‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 17 sur 52 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

De la Blennorrhagie des femmes en particulier .

Les blennorrhagies chez les femmes sont rarement suivies de symptômes aussi violens , et jamais de conséquences aussi graves et aussi dangereuses que chez les hommes. Dans quelques cas même, les symptômes sont si légers, qu’elles regardent cet écoulement comme de simples fleurs blanches, auxquelles d’ailleurs beau-

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coup d’entre elles sont sujettes , surtout dans les grandes villes de l’Europe.

La blennorrhagie syphilitique des femmes , qu’on appelle aussi communément gonorrhée virulente , gonorrhée maligne, ou fluor cilbus malignus, a cela de caractéristique , que son siège n’est pas dans la cavité de l’urètre, comme quelques auteurs, et dernièrement encore B. Bell, dans son Traité sur la Gonorrhée , l’ont avancé. Il prétend que le siège de la blennorrhagie, ou gonorrhée virulente chez les femmes, était toujours, de même que chez les hommes , dans l’urètre ; la moindre connaissance anatomique des parties qui viennent en contact dans le coït, même le seul bon sens, peuvent aisément convaincre de la fausseté de cette assertion. La cavité de l’urètre des femmes n’a aucune relation avec le coït ; elle est située hors de la sphère d’activité du virus; et si l’urètre paraît souffrir dans les femmes pendant la gonorrhée, c’est que l’orifice de ce canal, qui s’ouvre dans le vagin, est quelquefois enflammé avec la membrane muqueuse voisine du vagin; mais cette affection est le plus souvent l’effet de la sympathie des parties voisines, qui sont très-sensibles, et affectées exactement, comme dans un homme qui souffre quelquefois des douleurs violentes du gland lorsqu’il a une pierre dans la vessie, ou qui a une dysurie trèspénible, lorsqu’il est attaqué d’un chancre sur le gland ou sur le prépuce ; mais , abstraction faite de ces raisons, s’il y avait un seul praticien qui fût dans le doute, il n’aurait qu’à examiner avec un peu de

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soin ses malades , et il serait bientôt convaincu de la

fausseté de l’opinion qui établit , sans raison , le siège «

de cette maladie , pour les femmes , dans le canal de l’urètre (i). Effectivement, il serait bien étrange que le virus syphilitique , communiqué par le coït , fixât son siège chez les femmes de préférence dans la cavité de l’urètre. Aussi ai- je observé, dans tous les cas, que le siège de la maladie était ou sur le clitoris à l’entour de l’orifice de l’urètre, ou aux nymphes, ou, plus haut , dans la cavité du vagin , ou bien en bas , vers la commissure inférieure des grandes lèvres , au raphé. Ce qui a induit probablement quelques auteurs dans cette erreur sur le siège de la blennorrhagie dans l’urètre chez les femmes, c’est la strangurie, ou l’ardeur et la difficulté d’uriner auxquelles les femmes sont également sujettes dans cette maladie, comme les hommes. Mais cette affection de l’urètre , ainsi que celles de la vessie, sont chez elles entièrement sympathiques: nous observons souvent les mêmes affections des voies urinaires chez les hommes qui n’ont que des ulcères sur le prépuce ou sur le gland; on peut en assigner encore une autre cause, l’urine âcre , en sortant , irrite l’orifice enflammé du canal de l’urètre , ou en touchant dans la vulve les parties irritées et enflammées par le virus, donne ainsi aux

(i) Je ne nie pas , et il est même facile de concevoir que le virus s’applique quelquefois à l’orifice de l’urètre , et que l’inflammation, s’étend ensuite jusqu’au canal même, mais il s’en faut beaucoup que ce cas soit général ou constant

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malades la sensation de brulure ou de cuisson, comme si la douleur était dans l’urètre même.

En général , la blennorrhagie est accompagnée, chez les femmes, d’une espèce de titillation et de démangeaison autour de l’orifice du vagin, et plus particulièrement en bas au raphé; de malaise en s’asseyant ; d’un gonflement des grandes lèvres , des nymphes et du clitoris; de chaleur et de douleur en urinant , surtout d’ardeur quand l’urine touche les parties enflammées : symptôme caractéristique par lequel la blennorrhagie des femmes se distingue principalement des fleurs blanches ordinaires. Dans les cas plus graves, l’éconleriient de la matière puriforme , qui est d’un jaune verdâtre et très-abondant, est accompagné de douleurs tensives dans la vessie, dans la matrice , dans les aines , dans le dos , et dans la région lombaire.

il n’est pas rare cependant de voir l’inflammation et la douleur portées à un plus haut degré. Les nymphes, le clitoris et les grandes lèvres se gonflent alors encore plus ; et ces parties, ainsi que le raphé , le périnée, et quelquefois la peau des cuisses, sont sujettes à s’excorier par la matière qui y découle. Il en résulte des démangeaisons excessives; une dysurie et une chaleur briilant-e pendant l’excrétion des urines, un malaise considérable en marchant et en s’asseyant. Dans quelque cas même, les symptômes inflammatoires augmentent à un tel degré, qu’ils produisent une fièvre symptomatique , des flatulences , des vomissemens , une tension et une sensation si douloureuses dans

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toute îa région du pubis et de l’abdomen, que îa malade ne peut souffrir la moindre pression de ces parties. Les glandes inguinales se gonflent en même temps et deviennent très-douloureuses ; et nous trouvons alors souvent, en examinant les parties affectées , qu’il y a non-seulement la membrane muqueuse enflammée, mais en même temps une véritable inflammation de la membrane cellulaire accompagnée souvent en même temps d’ulcères syphilitiques. Ces ulcères sont quelquefois si petits, ou situés si haut dans le vagin, qu’on a delà peine à les découvrir, ou qu’ils échappent à la vue, à moins qu’on n’examine les parties avec un soin extraordinaire.

La violence de ces symptômes dépend en général beaucoup de îa constitution de la malade, de l’irritabilité particulière des parties affectées, du mauvais traitement, ou de la négligence de la malade pour soigner la maladie, et peut-être aussi de Fâcreté plus ou moins grande de la matière qui est la cause de la maladie.

Les symptômes et< les suites de la blennorrhagie syphilitique des femmes diffèrent beaucoup de ceux des * \

hommes. Nous en trouvons la raison dans le siège de cette maladie, qui est, comme nous venons de l’observer, très-différent de celui chez les hommes, et dans la structure de leurs parties génitales. De là vient que pour les femmes les suites d’une suppression de l’écoulement ne sont ni aussi fréquentes ni aussi dangereuses que pour lés hommes. La suppression de burine., la tumeur de la prostate, les coarcta-

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lions ou autres obstacles dans l’urètre , S3^mptômes si dangereux chez les hommes , n’ont jamais lieu chez les femmes ; mais elles sont sujettes, quoique plus rarement que les hommes, à cette terrible ophthalmie qui provient quelquefois d’une suppression de la blennorrhagie syphilitique.

De l’autre côté, les femmes attaquées d’une blennorrhagie syphilitique sont plus sujettes à des excoriations et à des bubons : elles sont aussi plus sujettes dans cet état à la vérole elle-même, à cause de la grande surface absorbante exposée au contact de la matière virulente.

A l’égard du traitement, nous avons les mêmes indications à remplir dans la blennorrhagie syphilitique chez les femmes que chez les hommes ; avec cette différence qu’on peut en toute sûreté, vu la différence de la structure des parties, ainsi que du siège de la maladie, employer avec plus de hardiesse des médicamens topiques, dès le commencement de la maladie.

Nous n’avons ici à craindre aucun de ces accidens

fâcheux si fréquens dans les hommes ; l’application des remèdes sur les parties affectées est beaucoup plus facile, et la guérison plus aisée.

On se sert principalement dans cette maladie avec succès , de l’application de l’onguent mercuriel simple, ou bien d’un onguent fait avec le sous-muriate de mercure et de la graisse , auquel on peut incorporer un peu d’extrait d’opium aqueux : on en introduit la grosseur d’une noisette dans le vagin une

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on deux fois par jour, en recommandant à la malade de se munir d’un bandage , pour ne pas salir les linges. On peut se servir aussi de l’eau de chaux ou d’une dissolution d’une petite quantité d’oxi-muriate de mercure dans l’eau distillée ; ou bien , selon les circonstances, de l’acétate de plomb, avec de l’extrait d’opium aqueux , qu’on applique en forme d’injections *ou de lotions, par le moyen d’une éponge ou d’une seringue convenable, plusieurs fois par jour.

Si les symptômes sont plus violens, on fera des injections calmantes, mucilagineuses ou huileuses; mais dans quelques-uns de ces cas , on a éprouvé plus de soulagement d’une solution très- faible de l’oxî-mu-* riate de mercure dans de l’eau distillée , ou de l’eau phagédénique, ou de l’eau de chaux mélëe d’une petite quantité d’esprit de vin, injectée six ou huit fois par jour. En général, dans toutes les blennorrhagies des femmes , lorsqu’il y a un grand degré d’irritation, l’application locale de l’opium est le remède le plus efficace pour soulager et pour abréger cette maladie : mais il faut être circonspect dans l’usage de ce remède. J’ai vu une jeune femme souffrir les douleurs les plus vives et une irritation qui alla jusqu’à produire des évanouissemens, après avoir injecté une portion d’une dissolution d’opiom dans l’eau qui restait au fond de la bouteille. Le même accident arriva à un jeune homme, qui employa de même le reste de la bouteille d’une semblable dissolution en lavement. Il parait que ce qui restait de cette dissolution au fond des bouteilles était beaucoup plus chargé d’o-

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pitim , ou contenait principalement la partie résineuse de cette substance.

Lorsque la matière est si âcre qu’elle menace de produire, ou qu’elle produit en effet des excoriations dans les parties environnantes, principalement au rapîié , et quelquefois même aux cuisses , il faut défendre les parties en appliquant le cérat ordinaire; ou , ce qui est peut-être préférable , il faut frotter de bonne heure et avec soin, au moins deux fois par jour, le raphé et l’intérieur des cuisses, avec un onguent composé d’une once de graisse de mouton et de deux onces d’huile douce fondues ensemble à une chaleur douce.

Dans tous les cas, il est de la prudence du praticien de ne jamais prononcer qu’une femme est guérie de la blennorrhagie syphilitique, sans avoir appliqué du mercure localement pour obtenir une guérison radicale , ou sans lui administrer vers la fin de la maladie, pendant une quinzaine de jours, du mercure, pour détruire le virus qui peut avoir été absorbé dans la masse du sang pendant le temps de la maladie.

J’ai vu des exemples fréquens des ulcères à la gorge, et d’autres symptômes vraiment syphilitiques provenant à la suite des blennorrhagies syphilitiques, même simples en apparence, faute de cette précaution, ou faute de l’application locale du mercure pendant le courant de la maladie.

Avant de terminer ce chapitre , il est bon de remarquer que les femmes sont très-sujettes à des écoulemens accompagnés de chaleur, douleur, tension à

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buteras , au vagin, surtout pendant et après la menstruation. Ces écoulcmens participent fréquemment , de la nature herpétique ou dàftrèuse, quelquefois lépreuse , d’autres fois goutteuse; ils sont souvent contagieux et se communiquent par le coït. On découvre la nature de ces blennorrhagies, quelquefois en ce qu’elles sont précédées d’une affection morbifique de l’estomac , du foie , de la peau , etc. ( i ).

: Leur traitement exige des remèdes internes et externes, adaptés à la nature du virus ou de l’acrimonie spécifique dont elles tirent leur origine.

J’ai observé aussi que les femmes affectées d’un squirre ou d’un ulcère de la matrice éprouvaient quelquefois des écoulemens contagieux , qui produisent des blennorrhagies ou des ulcères quoique non syphi-

(i) D es exemples qui se présentent journellement dans la pratique , prouvent qu’il y a beaucoup de femmes saines en apparence et exemptes de toute espèce de mal aux parties génitales, et n’ayant d’ailleurs aucun symptôme de syphilis ou de la vérole constitutionnelle, qui cependant donnent, surtout à certaines époques, des blennorrhagies ou des ulcères aux hommes qui les approchent. La même chose a lieu avec certains hommes. Un de mes amis , à Paris , qui a les cheveux roux , et un tempérament fort et sanguin , qui se porte bien à tous égards , excepté une petite dartre avec prurit a l’anus , dont il est affecté depuis bien des années , a donné la chaude-pisse à plusieurs femmes bien portantes , sans qu’il en eût eu lui-mérae le moindre symptôme aux parties génitales. Ceci confirme ce que j’ai dit ailleurs , que l’on ne peut apporter trop de prudence dans la pratique, quand on est appelé à donner son opinion, ou à décider sur un cas particulier, si ce cas est réellement syphilitique (vénérien ) ou non.

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