‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 12 sur 52 · Ï22 CHAP. III. DES BLENNORRHAGIES · texte numérisé non relu

Ï22 CHAP. III. DES BLENNORRHAGIES

ble; le malade a très-souvent envie d’uriner, et il éprouve, surtout lorsqu’il est resté quelque temps dans le lit , couché sur le dos , des érections fréquentes et involontaires, et tellement douloureuses qu’elles troublent son sommeil et le forcent même à se lever.

Tel est le cours ordinaire delà maladie, quand l’inflammation de la membrane muqueuse est simple , légère et superficielle.

Mais dans d’autres cas, l’inflammation s’étend et pénètre plus profondément jusque dans la membrane cellulaire et même dans la substance réticulaire du corps caverneux de l’urètre; alors la douleur devient excessive pendant les érections, parce que le frein du gland est tiré en bas comme par une corde , tandis que le corps de la verge est portée en haut par la violence de l’érection : c’est ce qu’on a appelé Chaudepisse cordée. Dans cet état , il arrive souvent que les vaisseaux de l’urètre se rompent, ce qui occasionne une hémorrhagie considérable. D’autres fois la matière de l’écoulement est coupée par des filets de sang; le prépuce est aussi quelquefois en même temps tellement enflammé et tuméfié qu'il ne peut être renversé pour découvrir le gland, ou que, lorsqu’il a été renversé derrière cette partie , on ne peut le ramener en devant. Dans quelques cas, rares à la vérité, l’étranglement qui accompagne ce dernier accident produit tout à coup la mortification du gland; il peut même occasionner la mort du malade.

Symptômes et progrès.

Dans quelques personnes , une ou plusieurs des glandes inguinales deviennent grosses , dures et trèssensibles ou douloureuses , et il survient une fièvre symptomatique. Souvent alors les glandes et les vaisseaux lymphatiques de la verge se gonflent; l’on sent sur le dos delà verge une espèce de corde et de nœuds, et la peau de la verge est également gonflée et douloureuse. Outre les symptômes que je viens de décrire, il n’est pas rare de voir le malade , soit par sa faute, soit par l’effet d’un mauvais traitement, sentir un mal-aise particulier avec tension et tumeur du cordon spermatique et des testicules, accompagnées d’une diminution ou même d’une suppression totale de l’écoulement par l’urètre. Dans d’autres cas, la maladie s’aggrave, l’irritation et l’inflammation s’étendent le long du canal de l’urètre. Tous les symptômes deviennent alors plus violens: la douleur qui se fait sentir, en urinant, au périnée, ou plus en arrière, „est si vive, que le malade craint de rendre les urines, en même temps qu’il y est très-fréquemment sollicité par une titillation fatigante et incommode qui se fait sentir au col de la vessie et à l’anus; il a une envie perpétuelle de lâcher de l’eau , tandis qu’il ne peut en rendre à la fois que quelques gouttes brûlantes. Tout le canal de l’urètre est gonflé et dans un état de tension; le malade a des érecti<?ns fréquentes, et il ressent des douleurs lancinantes le long de ce canal par le périnée jusqu’à l’anus; il nepeut long-temps se tenir

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debout ni rester assis. Dans cet état , le gonflement des glandes de l’urètre obstrue souvent le passage de l’urine , qui sort en petit filet ou bifurqué ; et si en même temps l’écoulement virulent diminue considérablement ou s’arrête totalement, il survient souvent une suppression totale d’urine, causée par fine constriction ou une inflammation du col de la vessie, ou par un gonflement, ou une véritable inflammation de la glande prostate et des autres parties voisines.

Dans d’autres cas , il sort de l’urètre des filets de sang ou même du sang pur, et l’on commence à apercevoir des marques évidentes d’une ulcération d’urètre , qui est bientôt suivie d’une infection générale.

Quelquefois l’inflammation de l’urètre devient si forte , que la surface interne de cette partie, et les orifices des glandes qui la tapissent, ne rendent aucune sécrétion : ce qu’on observe aussi quelquefois dans l’inflammation de la membrane muqueuse du nez et des poumons, dans les grands rhumes. Tout écoulement est alors arrêté. C’est cet état de la maladie que quelques auteurs ont décrit sous le nom impropre de gonorrhée sèche ( Gonorrhœa sicca ) .

Lorsque l’inflammation est parvenue à un haut degré, les érections deviennent très-fréquentes et excessivement douloureuses , au point que la verge , loin de prendre la direction ordinaire, reste courbée; on appelle cet état de maladie , comme j’ai dit plus haut , la Cordée ou la Blennorrhagie cordée.

Après que ces symptômes ont duré avec plus ou

moins de violence, on qu’ils ont augmenté pendant une, deux ou trois semaines, et quelquefois même six ou sept , selon la différence du régime ou de la métlmde employée, ils commencent à diminuer peu à peu. La difficulté et les fréquentes envies d’uriner cessent , les érections ne sont plus douloureuses , la matière prend plus de consistance; elle file entre les doigts; enfin l’écoulement disparaît entièrement. Dans d’autres cas et plus fréquemment, les symptômes inflammatoires disparaissent par degrés ; mais l’écoulement continue pendant des semaines, des mois et même des années: c’est ce qui constitue la maladie que j’appelle blennorrhée ( Blennorrhœa ).

Quelquefois les symptômes inflammatoires de la blennorrhagie disparaissent peu à peu en laissant après eux, dans l’urètre, un ulcère qui ne manque jamais d’entretenir un écoulement opiniâtre et véritablement purulent ou ichoreux, et d’occasionner l’infection de la masse des humeurs: c’est la blennorrhée compliquée ou ulcérée (Blennorrhœa complicata seu ulcéras a, voy. chap. IV).

Dans d’autres cas, il reste un rétrécissement, une callosité, ou une excroissance dans l’urètre. Quelquefois encore la blennorrhagie syphilitique produit , comm'e je l’ai remarqué ci-dessus, pendant le plus haut degré de l’inflammation, un paraphîmosis dangereux et mortel, d’autres fois une tumeur des testicules, un endurcissement decespartiesou de quelques glandes de l’urètre, une inflammation ou une tumeur

squirreuse de la glande prostate, avec une supprès-

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