‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 21 sur 52 · CH AP. IV. 1)E LA BLENNORRHÉE · texte numérisé non relu

CH AP. IV. 1)E LA BLENNORRHÉE

tièrement cessé. La même règle est nécessaire à observer dans l’nsage des médicamens internes.

Pour les femmes, la canule de la seringue doit être plus grosse et plus longue que pour les hommes. J’ai trouvé qu’une canule d’étain cilindrique d’un pouce de diamètre, et de trois ou quatre pouces de longueur, était la plus convenable pour procurer les bons effets des injections qu’on leur prescrit.

Indépendamment des injections , les bougies sont d une grande utilité et même quelquefois d’une nécessité absolue dans les blennorrhées des hommes, lorsqu’il y a un ulcère ou un rétrécissement dans quelque partie de l’urètre. On peut les employer, ou seules, ou conjointement avec les injections. A l'égard des bougies , je dois observer que , pendant les trois ou quatre premiers jours, il ne faut les garder que tout au plus un quart d’heure ou une demi-heure chaque fois qu’on s’en sert , et accoutumer ainsi insensiblement le malade à les supporter plus long temps : alors on peut les lui faire garder deux heures matin et soir , cela suffit dans la plupart des cas. Il faut se ressouvenir qu’avant l’application des bougies, comme avant les injections, le malade doit toujours essayer de vider la vessie, afin de donner au remède le temps de produire son effet sur la partie affectée. Si l’application de la bougie cause, comme je Fai quelquefois observé, une tension et une douleur dans le cordon spermatique, ou une tuméfaction du testicule, il faut en suspendre l’usage pendant quelques jours. J’ai vu

qu’une bougie trop grosse produisait cet effet, et qu’il cessait dès qu’on se servait d’une plus mince. En général, il faut préférer les bougies minces aux grosses dans le commencement.

Pour ce qui concerne le traitement des écoulemens habituels compliqués avec des rétrécissemens de l’urètre, et accompagnés de plus ou moins de difficulté d’uriner , je renvoie le lecteur au chap. X de ce volume.

Si l’on ne réussit pas à opérer la guérison de la blennorrhée, soit par l’usage des médicamens, ou des injections , soit par celui des bougies, il est quelquefois à propos d’injecter des liquides capables d’exciter une irritation et une inflammation dans l’urètre, et surtout dans la partie affectée. Ce moyen a souvent réussi après que les meilleurs astringens avaient échoué. On peut employer pour cet usage les injections ad Blennorrhœam, Ph. syphil.

C’est probablement d’après ce même principe que le docteur Cullen a observé que des bîeimorrhées opiniâtres ont quelquefois été guéries par un exercice violent et long-temps continué à cheval , tels qu’un voyage d’ Edimbourg à Londres; c’est-à-dire en excitant une inflammation dans les parties affectées. Nous avons des exemples où de pareils écoulemens ont été aussi quelquefois guéris par le coït ; mais c’est un remède qu’un praticien honnête ne peut jamais recommander , parce que ces écoulemens sont quelquefois de nature contagieuse, et que le malade courrait îe risque de communiquer , par ce moyen , la

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maladie à une personne saine , en même-temps qu’il risquerait d’empirer son mal plutôt que de le soulager.

Indépendamment des injections dont nous avons fait mention , on s’est servi quelquefois avec avantage , dans des blennorrliées d’une nature très-opiniâtre , de plusieurs autres moyens, tels que des injections faites avec de forts styptiques, ou même avec l’huile de térébenthine. Un de mes amis a observé que dans quelques cas un vésicatoire appliqué extérieurement à l’endroit affecté, ou au périnée, avait été très utile. On a vu disparaître un écoulement rebelle par une injection de teinture de Psychotria emelica. M. B ire h , chirurgien à Londres, a observé quelques cas dans lesquels une légère commotion électrique , conduite à travers l’urètre, avait procuré la guérison.

Je fais mention de tous ces moyens, parce qu’on est quelquefois embarrassé pour en trouver dans des affections opiniâtres de cette espèce.

On a encore recommandé les bains d’eau froide dans les blennorrliées obstinées, et j’en ai vu de trèsbons effets; mais j’ai vu aussi, dans d’autres cas, qu'ils ont augmenté l’écoulement : d’autres praticiens ont observé le même effet. Le bain de mer est souvent très-avantageux, ainsi que le bain local d’eau froide , soit pure, soit mêlée avec du vinaigre ou de I eau-de-vie, avec laquelle le malade doit se laver les parties génitales trois ou quatre fois par jour. Quelquefois les frictions avec l’onguent mercuriel appliquées au périnée tous les jours , pendant deux , trois

ou quatre semaines , ont produit une guérison radicale.

En général, il convient et il est même très-souvent nécessaire, dans les blennorrhées opiniâtres, de changer les remèdes et les injections ; car on observe qu’une injection moins forte produit quelquefois un bon effet, après qu’on en a employé une plus forte sans succès, et vice versa. Dans beaucoup de cas, il est bon aussi de combiner les médicameris internes avec les moyens externes.

Après avoir ainsi amplement traité des remèdes externes , nous allons considérer ceux qui peuvent être employés intérieurement , soit seuls, soit combinés, selon l’exigence des cas , avec les applications locales dont nous venons de parler.

Les remèdes internes qu’on a trouvés le plus efficaces sont :

i°. Les préparations mercurielles . Celles-ci sont toujours nécessaires, lorsque la maladie est accompagnée d’un ulcère dans l’urètre , surtout s’il est invétéré, ou lorsqu’il y a des signes d’infection générale. En pareil cas , les frictions mercurielles ou les pilules faites avec de la térébenthine et l’oxide noir de mercure sont souvent très-convenables. J’ai vu encore des blennorrhées rebelles à tous les remèdes , guérir par un traitement mercuriel complet.

2°. Les baumes et les résines (i). Parmi ces sub-

(t) Nous ne savons pas précisément comment agissent les baumes nu les résines liquides j mais c’est un fait que j’ai observé cous-

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stances, celle qu’on emploie le plus communément est la résine liquide appelée baume de Copahu. Mais j’ai trouvé qu’il y en a une espèce dans le commerce qui donne de violentes coliques : en général , cette substance est très-sujette à causer des rapports désagréables d estomac. Pour prévenir cet effet , la meilleure manière de l’administrer est d’en faire prendre au malade trente à quarante gouttes dans un petit verre d’eau fraîche, deux fois par jour, matin et soir, ou cinquante à quatre-vingts gouttes à la fois à midi, et de faire avaler aussitôt après, dans un petit verre d’eau , quinze à vingt gouttes de la tinctura aromatica sulfuricata , ou mieux encore la tinctura my r tu s-piment œ sulfuricata , afin de rendre le baume plus aisé à supporter à l’estomac. Une demi-drachme de térébenthine, ou de baume de tolu, ou de résine liquide appelée baume de Canada, remplit le même but. J’ai l’exemple d’un jeune homme qui , ennuyé de la durée d’une blennorrhée habituelle des plus opiniâtres, avala tout d’un trait une grande quantité ( deux ou trois onces ) de baume de Copahu , et en fut guéri.

Quelquefois les baumes combinés avec la teinture de gaïac ou avec la gomme-résine de pterocarpuskino, produisent un effet désirable. Mais en tout cas,

tamment que ces remèdes, administrés avant que l’ardeur d’urine et la douleur dans les érections aient disparu, quoiqu’elles paraissent beaucoup diminuées, sont très-sujets à produire un gonflement et inflammation du testicule, appelés communément un testicule vénérien.

DES PARTIES GÉNITALES. 2ig

lorsqu’on prescrit ces baumes ou substances résineuses , il faut enjoindre au malade de s’abstenir pendant leur usage des fruits ou des confitures, parce que leur usage contrarie Feffet qu’on attend des baumes.

3°. Les corroborans. Parmi ceux-ci , la gomme-résine dont nous venons de parler mérite la première place; l’écorce de cinchona officinaiis en poudre , ou en infusion dans du vin rouge , ou , ce qui vaut quelquefois mieux encore , en infusion dans l’eau de chaux; la racine de tormentilïe en poudre , ou en extrait , sous forme de pilules , jointes, selon les circonstances , aux préparations de fer, ou aux balsamiques, sont des remèdes utiles et efficaces.

L’usage du sérum aluminosum produit quelquefois un effet désiré. La teinture fies cantharides , donnée à la dose de vingt-cinq à trente gouttes dans l’eau, a procuré quelquefois la guérison dans les cas où les autres remèdes avaient échoué; mais c’est un remède qui exige des précautions , parce qu’il affecte souvent gravement la poitrine , et peut faire beaucoup de mal , surtout à ceux d’un tempérament délicat et irritable.

Enfin il y a des blennorrhées des parties génitales rebelles , qui ne se guérissent que par un traitement mercuriel complet.

Il y a cependant des circonstances où tous nos efforts pour guérir un écoulement habituel sont vains; et nous voyons quelquefois que la nature seule parvient à opérer, avec le temps, une guérison, après

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que nous avons inutilement et ennuyeusement épuisé toutes les ressources de Fart. C’est ce qui arrive dans ces écoulemens habituels qui sont produits par des causes singulières, dont on nous a transmis des exemples dans les dissections anatomiques ; lorsque , par exemple , deux ulcères de l’urètre se trouvant à peu près placés vis-à-vis l’un de l’autre, quelquesunes de leurs parties s’unissent mutuellement , et forment une espèce de bride à travers l’urètre , avec une exulcération au-dessous. Le seul remède , si l’on a quelque raison de soupçonner l’existence de cette cause , est l’usage des bougies , ou si les brides n’étaient pas trop fortes , on pourrait essayer de les rompre en introduisant un stylet ou une sonde dans l’urètre. Je laisse à juger à mes lecteurs si l’écoulement très-fàcheux et très - obstiné dont je vais joindre ici le détail appartient à cette classe.

Je fus consulté il y a quelques années par un homme, au sujet d’une blennorrhée dont il était affligé depuis environ dix ans . et pour laquelle il avait consulté les médecins et les chirurgiens en différens pays. Quelquefois l’écoulement s’arrêtait pendant quelques jours; mais il reparaissait bientôt, surtout après l’exercice du cheval , ou après le coït. Dans ces occasions le malade éprouvait toujours quelque malaise , et le lendemain un petit écoulement , qui ne cessait que pour reparaître à l'a répétition de la même cause. Cette incommodité l’inquiétait d’autant plus , qu’il était dans l’intention de se marier. En examinant le malade ? je trouvai que le siège du mal était

très-avant dans l’arètre, vers le périnée. Je lui fis faire usage de tous les remèdes, tant internes qu’externes , dont je pus m’aviser ; mais je ne patvins pas à opérer une guérison radicale. Je regardai sa maladie comme un ulcère calleux ; et , d’après cette supposition, je lui fis porter des bougies pendant plus de deux mois , sans obtenir le moindre effet. Etant obligé de continuer mes voyages, je le laissai très-peu soulagé par tout ce que j’avais fait; comme ses affaires l’obligeaient lui-même d’en faire un à Paris , je lui conseillai d’y consulter toutes les personnes de l’art qu’il croirait en état de pouvoir le soulager. Yoici quel fut le résultat , tel qu’il me l’a rapporté lui-même.

« Après mon arrivée à Paris , m’écrivait-il , j’y » consultai, conformément à votre avis, tous les j> gens de l’art les plus renommés. Leurs différentes » opinions sur la cause , la nature et le traitement de » ma maladie, me rendirent plus inquiet que je n’é- » tais auparavant. Quelques-uns me conseillèrent un nouveau traitement mercuriel ; d’autres prescrivi- » rent différens remèdes , tant à l’intérieur qu’à F ex-

» térieur. Je leur montrai toutes les différentes ordon-

» nances que vous m’aviez faites successivement. Ils » furent surpris qu’aucun de ces remèdes n’eût réussi. » Cependant on m’ordonna quelques nouvelles injec- » tions et quelques remèdes internes , plutôt , je pense , » afin de me satisfaire pour mon argent, que dans » l’espérance de me faire aucun bien réel. Je fus en » effet pendant trois ou quatre mois précisément dans *> le même état que lorsque j’étais arrivé à Paris. Mais,

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» quelque surprenant que ceci vous paraisse , le der- « nier homme de Fart qu’on me recommanda de « consulter me parut le plus ignorant auquel je me » fusse encore adressé. Cependant je consentis à ce « qu'il sondât, avec Falgalie, le passage de Fur être , » pour s’assurer de l’endroit affecté , etc. L’algalie en- » tra comme à l’ordinaire, très-facilement, jusqu’à ce qu’elle atteignit le siège de la maladie , où elle *> éprouva le même obstacle qu elle y avait toujours » rencontré , et dont je l’avais prévenu ; malgré cela » il s’efforça de la pousser plus avant; je lui disais 2> qu’elle me faisait une douleur excessive , mais il » la força imprudemment , et elle passa outre. Il sor- » tit aussitôt du sang de l’urètre. Le chirurgien parais- » sait s’en effrayer beaucoup : il me fit mille excuses , » retira son instrument , reçut son paiement , et sortit, « me laissant très-mécontent de l’avoir employé. Je » m’attendais à être plus mal le lendemain , et à souf- » frir beaucoup de sa maladresse; mais ce fut tout le » contraire. Je suis délivré de ma maladie depuis deux » mois, je monte à cheval, je vois des femmes, sans « en éprouver aucun mauvais effet , et conséquem- » ment je me trouve radicalement guéri. L’amitié que « je vous dois pour les peines que vous avez prises à

» mon sujet m’engage à vous faire part de ce cas par- « ticulier , qui peut vous être de quelque utilité , et » que vous expliquerez peut-être mieux que moi , ou » ceux à qui j’en ai fait part. »

Il reste quelquefois une espèce de cordée ou courbure delà verge , après que tous les autres symptômes

de la blermorrhée sont dissipés. Les frictions avec l’onguent mercuriel , ou avec de l’huile d’olive camphrée, faite sur la verge, le liniment ammoniacal , les lotions spiritueuses , ou Félectricité appliquée à la même partie , sont les remèdes les plus convenables en pareil cas. Quelques auteurs ont recommandé aussi l’usage interne du quinquina.

Dans toutes les blennorrhées opiniâtres qui ont leur siège fort en arrière dans le canal de l’urètre , il faut examiner avec soin s’il n’y a pas un rétrécissement de ce canal ou un ulcère , ou une affection de la glande prostate. Dans tous ces cas il faut remédier à ces maux, autrement on ne parviendra jamais à guérir l’écoulement de l’urètre. Lorsque la prostate se trouve tuméfiée et dure, j’ai vu des exemples où, après un traitement mercuriel , F application réitérée des vésicatoires ou ventouses au périnée , et l’usage du suc épaissi du coniam macaiatum , à grandes doses, a réussi après que d’autres remèdes avaient échoué.

La blennorrhée provenant d’une affection de la glande prostate, se distingue de celle de l’urètre par la nature et par l’odeur de l’humeur qui s’écoule : elle ressemble au blanc d’œuf, et sort sans douleur , surtout avant ou après l’excrétion des urines ou des selles ; ce mucus a une odeur nauséabonde , et il est mêlé quelquefois de sperme. Cette maladie est bientôt suivie d’une faiblesse ou débilité générale; cet épuisement est accompagné de la pâleur du visage, d’une émaciation générale du corps, et il mène par

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