PREMIÈRE PARTIE
terminaison ne se rencontre que chez les fœtus ^ et lorsque la maladie a parcouru ses périodes avant la naissance. Morgagni prétend avoir constaté par l'expérience que Vacéphalie se forme de cette manière, et qu'elle est toujours consécutive à l'hydrocéphale. On trouve encore , même après la destruction totale du cerveau , le cervelet, la protubérance annulaire et l'origine de presque tous les nerfs dans un état d'intégrité parfaite; circonstance sans laquelle on ne concevrait pas comment plusieurs acéphales ont pu vivre quelques jours après leur naissance. Lorsque l'hydrocéphale coïncide avec le racJiitis y et qu'elle affecte un sujet très-jeune, le crâne peut offrir un développement très-considérable, doubler, quelquefois même tripler de volume, comme déjà nous l'avons indiqué dans l'histoire de Yostéomalaxie.
2^. Dans V arachnoïde rachidienne , — La maladie prend alors, dans les auteurs, le nom àlijdroracJiis. Plus particulière à la première enfance, elle peut être consécutive à l'hydrocéphale^ ou bien exister indépendamment de celle-ci. Dans le premier cas , la sérosité qui remplit les ven^ tricules latéraux passe dans le moyen de celui-ci sous la voûte à trois piliers, par l'aquéduc de S37lvius, dans le ventricule du cervelet, sur la moelle allongée ; là existe un repli de l'arachnoïde qui se déchire, et le fluide s'introduit
2f22 TRAITE SUR LES SCROPHULES.
alors dans le canal rachidien. Quel que soit le mode de formadon de cet épanchement, il produit sur la moelle une compression plus ou moins forte, dont il est facile de concevoir les effets toujours relatifs à la quantité du fluide épanché , et à la région vertébrale où s'effectue spécialement son accumulalion.
Lorsque cette maladie se manifeste simultanément avec le rachitis , on observe encore d'autres phénomènes. Les deux lames, qui par leur union constituent postérieurement les apophyses épineuses, d'après Camper, ne se développent point, et ces apophyses n'existent jamais alors. D'après le plus grand iiombre des auteurs, ces deux lames s'écartent l'une de l'autre en cédant à l'effort de distension que produit la sérosité par son augmentation dans le rachis. Quelques écrivains considérant comme une maladie particulière ce symptôme de l'affection que nous décrivons, en ont traité sous la dénomination de spina bifida. Cet écartement des lames épineuses se manifeste le plus ordinairement au sacrum, dans la région lombaire, plus rarement dans la région dorsale, et presque jamais dans les vertèbres du col ; on l'a quelquefois cependant observé dans toute l'étendue de la colonne rachidienne en même temps , comme le démontrent les faits rapportés par Ruisch , Bidloo, Bonn et Yalsalva. Les membranes vertébrales
poussées par le liquide épanche ne tardent point à former de véritables hernies qui se manifestent sous la forme de tumeurs arrondies, ovoïdes, variant, pour le volume, entre celui d'une noisette et d'unegrosse orange; ordinairement transparentes , sans douleur , sans changement de couleur à la peau; produisant, lorsqu'on les presse, le soulèvement des fontanelles, et divers accidens de compression ; caractères qui servent à les distinguer des abcès par congestion , lesquels d'ailleurs ne se forment jamais sur la ligne médiane, et. coïncident toujours avec une gibbosité plus ou moins marquée.
3^. Dans les plèvres . — L'affection prend alors le nom à^hjdrothorax : elle se manifeste ordinairement à l'époque de la puberté , ou quelques années après ; les symptômes qu'elle présente sont absolument semblables à ceux de l'hydrothorax ordinaire ; mais elle offre pour caractères distinctifs sa coïncidence avec la constitution strumeuse, un développement insensible, et des progrès toujours très- lents.
4^. Dans le péritoine, — On 1 ui donne le nom ^hydropisie as cite ; elle affecte spécialement l'âge viril ; on la reconnaît aux symptômes de la diathèse écrouelleuse ; à ceux qui sont communs aux hydropisies du péritoine produites par une autre cau,>e ; enfin, à la marche chronique et presque toujours insensible qu'elle présente alors:
cette variété de la maladie scrophuleuse n'est pas très-rare; j'en ai recueilli deux observations bien caractérisées, à FHôtel-Dieu , salle Sainte-Jeanne, pendant l'année 1817.
Deuxième ^ troisième et quatrième périodes. — Lorsque l'inflammation s'empare du tissu séreux chez un sujet scrophuleux , elle parcourt ses périodes avec beaucoup de lenteur , et se termine le plus ordinairement par l'épaississement quelquefois très-considérable de ce tissu. J'ai vu sur plusieurs femmes scropliuleuses mortes à la Salpêlrière, après une pleurésie chronique ^ la plèvre offrant depuis quatre jusqu'à six lignes d'épaisseur, et convertie dans plusieurs points en un véritable tissu lardacé , résultat de la dégénération écrouelleuse.
On rencontre quelquefois de véritables tubercules dans l'épaisseur du tissu séreux , consécutivement à la plilegmasie strumeuse; j'ai trouvé sur plus de huit ou dix sujets évidemment scrophuleux, et morts de péritonite chronique , ouverts à la Salpêtrière, à l'amphithéâtre de la Pitié ou à l'Hôtel-Dieu, le péritoine rempli de ces tubercules , que Bichat avait crus analogues aux boutons varioliques , et qui sont assurément le résultat de la dégénération écrouelleuse des vaisseaux blancs de cette membrane. Leur grosseur" varie depuis le volume d'un grain de millet jusqu'à celui d'un pois ordinaire ; ils sont ovoïdes
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OU arrondis, quelquefois lenticulaires, etportant à leur centre une légère dépression, qui probablement en avait imposé à notre célèbre physiologiste. En les divisant avec attention , on trouve les uns entièrement formés d'une substance blanche lardacée , plus ou moins résistante ; les autres, déjà ramollis et suppures, convertis en un petit kiste rempli d'une matière jaunâtre et purulente. Enfin , dans quelques-uns , on rencontre des dépôts de phosphate calcaire. Tous les individus sur lesquels j'ai fait ces observations offraient les principaux traits de la constitution strumeuse; les uns portaient des engorgemens cervicaux , les autres des tubercules dans le poumon, dans le mésentère, etc. Il me semble donc permis , en rapprochant toutes ces circonstances , de considérer les petits corps blancs dont je viens de parler, comme autant de véritables tubercules scrophuleux , absolument semblables à ceux des autres parties par leur nature et leur mode de formation ; ils peuvent également se manifester dans les autres divisions du système séreux, comme il est facile de s'en convaincre en lisant surtout l'excellent traité de M. Broussais sur les phlegmasies chroniques ; mais jem'arrête spécialement à ceux du péritoine, parce que j'ai pu convenablement les observer.
V. Inflammation scrophuleuse des vaisseaux blancs dans les membranes muqueuses.
UiïiEamniation strameuse offre des caractères communs à toales les parties du système muqueaXjCe qui nous donne le grand avantage de pouvoir tracer l'histoire générale de cette maladie, avant d'exposer ses particularités relatives à chacune des membranes qui constituent ce même système par leur ensemble.
Les inflammations 'scrophuleuses du tissu muqueux ont été décrites par les auteurs sous les noms de catarrhes chroniques , de catarrhes scrophuleux y etc. Les causes qui peuvent en détermmer le développement sont à peu près les mêmes , quelle que soit la partie affectée.
Causes. — Répercussion de la transpiration cutanée , ou d'une éruption exan thématique ; impression subite, ou long-temps prolongée, d'un air froid et humide, sur le tissu muqueux ou sur la peau ; irritations physiques ou chimiques occasionnées par les corps extérieurs à l'état solide , liquide ou gazeux. Enfin , ces inflammations peuvent se manifester sans aucune autre influence que celle de la diathèse écrouelleuse.
Symptômes. — Sentiment de pesanteur, d'engourdissement ou de titillation dans la partie affectée; quelquefois douleur obtuse, mais jamais aiguë ; rougeur peu considérable , ou teinte iégè-
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renient livide • boinsouJllure , épaississeiiiciit plus on moins coiissidérahle de la muqueuse enikimmée, qui devient molle, fongueuse et saignante au moindre contact ; écoulement abondant d'un fluide séro- miiqueux ,h\i\\.ot verdâtre, assez ténu ; tantôt blanc opaque, épais, glaireux, assez souvent jaunâtre, puriforme, et très-difficile à distinguer du véritable pus ; dans, presque tous ces cas, d'une odeur nauséeuse ou fétide. Après un temps plus ou moins long, des ulcérations se manifestent; c'est alors seulement que le tissu affecté fournit un fluide essentiellement purulent; car on peut avancer, comme un principe invariable, que les membranes muqueuses ne versent jamais de pus avant qu'elles ne soient ulcérées. La marche de ces inflammations est toujours lente et chronique, leur persistance et leur ténacité sont le plus ordinairement trèsmarquées. A l'autopsie on trouve constamment la muqueuse épaissie, et ses follicules plus apparens que dans l'état naturel.
Particulajités. — En ajoutant à ces caractères généraux de l'inflammation strumeuse du tissu muqueux, les caractères particuliers qu'elle ofrre dans les diverses parties où ce même tissu peut se rencontrer , on aura dans quelques mots un tableau bien suffisant à la connaissance de celte maladie, et des variétés qu^elle est susceptible d'offrir.
i^. A la conjonctipe. — • Les bords palpébraux sont habituellement rouges, encroûtés cle chassie, presque toujours agglutinés après le sommeil , le matin surtout ; larmoiement continuel; sensibilité très-vive au contact de la lumière, clignotement^an s interruption* ulcération des paupières, chute des cils , écoulement par les angles de l'œil, d'un fluide épais, jaune ou verdâtre, mucosopurulent. On voit fréquemment alors survenir des fongosités sur la conjonctive , des taches variables par leur opacité , leur étendue , et qui altèrent la vision ou produisent une cécité complète ; des abcès entre les lames de la cornée; le ramollissement et la dégénération de cette membrane, qui forme antérieurement une tumeur blanchâtre et arrondie, connue sous le nom de staphjlôme, l'ulcération de ses parois, et consécutivement la hernie de la membrane qui contient riiunieur aqueuse. ♦
Quelquefois au lieu déporter spécialement ses effets sur la conjonctive ou sur les autres membranes de Fœil , la maladie strumeuse afî'ecte plus directement le cristallin , qui se ramollit , dégénère , et devient entièrement opaque; altérations que les auteurs décrivent sous le nom de cataracte scrb- ■phuleuse. Elle présente pour caractère particulier, d'être assez analogue, sous le rapport de la consistance et de la couleur, avec le fromage blanc récemment fait; de s'écraseï" sous la pression, à