PREMIÈRE PARTIE. gt
Glisson l'attribue à la distribution irrégulière des sucs nourriciers de l'os, qui se dirigeant en plus grande abondance d'un côté que de l'autre, courbent ces derniers ; comme le feraient, pour une colonne , des coins engagés sur la même ligne verticale , entre toutes les pierres qui la constituent. N'est-il pas évident que cette théorie est entièrement imaginaire, et je dirai plus, qu'elle n'offre, pas même un côté de vraisemblance? Comment admettre cette distribution inégale des sucs osseux ; mais surtout comment concevoir que cette aberration de la nature soit toujours tellement uniforme et constante dans ses effets, qu'elle détermine des courbures analogues chez tous les sujets affectés de rachitis?
Mayow pense au contraire que ces inflexions vicieuses des os dépendent toujours du desséche' ment et du raccourcissement des muscles et des tendons y qui les courbent absolument comme le fait, pour un arc, la corde fixée à ses deux extrémités. Cette explication , qu'il serait bien facile d'attaquer dans ses conséquences , porte sur un principe faux. En effet, il n'est point vrai de dire que les muscles et les tendons soient raccourcis, desséchés , comme l'entend cet auteur ; ils sont seulement atrophiés, mais en même temps mous, flasques , relâchés, et incapables d'effectuer l'incurvation des os d'après le mécanisme indiqué par Mayow,
Quelle est clone la cause de ces flexuosilés "vicieuses? il est impossible de la trouver raison^ lîablement ailleurs que dans la contraction musculaire et le poids des parties.
On conçoit en effet que dans les différens niouvemens , les muscles se contractant sur les os qui leur donnent insertion, et ne trouvant aucune résistance dans ces derniers, doivent nécessairement les entraîner en des directions contre nature. Cette vérité , reconnue parla plupart des bons observateurs, paraîtra dans tout son jour, si l'on considère le sens ordinaire dans lequel s'effectuent constamment ces incurvations, sens qui correspond toujours aux muscles les plus volumineux et les plus forts. Ainsi le fémur se courbe en arrière, et présente une convexité antérieure ; le tibia et le péroné en dehors , pour en offrir une interne et légèrement inclinée en devant, etc. Par cette disposition , les genoux se trouvent dirigés en dedans, les pieds le sont en dehors , et reposent entièrement sur leur bord interne, ce qui rend la progression difficile et chancelante.
Il est également facile de comprendre que les os moux et flexibles ne peuvent , sans s'incurver en différens sens, supporter le poids des parties qu'ils sont destinés à soutenir ; aussi les membres inférieurs , sur lesquels s'appuie tout l'individu pendant la station et la progression bipèdes , sont-