‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 16 sur 52 · CH AP. III. DES BLENNORRHAGIES · texte numérisé non relu

CH AP. III. DES BLENNORRHAGIES

détruire ia maladie , en observant d’en prolonger l’usage au moins six à dix jours après que l’écoulement a disparu ; car , si on cesse trop tôt d’employer ces injections , l’écoulement et l’inflammation augmentent. Il est nécessaire, dans ce cas, de faire les injections plus fortes , et de les répéter plus souvent.

D’après ces observations, il me paraît que ces injections réussissent quelquefois , non simplement en contrariant Faction du virus syphilitique, comme on le croit généralement; mais probablement aussi en changeant ou en détruisant en même temps la nature du virus même.

C’est en Angleterre, depuis 1770 jusqu’à 1810,' qu’on a le plus recommandé et pratiqué les injections astringentes minérales ou végétales dans les blennorrhagies des parties génitales. Dès l’origine de cette pratique , j’ai redouté qu elle ne donnât lieu à des accidens graves , et ne produisît des maladies plus dangereuses que celle même dont elle devait être le remède.

Le résultat de mes observations a confirmé mes craintes. Les rétrécissemens du canal de l’urètre, les fistules et les suppressions d’urine sont devenues dans les différentes parties de l’Europe , où cette pratique a été adoptée , des maladies bien plus fréquentes qu’elles ne l’étaient avant cette époque. Je conseille, en conséquence , d’après ma conviction intime de leurs mauvais effets, de ne jamais s’en servir dans les écoulemens accompagnés d’une inflammation.

Lorsque la blennorrhagie est une fois complète-

ment établie, les auteurs modernes ont recommandé des méthodes et des remèdes très-différens. Les uns conseillent l’usage des médicamens mucilagineux ou huileux, d’autres des sédatifs; ceux-ci des purgatifs plus ou moins forts , et répétés tous les trois ou quatre jours; ceux-là enfin divers diurétiques, des balsamiques, des injections stimulantes, sédatives, astringentes , etc. Chacun d’eux prétend avoir observé de bons effets de sa méthode favorite. Enfin nous avons vu dernièrement J. Hunier décrier d’abord dans son livre ces différens remèdes et ces diverses méthodes comme in suffisans ou mauvais, ensuite les recommander en vrai empirique , et conseiller de s’en servir successivement , l’un après l’autre, dans les cas opiniâtres.

En entrant dans la pratique de la médecine, je me suis aperçu avec peine de cette confusion. J’ai vu que c’était en partie faute d’avoir bien déterminé la nature de la maladie , en partie faute d’avoir distingué exactement le tempérament du malade, que plusieurs de ces remèdes recommandés produisaient tour-àtour de bons ou de mauvais effets. J’ai vu que celte confusion était due principalement à la disposition qui malheureusement n’est que trop commune chez beaucoup de gens de l’art , de tirer des conclusions ou inductions générales de quelques faits particuliers , qui sont même encore souvent mal déterminés.

J’ai donc pris le seul parti qui me restait à prendre dans ce cas comme dans tout autre semblable; j’ai oublié pour un moment tout ce que j’avais lu ou en-

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tendu sur cette maladie. J’ai commencé à examiner la nature et à suivre le cours de cette maladie , comme s’ils n’avaient été ni connus ni examinés par personne. J'ai trouvé pour résultat de mon travail et de mes observations ( et je ne saurais trop le répéter ) que la cause prochaine de toute blennorrhagie est une inflammation locale excitée par un virus , une matière âcre , ou un stimulus quelconque appliqué à la membrane muqueuse des parties génitales , et que les indications qui se présentent naturellement à remplir dans toutes les espèces de blennorrhagies , sont les mêmes , c'est-à-dire :

i°. De changer ou de détruire, s’il est possible, la nature du virus ou la qualité de son acrimonie , et en conséquence de prévenir ses mauvais effets;

2°. D’emporter la matière âcre;

3°. De défendre les parties sensibles et irritables contre cette matière âcre, et contre l’irritation qu’elle cause ;

4°. De modérer l’irritation et les symptômes d’inflammation lorsqu’ils ont lieu.

Four remplir la première indication , le moyen le plus sûr et le plus efficace c’est l’injection recommandée par le docteur George Fordyce , auteur de l’excellent traité sur les fièvres, auquel nous devons plusieurs autres observations utiles en médecine (voy. Ph. syph. irijectio ad blennorrhagiam syphiliticam ). On se sert de cette injection avec avantage immédiatement après le coït , ou du moment qu’on s’aperçoit des premiers symptômes de blennorrhagie ; on l’ap-

plique alors cinq ou six fois par pur , ou chaque fois après avoir uriné, et on continue ainsi pendant quelques jours, et après seulement trois ou quatre fois par jour. On lave les parties externes deux ou trois fois par jour avec la même liqueur ; on parvient , par ce moyen , le plus souvent à détruire la source du mal, et la maladie n’a pas lieu; ou si elle se manifeste, elle est généralement guérie en peu de jours; ou au .moins 1 irritation et l’inflammation disparaissent, et l’écoulement a le caractère d’une simple blennorrhée qui se guérit facilement et sans danger par les moyens indiqués au chapitre IV.

Pour ce qui regarde la deuxième indication , la nature y pourvoit suffisamment par F écoulement aboin dant, et laisse peu à faire au médecin, dont le principal devoir est de la laisser faire ou de l’aider, et d’empêcher qu’on ne trouble ses opérations salutaires, par des remèdes ou une conduite contraires. Le repos , l'abstinence des choses âcres, d’épiceries et du vin pur; l’usage de boissons délayantes, y contribuent puissamment , surtout quand le malade évite en même temps tout ce qui pourrait irriter les parties ou donner lieu à la suppression de Fécoulement; tels sont les médicamens purgatifs, une diète échauffante, de l'exercice, une irritation locale. Je reviendrai encore plus bas sur ce sujet.

Pour remplir la troisième et quatrième indication, les auteurs ont recommandé de tout temps des médicamens mucilagineux , huileux et sédatifs. Ce qui rêne] chez, l’homme affecté d’une blennorrhagie Fir^

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ritation de l’urètre si v iolente et si différente d’un catarrhe ou des blennorrhagies des autres parties du corps, ce n’est pas, comme on l’a cru mal à propos, la structure particulière de cet organe , que l’on a supposé être plus irritable que la membrane muqueuse du nez et des autres parties du corps; ce sont les sels que l’urine charie avec elle hors du corps, et qui , en passant par l’urètre , doivent nécessairement augmenter, ou au moins entretenir l’irritation qui y est produite par le virus. Les sels qui contribuent le plus à cette irritation sont les phosphates de soude et de chaux , et surtout l’acide phosphorique libre, qui se trouve toujours dans l’urine de l’homme en quantité très- considérable. On a proposé, pour modérer l’irritation de l’urètre de donner au malade à l’intérieur une dissolution de gomme arabique, ou l’infusion de graine de lin, ou la décoction de guimauve , etc. Cette méthode me paraissait raisonnable

et conforme à la nature de la maladie; mais j’ai ob- % } servé généralement que , pour que ces boissons mu-

ciiagineuses produisent un effet marqué sur l’urètre , il fallait les faire prendre en abondance, et qu’alors elles dérangeaient et incommodaient presque toujours considérablement l’estomac. Quoique j’aie essayé de remédier à cet inconvénient en variant ou en mêlant ces médicamens , je n’ai point été satisfait du succès. Le lait d’amandes , le sirop d’orgeat et la décoction d’orge perlé sont sujets à moins d’inconvéniens; mais ce qui réussit peut-être encore mieux, c’est l’infusion des semences de chenevis. Je me suis

convaincu que l’infusion de ces semences remplissait parfaitement la troisième , et en partie la quatrième indication, sans aucun des inconvéniens qui suivaient l’emploi des autres mucilagineux. On peut rendre ce remède plus agréable en y ajoutant , soit un peu de sucre , soit du sirop de framboises ou de groseilles ; dans d’autres cas on peut se servir avec avantage de 3a limonade, ou bien, selon les circonstances, d’une décoction légère de salsepareille. Toutes ces boissons doivent être prises à froid , ou tout au plus tièdes , et souvent, mais en petite dose chaque fois; toute boisson prise très-chaude est nuisible.

Pour ce qui concerne plus particulièrement la quatrième indication , de modérer l’irritation et l’in» il anima (ion de l’urètre, il est nécessaire, avant tout, d’éviter soigneusement tout ce qui pourrait contribuer à augmenter ces symptômes, d’avoir égard au tempérament du malade , et de distinguer la nature et les causes de la maladie. Il faut bien se pénétrer de l’idée que ces inflammations de la membrane muqueuse du canal de l’urètre ou du vagin sont , pour la plupart, de l’espèce qu’Hippocrate a appelée Epi phlogismata , et que les modernes ont appelée érysipélateuse ou érythémateuse ( Erylhema ) ; qu’elles sont en général peu sujettes à former des suppurations ou des ulcères , qui sont si fréquens dans les inflammations de la membrane cellulaire ou des glandes ( Phlegmone ).

Elles participent cependant , dans beaucoup de cas, de ce dernier caractère, suivant le tempérament du

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malade , son âge et son régime. Le tempérament robuste et sanguin , les exercices violens i l’usage des bois» sons spiritueuses, etc., disposent à augmenter F inflammation de la membrane muqueuse, à l’étendre à la membrane cellulaire, et à la rendre phlegmoneuse. Dans les malades délicats, et qui suivent un régime convenable , elle restera et se bornera entièrement à la membrane muqueuse.

Pour apporter du soulagement à cette maladie, ou pour en obtenir la guérison la plus prompte , le praticien doit se décider d’après ces observations , et jamais ne les perdre de vue pendant toute la durée de la maladie. Ses succès, et par conséquent sa réputation et le bonheur du malade en dépendent. S’il néglige ces règles, sa pratique n'a plus de bases solides; elle devient vague, chancelante et empirique.

Les symptômes inflammatoires ne sont pas toujours dus uniquement , comme je l’ai remarqué plus haut au virus ou à l’acrimonie qui a son siège dans l’urètre, mais en partie à l’urine elle-même qui passe sur les parties irritées , et à la diète et au mauvais régime que suit le malade , et souvent aussi aux remèdes peu convenables , ou administrés mal à propos : ainsi les baumes ou résines , les sels, les remèdes échauffans , une diète aromatisée ou flatueuse , le poivre, la moutarde, la bière surtout, si elle n’est pas assez fermentée , les vins sucrés nouveaux , l’eau-devie , les liqueurs spirituenses , le chocolat à la vanille ; le calé , mais surtout les attouchemens fréquens des parties affectées., des idées lascives, et encore plus le

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coït, ou la masturbation complète ou incomplète: voilà les principales causes qui , ensemble ou séparément, augmentent ou entretiennent F inflammation de l’urètre.

Ceux qui prétendent que les blennorrhagies des parties génitales proviennent originairement toutes de la même cause , et doivent conséquemment être toutes traitées de la même manière, et qui ordonnent à tous leurs malades le même régime et les mêmes remèdes, montrent que leurs connaissances pratiques sont très -bornées , ou que , conduits par un vil intérêt, ils ne désirent que gagner de l’argent avec le moins de peine possible , tandis qu’un médecin éclaire et honnête se fera toujours un devoir , non-seulement de guérir le malade , mais de le guérir de la manière la plus sûre, la plus aisée et la plus prompte. Ne voyonsnous pas qu’il est utile , même pour des gens en parfaite santé , d’observer différentes règles de conduite dans des saisons et des climats différens? Combien donc ne doit-il pas l’être davantage pour un malade dont l’irritabilité est ordinairement si fort augmentée par une matière morbifique étrangère , et dont le corps est bien plus exposé à être affecté par la moindre injure des objets extérieurs et intérieurs ! Ne voyons-nous pas tous les jours que les maladies prennent un caractère très-différent dans diverses personnes , ou dans la même personne à différentes périodes , et que le même remède qui avait été utile à un malade , devient nuisible à un autre dans la même maladie , ou à la même personne dans un degré dif-

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férent de la maladie, clans un autre climat ou dans une autre saison. Plusieurs de mes lecteurs penseront peut-être qu’il était inutile d’insister si long-temps sur ce sujet; mais nous voyons tant de ces praticiens de routine , tant de malades victimes de cet empirisme, que je me croirai obligé d’y revenir encore dans plusieurs chapitres de cet ouvrage.

Le régime que les malades doivent observer dans toutes les blennorrhagies , consiste en général à éviter, autant qu’il est possible, tout ce qui peut contribuer à augmenter l’irritation , l’inflammation , comme nous l’avons remarqué plus haut : surtout l’exercice violent à pied ou à cheval , le froid extérieur, les alimens de haut goût, l’usage des liqueurs spiritueuses , les purgatifs, les remèdes ou les alimens diurétiques, etc., les injections astringentes ou irritantes , et toute autre espèce d’irritation locale. Ces règles regardent spécialement ceux d’un tempérament sanguin , parce qu’ils souffrent pour l’ordinaire beaucoup plus, et pendant plus long-temps, de cette maladie que les autres. Ces malades doivent se borner à une diète légère , plutôt végétale qu’animale, éviter les soupers , les lits chauds , et ne boire que des boissons rafraîchissantes et mucilagineuses , au lieu que ceux d’une constitution différente ne sont pas dans le cas d’être si fort restreints.

Dans tous les cas , je conseille au malade, dès le commencement delà blennorrhagie de l’urètre, de porterun suspensoire, et de continuer d’en faire usage pendant tout le cours de la maladie, c’est-à-dire jus-

qu’à ce que ses symptômes inflammatoires aient complètement disparu. Quoique cette précaution puisse paraître superflue , elle est si peu pénible quand le suspensoire est bien fait, et je Fai trouvée si utile pour prévenir Faffection des testicules , que je ne néglige jamais de la recommander , surtout à ceux qui ont déjà été attaqués de ce dernier accident. Quant aux personnes dont Fétat exige de l'exercice, la meilleure manière d’en prévenir, principalement dans les climats froids, les suites fâcheuses, telles que les paraphimosis, le gonflement des testicules, Faffection de la prostate ou du col de la vessie , la suppression de l’urine , etc. , c’est de porter en même temps, à Fentour de la verge, un bandage convenable ou un morceau de linge , de manière que la verge soit défendue des injures extérieures du froid , et du frottement que cause la marche. Ce linge ou cette espèce de sac doit être tenu constamment propre , en renouvelant .souvent la charpie qu’on met dans sa cavité, pour s’imbiber de la matière au fur et à mesure qu’elle s’écoule de l’urètre.

Une autre précaution générale qu’il est ben de faire observer aux malades , c’est de ne jamais tenir la verge liée en haut pendant la blennorrhagie, mais bien de la tenir toujours en bas , afin que la matière puisse constamment 's’écouler librement dehors, et qu elle ne soit jamais obligée de couler le long de l’urètre en arrière.

Pour les malades qui ont naturellement le gland recouvert d’un prépuce étroit , il convient d’introduire

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entre ces parties , deux ou trois fois par jour, dès le commencement de la maladie, une petite quantité d’onguent mercuriel. J’en ai vu de très-bons effets pour prévenir le chancre, le phimosis et le paraphiinosis : ce sont ces observations qui m’engagent à recommander cette méthode à la considération sérieuse des praticiens.

Plusieurs écrivains ont autrefois recommandé les sels neutres, pour exciter la sécrétion de l’urine. L’on croyait , par ce moyen , apaiser l’inflammation et aider la nature à expulser le virus. Mais j ’ai constamment trouvé que l’administration de ces remèdes était nuisible; car ces sels, ainsi que quelques autres médicamens diurétiques , augmentent bien la sécrétion de l’urine , mais non pas la sécrétion du mucus des voies urinaires ; au contraire , en lui donnant une qualité plus saline et plus âcre, ils augmentent l’irritation de l’urètre sans produire aucun des bons effets qu’on leur attribue. La limonade ou orangeade, l’eau de persil, la décoction de saponaire, et, selon les circonstances, la poudre décrite dans la Phar. syph. sous le titre pulvis nitvoso-camphoratus , sont les seuls diurétiques dont on peut se servir sans inconvénient.

On a conservé long-temps un autre préjugé en faveur de la purgation dans les blennorrhagies. Les uns ont employé les purgatifs qu’on appelle minoratifs ou laxatifs , d’autres les purgatifs les plus drastiques : on a surtout recommandé de donner le muriate de mercure tous les deux ou trois jours. Je n’ai vu ni les uns ni les autres de ces remèdes faire aucun bien ,

m?,ïs souvent beaucoup de mal. Ces médicamens , outre qu’ils tendent à faciliter l’absorption du virus clans la masse du sang , donnent souvent naissance à la tuméfaction des testicules, aux maladies de la glande prostate, à la suppression d’urine, etc. Mais, quoiqu’il ne faille pas donner des purgatifs , il convient de tenir le ventre libre , en sorte que le malade aille toits les jours, ou au moins tous les deux jours, régulièrement à la selle : ce qu’on obtient par l’usage des prunes cuites pour souper, ou par un lavement simple , ou par l’usage interne de l’huile de ricin ou de pilules laxatives. Au reste , je ne doute nullement que ce ne soit en raison de ces utiles changemens adoptés depuis peu dans le traitement , que l’on voit si rarement aujourd’hui ces accidens fâcheux que l’on observait autrefois à la suite des blennorrhagies, à en juger par le récit de plusieurs auteurs.

Je n’ai jamais recours aux injections, tant que dure l’état inflammatoire ordinaire de la maladie.

Voilà pour ce qui concerne la marche ordinaire de la blennorrhagie. Dans les cas où les symptômes de l’irritation ou de l’inflammation sont plus violens, il faut avoir recours à d’autres moyens.

Si les symptômes d’une vraie inflammation sont considérables, si le pouls est dur et fréquent, etc. , la saignée devient utile et même quelquefois nécessaire ; mais communément on obtient de meilleurs effets d’une évacuation de sang locale, que l’on fait en appliquant des sangsues soit à la verge, soit , selon les circonstances, au périnée, ou, au défaut des sangsues,

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en scarifiant les parties. L’application constante des fomentations ou des cataplasmes e'mollienset sédatifs chauds convient également. Mais il faut les changer aussitôt qu’ils commencent à se refroidir; car on s’est assuré qu’étant froids ils faisaient plus de mal que de bien : aussi est-il bon d’y ajouter un peu d’huile ou de graisse , qui contribue à entretenir plus longtemps la douce chaleur et l’humidité du cataplasme. Cependant, en général, il ne faut pas continuer leur usage au-delà de quelques jours, crainte qu’ils ne relâchent trop , et ne tendent ainsi à prolonger la maladie. Le repos et l’abstinence de toute viande et de toute boisson spiritueuse deviennent , dans des cas graves, absolument nécessaires. On donne au malade l’infusion de graine de chenevis ou quelque émulsion huileuse pour toute boisson, on lui fait prendre un lavement mucilagineux ou huileux, tous les jours, et on lui administre dans ces cas, quelquefois avec un avantage marqué, la poudre composée de gomme arabique, de nitre et de camphre, et on en laisse prendre trois ou quatre fois par jour.

Cette poudre produit cependant différens effets selon la différence de constitution ou du sexe , etc. II y a des personnes qui la supportent aisément pendant tout le cours de l’inflammation; il y en a d’autres , et principalement des femmes , d’un tempérament irritable, qui ne peuvent supporter ni le nitre, ni le camphre qui entrent dans la composition de cette poudre, et j’ai vu des malades qui , après avoir pris ces poudres pendant quelque temps , sentaient une

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chaleur extraordinaire du corps, une affection désa-gréable dans l’estomac, une colique ou diarrhée, un mal de tête et un malaise général. Dans tous ces cas, il faut observer, à l’égard de ces poudres, la même règle que le médecin attentif et éclairé observe dans foutes les maladies à l’égard de tout autre remède. Sitôt qu’ils produisent de mauvais effets , il renonce tout-à-fait à leur usage , ou au moins pendant quelques jours , n’insistant jamais opiniâtrément sur la continuation d’un remède qui ne fait pas du bien.

Un praticien de mes amis à Londres guérissait tous ses malades affectés de blennorrhagie généralement en dix-huit ou vingt jours. Il leur donnait du lait pour toute boisson pendant les premiers six jours; les six jours suivans il leur donnait de l’eau de chaux pure ou mêlée de lait avec un grain d’opium tous les soirs ; enfin, les six ou huit derniers jours, il leur donnait de l’eau de chaux simple.

Dans l’Indostan, les médecins indous se servent , dans la blennorrhagie, d’une plante appelée Muchu eu rida dans le samserit (Pterospermum suberifolia). Us prennent une seule fleur de cette plante récente, et la laissent infuser pendant une nuit dans un gobelet d’eau ; ce qui forme le matin un mucilage réfrigérant, excellent dans la blennorrhagie. Il est à regretter que ce remède ne soit pas encore introduit en Europe; d’autant plus qu’on assure que les mêmes x fleurs, sèches, prises en poudre fme, comme du tabac, ôtent dans un instant les migraines nerveuses.

Le camphre seul , pris à l’intérieur avec du sucre

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en émulsion ou dans un œuf frais, est quelquefois un remède efficace pour calmer la douleur et l’ardeur de l’urine. On a recommandé aussi l’usage extérieur ou intérieur du camphre, pour empêcher les érections fréquentes dans la blennorrhagie.

On continue les remèdes mucilagineux , huileux , etc. , ainsi que le régime général antiphlogistique, jusqu’à ce que la douleur et les autres symptômes de l’irritation dans l’urètre soient , ou entièrement , ou en grande partie passés. On en restreint alors, on même on en cesse l’usage, et l’on permet en même temps au malade une diète moins sévère, dans la crainte de disposer l’urètre à une blennorrhée chronique.

Le docteur G. Fordyce a observé que la blennorrhagie en général est souvent très- soulagée en donnant au malade le quinquina en poudre, une once par jour.

Quelques praticiens en Angleterre se servent dans les blennorrhagies de l’urètre d injections faites avec l’oxide de zinc blanc dissous dans le vinaigre, en mêlant vingt gouttes de cette dissolution avec quatre onces d’eau distillée. Ils prétendent que ce remède diminue plus qu’aucun autre, immédiatement, tous les symptômes inflammatoires, tels que l’ardeur d’urine, la cordée , etc. , mais qu’il ôte aussi tout pouvoir vénérien , et qu’il empêche pour long temps les érections; ce fait demande à être confirmé.

Le docteur Al. Hamilton , un des praticiens les plus distingués d’Ldmburg , a recommandé dans

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Fétat inflammatoire de celte maladie des injections faites avec F extrait d’opium aqueux et l’acétate de plomb dissous dans l’eau , appliquées fréquemment dès le commencement de la maladie, et il croit avoir observé que ce remède contribue beaucoup à soulager le malade et à abréger la maladie. Cependant les injections les plus douces , même celles faites avec de l’huile tiède, deviennent quelquefois nuisibles par une irritabilité particulière de l’urètre, ou bien parce que peu de malades sont assez adroits pour se les faire convenablement. Si l’on juge à propos d’en faire usage, il faut qu’on le fasse avec la plus grande précaution, sans produire trop de distension de l’urètre; autrement on fait plus de mal que de bien, par Firritation que l’on cause. On a tiré de grands avantages, dans les cas les plus graves, des frictions avec l’onguent mercuriel sur le trajet de l’urètre au périnée, et à la surface interne des cuisses ; dans d’autres cas,! on se sert avec le même avantage de fumigations mercurielles appliquées aux parties génitales, et même de l’injection de l’onguent mercuriel tiède dans le canal de l’urètre.

D’un autre côté, quand les symptômes de l’irritation ou de l’inflammation sont très-graves, et surtout quand le malade est d’une complexion très-irritable; s’il se porte mieux après le dîner; si l’écoulement, très-clair et abondant, est accompagné d’une douleur aiguë, souvent lancinante par tout le corps de l’urètre ; si le pouls est faible et fréquent, j’ai trouvé qu’il convient plutôt de mettre le malade à une diète un

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peu moins sévère , de lui permettre l’usage modéré du vin, et dans quelques cas de lui donner du quinquina. Je me suis servi dans des cas graves, avec succès, du quinquina, en faisant prendre au malade en même -temps un demi grain ou un grain d’opium tous les soirs, on bien un lavement avec un peu d’opium et de rhuile. Cette méthode fait alors souvent plus de bien que toute la cohorte des antiphlogistiques. On est surpris quelquefois des changemens soudains en mieux qu’apportent ces remèdes. L’usage de l’opium contribue d’ailleurs beaucoup à prévenir les érections douloureuses. Mais, dans tous les cas, il faut tâcher d’éviter leur retour autant que possible , en liant pendant la nuit la verge, non pas en haut comme on Fa conseillé à tort, mais en bas, et en faisant coucher le malade sur le côté et sur un matelas, et non pas sur le dos et sur un lit de plume.

Si le prépuce se retire pendant l’érection derrière le gland, et produit comme il arrive quelquefois un étranglement du gland, il faut, sans perdre de temps , avoir recours au traitement indiqué dans le chapitre du Paraphimosis.

Si pendant les érections violentes et douloureuses , il survient une hémorrhagie, comme cela arrive assez fréquemment , il ne faut pas s’en effrayer le plus communément elle s'arrête d’elle-même , et soulage le malade. Dans le cas où elle durerait plus longtemps, et ferait craindre un épuisement, il faudrait donner à Fintérieur le baume de Copahu, et chercher en même temps à l’arrêter en comprimant Fu-

rètre derrière l’endroit d’où le sang coule; et si ce moyen ne réussissait pas, on se servirait d’une injection astringente , et dans des cas plus graves , on injectera même d’huile de térébenthine. ,

Si l’inflammation de l’urètre est violente et accompagnée de cordée , il faut avoir recours aux sangsues et aux frictions avec l’onguent mercuriel , en mêlant et triturant une once de cet onguent avec deux gros ou une demi-once de camphre appliquées à l’urètre , ou aux bains de vapeur avec du camphre appliqués à la verge , ou aux cataplasmes faits avec de la poudre de ciguë et du camphre. On donne en même temps l’extrait de la ciguë et de l’opium avec du camphre tous les soirs. Quelquefois le quinquina soulage mieux ces douleurs que tous les autres médicamens. S’il reste des douleurs dans l’érection après que la blennorrhagie est guérie, on emploie avec avantage les frictions mercurielles , l’électricité , quelquefois aussi les sangsues , et l’extrait de la ciguë à l’intérieur.

Si par suite de la violence de l’inflammation , l’écoulement s’arrête , et que les parties postérieures de l’urètre commencent à être affectées , on aura recours au bain chaud de tout le corps , ou au bain de vapeurs local , en mettant le malade sur une chaise percée , dans laquelle on aura placé un vase avec de l’eau bouillante , ce qu’on répétera trois ou quatre fois par jour, ne négligeant pas de tenir, pendant ce temps, le scrotum suspendu. Le malade gardera le lit , et on appliquera sur la verge un cataplasme émollient et

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sédatif, qu’on renouvellera toutes les heures. Ces moyens, auxquels on ajoute un clystère sédatif le soir, sont les plus convenables que j’aie trouvés pour rétablir l’écoulement. Dans d’autres cas j’ai trouvé que l’application d’une bougie médicamenteuse , pendant une demi-heure ou une heure, produit des effets prompts et admirables pour rétablir Fécoulement.

On a recommandé aussi des injections ; mais elles sont évidemment nuisibles dans cet état , et augmentent l’irritation. Le même traitement, indiqué cidessus , convient aussi lorsque l’écoulement se trouve arrêté ou supprimé pendant la période de l’inflammation , par des injections âcres ou astringentes , ou même par des injections huileuses ou mucilagineuses , mais mai appliquées ; ou bien par des purgatifs drastiques, ou par des purgatifs plus doux, répétés; par l’usage interne et prématuré de la térébenthine ou des balsamiques; par l’exercice violent, et surtout par le froid qu’aura essuyé la partie affectée. Si quelque glande du canal se trouve engorgée et enflammée, les cataplasmes émolliens et l’application de F onguent mercuriel sont utiles. C’est dans ces cas surtout , où la blennorrhagie a été arrêtée par une cause quelconque, qu’il survient souvent des symptômes syphilitiques dans la gorge ou autres parties du corps.

Lorsque la glande prostate ou le col de la vessie sont affectés, et que le malade est d’un tempérament vigoureux et pléthorique , il est souvent nécessaire de laire une grande saignée ou d’appliquer des sang-

sues au périnée. Dans tous ces cas , le clystère sédatif répété toutes les sept ou huit heures, et un bain chaud général ou local , renouvelé deux fois par jour, sont les meilleurs moyens qu’on puisse mettre en usage. Mais très-souvent la simple application d’une bougie médicamenteuse produit un soulagement et un effet prompt et salutaire.

Les gonflemens d’une ou de plusieurs glandes inguinales , qui paraissent pendant une blennorrhagie , sont pour la plupart sympathiques , c’est-à-dire , dus simplement à l’irritation de Furètre, sans qu’il y ait du virus absorbé et logé dans la glande même , et ils disparaissaient alors avec lâ blennorrhagie. Il y a cependant des cas ou une absorption du virus a lieu ; et alors le virus transporté dans les glandes inguinales y produit une inflammation qu’il faut traiter de la manière indiquée chapitre XIII.

La blennorrhagie syphilitique du gland ( Blennor rhagia halani ) , ou l’écoulement de matière puri forme qui vient de cette partie, a son siège principalement dans les glandes muqueuses à l’entour de la couronne du gland. Elle se guérit presque toujours facilement , en appliquant l’onguent mercuriel , et en lavant et baignant fréquemment la partie malade avec du lait tiède , ou , selon les circonstances , avec de l’eau de chaux, ou avec une légère solution de l’acétate de plomb. Dans les cas où le prépuce est si considérablement tuméfié qu’il ne se laisse pas tirer en arrière , et que l’application des lotions devient impossible , il faut avoir recours aux injections séda-

iBB CHÀP. III. DES BLENNORRHAGIES

iîves, et chercher à introduire entre le gland et le prépuce l’onguent mercuriel ; ce qui devient surtout encore plus nécessaire lorsqu’il y a des chancres cachés. Si ceux-ci ne cèdent pas bientôt à l’onguent , aux injections , ou à la charpie bien humectée de l’eau phagédénique ( Lotio syph . lutea Ph. Syph. ) , il faut faire l’incision du prépuce pour prévenir les ravages du virus syphilitique, et pour être plus à portée d’appliquer les remèdes convenables. Vi lyez chap. VIII.

Une règle générale à observer soigneusement dans toutes les blennorrhagies , c’est de presser ou de toucher les parties affectées aussi peu et aussi rarement qu’il est possible , ce qui entretient l’irritation et l’inflammation; et, chaque fois qu’on les a touchées, de se laver les mains immédiatement après, et avec le plus grand soin , de peur qu’en les portant par inattention sur les yeux, au nez , etc. , on ne s’inocule ainsi ailleurs la maladie.

Dans les blennorrhagies ordinaires dont les symptômes sont modérés, l’usage interne ou externe du mercure est inutile; mais dans toutes les blennorrhagies syphilitiques, accompagnées de symptômes violons et opiniâtres, il est prudent de faire prendre du mercure pendant douze ou quinze jours , dans le cours de la maladie ou vers la fin, afin de prévenir l infection générale. Cette précaution devient indispensable , et ne doit jamais être négligée, si la matière a été teinte de sang, ou s’il y a eu une hémorrhagie, et principalement lorsqu’il y a des symptômes évidens d une ulcération ; car , dans des circonstances pa-

reilles , il y a beaucoup de danger que le virus syphilitique n’ait pas été absorbé et porté dans la masse des humeurs. — Si la blennorrhagie vient d’une ancienne maladie syphilitique , un traitement mercuriel complet devient indispensable.

Les blennorrhagies qui ont pour cause un stimulus chimique ou d’autres acrimonies appliquées à l’urètre , ainsi que celles qui proviennent d’une préparation quelconque faite avec les cantharides (Lylia ve sicatoria ) ou des diurétiques âcres, des purgatifs drastiques, de l’usage de quelques espèces de bière, etc. , disparaissent pour la plupart sans le secours de l’art „ ou on les soulage par l’administration des mucilagineux et huileux. Celles qui doivent leur origine à quelque maladie interne , comme à la goutte , au virus dartreux ou herpétique , à l’acrimonie lépreuse , scorbutique , etc. , exigent , comme des maladies uniquement symptomatiques, des remèdes internes appropriés à la nature de leur cause primitive ou de la maladie originaire. Celles produites par le gonflement ou l’irritation des vaisseaux hémorrhoïdaux , qui se déchargent d’un fluide séreux ou glaireux par la vessie ou par l’urètre , disparaissent communément en très-peu de temps , si l’on traite avec soin la maladie principale. Quelquefois les lavemens ou les injections sédatives sont très-utiles; mais il faut se servir seulement d’une décoction de têtes de pavot ou d’une dissolution de l’extrait d’opium aqueux , la partie résineuse de l’opium étant très-sujette à irriter et à aggraver le mal du canal de l’urètre.

igo CHA.P. III. DES BLENNORRHAGIES

Avant de terminer ce chapitre, je dois faire mention d’un préjugé malheureux et coupable qui a lieu chez beaucoup de jeunes gens attaqués de la blennorrhagie syphilitique : c’est l’espoir qu’ils conçoivent de pouvoir s’en délivrer en couchant avec une personne saine , ou , ce qui est plus criminel encore , avec une fille innocente. Les habitans de l’Afrique se promettent , dit-on , le même avantage d’une ânesse. A quel point l’homme n’est-il pas dégradé par l'ignorance et la superstition !

Les suites de cette brutalité sont terribles pour l’un et pour l’autre. La femme se trouve infectée : il en résulte pour l’homme l’augmentation de tous les symptômes d'inflammation dans l’urètre , très-souvent une hémorrhagie violente , un ulcère dans l’urètre , la propagation de l’inflammation de la membrane muqueuse à la membrane cellulaire de l’urètre jusqu’à la prostate ou au col de la vessie , et quelquefois l’absorption du virus dans la masse du sang , et à la fin souvent une blennorrhée très-opiniâtre.

Il existe en outre une opinion presque générale parmi beaucoup de praticiens, surtout en France, qu’on ne peut pas guérir unelblennorrhagie , ou ce qu’on appelle une gonorrhée virulente, sans un traitement mercuriel. Le jeune praticien qui a acquis une fois une idée nette et précise de la nature et du siège de cette maladie, voyant, d’un côté, qu’il y a très-peu de blennorrhagies accompagnées d’un ulcère , et de l’autre, que tout traitement mercuriel ne contribue nullement à rendre la guérison de la bien-

norrhagie simple plus sûre ou plus prompte , mais tend au contraire à affaiblir le malade, et l’expose fréquemment à des suites très-fâcheuses , s’abstiendra sans doute d’un remède qui ne devrait être employé , dans aucun cas, sans une nécessité évidente.

Les blennorrhagies accompagnées d’ulcères sur le prépuce ou sur le gland , de phimosis , de para phimosis, de gangrène sur la verge, de gonflement des testicules , de suppression partielle ou totale des urines, de l’inflammation de la prostate, ou de l’affection d’autres glandes de l’urètre ou des aines , d’ophthalmie , etc. , exigent des soins particuliers qu’on trouvera détaillés dans les chapitres suivans.

Les symptômes véritablement syphilitiques , ou les éruptions dartreuses qui se montrent dans le système du corps après les blennorrhagies , surtout après celles qui ont été accompagnées d’ulcères ou d’hémorrhagies , ou qui ont été mal traitées , exigent un traitement antisyphilitique ou antiherpétique général.

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