‹ Traité complet sur la maladie scrophuleuseChapitre 62 sur 236 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

vent réunis et repliés pour former les ganglions lymphatiques, soit qu'ils se distribuent en faisceaux plus ou moins nombreux clans l'épaisseur des organes parenchymateux , et dans le tissu cellulaire. D'après cette idée , le développement des tubercules doit être possible dans toutes les parties où se rencontrent des vaisseaux blancs ainsi disposés; c'est, en effet, ce que confirme l'expérience, comme nous le dirons bientôt.

2°. Relativeînejit à la nature. Un assez grand nombre d'écrivains les ont considérés comme essentiellement différens dans les diverses parlies ; ceux du mésentère , du poumon surtout ont été regardés comme ayant un caractère particulier.

Cette opinion ne peut être fondée que sur des considérations purement imaginaires , puisque l'inspection anatomique d'une part , et l'observation pathologique de l'autre, s'accordent constamment pour en démontrer l'erreur.

En effet , examinez chez un scrophuleux les tubercules du poumon, du mésentère, du tissu cellulaire, des muscles, etc. ; vous les trouverez absolument semblables dans ces diverses parties. S'ils offrent quelquefois des variétés relatives à leur volume, à leur densité , à leur structure, etc. , elles sont indépendantes du siège qu'ils occupent, puisqu'elles se rencontrent également

clans tous les organes susceptibles (ïen être affectés.

D'un autre côté, c'est le plus ordinairement sous rinfluence de la constitution sti^umeuse , et constamment sous celle d'une inflammation que se développent les tubercules ; c'est toujours dans les vaisseaux blancs que s'effectue ce développement. Or, la constitution strumeuse^ \ inflammation et les vaisseaux blancs sont , dans tous les cas, essentiellement les mêmes, et ne peuvent différer que par des modifications superficielles ; comment pourrait-on dès lors concevoir que les tubercules, qui sont le résultat de la désorganisation des uns , sous l'influence des autres, soient capables de varier dans leur caractère fondamental , puisque les circonstances qui les déterminent sont immuables dans leur nature? N'est-il pas plas naturel de penser que la cause étant toujours la même , l'effet doit être invariable comme elle ?

Nous avons dit que les tubercules pouvaient se développer dans toutes les parties qui présentent des vaisseaux lymphatiques disposés en ganglions, ou à l'état de liberté. Il suffit, pour se convaincre de cette vérité, d'ouvrir les bons traités d'anatomie pathologique, ou, ce qui vaut mieux encore, d'ouvrir fréquemment des cadavres.

En faisant avec soin l'autopsie des sujets

PBEMIÈRE PARTIE» I2Ç)

morts scrophuleux, on rencontre constamment, soit à Fextérieur, soit dans les cavités splanchïiiques , des tubercules plus ou moins nombreux, et d'un volume très- variable. Je pourrais en citer un assez grand nombre d'exemples pour le foie, le cœur, les muscles, etc.; ces derniers en sont également farcis chez les porcs dans l'affection nommée ladrerie y véritable maladie strumeuse. Combien de fois n'en a-t-on pas rencontré dans le tissu cellulaire de différentes régions, dans le mésentère, le pancréas, les glandes mammaires, les poumons surtout, dans le cerveau, le cervelet, etc. 1

Ces exemples sont tellement multipliés dans les écrits des praticiens, que je me contenterai de choisir, parmi ceux qui me sont propres, le fait suivant , dont la rareté me paraît digne de fixer un instant l'attention.

Une femme évidemment scrophuleuse, âgée de trente-six ans, mourut à l'Hôtel-Dieu de Paris, salle Sainte- Jean ne, dans l'année 1817, Après avoir présenté, pendant ses huit derniers jours seulement , tous les symptômes d'une compression cérébrale assez forte, tels que suspension dans l'exercice des facultés intellectuelles, respiration suspirieuse , gémissemens profonds par intervalles, légers mouvemens spasmodiques et involontaires, etc.

Autopsie, Le crâne ouvert avec beaucoup de

l3o TRAITÉ SUR LES SCROPHCJLES.

soin, nous ne découvrîmes dans rencéphala aucune trace d'épancliement ni de congestion, aucune désorganisation du cerveau ni du cervelet; ce qui nous parut un peu surprenant; mais la protubérance annulaire avait à peu près le double de son volume ordinaire. Elle fut incisée superficiellement et avec précaution ; nous trouvâmes dans son épaisseur un tubercule bien circonscrit, à surface lisse, peu adhérente à la substance du mésocépliale , qui, disposée en forme de membrane , Fenvironnait d'un véritable kiste médullaire. Ce tubercule avait à peu près le volume et la forme d'une grosse noix. Incisé dans toute son étendue, il offrit une substance grisâtre assez dense et comme lardacée à la circonférence, plus molle et pultacée au centre. Le kiste médullaire dont il était enveloppé présentait une couleur légèrement rougeâtre à sa face interne. Je le montrai à M. Demontaigu et à plusieurs de mes collègues, qui le reconnurent, avec moi, pour un tubercule évidemment scrophuleux. Je ne sache pas qu'aucun autre, de ce volume, ait jamais été rencontré dans le mésocéphale.

Quel que soit le siège des tubercules , ils offrent des caractères communs, et quelques variétés indépendantes du lieu qu'ils occupent.

Ordinairement sphéroïdes, sans enveloppe, ou renfermés dans une cavité à parois mem- |

PREMIÈRE PARTir:. î3ï

braneuses, et connue sous le nom de kiste; le plus souvent grisâtres, d'un blanc mat, quelquefois jaunes ou rougeâtres ; d'un tissu tantôt dense, fibreux, comme lardacé , tantôt , au contraire , friable et s'écrasant sous la pression 5 se ramollissant du centre à la circonférence, offrant alors une matière pultacée caséiforme , renfermée dans un foyer à parois quelquefois grisâtres , assez souvent rouges à l'intérieur , villeuses, et très-analogues, par leur aspect, aux membranes muqueuses, comme Va. surtout bien démontré M. Dupuytren.

Il n'est point rare de trouver , dans ces tubercules ainsi ramollis , des dépôts plus ou moins considérables de phosphate calcaire , improprement désignés par le terme d'ossifications, puisqu'ils ne sont autre chose que des noyaux formés presque exclusivement par ce sel, et n'offrant point, comme dans le tissu osseux, la réunion d'une trame celluleuse à la substance inorganique.

On a cherché la cause de ces concrétions : ne pourrait-on pas l'attribuer surtout à la diminution très-marquée de la transpiration cutanée , puisque ces dépôts calcaires se manifestent spécialement dans toutes les circonstances oii la perspiration que nous venons d'indiquer est habituellement languissante ou supprimée, comme on peut s'en assurer en considérant

l32 TRAITÉ SUR LES SCROPHULES.

qu'ils se rencontrent le plus ordinairement chez les sujets affectés de la goutte, du rhumatisme et des scrophules, ou parvenus à une vieillesse très-avancée, et que, chez tous ces individus, la peau est ordinairement aride et sèche ?

On trouve bientôt une explication assez satisfaisante de ces faits, si l'on considère que la transpiration cutanée est la principale voie par laquelle l'économie se débarrasse de la surabondance du phosphate de chaux , comme le prouve la nature des dépôts que forment les sueurs à la surface épidermoïde; ces dépôts sont en effet en grande partie formés par le phosphate calcaire, d'après les analyses qu'en ont faites MM. Fourcroy et Vauquelin. Si donc la perspiration cutanée languit ou se trouve habituellement suspendue, le sel que nous venons d'indiquer, en dissolution dans les fluides blancs, repris par l'action des absorbans, porté dans les vaisseaux lymphatiques, devra nécessairement se déposer dans les endroits où la circulation de la lymphe se trouvera notablement ralentie, ou, mieux encore, entièrement suspendue. Pourquoi n'arriverai t-il pas, en effet, dans cette circonstance, pour ce fluide, ce que l'on voit survenir pour l'urine, qui, retenue trop long^ temps dans son réservoir, y laisse précipiter plusieurs de ses sels, lesquels se réu-

lîissént en masses plus ou moins volumineuses, connues sous le nom de calculs urinaires.

C'est ainsi que je conçois la formation de tons les dépôts calcaires ^ dans quelque partie qu'ils puissent se développer. J'indique la théorie qui me paraît la plus naturelle, sans cependant y attacher aucune importance.

Telles sont les idées que j'ai conçues depuis plusieurs années, sur le . développement et la nature des tubercules, d'après l'autopsie cadavérique d'un assez grand nombre de scrophuleux offerts à mes recherches, dans l'hôpital de la Salpétrière, pendant que j'y faisais le service de chirurgien interne ; idées que j'ai pu confirmer, agrandir, en suivant les précieuses leçons de M. Dupuytren , en lisant nos meilleurs traités d'anatomie pathologique , et spécialement l'excellent ouvrage de M. Broussais, sur les phlegmasies chroniques.

Mais si les tubercules , soit internes , soit externes, sont toujours de même nature, s'ils sont constamment déterminés par une même cause, V irritation ^ si leur siège est invariablement fixé dans les vaisseaux blancs, dont ils ne sont que V épaississement et la dégénératlon ; enfin, s'ils sont partout identiques, indépendamment des organes dans lesquels ils peuvent se développer; il n'en est pas de même relativement à la m.a]adie dont ils sont l'effet

l34 TRAITÉ SUR LES SCROPHULES.

et le symptôme, suivant qu'elle affecte telle ou telle partie ; ce qui nous oblige à considérer d'une manière spéciale chacune des altérations scrophuleuses locales renfermées dans cette première section.

5 I. Irritation et inflammation scrophuleuses des ganglions lymphatiques extérieurs.

D'après l'opinion de plusieurs auteurs, les engorgemens des ganglions extérieurs sont toujours ]e symptôme d'une altération semblable dans ceux de l'intérieur. Riolan s'exprime ainsi sur ce point : Multiplicatio strumarum externarum ostendit multiplie ationem internarum, (RiOL,, Med. pract.) Gui de Cliauliac assure que toujours les engorgemens extérieurs sont consécutifs à ceux de l'intérieur, des ganglions mésentériques surtout. Russel nous dit que les engorgemens du col annoncent un état sein-blctble dans les glandes de la poitrine et du mésentère .

Si ces opinions étaient fondées, on pourrait dès lors, avec beaucoup de facilité, juger de l'état intérieur des organes chez les scrophuleux, par l'inspection de l'extérieur ; mais elles ne sont nullement conformes à l'observation.

Ainsi , Morgagni rapporte qu'il a fréquemment rencontré sur des cadavres scrophuleux l'engorgement des ganglions sous-cutanés, sans au-

Page 1