre ces expériences , et m'objecter que le virus peut être contagieux d'un homme sur un autre homme , et ne pas l'être de celui ci sur un animal. Il me serait bien facile de faire tomber^ par un simple raisonnement, cette objection mal fondée; mais je préfère la la^isser subsister, afin de la combattre par les armes de l!éy;idence , qui seule peut convaincre l'incrédulité.

1°. Il s'est trouvé des cliirurgiens assez hardis pour expérimenter l'inoculation sur l'homme lui-même. Ainsi, un de mes collègues, dont la témérité apparente ne me permet pas de citer le nom , chargé de vacciner plusieurs enfans, inocula en même temps une certaine quantité de pus puisé dans une tumeur écrouelleuse en suppuration ; le virus vaccin manifesta sa présence par les symptômes ordinaires, sans rien offrir de particulier, ce qui prouvait évidemment l'aBsorption des fluides inoculés,^ et: cependant il ne survint par la suite aucune afiection strumeuse.

Kortum, médecin allemand, a, pendant plusieurs jours , frictionné le col d'un enfant sain

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avec le pus d'un ulcère scrophuleux ; il a, sur un autre individu , inoculé la même matière , dans une petite plaie située derrière Tapophyse niasloïde ; ces deux enfans n'ont point cessé de présenter une santé parfaite.

Il arrive assez fréquemment , et j'en ai observé plusieurs exemples 5 qu'un homme sain cohabitant avec une femme scrophuleuse, affectée de l'écoulement blanc et irritant, connu sous le nom de flueurs blanches ^ contracte un écoulement semblable, souvent même avec engorgement^ des ganglions lymphatiques inguinaux; accidens qui disparaissent dans quelques jours par l'emploi d'un traitement anti-phlogistique. Il est bien évident ici , que l'absorption de la matière scrophuleuse s'est effectuée, et que cette matière ne contient point un principe virulent , puisque la maladie résultant de son action , a cédé si promptement à des moyens incapables de neutraliser un virus.

Enfin, désirant avoir des idées précises sur la contagion des écrouelles, et ne voulant faire partager à personne les dangers de mes recherches, s'il en pouvait exister, j'ai fait sur moimême les tentatives d'inoculation 3 j'ai pris du pus sur plusieurs scrophuleux, et l'ai déposé encore doué de sa chaleur naturelle , dans plusieurs piqûres faites avec la pointe d'une laocette^ au pli du bra^ et au poignet, sans éprouver con-

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sécutivement aucun symptôme de la constitution strumeuse.

Quelque temps après , voulant répondre à l'objection de ceux qui prétendent que la transpiration cutanée est le siège principal du virus, je me suis inoculé de même le fluide accumulé sous Tépiderme par l'action d'un vésicatoire appliqué chez un sujet écrouelleux et phthisique. Il survint cette fois un peu de suppuration à l'une des piqûres du bras seulement, ce qui dépendit bien évidemment de l'action exclusive de l'instrument, puisqu'au quatrième jour il ne restait plus aucune trace de cette légère phlogose. J'ai fait ces expériences en 1816, et suis tout disposé à les répéter en présence de quiconque pourrait encore considérer les scrophules comme une maladie contagieuse.

Troisième Question, — ^ Le virus syphilitique peut-il en dégénérant donner naissance au prétendu virus scrophuleux ?

Les auteurs qui soutiennent l'affirmative de cette proposition, basent entièrement leur opinion sur l'observation suivante : On voit fréquemment un homme affecté de syphilis , ou devenir lui-même scrophuleux^ ou donner le jour à des enfans entachés de cette dernière maladie ; d'où les mêmes auteurs concluent que c'est le virus vénérien qui ^ en dégénérant dans réconomie du père ou dans son

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passage aux enfans, se convertit en virus écrouelleux.

Je regarde comme bien démontré par l'expérience, le fait dont il s'agit 5 j'ajouterai même que je ne suis pas éloigné d'admettre une liaison assez directe entre les funestes progrès des scrophules, dans nos grandes villes surtout, et ceux non moins effrayans de la syphilis; mais je ne crains point d'avancer que ce même fait est devenu la source de conséquences essentiellement fausses.

En effet, 1°. il me semble démontré par l'expérience, que l'affection strumeuse est bien plus tôt déterminée par le traitement mercuriel de la syphilis que par cette maladie elle-même. Examinez avec soin les malades qui depuis plusieurs années sont affectés de cette dernière, et vous ne tarderez point à vous apercevoir que ceux qui présentent le plus de bouflissure, de détérioration dans toute leur économie, qui par conséquent touchent de plus près la maladie scrophuleuse, s'ils n'en ressentent déjà les funestes effets, ne sont pas , toutes choses égales d'ailleurs, ceux qui ont éprouvé le plus grand nombre d'affections vénériennes , et au degré le plus prononcé , mais bien ceux qui ont fait usage du mercure, surtout en frictions , pendant un temps plus long et avec 3e moins de ménagemeliî;. Cette opinion est entièrement conform'e à celle de M. Richerand : '<c Le traitement «merCuriel employé contre l'af-

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