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CHAPITRE IX PRAIRIES ET PATURAGES

Qu'appellez-vous prairie ?

On appelle prairie un terrain occupé par des plantes fourragères destinées à être converties en foin.

Combien distingue-t-on d'espèces de prairies ?

Deux espèces: les prairies naturelles et les prairies artificielles.

Qu'appellez-vous prairie. no*urelle ?

C’est une prairie dont l’engazonnement, produit par semis ou par végétation spontanée, est permanent et se perpétue de lui-même.

Qu'appellez-vous prairie artificielle ?

C’est une prairie dont l’engazonnement provient du semis de certaines graines particulières et doit être renouvelé au bout de quelques années, pour faire place à d’autres cultures. '

Quels sont les terrains les plus propres à la formation des prairies ?

On peut former des prairies dans tous les terrains, même les moins fertiles ; mais le soi qui convient le mieux est une terre de consistance moyenne, bien assainie et possédant un certain dégré d'humidité, ce qui est

une condition essentielle à la bonne croissance de l'herbe.

Ÿ a-t-il des terrains qui conviennent d'une manière particulière aux prairies naturelles ?

Oui. Ce sont 1° les terrains dont la surface est en pente trop rapide pour permettre une culture avantageuse ; 2° les bas-fonds, dans le voisinage des rivières, exposés à des inondations qui détruiraient les autres cultures ; © les sols bas et humides où les autres cultures ne réussiraient pas ; 4° certains terrains qui, à raison de leur composition et de leur fraîcheur naturelle, sont particulièrement aptes à la production du foin et moins à la culture des céréales.

Quelles sont les principales plantes qui enirent dans la composition des prairies artificielles ?

Ce sont le mil ou fléole des prés, l’ivraie vivace, le paturin commun, le paturin des prés, le vulpin des prés, la fétuque des prés, le fromental ou avoine élevée, l’avoine jaunâtre, le dactyle pelotonné et l’agrostis commune, parmi les graminées ; le trèfle rouge, le trèfle hybride, le trèfle blanc, la luzerne, Ja minette, le sainfoin et l’anthillide ou trèfle jaune des sables, parmi les légumineuses.

Dans notre province, les prairies renferment-elles toutes ces plantes ?

Non; on ne les compose généralement que de mil et de trèfle. Les autres plantes ne sont malheureusement cultivées que par les agriculteurs les plus avancés.

Le mil exige-t-il un terrain de qualité particulière ?

Non, il vient dans tous les terrains, secs ou humides, pauvres ou riches ; mais il produit naturellement plus dans les bonnes terres, profondément ameublies et

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Quels sont les avantages du mil comme fourrage ?

C'est le plus nutritif de tous les fourrages. C’est aussi le plus facile à cultiver, vu qu’il se contente de tous les sols comme de tous les climats, et qu'à raison de la rapidité avec laquelle il sèche sur le-champ, après la fauchaison, il est de beaucoup le fourrage le plus facile à récolter en bonnes conditions.

Qu'est-ce que l’ivraie vivace ?

L’ivraie vivace, ou ray-grass d'Angleterre, est une plante qui donne un foin de qualité médiocre, mais qui constitue un pâturage excellent, durant jusqu’à six ou huit ans, et repousse avec une grande facilité sous la dent des bestiaux. On la sème dans une céréale, à raison d’une trentaine de livres à l’arpent, et les engrais liquides lui vont à merveille. En Angieterre, on regarde l’ivraie vivace comme l’une des herbes les plus importantes et les plus précieuses.

Qu'est-ce que le paturin commun ?

C’est une plante vivace, à la racine fibreuse, qui préfère les terrains frais et fleurit en juillet. Cette herbe est recherchée par tous les bestiaux—chevaux, bêtes à cornes, moutons—et en mélange avec d’autres espèces, elle produit en abondance de l'herbe et du foin dont les qualités nutritives sont remarquables.

Qu'est-ce que le paturin des prés ?

Ce paturin, le Kentucky blue grass des Américains, est une plante vivace, dont la tige atteint jusqu’à un pied de hauteur et fournit un foin fin et délicat. Dans les

prairies, il lui faut une couple d’années pour 8e développer complètement. La plupart des terrains lui conviennent, mais c’est dans les terres grasses et humides qu’il réussit le mieux.

Qu'est-ce que le vulpin des prés ?

Cette plante, qui ressemble beaucoup au mil, est précoce, donne une herbe et un foin de bonne qualité, très recherchée des animaux, principalement des chevaux et des moutons. Elle aime les sols frais et humides, un peu argileux, sans être forts. Elle peut donrer deux

bonnes coupes, quand la première est récoltée de bonne heure, se fane très bien et son foin conserve une très

bonne odeur. En Angleterre et aux Etats-Unis, on estime que le vulpin des prés est une des meilleures herbes pour le pâturage et les prairies permanentes.

Qu'est-ce que la fétuque des prés ?

C’est une des meilleures plantes fourragères, dont la tige atteint de deux à quatre et même cinq pieds de longueur. Elle aime un terrain gras et frais, mais pas trop humide et donne en abondance de longues feuilles que les animaux broutent avec le plus grand plaisir; dans les prairies, elle produit un très bon foin, facile à sècher, qui se conserve trés bien et ne perd que la moitié de son poids par la dessiccation. Elle croît lentement et n’est en plein rapport qu’à la troisième année, ce qui la range dans la catégorie des herbes pour les prairies ou les pâturages permanents,

Qu'est-ce que le fromental ou avoine élevée?

C’est une des plus fortes graminées qui croissent dans les prairies. Sa tige atteint jusqu’à quatre pieds et demi de hauteur dans une bonne culture. Cette plante vient dans presque tous les terrains, mais elle préfère

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les sols frais et substantiels et souffre dans ceux qui sont humides, ou exposés à la submersion. Elle réussit bien dans les coteaux qui ne sont pas trop chauds. Le fromental produit un fourrage très abondant, ne perdant que la moitié de son poids par la dessiccation et mangé avidemment p: 7 les animaux, quand il est coupé avant la maturité de la plante. Celle-ci croît lentement, ce qui en fait une herbe pour les pâturages et les prairies de longue durée.

Qu'est-ce que l’avoine jaun itre ?

C’est une plante vivace, de moyenne force, qui donne un foin fin, recherché par les moutons et les bêtes bovines. Elle pousse en toutifes, aime les prés secs et substantiels, situés sur des pentes peu inclinées, où l’eau ne peut pas séjourner. Elle vient bien dans les sols calcaires d’une bonne fertilité, où la fétuque, le vulpin et le mil ne réussissent pas. Dans les pâturages, le bétail la recherche à toutes les époques de sa croissance.

Qu'est-ce qu2 le dactyle pelotonné ?

C’est une plante forte et vigoureuse, qui donne une herbe abondante et fcurnit un gros rendement en foin: Elle est vivace et atteint de trois à cinq pieds de hauteur. Ses feuilles inférieures ont souvent deux pieds de longueur. Elle vient dans tous les terrains, mais préfère ceux qui sont frais, substantiels et ombragés. Elle pousie avec rapidité et peut donner une couple’ de récoltes de foin par été. Comme sa tige et ses feuilles deviennent ua peu dures en se développant, il faut la couper souvent ou la faire raser dans les pâturages, où elle fournit alors au bétail un aliment des mieux goûtés et des plus nutritifs. Broutée ou fauchée en vert, elle se renouvelle très promptement, ce qui lui donne place dans tous les bons pâturages permanents,

190 TRAITÉ D'AGRICULTURE Qu'est-ce que l’agrostis commune ?

L’agrostis commune, le red-top des Américains, est une plante vivace qui donne ses meilleurs rendements dans les sols frais et un peu sableux. Aux Etats-Unis, on la cultive souvent dans des terres marécageuses, où les autres herbes ne pousseraient pas. Dans les meilleures conditions, cette‘ plante n’atteint guère plus de deux pieds de hauteur et, en conséquence, elle convient moins à la prairie qu’au pâturage. Elle ne se développe complètement qu’à la troisième année, entre de bonne heure en végétation, au printemps, et doit être broutée ras terre, sans quoi elle durcit et fournit une herbe moins appétissante.

Distingue-t-on plusieurs espèces de trèfle ?

On en distingue cinq espèces principales : le trèfle rouge, le trèfle incarnai, le trèfle hybride ou Allsyke, le trèfle blanc et le trèfle jaune.

Quels sont les traits caractéristiques de chacune de ces espèces ?

Le trèfle rouge a la feuille large et une fleur rouge pourpre. Sa végétation est très rapide et il est le plus productif de tous les trèfles. Les terrains qui lui conviennent le mieux sont les sols glaiseux, mais riches en chaux, les terres un peu sableuses, mais grasses, riches et profondes, puis les sols argileux et argilo-calcaires. Il ne réussit pas dans les sols calcaires purs ou dans le sable, non plus que dans les terres aigres et les défrichements de forêts trop récents. Ilest fort rustique, ne craint pas le froid et n’est endommagé par la gelée que lorsqu'il survient des dégels qui le déchaussent,

Le trèfle incar at, d’une croissance très rapide, réussit dans les terres sèches, sableuses et produit beaucoup de fourrage vert, mais peu de fourrage sec, qui est de qualité inférieure. Ce trèfle se plaît sur les terrains calcaires perméables.

Le trèfle hybride, ou Allsyke, participe des qualités du trèfle rouge et de l’incarnat et constitue, aux yeux de beaucoup de praticiens, la variété la plus facile à cultiver, vu qu’il s’accommode de presque tours les sols ; c’est aussi un de ceux qui donnent le plus fort rendement, sans compter qu’il est vivace et reste productif plusieurs années.

Le trèfle blanc, qui est vivace et croît spontanemen“ dans les terrains proprices, se reconnaît à ses tiges rampantes, qui donnent aux prés l'apparence d’une terre couverte d’une légère couche de neige. Il se plaît surtout dans les sables et les limons humides. C'est avant tout un trèfle de pâturage, vu qu’il ne vient pas assez long pour être fauché avantageusement.

Le trèfle jaune se reconnaît par ses jets étendus, ses très petites feuilles et ses fleurs jaunes. Il pousse spontanément et n’est pas cultivé, vu qu’il ne vient pas assez long pour être fauché et qu’il ne donne qu’une herbe peu recherchée par le bétail, excepté les moutons.

Qu'est-ce que la luzerne ?

C’est une plante fourragère, vivace, à racine pivotante, qui produit beaucoup de petits rejetons, semblables à ceux du trèfle, avec une petite fleur bleue, et donne un fourrage supérieur au trèfle pour nourrir les vaches, parce qu’il augmente la quantité du lait, de même qu’il améliore la qualité et le goût du. beurre,

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Quels sont les climats et les sols qui conviennent d la luzerne ?

La luzerne aime la chaleur, redoute les hivers rigoureux et surtout les gelées tardives. Il lui faut un sol riche, bien ameubli, bien égoutté et trés profond—avec un sous-80l calcaire et perméable. Elle craint les argiles compactes et surtout les terres qui n’ont pas de profondeur, le pivot de sa racine s’enfonçant tout droit, tant qu’il n’est pas arrété par une couche dure, jusqu’à plusieurs pieds de profondeur.

Comment doit être préparée la terre destinée à la luzerne ?

Il faut lui donner un labour très profond, l’ameublir parfaitement, la nettoyer de toutesles mauvaises herbes et l’engraisser parfaitement.

Comment sème-t-on la luzerne ?

Absolument comme le trèfle et dans une céréale, de préférence dans l'orge, si l’on veut avoir une belle luzernière. Il est prudent de la semer aussi de bonne heure que possible au printemps, afin que la plante ait le temps de se développer assez pour ne pas être endommagée par les grandes chaleurs.

Quelle est la quantité du semis ?

De vingt à vingt-quatre livres de graine de luzerne à larpent.

Quels sont les soins d'entretien à donner à la luzerne ?

La première année, aussitôt après la récolte de la céréale avec laquelle la luzerne a été semée, on fait pâturer la jeune luzerne par les moutons; puis on lui applique un plâtrage, pour activer sa végétation et la fortifier contre les froids de l'hiver. On peut ensuite

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TRAITÉ D'AGRIOULTURE 198

lui donner un demi-plâtrage tous les deux ans, au printemps, ou même tous les ans, si le sol est tout-à-fait dépourvu de calcaire. La cendre et les engrais liquides de toutes sortes son’ aussi d'excellents moyens de faire produire la luzerne abondamment. Il est encore très avantageux de donner alternativement à la luzernière une légère couche de fumier consommé.

Quels sont les autres soins d'entretien ?

Pour empêcher la luzerne d’être envahie par les mauvaises herbes, on lui donne, au printemps, la deuxième année, un léger hersage. Plus tard, quand elle est bien enracinée, on lui donne avec le scarificateur ou une grosse herse, deux hersages énergiques chaque année, l’un an printemps, avant qu’elle entre en végétation, et l’autre ‘u commencement de l’automne, après la dernière coupe du fourrage.

Quand faut-il faucher la luzerne ?

Au moment où elle commence à fleurir. Plus tôt, elle serait xqueuse, moins nourrissante et se fanerait moins facilement ; plus tard, elle serait ligneuse, dure et peu recherchée par le bétail.

Quelle est la durée d’une luzernière ?

Cela dépend de la richesse et de la profondeur du sol ainsi que des soins d’entretien qu’on lui donne ; mais la durée utile ne dépasse guère une douzaine d’années, dans les circonstances les plus favorables, et souvent il n’y a pas d’avantage à la conserver plus de quatre à cinq ans.

Quel rendement donne la luzernière ?

Dans notre province, la luzerne bien cultivée peut

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194 TRAITÉ D'AGRICOULTURE

donner trois récoltes par anaée, ou de quutre à huit tonnes à l’arpent. Coupée en vert, elle fournit assez de fourrage pour nourrir trois ou quatre vaches à l’arpent. Par la dessiccation, elle peut perdre jusqu’à 75% de son poids, c’est-à-dire que 100 livres de luzerne verte ne donnent que 26 livres de foin sec.

Qu'est-ce que le sainfoin ?

C’est une belle plante vivace, avec feuillage aïlé, panaches de fleurs d’un violet clair, racines profondement pivotantes et qui donne un excellent fourrage.

Quels sont le climat et le sol qui conviennent au sainfoin ?

Le sainfoin ne redoute ni la chaleur ni la sécheresse : c’est le fourrage par excellence des pays secs, des terrains pauvres et calcaires. Il lui faut avant tout un sol calcaire, avec sous-sol sec, et en général il ne réussit pas dans les terres où le trèfle vient bien. Il prospère dans les terres légères, sableuses et graveleuses, quand elles sont profondes et sèches.

Comment sème-t-on le sainfoin ?

Comme le trèfle, sauf que la graine étant plus grosse, elle a besoin d’être mieux enterrée et surtout d’être roulée. (On sème de deux à trois minots à l’arpent.

Quels soins exige le sainfoin ?

Des plâtrages, des cendrages et des fumures, comme le trèfle.

Quelle est la durée d’une prairie de sainfoin ?

Généralement de huit à dix ans.

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Quel est le rendement du sainfoin ?

De trois à quatre et même cinq tonnes à l’arpent, dans les terres les plus proprices. Il est aussi nutritif que le trèfle et plus que la luzerne.

Quand fauche-t-on le sainfoin ?

Dès qu'il est en pleine fleuraison. Comme il se dessèche très vite, il ne faut pas le laisser longtemps sur le champ, après la fauchaison, sans quoi il perd une grande partie de son volume et de ses propriétés nutritives. Il faut l’engranger assoz frais pour qu’il chauffe un peu, ce qui est le seul moyen de le conserver dans toute sa bonté.

Qu'est-ce que la lupuline ?

La lupuline, ou minette dorée, est une plante bisanuuelle à tiges couchées, qui croit spontanément dans les ierrains légers, calcaires ou siliceux, et se développe jarfaitement dans les terres sèches, où le trèfle ne réussit pas.

Quel fourrage donne la lupuline ?

Un fourrage peu abondant, quand on le convertit en foin, mais de bonne qualité et qui devient plus productif lorsqu'on le fait pâturer, parce quil repousse sans cesse sous la dent du bétail. Il forme surtout un excellent pâturage pour les moutons.

Quelle culture exige la lupuline ?

La même que le trèfle rouge.

Quel climat et quels sols conviennent à la lupuline ?

Cette plante aime un climat tempéré, vu que l’excès

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de ch:'eur lui est préjudiciable. Quant au sol, elle se développe partout ; mais ce qui fait son mérite, c’est qu'elle donne des produits passables dans les sables arides, où la luzerne reste chétive, et sur les sols calcaires, trop pauvres pour nourrir convenablement le ‘sainfoin.

Quelles sont les principales plantes qui s'emploient comme fourrage vert ?

Ce sont les vesces, les lentilles, les gesses et les jargeaux ?

Qu'est-ce que la vesce ?

C’est une plante légumineuse—c'est-à-dire ayant une cosse comme les pois—moins importante que le trèfle, mais qui remplace avantageusement ce dernier, quand il ne réussit pas, et doune un excellent fourrage, principalement quand il est consommé en vert.

Quel sol et quelle culture conviennent à la vesce ?

La vesce demande un sol assez consistant et ne réussit pas dans un terrain léger, sableux et sec. Un labour suivi d’un hersage, pour l’enterrer, est toute la culture qu’elle exige. On sèmeune couple de minots à l’arpent et l’on mêle à cette semence environ un cinquième d'avoine, de seigle ou d’orge, afin que les tiges de cette céréale servent de support à la vesce, qui se développe mieux et donne un fourrage de meilleure qualité.

Quand faut-il couper la vesce ?

Dès qu’elle est en fleurs, quand on veut la faire consommer et vert, et dès que les cosses sont formées, quand on veut la convertir en foin ou fourrage sec.

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Quels avantages présente la culture de la vesce ?

Sa culture est des plus faciles et comme toutes les légumineuses, elle puise une grande partie de sa rourriture dans l’air, en sorte qu’elle n’épuise pas la terre. C’est aussi une plante étouffante, qui a la propriété de détruire toutes les mauvaises herbes. Elle donne un fourrage nourissant, recherché des bestiaux et produit environ une tonne de fourrage sec à l’arpent.

Qu'’avez-vous à dire des lentilles, des gesses et des jargeaux ?

Ce sont des légumineuses, à peu près semblables à la vesce, qui exigent à peu près le même sol, la même culture et donnent un fourrage de même nature.

Quel est le meilleur moyen de conserver la vesce, la lentille et la gesse comme fourrage d'hiver ?

C’est l’ensilage, qui conserve à ces fourrages toutes leurs propriétés nutritives, la souplesse de leurs tiges et leur bon goût. A l’école d'agriculture de Ste-Anne, on

a pratiqué avec le plus grand succès l’ensilage de la lentille.

Le blé d'Inde n'est-il pas préférable pour l’ensilage ?

Oui, parce qu’il produit beaucoup plus de fourrage. Mais le blé d'Inde demande une terte riche, bien engraissée, une culture soignée, relativement coûteuse et surtout un climat chaud et sec, au lieu nue la lentille et la vesce, dont la culture est des plus simples, réussissent dans tous les sols, excepté le sable, et dans les climats humides et peu chauds, ce qui fait qu’elles sont un excellent substitut pour le blé d'Inde, dans les parties de la province où celui-ci ne pourrait pas être avantageusement cultivé.

Peut-on faire double récolte de la lentille et de la vesce ?

Oui: comme ces plantes repoussent avec vigueur quand on les coupe avant leur maturité, en semant de bonne heure, au printemps, on peut faire une première récolte au commencement de l'été, pour la consommation en vert, et avoir à l'automne une seconde récolte pour l’ensilage.

Qu'est-ce que la spergule ?

La spergule, ou herbe à beurre, est une plante de la famille des œillets, qui fournit un excellent fourrage, surtout pour les vaches à lait. Elle se plaît dans les climats humides et les terres fraîches, sableuses ou sabloargileuses. Elle pousse et mûrit très vite, de sorte qu’on peut la semer jusqu’au milieu de l’été. Elle donne un fourrage abondant et d'excellente qualité.

Connaissez vous d’autres plantes qui peuvent entrer dans la composition des prairies et des pâturages ?

Il y en a plusieurs, qui pourraient rendre des services considérables à notre agriculture, si les cultivateurs voulaient se donner le trouble de les utiliser.

Dans notre pro ince, emplote-t-on toutes ces plantes pour la composition des prairies ?

Nori : on n’emploie généralement que le mil et le trèfle, et un peu la lentille et la vesce. Un petit nombre de cultivateurs avancés commencent aussi à avoir des luzernières.

Serait-il avantageux de cultiver le sainfoin et la lupuline ?

Oui, assurément, dans les terrains secs, sablonneux et trop calcaires, où il est impossible de faire venir le mil, le trèfle et la luzerne.

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Quelle préparation exige le sol pour être mis en prairie ?

Le sol destiné à la prairie doit être profondément ameubli, aussaini, bien égoutté, nettoyé de toutes les mauvaises herbes, épierré et aplani, afin de faciliter l’emploi de la faux et de la faucheuse. C’est à ces conditions qu’on peut uhtenir une bonne prairie et facile à cultiver.

Comment sème-t-on la graine de foin ?

Sur le sol nu, dans une céréale ou sur une récolte déjà levée, selon les circonstances et l’époque de l’ensemencement.

Quand sème-t:on sur le sol nu ?

Quand on a lieu d'appréhender ur été sec, qui nuirait à la végétation, ou quand on est autrement empéché de semer le foin au printemps, on sème la graine de foin après l’enlèvement d’une récolte hâtive et sur le sol nu, dans la dernière quinzaine d’août, afin que les plantes aient le temps de développer leurs racines avant l'hiver.

Comment se fait ce semis ?

On fait un léger labour, suivi d’un hersage, pour. émietter parfaitement la terre, on dépose la semence,

que l’on recouvre par un très léger hersage, puis on roule,

Comment se fait le semis avec céréale ?

On sème la graine de foin sur le hersage du grain, puis on l’enterre au moyen d’un roulage.

Est il une autre manière de semer la graine de foin avec une céréale ?

Oui: quand on sème du grain d’automne dans un

terrain destiné à la prairie, on attend au printemps suivant pour semer la graine de foin, quand la céréale est déjà levée, et alors on se contente d’enterrer la graine de foin par un roulage.

Est-il plus avantageux de semer la graine de foin avec une céréale ?

Oui. généralement, parce que les tiges de la céréales servent d’abri aux jeunes plantes de foin, les protègent contre la sécheresse et leur ménagent ainsi l’humidite dont elles ont besoin pour se bien développer.

Y a-t-il quelques précautions à observer en semant le grain qui accompagne la graine de foin ?

Oui, il faut semer le grain plus clair qu’à l’ordinaire, sans quoi il pousserait trop fort et paralyserait en partie le développement des plantes de foin, en les soustrayant

à l'influence de l'air, Quel soin faut-il apporter au choix de la semence ?

Le plus grand soin. Il faut d’abord s'assurer que la graine est nette, c’est-à-dire exempte de graines de mauvaises herbes, qui gâteraient la prairie. Il faut ensuite s’assurer que la graine de foin est bonne, c’est-à-dire propre à la germination.

Quelle est le meilleur moyen de s'assurer que la graine est bonne ?

Le meilleur moyen de s'assurer de la qualité de la graine de foin, comme de celle de toutes les sortes de graines, est d’en faire germer dans une soucoupe, entre deux linges mouillés, qu’on place dans un endroit où la température est douce, près de la cheminée, sur le poëie, etc. On compte les graines qui lèvent et celles qui ne lèvent pas et l’on juge ainsi Ge la qualité.

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Quelle quantité de graine faut-il mettre à l’arpent ?

Cela dépend de la nature de la semence et de plusieurs autres circonstances.

Quelle quantité faut-il des différentes graines ?

Dans les circonstances les plus favorables et quand on ne sème qu’une seule espèce de graine de foin sur un champ, il faut semer les quantités suivantes, par arpent : mil, 30 livres ; trèfle rouge, 10 livres ; trèfle blanc, 8 livres. Quand le sol est pauvre ou mal préparé, il faut une plus grande quantité de semence.

Dans quelle proportion mélange-t-on la graine quand on sème du mil avec du trèfle rouge ?

On met généralement deux livres de mil pour une de trèfle. Quand une prairie doit être transformée en pà-

turage, il est bon d’ajounter du trêfle blanc et alors on peut faire le mélange suivant: 8 ou 9livres de mil, 4 de trèfle rouge et 2 de trèfle blanc.

Qu'arrive-t-il quand on sème trop clair ?

Outre qu’on perd un peu de terrain et qu’on donne aux mauvaises herbes une chance de croître, le foin vient gros et long, mais donne un fourrage moins bon, parce qu’il est trop coriace.

Quel avantage y a-t-il à semer dru ?

Les tiges viennent un peu moins longues, mais elles sont plus nombreuses, ce qui compense la perte de longueur. Elles scnt aussi plus fines, plus aqueuses et donnent un fourrage beaucoup plus tendre et plus recherché par le bétail, :

202 TRAITÉ D'AGRIQULTURE

Quels sont les principaux soins d'entretien qu’il faut donner aux prairies ?

Ce sont le nettoyage. l’assainissement, le roulage et l’engrais,

En quoi consiste le nettoyage ?

A enlever, tous les printemps, les pierres, les buttes et autres choses susceptibles de nuire à la faux ou à la faucheuse, les mousses et les mauvaises herbes, qui nuisent à la croissance du foin.

Comment enlève-t-on la mousse ?

Par le hersage ou en épandant sur la prairie de la cendre ou de la chaux, qui détruisent la mousse en méme temps qu’elles constituent d’excellents engrais pour le mil et le trèfle.

À quoi sert le roulage ?

Il arrive souvent que la gelée soulève la terre et déchausse ainsi la racine de l’herbe. En roulant la prairie, on chausse l’herbe, c’est-à-dire qu’on rentre dans la terre sa racine, qui n’est plus exposée à être détruite par la chaleur. Cette opération aplanit aussi la terre» qui se prête bien mieux aux travaux de la récolte,

En quoi consiste l'assainissement ?

A nettoyer chaque automne les raies, les rigoles et les fossés, pour assurer l’égouttement parfait de la prairie.

Ces travaux sont-ils bien nésessaires ?

Ils sont d’une nécessité absolue, attendu que l’eau est le pire ennemi des prairies. En été, quand elle est stagnante ou en trop grande quantité dans le sol, elle

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fait pourrir la racine de l’herbe ; quand elle reste dans la terre à l'automne, elle donne prise à la gelée, qui détruit encore la racine de l’herbe durant l’hiver.

Est-il avantageux de mettre de l'engrais sur les prairies ?

Oui, incontestablement, puisque l’engrais augmente sensiblement le rendement des prairies, même de celles qui sont déjà productives.

Quels sont les engrais qui conviennent le mieux aux prairies ?

Ce sont les engrais liquides, notamment le purin, et les engrais pulvérulents, tels que les composts, le terreau, le plâtre, la marne, la chaux et surtout la cendre de bois, qui prcduit des effets merveilleux. On peut employer les engrais pulvérulents à l’automne; mais il est préférable de n’employer les liquides qu’au printemps, quand l’herbe entre en végétation.

Peut-on employer le fumier d’étable ?

Oui ; maïs sans compter qu’il n’est pas aussi avantageux que les autres engrais, il a souvent l'inconvénient de renfermer des graines de mauvaises herbes qui salissent les prairies, ou des pailles et autres matières en putréfaction, qui salissent le foin et lui donnent un mauvais goût.

Le pâturage est-il un moyen d'améliorer les prairies ?

Oui, pourvu qu’il se fasse dans des conditions conveuables.

Quelles sont ces conditions ?

D'abord, il ne faut pas faire pâturer après la récolte eten automne, une prairie qui a été ensemencée le printemps

ni la faucher, quand même le trèfle serait très beau. En rasant ainsi une prairie neuve, on exposerait trop à la gelée les racines de l’herbe, qui ne sont pas encore assez fortes pour résister. Ensuite, on peut faire pâturer une prairie d’un an, ce qui a pour effet de faire pousser l'herbe plus dru et de rendre l’engazonnement plus dense ; mais il faut prendre garde que les animaux ne brisent le gazon avec leurs sabots, ce qui détruirait une partie de l’herbe, Pour cela, on ne met sur la prairie que des animaux légers, ou qui ne marchent pas beaucoup, tels que les moutons et les vaches, et encore on ne les met que lorsque la terre est sèche, dure, ayant bien soin de les retirer quand la pluie vient amollir le sol.

Est-il avantageux pour le sol d’être mis en prairie?

Oui, c’est le moyen le plus efficace de lui conserver sa fertilité ou de le reposer, et si tant de bonnes terres s’épuisent, c’est parce qu’on ne les transforme pas assez en prairie pour les reposer.

Est-ce que la culture du foin n'épuise pas la terre comme les autres cultures ?

Non: le foin, surtout le trèfle, prend presque toute sa nourriture dans l’atmosphère et enlève moins au sol qu'il ne lui donne par sa racine, qui est un excellent engrais.

Comment forme-t-on les pâturages artificiels ?

De deux manières: par semis, comme la prairie, ou bien en transformant en pâturage une prairie sur laquelle on a pris deux ou trois récoltes de foin.

Qu’appelez-vous pâturages naturels ?

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Cesont des terrains dont il serzit difficile ou impossi-

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ble de tirer autrement parti et qu’on met en pâturage perpétuel, à défaut d’autre culture, tels que les terrains rocheux, trop montueux, ou encore les terrains bas, exposés à des inondations.

Quelles sont les herbes qu’il faut faire entrer dans la composition d'un pâturage ?

Cela varie beaucoup; mais les meilleurs praticiens conseillent pour la semence d’un arpent, le mélange suivant : trèfle blanc, 6 livres; trèfle Allsyke, 1 livre; trèfle Rodden, 4 livres ; mil, 2 livres; ivraie vivace

ou d'Italie, 1 livre ; Kentucky blue grass, 1 livre; Orchard grass, 1 livre.

Quelle doit être la base de tout bon pâturage ? Le trèfle blanc.

Pourquoi mélange-t-on ces différentes graines ?

Il arrive souvent que certaines herbes poussent où d’autres ne viendraient pas; en mélangeant ainsi les graines, on est sûr que si une ne réussit pas, une autre poussera et que le sol sera ainsi tout engazonné. La diversité des herbes a aussi pour effet de flatter davan. tage le goût des animaux et de rendre la dépaissance plus complète.

N'est-il pas vrai que beaucoup de cultivateurs metient des terrains en pâturages sans y semer de graine d'herbe ?

Oui; mais c’est une pratique désastreuse. Outre que ces pâturages sur chaume de grain sont toujours pauvres et qu’il en faut beaucoup plus grand pour entretenir le même nombre d'animaux, ce qui est une perte de terrain, faute d’être recouverte par le gazon, la terre est brûlée par le soleil, tassée par les pluies et bientôt envahie par les mauvaises herbes,

206 TRAITÉ D'AGRICULTURE Quels soins d'entretien faut-il donner aux pâturages ? Les mêmes qu'aux prairies.

N'y a-t-il pas aussi quelques soins particuliers ?

Oui: il faut d'abord, une couple de fois par mois, épandre les crotins et les bouses, pour que le päturage soit également fertile, bon partout et qu’il ne se forme

pas de ces touffes d’herbes trop fortement fumées, aux

quelles le bétail ne touche pas. Il faut aussi faucher les mauvaises herbes et les talles de bonne herbe qui, en poussant en foin, deviennent dures et sont négligées par le bétail. Enfin, dès qu’on aperçoit des espaces vides, où l’herbe s’est détériorée, il faut de suite en semer d'autre.

Quelle étendue de pâturage faut-il pour chaque animal ?

Cela dépend naturellement de la qualité du pâturage, de l'espèce et de la taille des animaux. En général, on calcule qu’il faut environ un arpent et demi pourentretenir une vache, trois arpents pour nourrir un cheval ou un gros bœuf, et un arpent pour huit ou dix moutons.

A quelle époque faut-il livrer le pâturane au bétail ?

Il faut attendre, au printemps, que la terre soit assez sèche et assez raffermie pour qu’elle ne soit pas piétinée par les animaux, surtout dans un nouveau pâturage. Il faut aussi attendre que l’herbe soit assez poussée pour que la dépaissance n’en arrête pas la croissance ; mais i: ne faut pas attendre que la végétation soit trop avancée, car l’herbe est moins nutritive et comme elle est plus coriace, elle n'est pas recherchée par le bétail.

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Quel est le meilleur mode de dépaissance ?

C'est de diviser le pâturage en deux ou trois clos. Pendant que les animaux paissent dans l’un, l'herbe croît dans l’autre, de sorte que le bétail a toujours une herbe plus longue à brouter, se repaît plus promptement et a plus de temps pour se reposer et ruminer à l'aise.

Quand on sépare les différentes espèces d'animaux, dans quel ordre faut-il leur livrer le pâturage ?

Il faut d’abord introduire les vaches, ensuite les chevaux et en dernier lieu les moutons.

Est-il bon de donner de l’ombrage aux animaux en pâturage ?

Oui: quand un pâturage ne renferme pas d’arbres où les animaux puissent se mettre à l’abri de l’ardeur du soleil, qui les fatigue toujours, il est très recommannable de leur procurer des abris artificiels, où ils puissent trouvar ce confort. Il suffit pour cela de jeter des branches ou des planches sur des perches supportées par de longs pieux.

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