O CHAP. V. DE LA TUMEUR
dée ni sur des faits ni sur les connaissances anatomiques.
Quelques auteurs parlent aussi d'un gonflement des testicules qui arrive quelquefois après la disparition ou le dessèchement des ulcères syphilitiques du prépuce ou du gland. Je ne me rappelle pas avoir jamais observé aucun cas de cette espèce; c’est pourquoi je m’abstiens d’en parler plus au long: mais j’en ai vu un autre qui m’a paru digne d’être rapporté.
Le malade avait été attaqué plusieurs années auparavant d’un testicule vénérien, ainsi qu’il l’appelait. Cette tumeur ayant été mal traitée donna lieu à une fistule à l’anus qtÉànd le gonflement disparut. On lui fit l’opération de la fistule ; mais quand il fut sur le point d’en être guéri , le gonflement du testicule reparut. J’ai réussi à faire disparaître ce gonflement , pour lequel je fus consulté , en déterminant un écoulement par l’urètre, et j’achevai la guérison par l’usage des remèdes internes. Je dois ajouter ici que j’ai vu deux ou trois fois dans le cours de ma pratique un gonflement du cordon spermatique et de l’épididyme arriver en conséquence de l’application d’une bougie un peu trop grosse qu’on avait appliquée pour un rétrécissement de l’urètre.
La cause prochaine de ce gonflement des vaisseaux spermatiques me paraît être une irritation ou inflammation des orifices des canaux déférens des vésicules séminales; et je crois que le siège de ce gonflement est généralement dans l’urètre, à l’endroit nommé vcruinontanum ou caput galfinaginis. Il y a cependant
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d’autres cas, comme je l’ai remarqué plus haut, où le siège de l’inflammation est originairement dans le testicule même.
Quelques auteurs modernes attribuent ce gonflement à la sympathie des testicules avec l’urètre ; d’autres , à l’extension de l’inflammation le long de l’urètre et des canaux déférens jusqu’aux testicules ; d’autres enfin supposent que cette maladie est toujours l’effet d’un regorgement ou de l’accumulation de la semence dans le testicule. Mais, si cette maladie était due simplement à la sympathie , pourquoi le gonflement arriverait-il si rarement, tant que l’écoulement de l’urètre continue régulièrement , ou pendant que les symptômes d’inflammation et d’irritation de l’urètre sont très-violens ? Si l’extension de l’inflammation le long de l’urètre était la véritable cause de cette tumeur , il semble que tous les hommes chez lesquels l’inflammation est violente et s’étend dans l’urètre à la prostate ou au col de la vessie devraient avoir aussi toujours, ou au moins généralement, un gonflement du testicule ; ce qui n’arrive cependant pas. Enfin si cette maladie n’était due qu’à raccumulation de la se-
mence, dès que cette augmentation n’aurait plus lieu, le gonflement devrait naturellement et constamment diminuer , ou disparaître même entièrement ; ce que nous ne voyons point. Nous observons au contraire très-souvent des jeunes gens attaqués de cette maladie avoir des pollutions nocturnes involontaires , sans en être ni guéris ni même soulagés : mais quand même les choses se passeraient ainsi , je demanderais encore
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d’où viennent cette accumulation de la semence et ces effets violens , pendant que nous ne les observons jamais, ou presque jamais, dans les jeunes gens réservés, robustes et bien portans. Toutes ces théories me paraissent donc ou absolument fausses , ou du moins très-peu satisfaisantes. Le seul fait constant et bien avéré, c’est qu’un degré d’irritation particulière et extraordinaire , excitée dans l’urètre , pendant qu’il est attaqué d’une blennorrhagie syphilitique par une cause quelconque , telle que les injections âcres , Fusage des baumes , des cathartiques , etc. le froid , le coït, ou un stimulus mécanique, produit cette maladie. Peut-être même dans quelques cas le virus, en changeant de siège et en se fixant sur les orifices excrétoires des vésicules séminales plus bas dans l’urètre , les irrite-t-il directement ; et cette irritation , communiquée aux vaisseaux déférens et à l’épididyme , y produit-elle cette maladie. Je ne nie pas que la sécrétion de la semence, plus fortement sollicitée, ne puisse contribuer au gonflement dans la suite. Je crois même qu’on doit attribuer à ce stimulus les pollutions nocturnes qu’on observe communément au commencement et pendant le cours de cette maladie ; mais ces pollutions ne servent en aucune manière à la diminuer : probablement l’évacuation ne vient-elle alors que du testicule sain. Voici ce qui m’a mis dans le cas d’éclaircir la nature de cette maladie.
Je fus atteint, à l’âge de vingt-cinq ans, d une blennorrhagie syphilitique qui , agissant sur un corps délicat et irritable , fut accompagnée de symptômes vio-
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iens. Je consultai alors un des premiers médecins de lEurope, qui me conseilla de prendre beaucoup de liquides mucilagineux , et deux fois par semaine des pilules purgatives, dont le principal ingrédient était le sous-muriate de mercure. Le résultat de ce traitement fut qu’après la seconde dose de ces pilules je me vis attaqué de ce qu’on appelle un testicule vénérien. Attentif dès le commencement de ma maladie à tous les symptômes qui se développaient, je sentis d’abord un malaise et une tension accompagnés d’une douleur obtuse tout le long du cordon spermatique du côté droit , laquelle s’étendit jusqu’au scrotum ; ces mêmes parties étaient un peu tuméfiées et douloureuses au toucher. Je fus obligé de me mettre au lit. En examinant attentivement le lendemain matin les parties affectées , je fus très-étonné de trouver que le testicule était dans l’état naturel et sans douleur ; mais que l’épididyme était très-gonflé et dur , le cordon spermatique tuméfié avec le sentiment d’une douleur obtuse, comme si ces parties eussent été tendues ou compri-niées. Je communiquai cette observation à plusieurs médecins de mes amis qui étaient venus me voir : ils croyaient tous que je m’étais trompé; mais, en examinant eux-mêmes , ils trouvèrent la partie affectée telle que je leur avais dit : tous regardaient le fait comme neuf et extraordinaire. D’après l’avis du médecin qui me traitait, j’appliquai constamment au scrotum des cataplasmes émolli eus chauds pendant plusieurs
jours ; mais , pendant leur usage, mon mal, an lieu de diminuer, augmenta considérablement. L’écoule-
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ment avait presque entièrement disparu dès les premiers jours : le testicule devint considérablement dur et enflé, et je ressentais un malaise particulier dans cette partie : la douleur le long de l’urètre était sensiblement accrue, ce que j’éprouvais surtout en urinant. Je résolus donc d’ôter les cataplasmes , de mettre un suspensoire pour soulager la tension doulou reuse ; et , dans le dessein de rétablir l’écoulement , s’il
était possible , j’exposai les parties génitales , deux ou trois fois par jour , à la vapeur de l’eau chaude. Ces moyens eurent l’effet désiré ; le second jour après leur application , l’écoulement augmenta ; je me trouvai bientôt soulagé : en quelques jours le mal du testicule et du cordon spermatique fut dissipé , et peu de semaines après la blennorrhagie fut radicalement guérie.'
Rien ne m’intéressait plus , comme on se l’imagine bien , que de vérifier si cette observation n’était qu’un fait particulier , ou bien si elle tenait à une loi générale qui était restée inconnue , et qui avait échappé à l’attention des praticiens. Je fus complètement satisfait à cet égard, et je me suis assuré, par toutes mes observations subséquentes , que le fait était constant , ainsi que je l’avais remarqué dans cette première occasion. Je me suis convaincu que les seules parties primitivement affectées dans cette maladie étaient toujours le canal déférent et l’épipidyme seul d’un côté ; que le testicule lui-même n’est jamais gonflé au commencement de cette maladie , c’est-à-dire pendant les deux ou trois premiers jours ; et que s’il le devient par la suite, cet accident n’est du qu’au mauvais traite*
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ment , ou à la négligence du malade. J’ai observé , en outre , que la fièvre qui accompagne alors si fréquemment cette maladie n’est jamais une maladie primitive ; mais qu’elle est seulement une fièvre secondaire ou symptomatique , suite de l’irritation locale , dont les caractères varient suivant la différente constitution du malade ; et qu’en employant la méthode que j’indiquerai plus bas, le médecin peut presque toujours, s’il est appelé à temps , prévenir cette fièvre , ainsi que les autres mauvaises suites de cette maladie.
J’ai rapproché de ces faits deux autres non moins importons et également généraux, savoir : i°. que l’écoulement et même quelquefois les autres symptômes d’inflammation de l’urètre cessent entièrement, ou du moins diminuent considérablement , avant ou pendant les deux ou trois premiers jours de cette maladie; 2°. que cette maladie augmente et continue , tant que l’écoulement de l’urètre ne reparaît pas, ou que quelque autre place de l’urètre n’en est pas affectée ; et qu’au contraire les symptômes s’apaisent, du moment que l’écoulement supprimé se rétablit , même quelquefois un tant soit peu.
Cette maladie, traitée parla méthode que j’exposerai , cède en général assez aisément en très-peu de jours : mais, si le malade la néglige, ou si elle n’est pas traitée par des remèdes convenables , ou si le malade a eu une rechute , non-seulement elle devient souvent très-opiniâtre , mais encore , en excitant une véritable inflammation des testicules, elle devient quelquefois très-dangereuse par la fièvre qui l’accom-