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tatés. La nature guérit souvent seule cette maladie 7 si nous la laissons faire sans la troubler dans ses opérations ; et je connais plusieurs cas où , sans aucun remède quelconque , par l’usage de l’eau simple , la gonorrhée virulente a disparu.
La sécrétion du mucus de l’urètre est augmentée par l’irritation excitée par l’âcreté du virus, de la même manière que la sécrétion des larmes se trouve l’être lorsqu’un corps étranger tombe dans l’œil et irrite cette partie tendre ; avec cette seule différence que, dans le premier cas, le corps irritant est un stimulus chimique; dans le dernier, un stimulus mécanique. Cette sécrétion abondante du mucus sert à délayer le virus aussi efficacement que pourraient le faire tous les remèdes que l’art emploierait. Le virus est ainsi non seulement délayé, mais aussi porté en partie hors du corps par l’écoulement continuel du mucus qui lui sert de véhicule ; et la pratique moderne , par l’usage desmédicamens mucilagineuxou huileux, internes ou externes , n’a d’autre but que d’aider la nature dans cette opération salutaire.
Il est donc hors de doute que, dans ce cas, et principalement quand la chaude-pisse est sans symptômes très-graves et sans ulcère , on peut la guérir radicalement sans employer le mercure ; et que si on l’emploie, dans des cas pareils, à l’intérieur, il ne produira aucun effet sur le mal local, non pas parce que la maladie n’est point syphilitique , mais parce que ce même virus se trouve placé hors de la circulation et par conséquent hors de son action. Mais le mer-
cure appliqué localement dans les blennorrhagies syphilitiques des parties génitales, surtout chez les femmes, guérit très-souvent et très-promptement ces maladies sans aucun autre remède interne ou externe; Pour ce qui regarde les blennorrhagies syphilitiques des parties génitales des deux sexes , accompagnées d’excoriations ou d’exulcérations, l’expérience journalière nous apprend que les écoulemens de cette espèce non-seulement se guérissent plus promptement et avec plus de sûreté, si on se sert de mercure, mais encore que le plus souvent ils sont incurables, si on néglige d’en faire usage. L’expérience nous prouve de plus que les écoulemens habituels qui suivent ordinairement ces blennorrhagies , cèdent souvent avec promptitude à l’usage du mercure, après avoir résisté pendant long-temps à un grand nombre d’autres remèdes. Je puis même assurer que jusqu’ici nous ne connaissons aucun autre remède plus avantageux dans ces cas que le mercure.
Nous ne contestons donc point que la chaude-pisse, surtout chez les hommes, ne puisse souvent être guérie radicalement sans mercure , et sans qu’elle soit suivie d’une infection générale du corps ; mais l’on se trompe gravement , et il est dangereux de le persuader aux malades, si l’on croit que la chaude-pisse ne peut jamais produire la vérole, comme l’a soutenu encore dernièrement feu Bell.
Plusieurs exemples m’ont complètement convaincu que l’absorption du virus a quelquefois lieu même dans des blennorrhagies syphilitiques simples , sur-
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tout lorsque, par un mauvais traitement, elles occupent une très-grande étendue dans l'urètre, ou bien lorsque leur siège est très-avant dans ce canal, et particulièrement près de la vessie. Chez les femmes cet accident est encore plus commun. J’ai vu d’autres malades chez lesquels la blessure accidentelle d’un petit vaisseau sanguin de l’urètre, par l’application maladroite de la seringue ou de la sonde, a donné lieu à l’absorption du virus, lequel a produit par la suite dans la masse du sang des symptômes syphilitiques très-évidens , mais qui , quoique provenant d’une gonorrhée, ont cédé très-promptement au mercure.
Nous pouvons donc conclure que, s’il est des blennorrhagies qui se guérissent sans mercure, il en est aussi, meme de simples, qui exigent Frisage de ce remède, et qui ne peuvent être guéries radicalement que par lui.
Comme cette matière est très-importante, et pour les médecins, et pour les malades, je vais rapporter quelques observations que j’ai eu occasion défaire, et qui mettront ces vérités dans un plus grand jour.
Je pris, à l’âge de vingt-quatre ans, et pour la première fois , une chaude-pisse sans la moindre apparence de chancres. L’écoulement ayant été imprudemment arrêté par l’usage des purgatifs , il s’ensuivit une suppression totale des urines. Je fis appeler un chi rurgien de mes amis, qui me voyant hors d’état de supporter plus long-temps la douleur que la distension de la vessie me causait , eut recours à la sonde:
mais l’instrument , parvenu à l’approche du verumontanum, rencontra un obstacle qui l’empêcha de pénétrer plus avant , quoique le chirurgien ne négligeât aucun moyen pour arriver à son but. Après avoir attendu quelques momens, il fit une nouvelle tentative, mais également sans succès. Comme la douleur augmentait , et que F accumulation de l’urine faisait craindre la rupture de la vessie, il essaya de nouveau, et força enfin le passage avec le moins de violence qu’il lui fût possible. Cet effort fit sortir quelques gouttes de sang de l’urètre, et fut suivi d’une copieuse évacuation d’urine. Au moyen d’un traitement convenable, je fus délivré en peu de jours de ce terrible symptôme; l’écoulement reparut, et au bout de trois semaines je crus être radicalement guéri. Mais quelques semaines après je fus éveillé pendant la nuit par une douleur au milieu du sternum , que je pris pour une douleur rhumatismale : la même douleur devint, au bout de quelques jours , plus forte, et fut accompagnée de la tuméfaction de l’os même. Je commençai alors à soupçonner la nature du mal: j’eus recours au mercure, et je me trouvai bien soulagé; je fus parfaitement guéri en cinq semaines de temps. Je demande maintenant à tout homme impartial qui aura réfléchi sur cette observation, s’il n’est pas raisonnable de croire qu’en forçant le passage avec la sonde, on blessa quelque vaisseau , ce qui donna lieu à l’absorption : en sq^te que je fus infecté dès cet instant, et ensuite guéri de la même manière que si F infection eût eu lieu par le moyen d’un chancre.
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Un homme d’environ quarante ans, qui avait essuyé anciennement différentes blennorrhagies, dont il ne conservait plus aucun reste. depuis cinq à six ans, en gagna une nouvelle. Celle-ci, d’après son récit, étant bénigne pendant les cinq ou six premiers jours, ne lui faisait pas éprouver beaucoup de douleurs lorsqu’il urinait, et ne lui en causait presque point dans l’érection. Mais alors , après avoir fait un exercice violent, il sentit plus d’irritation le long de l’urètre, et surtout vers le col de la vessie. Il se contenta de prendre un purgatif mercuriel, et de se frotter chaque jour le périnée avec de l'onguent mercuriel. Les symptômes furent presque entièrement dissipés au bout de huit jours; il ne lui restait qu’une légère douleur sourde au périnée. Mais le mal pour lequel il vint me consulter était une douleur au cartilage xyphoïde, si vive, qu’il ne pouvait pas même souffrir aucun attouchement. Je lui conseillai de continuer encore pendant quelques jours les frictions au périnée avec l’onguent mercuriel. Lorsque je le revis , la douleur n’était pas diminuée ; mais ayant quitté son premier siège, elle occupait alors le milieu du sternum, et il en avait été tourmenté surtout pendant la nuit précédente. Je lui administrai le mercure à l’intérieur, et il fut guéri en peu de temps.
J’ai répondu jusqu’ici aux argumens dont on s’est servi pour prouver que le virus qui produit la gonorrhée est différent de celui qui donne la vérole; ou, en d’autres mots, que la blennorrhagie ne procède jamais d’un virus de la môme nature
que celui qui cause la vérole ou maladie syphilitique.
Je viens à présent à une discussion différente. Pendant que quelques écrivains anglais raisonnaient ainsi sur la nature non-vénérienne de toutes les blennorrhagies , la plupart des médecins et chirurgiens français soutenaient et soutiennent encore, en grande partie, une opinion tout-à-fait opposée. Selon eux, chaque chaude-pisse est vénérienne, ou vient du même virus, qui , absorbé dans la masse du sang , y produit la vérole. De là cette routine générale de prescrire un traitement mercuriel, ou cette rage, si je puis me permettre cette expression , de donner le sublimé corrosif à tous les malades affectés de la chaude-pisse.
Le même scepticisme, éclairé par une philosophie saine , que j’ai apportée à l’étude de la médecine , et qui m’a empêché d’adopter beaucoup de propositions avancées par des professeurs , m’a rendu très-réservé à admettre en médecine des propositions générales ,’ et m’a fait plus particulièrement douter ici de la vérité de l’une et de l’autre des assertions précédentes. Je me suis convaincu que les partisans des deux opinions ont été induits en erreur, comme il n’arive que trop souvent, par un petit nombre de faits qu’ils ont eu occasion de voir de près. Ils en ont tiré une règle générale, qui dans la suite a été adoptée aveuglément de part et d’autre, par la horde des praticiens qui préfèrent une routine indolente et journalière à une application pénible de soins et de réflexions. Effectivement, prétendre que le virus qui produit la blennorrhagie n’est jamais syphilitique , c’est dire que le I. IO
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virus syphilitique, appliqué à l’urètre et au vagîn , n’est pas capable d’y produire un écoulement; c’est à peu près la même chose que si je disais que le virus qui produit des ulcères aux parties génitales des deux sexes est toujours d’une nature syphilitique, et qu’aucune autre acrimonie ou matière âcre ne peut jamais produire un ulcère.
Je soupçonnais depuis long-temps qu’il existe des blennorrhagies ou gonorrhées qui ne sont point d’une nature syphilitique ou vénérienne ; non pas que j’entende parlée ici de la véritable gonorrhée , ou du flux de semence , ni de l’écoulement de la liqueur des vésicules séminales , ou de celle de la glande prostate , mais des écoulemens qui ont été regardés jusqu’ici comme des chaude-pisses ou gonorrhées syphilitiques. Différentes observations ne tardèrent point à confirmer mes soupçons. J’avais déjà observé dans des chevaux entiers et dans des jumens , un écoulement j au ne -verdâtre , par les parties génitales de ces animaux , surtout dans le temps qu’ils entrent en chaleur : j’avais vu cet écoulement durer quelques jours, et cesser ensuite spontanément. J’avais fait la même remarque dans les chiens, sans qu’il me parût que ces animaux souffrissent beaucoup de cet état. Enfin j’avais vu que des enfans des deux sexes essuient quelquefois, pendant 4a dentition , par les parties de la génération , un écoulement d’une matière puriforme en tout semblable à une soi-disant gonorrhée.
D ans le* cours d’une pratique toujours attentive et assez étendue , j’ai vu plusieurs malades dont les écou-
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îemens , quoique très- ressemblons en couleur*, eu consistance , et par les autres symptômes * aux chaudepisses vénériennes , étaienïtde si courte durée , qu’il ne me paraissait pas vraisemblable qu’ils fussent siphilitiques. J’ai vu entre autres un jeune homme qui, à l’âge de dix-sept à dix- huit ans, eut deux ou trois fois des écoulemens qui ne pouvaient pas être syphilitiques, car il n’avait jamais vu de femme. Ces écoulemens durèrent trois ou quatre jours , et se dissipèrent sans qu’il fît aucun remède.
Dans d’autres cas, les symptômes qui accompagnent l’écoulement étaient si doux , ou ils étaient précédés de circonstances telles , qu’on ne pouvait pas les attribuer raisonnablement à une cause syphilitique. En effet , j'ai connu des personnes mariées qui vivaient dans la plus parfaite intelligence, dont l’une était affectée pendant plusieurs jours d’un pareil écoulement, sans que l’autre s’aperçût du moindre mal.
Etant, par ma profession, intimement lié avec quelques-unes de ces familles , je me suis convaincu, nonseulement que les deux époux étaient très-fidèlement attachés l’un à l’autre, mais que leur situation à la campagne et les personnes qu’ils fréquentaient rendaient une infection syphilitique sinon impossible , au moins tout-à-fait invraisemblable.
Un des médecins les plus éclairés de l’Europe, mort depuis peu, avec lequel j’ai été lié d’amitié , ayant lu les observations précédentes, dans la première édition
de ce Traité, que j’ai publié à Edinborgh en 1784 , m’en communiqua une précieuse, il avait eu dans sa
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jeunesse plusieurs chaude-pisses , dont il était radicalement guéri depuis plusieurs années. Il se maria dans la suite , et vécut très-heureux avec sa femme pendant seize ou dix-sept mois. A cette époque il se trouva affecté d’un écoulement , accompagné des symptômes ordinaires d’une chaude-pisse. Comme il n’avait rien à se reprocher, il commença par soupçonner sa femme , et il exigea qu’elle se soumît à une inspection et à des recherches; mais il ne découvrit alors , ni dans la suite, aucun indice de maladie. Les symptômes , après dix ou douze jours , se dissipèrent peu à peu d’eux-mêmes chez lui, et le quinzième jour F écoulement avait entièrement cessé. Le même accident lui est arrivé deux ou trois fois depuis, et l’écoulement n’a jamais duré au-delà de quelques jours. Sa femme a constamment joui d’une bonne santé jusqu’à un âge très-avancé , et rien n’a troublé cet heureux mariage , dont est issue une nombreuse postérité. J’observerai seulement que cette femme est morte , à l’âge de soixante-huit ou soixante-dix ans , d’un cancer à Y utérus , qui lui était survenu depuis environ dix ans.
Pouvais- je ne pas être convaincu par toutes ces observations réunies, que certaines espèces d’écoulemens devaient leur origine à une cause , soit externe, soit interne, différente du virus syphilitique? N’était-il pas naturel d’en conclure qu’un virus ou stimulus quelconque , syphilitique ou autre , pourvu qu’il eût assez de force ou d’âcreté pour produire une irritation ^ et par conséquent une sécrétion extraordh
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mire du mucus de l’urètre ou du vagin , pourrait bien produire un écoulement semblable à une chaudepisse : de même que , dans les rhumes de cerveau et de poitrine, l’action d’une cause, cpii est certaine-» ment différente du virus syphilitique , produit une sécrétion plus abondante et d’une autre couleur que celle que la membrane muqueuse du nez et des poumons fournit dans l’état naturel ? Cependant , pour mettre cette opinion à l’abii de toute objection, et pour établir solidement un principe dont le résultat était, selon moi, très-intéressant pour l’humanité, et spécialement pour tout médecin philosophe , je résolus , en 1782, de faire sur moi-même une expérience décisive. Je me déterminai à m’injecter dans l’urètre une portion d’une liqueur très-âcre , et à en attendre le résultat.
Dans cette vue , je pris six onces d’eau, et j’y ajoutai autant d’ammoniaque ( alcali volatil caustique ) qu’il en fallait pour donner à ce mélange une saveur très-piquante et comme brûlante. Je lis cette injection à huit heures du matin , en comprimant l’urètre d’une main au-dessous du frein , pour empêcher la liqueur de pénétrer au-delà , et pour qu’elle se portât exactement à l’endroit qui est communément le siège de la chaude-pisse syphilitique. Au moment que la liqueur toucha l’intérieur de l’urètre , j’éprouvai une douleur si insupportable, que je ne pus retenir l’injection au-delà d’une seconde, je retirai malgré moi la seringue presqu’à l’instant de l’injection , et la liqueur injectée s’écoula au dehors. Mais , quoi-
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que la douleur eût été très-vive pendant un demiquart d’heure, je résolus de faire une seconde épreuve : elle occasionna la douleur la plus forte que j’eusse ressentie de ma vie. Cependant , je retins l’injection près d’une minute : la douleur devint alors si cruelle, que je ne pus la supporter plus long-temps, et je retirai la seringue. J’éprouvai à l’instant une forte envie d’uriner; mais, comme j’avais rendu l’urine par précaution avant l’injection , je résistai à ce besoin. Je m’étendis sur un lit de repos, et j’attendis l’événement avec patience. La douleur était si vive qu’il se passa près d’une heure avant que je fusse capable de me remuer. Je m’amusai ensuite à lire pendant le reste de la matinée; je dînai comme à mon ordinaire , mais je me couchai de bonne heure. Je fus alors obligé d’uriner , ce que je n’avais pas fait depuis que j’avais injecté la liqueur. Lorsque l’urine parvint à l’endroit où l’injection avait séjourné , j’éprouvai
une douleur cruelle, moins forte cependant que je
m’y attendais.
Après avoir bien dormi la nuit , je n’eus rien de plus pressé, le lendemain matin à mon réveil, que d’examiner la partie. Je trouvai une évacuation assez considérable de matière puriforme , de la même couleur jaune-verdâtre que celle des chaude-pisses virulentes : la douleur que causait le passage des urines était alors beaucoup augmentée , et la nuit suivante mon sommeil fut interrompu par des érections involontaires et douloureuses. Le matin du jour suivant, l’évacuation était beaucoup plus abondante, et à peu
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près de la même couleur , excepté qu’elle me paraissait un peu plus verdâtre ; mais la douleur que j’éprouvai alors en urinant était si cuisante, que je résolus de l’apaiser en injectant un peu d’huile d’amandes douces tiède, ce qui me soulagea sur-lechamp. L’écoulement continua pendant cinq jours , et la douleur diminuait d’une manière remarquable pendant cet intervalle. Mais ce qui me donna beaucoup d’inquiétude, c’est que j’éprouvai les effets d’une autre inflammation qui s’établissait plus avant dans le canal de l’urètre, à un endroit où je n’avais rien senti auparavant, et jusqu’où aucune goutte de l’injection ne pouvait avoir pénétré. Cette nouvelle inflammation s’étendait, à ce qu’il me parut, depuis la place où la première s’était bornée, jusqu’à une certaine distance plus avant dans le canal. Elle fut suivie d’un écoulement abondant, accompagné des mêmes symptômes qu’auparavant , et dura six jours , après lesquels les symptômes furent extrêmement adoucis.
Mais quel fut mon étonnement , lorsqu’après ce temps je sentis très-distinctement les symptômes d’une nouvelle inflammation , qui paraissait s’étendre depuis les limites de la précédente , vers le veru mon tannin , jusqu’au col de la vessie, et qui fut accompagnée d’une ardeur d’urine, et d’un écoulement
aussi abondant que le précédent ! Pour le coup , je fus sérieusement alarmé : car je n’avais pas discontinué les injections avec l’huile d’amandes douces, trois fois par jour. Je voyais que l’inflammation qu’avait d’abord excitée l’ammoniaque , se communiquait
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très-évidemment d’une partie de l’urètre à l’autre; ce qui me faisait craindre qu’il ne s’ensuivît enfin une inflammation de toute la surface interne de la vessie , qui pouvait avoir des conséquences dangereuses. Je demeurai dans cet état , entre l’espérance et la crainte , pendant sept à huit jours : mais j’éprouvai enfin , à ma grande satisfaction , que cette inflammation s’apaisait par degrés , de même que l’évacuation, sans s’étendre au-delà de l’urètre ; et je fus entièrement délivré de tous les symptômes de ces trois chaude-pisses , comme je puis les appeler avec raison , à la fin de la sixième semaine.
On peut ajouter aux observations et à l’expérience que je viens de rapporter, un fait très-intéressant, que le docteur Oettinger a consigné , il y a quelques années, dans une dissertation publiée à Tubingue. Ce médecin raconte qu’une personne qui avait avalé de l’huile d’olive, dans laquelle une certaine quantité de coton rouge de Turquie avait été trempée pendant quelque temps , s’aperçut , bientôt après , d’un écoulement de l’urètre qui avait toutes les apparences d’une chaude-pisse. Le poivre, la gomme-résine de gaïac , de certaines bières, produisent souvent des écoulemens semblables.
Il suit de ce fait , qu’il y a des substances acrimonieuses qui , prises intérieurement , sont capables de produire les mêmes symptômes que l’ammoniaque appliquée extérieurement a produits dans mon expérience. Je crois que je puis en tirer, avec un trèsgrand degré de probabilité, l’induction que le virus,
soit herpétique , soit lépreux , l’ichor cancéreux , ou d’autres stimuli appliqués extérieurement ou intérieurement, peuvent produire le même effet, et que ces blennorrhagies ressemblent parfaitement aux chaude-pisses produites par le virus syphilitique, en convenant néanmoins que , dans quelques cas , leurs symptômes sont beaucoup plus doux et de plus courte durée. Cependant , dans l’expérience tentée sur moimême , je n’ai pu apercevoir aucune différence entre les symptômes de cet écoulement et ceux qui accompagnent pour l’ordinaire les blennorrhagies syphilitiques. Je ne doute point non plus qu’il n’y ait des écoulemens produits par une irritation mécanique , par exemple par un coït violent, ou par la masturba" tion. Je me suis aussi convaincu , dans le cours de ma pratique , que beaucoup de ces écoulemens non syphilitiques dont nous venons de parler sont souvent également contagieux , et je suis très-porté à croire que les chaude-pisses dont plusieurs auteurs anciens font mention appartiennent à l’une ou à l’autre de ces espèces. En réunissant toutes ces observations, et les inductions que j’ai cru être en droit d’en tirer, j’établirai les espèces suivantes de blennorrhagies :
i°. La blennorrhagie syphilitique , produite par le virus syphilitique , soit qu’il soit communiqué par le coït avec une personne qui en est affectée, ou qu i! soit appliqué par un contact quelconque; soit enfin qu’il soit déposé de la masse du sang dans l’urètre , par la voie de la circulation.
Cette maladie est ou simple ou compliquée, c’est-.
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à-dire, sans excoriation, ou accompagnée d’ulcération dans l’urètre : dans le dernier cas , la matière de l’écoulement a le caractère d’un véritable pus ou d’une matière ichoreuse ( B le rtn o rrhagia complicata seu ulcerosa ). Cette distinction est d’une très-grande importance dans la pratique, parce que la •blennorrhagie avec ulcère exige toujours, pour ctre guérie radicalement, l’usage interne du mercure.
2°. La blennorrhagie herpétique, lépreuse , scorbutique, etc. La gonorrhée dont il est question dans le Lévitique, ainsique plusieurs de ces gonorrhées mentionnées dans les auteurs qui ont écrit avant l’apparition de la vérole en Europe, me paraissent devoir être rangées ici. Le virus herpétique, etc. se jette souvent, de nos jours, sur le système utérin, et il s’en écoule avec le sang menstruel ; ou bien il produit une véritable blennorrhagie herpétique, etc. quelquefois contagieuse par le coït. J’en ai vu plusieurs exemples frappans.
3°. La blennorrhagie goutteuse, provenant, chez les personnes sujettes aux accès de goutte , d’une inflammation de la même nature dans le canal de l’urètre. J ai de nombreuses observations sur cette espèce de blennorrhagie.
4°. La blennorrhagie rhumatique ( Blennorrha gia rheumatica seu catarrhalis ). Cette espèce de blennorrhagie varie d’après le siège qu’elle occupe dans l’urètre , dans la vessie , dans l’utérus , dans le vagin , ou dans le rectum. C’est une véritable inflammation de la membrane muqueuse de ces parties,
ressemblante, à tons égards, aux inflammations catarrhales de la membrane muqueuse du nez ou des poumons, etc.
M. Vf inkler a décrit et observé dernièrement une blennorrhagie de l’urètre rhumatismale et épidémique , qui fut guérie par l’usage interne du gaïac , et par les sinapismes appliqués aux gras des jambes.
Non-seulement la matière goutteuse ou la matière rhumatismale , mais encore toute autre matière ou cause irritante, formée dans l’urètre, la vessie, le vagin, la matrice, le rectum, les poumons, ou déposée de la masse du sang sur ces différentes parties , assez âcre pour y produire une irritation permanente, accompagnée d’une inflammation de leurs membranes muqueuses , y excitera une blennorrhagie ou sécrétion plus ou moins abondante d’une matière puriforme, qui a été décrite parles auteurs sous difïérens noms, selon que tel ou tel organe était affecté. C’éiait tantôt une blennorrhagie de la vessie (Cys lirrhagia s eu morbus mucosus vesicœ ), tantôt deshémorrhoïdes muqueuses, tantôt une blennorrhagie du rectum, appelée par les auteurs fluxus cœiiacus , tantôt des fleurs blanches ou blennorrhagie du v^gin ou de la matrice, tantôt un catarrhe récent ordinaire, ou une affection chronique de la membrane muqueuse des poumons ( Phthisis pituitosa). Toutes ces maladies sont, comme je viens de le dire, autant de blennorrhagies ou blennorrhées véritables, différentes seulement à raison de leur siège, et dont la nature bien connue, d’après les principes que j’ai établis dans ce
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chapitre, rendra souvent la guérison sûre et facile^ au lieu que jusqu’à présent on la croyait communément ou très-difficile ou même impossible.
5°. La blennorrhagie produite par quelque substance prise intérieurement , ou appliquée du dehors à l’urètre, si elle est capable, par son âcreté ou par sa force stimulante, d’irriter ou de produire une inflammation et un écoulement de l’urètre. Les écoulemens produits par le poivre, par le gaïac ou autres substances âcres sont de cette classe.
6°. La blennorrhagie , à stimula mechanico , laquelle est l’effet d’un effort violent dans le coït , et quelquefois de la masturbation.
7°. La blennorrhagie hcmorrhoidale. Les vaisseaux hémorrhoïdaux gonflés irritent souvent l’urètre, la vessie, le vagin ou la matrice , et vice versâ , par sympathie; ou même ils s’ouvrent un chemin dans la cavité de la vessie ou du canal de l’urètre. Dans l’un ou l’autre cas , ils y causent souvent un écoulement d’une matière puriforme. Il parait même que quelquefois les petits vers ascarides , par l’irritation qu’ils occasionnent dansle rectum, peuvent donner lieu à un écoulement ou à une blennorrhagie /■
sympathiques des parties génitales.
La blennorrhagie des enfans , qui accompagne quelquefois la dentition [B lennorrhagia dentitionis) , est également sympathique.
Outre les causes citées , il y en a peut-être encore plusieurs autres inconnues jusqu’ici , qui produisent
quelquefois des blennorrhagies. Je sais que la gomme résine du Guajacum officinale , prise intérieurement , a produit dans quelques hommes un écoulement de l’urètre, parfaitement semblable à une blennorrhagie. L’usage du poivre produit quelquefois dans les climats chauds, comme on me l’a assuré, le même effet. En lavant les parties avec de l’eau imprégnée de savon ordinaire, et plus encore en injectant de cette eau après le coït, il s’ensuit quelquefois un écoulement avec ardeur d’urine, que les malades ou les praticiens superficiels prennent mal à propos pour ce qu’on appelle une gonorrhée virulente. J’ai observé une blennorrhagie du gland, produite par l’application imprudente de l’eau phagédénique, et j’ai vu plusieurs fois des blennorrhagies produites dans les femmes par les injections faites avec le même remède.
Toutes ces blennorrhagies dont je viens de parler doivent être soigneusement distinguées dans la pratique non seulement entre elles, mais aussi des maladies suivantes :
i°. De la blennorrhèe , ou écoulement des parties génitales, qui n’est pas accompagnée de symptômes inflammatoires, et qu’on appelle communément gonorrhée bénigne ou habituelle. Cette maladie se distingue de la blennorrhagie, i°. en ce qu’elle n’est pas accompagnée de douleur, ou d’ardeur d’urine. 2°. La matière des biennorrhées est plus visqueuse et se tire en filets entre les doigts, laisse des taches sur la chemise qui s’effacent aisément en les frottant, pendant que la matière des blennorrhagies ne file pas entre