‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 15 sur 52 · CHAP. III. DES BLENNORRHAGIES · texte numérisé non relu

CHAP. III. DES BLENNORRHAGIES

les doigts, et laisse sur les linges des taches ineffaçables par le frottement.

2°. De la gonorrhée proprement dite ( Sperrna crasia seu Qoriorrhœa proprie sic dicta ), qui consiste en un écoulement maladif et habituel de la véritable semence , de F humeur des vésicules séminales, ou du mucus de la glande prostate, souvent sans érection et sans aucune sensation agréable. Cet écoulement de la prostate a une odeur nauséabonde particulière très-caractéristique, et il provient le plus souvent de faiblesse, à la suite de la masturbation. Il se termine ordinairement en tabes dorsalis.

3°. De l’écoulement vraiment purulent , ou seulement purijorme , de la vessie ou des reins. Dans ce cas il n’y a jamais un écoulement de matière qu’avec ou après l’émission de l’urine, et surtout jamais pendant la nuit.

Dans les femmes, il faut distinguer, outre les espèces de blennorrhagies qu’elles peuvent avoir de commun avec les hommes, celles qui proviennent i°. de i écoulement ichoreux ou purulent d’un ulcère phagédénique , ou cancéreux, ou autre ulcère non syphilitique de la matrice ou du vagin. 2°. De l’écoulement qu’ont beaucoup de femmes ayant et après les règles, et qui est souvent d’une si longue durée, qu’il ne s’arrête presque pas d’une période menstruelle à l’autre, (dette maladie est souvent l’effet d’un relâchement

local. 3°. De l’écoulement de la matrice ou du vagin, connu généralement sous le nom de fleurs blanches ordinaires [Bien n orrhœa uterina habituait' s , seu fluor

albus benignus ), qui est fréquemment une maladie constitutionnelle , et en général l’effet d’une nourriture abondante et d’une vie oisive et sédentaire.

C’est principalement parce qu’on a oublié ou négligé de distinguer les blennorrhagies syphilitiques de celles qui sont produites par d’autres causes, qu’on rencontre parmi les praticiens une si grande diversité de sentimens relativement à la méthode curative. Les uns recommandent des injections irritantes ou astringentes, tandis que d’autres conseillent les remèdes huileux et mucilagineux. Les uns vantent les remèdes diurétiques ou balsamiques ; les autres préfèrent les purgatifs souvent répétés. Quelques-uns adoptent les remèdes mercuriels, pendant que d’autres prétendent pouvoir guérir toutes les chaude-pisses sans mercure. En un mot , c’est faute de ces distinctions qu’on n’a jamais pu parvenir jusqu’ici à établir une méthode de traitement sûre et générale. En nous pénétrant bien des distinctions que nous avons établies , et en considérant les qualités si différentes des remèdes proposés pour guérir les blennorrhagies , nous verrons clairement pourquoi les uns et les autres de ces remèdes, appliqués par une pratique routinière, réussissent dans certains cas, tandis qu’ils ne sont d’aucun effet, ou deviennent nuisibles et même quelquefois dangereux dans d’autres.

Le praticien qui néglige ces distinctions si essentielles, non-seulement risque de compromettre sa réputation , mais il s’expose encore souvent à troubler l’union de deux personnes innocentes et heureuses.

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Un mari qui se trouvera tout d’un coup attaqué d’une blennorrhagie (ou d’un ulcère aux parties génitales), que le médecin prononce être de nature syphilitique, ne manquera pas d’accuser sa femme ; et la femme, quoique défendue par la consciencede son innocence, ne parviendra jamais à se disculper aux yeux de son mari. D’après toutes ces raisons, je ne saurais assez recommander, principalement aux jeunes médecins et chirurgiens, de ne jamais se permettre de prononcer trop promptement et trop légèrement sur la nature de ces maladies des parties génitales de l’un et de l’autre sexe, quand ils sont appelés à donner leur avis; et d’avoir toujours en vue, je le répète, ces distinctions nécessaires.

Je conviens aisément qu’il est en général très-difficile de déterminer à quelle espèce appartient telle ou telle blennorrhagie : car il nous manque des signes caractéristiques pour distinguer ces différentes espèces; et , quelque différente que soit leur cause, elles sont accompagnées presque toutes des mêmes symptômes. Cependant la courte durée de l’écoulement dans quelques cas , la légèreté ou le peu de violence des symptômes; les circonstances accessoires , telles que la santé du malade et sa prédisposition à certaines maladies avant d’être attaqué de la blennorrhagie; l’état de la santé de la personne dont il croit avoir reçu la maladie; les symptômes qui se manifestent chez elle depuis la disparition de l’écoulement qui a souvent lieu sans l’usage d’aucun remède ; enfin l’examen physique et moral des personnes malades , et des circons-

DES PARTIES GÉNITALES, iGt

tances qoî ont précédé , qui accompagnent et qui suivent la maladie , mettront le praticien à même de porter un jugement sûr dans la plupart des cas. Outre ces considérations , je crois , d’après les observations que j’ai faites, qu’on peut regarder comme des symptômes appartenant exclusivement à la blennorrhagie syphilitique, la tuméfaction du testicule, l’inflammation de la prostate , la suppression des urines, et peut-être aussi la tumeur sympathique des glandes lymphatiques des aines, lorsque ces symptômes arrivent , sans d’autres causes palpables , pendant le cours d’une blennorrhagie.

Le pronostic de la blennorrhagie est favorable , quand les symptômes de l’irritation et de l’inflammation, tels que les ardeurs d’urine, les fréquentes envies d’uriner, et les douleurs pendant les érections, ne sont ni très-violens , ni d’une longue durée. La maladie diminue quand l’écoulement devient moins abondant , plus épais et moins jaune ou blanc. L’on reconnaît que l’inflammation est entièrement dissipée lorsque la cordée et les ardeurs d’urine ont toutà~fait cessé; lorsque les envies d’uriner ne sont pas plus fréquentes que dans l’état naturel ; lorsque l’écoulement qui est diminué , prend une consistance plus épaisse, de sorte que la matière en devient gluante et se laisse filer entre les doigts; lorsqu’enfin le malade ne sent plus ni douleur ni titillation dans l’urètre.

Il faut remarquer , cependant , que la couleur de la matière qui coule de l’urètre ou du vagin ne peut ja~ r* il

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mais seule servir de pronostic , et quoique le clian^ gement en blanc de la couleur de soufre qu’avait d abord la matière soit ordinairement, comme nous l’avons dit, d’un présage favorable , il n’est cepen^ dant pas un signe certain de la destruction du virus , et ne doit jamais faire croire que l’écoulement n’est plus contagieux , comme on se l’imagine généralement. J’ai observé au contraire , dans beaucoup de malades , que la matière retenait la couleur jauneverdâtre long-temps après que les symptômes inflammatoires étaient passés, et quelquefois jusqu’à la lin de la maladie. Au reste , nous croyons qu’aucun praticien par ses conseils , ni aucun malade honnête , ne doit jamais, sur de simples conjectures ou probabilités que la matière n’est plus contagieuse , risquer de communiquer la maladie à une personne saine , par un coït hasardé. Tant qu’il y a le moindre écoulement, le malade risque, par un coït prématuré , non-seulement d’empirer son mal ou de prolonger sa propre maladie, mais souvent de communiquer, contre toute probabilité apparente , le mal à une personne qu’il regretterait toute sa vie d’avoir empoisonnée par une imprudence d’un moment.

Le pronostic est très - défavorable , lorsque les symptômes de l’irritation sont violens; que l’inflammation s’étend fort avant dans l’urètre; qu’il y a des filets de sang mêlés à la matière de l’écoulement; quil y a un ulcère dans l’urètre; qu’il y a une tumeur évidente d’une glande de l’urètre ; qu’il y a un gonflement aux testicules ou une affection de la prostate ,

DES PAÏtTlES GÉNITALES.

oti que la vessie même est affectée : surtout si le malade est d’un tempérament sanguin , ou d’une constitution très-irritable. On peut faire durer, pour ainsi dire , Finfîammation autant qu’on veut , en faisant suivre au malade un mauvais régime , ou en lui prescrivant un mauvais traitement.

De deux hommes d’un tempérament à peu près , semblable attaqués en même temps de la blennorrhagie , qui leur a été communiquée par la même femme, celui qui vivra d’une manière régulière sera guéri en quelques semaines , tandis que l’autre qui se livrera à la débauche , à boire , à des exercices violons , ou qui exposera les parties malades à de fréquentes irritations, gardera cette maladie pendant des mois, des années, et risquera même par cette conduite de prendre la vérole.

On a demandé combien de temps l'écoulement conservait la faculté de communiquer l’infection.

La solution de ce problème est de la plus grande importance. Le bonheur d’une famille peut en dépendre. Il est donc bien essentiel que le médecin ne prononce pas au hasard sur la nature de l’écoulement; surtout tant qu’il n’y a pas des marques caractéristiques qui le mettent en état de distinguer à priori les blennorrhagies syphilitiques de celles qui peuvent provenir, soit du viras herpétique ou de celui de la lèpre, soit de la goutte ou de quelque autre acrimonie. Car un écoulement provenant de ces dernières causes peut aussi quelquefois être contagieux, quoique l’infection qu’il communique soit

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différente de celle qui provient du virus syphilitique.

En général les femmes accusées d’avoir infecté un homme de cette dernière maladie le nient fortement ; souvent aussi elles ignorent qu elles en sont ellesmêmes atteintes : elles reçoivent le germe de Finfection sans le savoir , et le virus , quoique logé quelque part dans le vagin , ne s’est encore découvert par aucun symptôme.

Le médecin doit , pour se bien conduire dans ces occasions, prononcer que tout écoulement de l’urètre ou du vagin , principalement quand il est accompagné de symptômes inflammatoires , peut se communiquer par le coït , c’est-à-dire , produire dans une personne saine une irritation suivie d’un écoulement, ou même d’une ulcération, et que cette ulcération dure tant qu’il reste la moindre apparence d’écoulement : car , quoiqu’il puisse y avoir absolument une époque à laquelle un tel écoulement finit par n être plus contagieux , comme il n’y a point de marque certaine pour connaître quand ce moment arrive, il est toujours plus prudent pour le médecin de ne pas se lier à des probabilités , mais de déclarer franchement que toute copulation est dangereuse tant qu’il reste le moindre écoulement , quoique les symptômes inflammatoires soient passés depuis long-temps. J’ai vu plus d’un exemple de la propagation de maladies

dans des circonstances semblables.

Après avoir présenté toutes les considérations que j’avais à faire sur la nature et les différentes es-

pèces de blennorrhagies, je passe à la méthode curative.

Méthode curative.

Toutes les maladies syphilitiques , quand elles sont abandonnées à elles-mêmes, empirent, et détruisent la constitution. La blennorrhagie syphilitique seule peut cesser , qt cesse quelquefois en effet , naturellement et sans le secours de Fart, pourvu que, pendant sa durée , le malade mène une vie sobre et régulière. Car , comme nous l’avons déjà observé, nonseulement la sécrétion abondante et continuelle, excitée par le stimulus du virus syphilitique , prévient son action sur les parties environnantes , mais encore l’écoulement entraîne le virus par degrés. C’est même

peut-être là ce qui arrive dans toutes les blennorrha-

gi es syphilitiques simples, ainsi que dans toutes celles qui doivent leur origine à une matière irritante quelconque communiquée par une application extérieure ; mais il s’en faut beaucoup qu’il en soit toujours ainsi dans la blennorrhagie syphilitique. L’irritabilité de l’urètre, la constitution du malade, les fautes qu’il commet dans le régime, dans l’exercice, ou dans le choix des remèdes , et peut-être la nature du virus lui-même , qui est plus ou moins âcre , et dont Faction est plus ou moins violente , rendent souvent cette espèce de blennorrhagie une maladie très -violente; ou bien elle se complique avec un ulcère , ce qui devient la source d’une multitude de maux qui durent quelquefois autant que la vie.

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il est donc plus convenable d'avoir recours aux remèdes appropriés à la nature, à la violence et aux progrès de la blennorrhagie syphilitique. L’expérience confirme en effet que plus tôt on applique les moyens appropriés , plus tôt le malade est guéri, moins il souffre, et plus certainement il évite ces acckîens dangereux ou funestes que nous voyons si souvent être la suite de cette maladie.

D’après cette considération , il n’est pas douteux qu’il serait très-avantageux, ou de prévenir la maladie entièrement , ou de la détruire dans sa source. On a proposé pour cela deux moyens , dont l’un devrait enlever le virus avant qu’il put agir sur les parties exposées au contact contagieux ; l’autre détruirait nu contrarierait sa nature , et préviendrait ses effets , du moment qu’il donne les premiers signes de son action , après qu’il s’est fixé sur la partie saine.

D’après ces vues , plusieurs praticiens , principalement en Angleterre , ont essayé et recommandé différons remèdes prophylactiques. Quelques-uns ont préféré l’onguent mercuriel appliqué sur toute la surface du gland et du prépuce avant le coït. D’autres ont vanté , après le coït , différentes lotions et injections; les unes d’alcali caustique ou d’eau de chaux , les autres d’alcool délayé dans de l’eau, de mercure, d’eau froide , d’astringeiïs végétaux , de sels métalliques : on conseillait d’injecter ces préparations sept ou huit fois par jour, pendant plusieurs jours, dès le commencement d’un écoulement de cette nature. D’autres praticiens ont recommandé, dans la même

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intention , l’applicaiion topique de l’onguent mercuriel ou du sous-muriate de mercure; d’autres, l’infusion des semences de lin avec l’acétate de plomb, ou une dissolution de l’acétate de plomb avec de l’opium , ou une dissolution de muriate d’ammoniaque et d’opium mêlé d’eau; d’autres enfin , une dissolution de l’oxide de cuivre dans l’ammoniaque ou le sulfate de cuivre , dissoute dans une grande quantité d’eau. Tous ces remèdes ont été proposés et recommandés , ou pour changer ou détruire le virus syphilitique dans sa source, ou pour s’opposer à son action , soit en diminuant , soit en changeant l'irritabilité de la membrane de l’urètre (1).

Si , par le moyen de ces injections , on parvient à calmer l’irritation ou à arrêter les progrès de l’inflammation , et que l’écoulement devienne plus épais pendant leur continuation , on parviendra bientôt à

(1) C’est un nommé Condom (à Londres) qui a inventé , il y a a peu près cinquante ou soixante ans , les fameuses enveloppes ou gants, connus aujourd’hui en Angleterre, par un usage très-répandu, sous le nom de Condom, et à Paris sous celui de Redingotes anglaises. Ces petits sacs , qui réunissent à l’avantage de garantir parfaitement bien la partie, celui de n’avoir aucune suture, se font avec l’intestin cæcum des agneaux , lavés , séchés , et ensuite rendus souples en les frottant entre les mains avec du sou et un peu d’huile d’amandes. Une telle découverte , qui , par son utilité , mériterait à son auteur toute la reconnaissance des hommes éclairés , n’a fait que le déshonorer dans l’opinion publique ; il a mémo etc obligé de changer de nom. Cependant il la communiqua sans aucune vue d’intérêt, et il 11’en fit point l’objet d’une spéculation mercantile.

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