‹ Traité d'agriculture pratique [microforme]Chapitre 99 sur 120 · ASSOLEMENTS · texte numérisé non relu

ASSOLEMENTS

E toutes les opérations agricoles, est celle qui exige de la part du cultivateur l'attention la plus sérieuse et la pins soutenue, les calculs les mieux

J) raisonnés et la connaissance la plus ap-

profondie des ressources et des difficultés de son art et de sa position locule.

En vain il laboure, ensemence, amende, engraisse, fertilise et dispose ses champs par tous les moyens qui sont en son pouvoir, à produire d’abondantes récoltes; ses succès

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ou éphémères, si un assolement conforme aux vrais principes et approprié surtout aux localités ne fait la base de son exploitation rurale.

Avouons que l’agriculture du pays ne peut ètre élevée au degré d'amélioration dont elle est susceptible que par le perfectionnement des assolements et des procédés de culture.

Nous allons donc soumettre ici l'exposé et les développements successifs de ceux de ces principes, ou règles générales qui m'ont paru les plus propres à diriger les cultivateurs du pays: dans leur exploitation rurale, !

La première chose à faire avant d'établir un assolement régulier, c'est de consulter :

1°, La nature du terrain qu’on a à cultiver.

2°, L'influence du climat sous lequel il se trouve placé.

30, La nature des yégétaux croissant spontanément ou par introduction, qui états ÿ prospérer d'avantage.

42, Les ressources et les besoins locaux ; $ les habitudes et les usages ; la facilité ou 1& difficulté des débouchés ; ses propres besoins.

5°, Les avantages ou les inconvéniens que:

présentent une nombreuse ou une rare population, dans la pénurie ou dans l’aisance ; et levoisinage ou l'éloignement des ateliers, fabri-ques, manufactures, ports de mer, qui pourraient les occuper, ou employer.

Principes des Assolements,

1°, Pour déterminer le retour périodique:

plus ou moins fréquent des mâmes végétaux.

sur le même champ, le cultivateur doit prendre: en considération la nature plus ou moins épui--

gante de chaque végétal, d'après son organisation et sa végétation particulières, ainsi que d'après le mode de culture auquel il peut être soumis.

2°, Lorsque l’on croit devoir admettre dans un agssolement des cultures qui, d'une part, exigent des engrais abondants, et qui de l'autre fournissent des produits qui ne sont pas restitués en grande partie au sol sous une nouvelle forme d'engrais, il est prudent de ne pas rendre leurs retours fréquents, et de les intercaler avec d’autres cultures moins exigeantes et plus restituantes.

‘8°, Après avoir employé tous les moyens que l’art fournit pour mettre la terre dans un état convenable de netteté, d’ameublissement et de fertilisation par l'emploi judicieux des —Jlabours, des hersages, des roulages, des sarciages, des houages, des binages et des buttages, du fauchage en vert, de la consummation sur place, des amendements et des engrais, il faut s'attacher constamment à la maintenir rigoureusement dans cet état prospère et d’amélioration, s’il est possible, par l’effet du choix des cultures intercalaires, de manière que chaque récolte prépare le succès des récoltes futures, et que ce succès soit toujours assuré, sauf les intempéries des saisons.

49, Il est généralement avantageux de reculer le plus possible le retour des mêmes végétaux sur le même champ, ainsi que celui des espèces, soit du même genre, soit de genres appartenant à la troisième famille naturelle: ce retour doit être d'autant plus différé pour chaque végétal, que son semblable ou son

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5°, Il est avantageux d'intercaler des végétaux à racines profondes, pivotantes et tuberculeuses, avec celles des plantes dont les racines sont superficielles, traçante s et fibreuses

6°, Il est également avantageux d’intercaler, autant que leg circonstances le permettent, les récoltes spécialement destinées à la nourriture des hommes, avec celles qui sont particulièrement affectées à l'entretien des animaux domestiques.

7°. La terre cultivée, de quelque nature qu'elle soit, doit rester nue le moins longtemps possible.

rence, pour couvrir les terres siliceuses, pierreuses et arides les cultures, les plus propres à les ombrager fortement et à les resserrer de manière à prévenir ou au moins à diminuer l'évaporation et l’infiltration de l’eau et des autres principes utiles à la végétation.

9°, Il doit au contraire préférer pour les terres argileuses, compactes et aquatiques, les cultures les plus propres à les diviser et à les dessécher, en les privant par le choix des végétaux et par une judicieuse application des opérations aratoires, de l'excès d'humidité et de ténacité qui les distinguent.

100, Dans le choix des assolements les plus convenables au sol, au climat, et à toutes les circonstances locales dans lesquelles Le cultivateur se trouve, il doit surtout s'attacher à

dabours et des engrais.

Le développement et S.P.

8°, Le cultivateur doit admettre de préfé-

rendre nécessaire le moins possible l'emploi des:

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l'application de ces principes se trouveront à C l’article succession de culture ci-après, auquel rabl je réfère le cultivateur industrieux après qu'il L, aura profondément médité les principes ci-des-. cult sus énencés. RO CHAULAGE DES GRAINS, La:

E chaulage est une opération que j'enga: char

ge les cultivateurs canadiens à pratiquer opér:

pour détruire la carie et le charbon, deux incal

jey maladies des grains assez communes dans temp

le pays.

11 y a trois manières de chauler le blé,

La lre consiste à laver à grande eau le blé destiné à être chaulé, ensuite à le mêler tout mouillé avec une petite, mais suffisante quantité de chaux vive réduite en poudre : après avoir continuellement remué le tas pendant une demi heure, on l’éparpille, pour donner moyen à la chaux qui n'aura pas été atteinte par l’eau attachée au blé, de s'éteindre.

La 2e consiste à délayer de la chaux vive dans une suffisante quantité d’eau pour qu'elle devienne en consistance de bouillie claire, d'y tremper le blé préalablement mis dans des paniers à claire voie, et de l’y laisser, après l'avoir remué une ou deux fois avec un baton, pendant un temps plus ou moins long et proportionné à la force de la chanx.

La 3e manière tient le milieu entre les deux précédentes; c'est-à-dire qu’on mêle la poudre de chaux vive avec le grain sur une surface mince, et qu'on verse dessus, en le remuant sans cssse, autant d’eau qu’il est nécessaire pour éteindre la chaux et la réduire en bouillie,

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Cette dernière manière me paraît être préférable. |

Le chaulage intéresse si puissamment les.

cultivateurs que j'ose croire qu’ils l’adopteront,. non-seulement pour le froment, mais encore pour les autres grains, comme l'orge, le seigle et l’avoine qui sont fréquemment infestés du charbon : le trouble et la dépense de cette opération sont peu de chose et l'avantage est incalculable, puisque la chaux agit en même temps mécaniquement et chimiquement.

DEFRICHEMENTS.

E mot s'étend dans ce pays-ci, de la conversion d’une terre en bois de bout en une terre labourabie ; ainsi abattre une forêt; mettre en valeur des landes. des bruyères, des moissons et ies convertir:

en terres labourables, c’est défricher.

Bois debout.

Les défrichements des terres en bois debout ont été faits bien inconsidérement dans ce pays, par les premiers colons; ils n’ont pas laissé un seul arbre, un bosquet pour respirer: le frais et abriter leurs animaux ; leurs descendants ont suivi ce mauvais example et sont réduits de nos jours à aller chercher à cinq à six lieues et même plus, les bois nécessaires à leur exploitation ; dans peu, sans doute, la. législature les forcera à faire des plantations dans les parties incultes de leurs terres que: leurs pères ont si inconsidérément dégarnies de leur unique production.

Puissent leurs descendants être plus prudents dans l'ouverture ou le défrichement des terres ;

‘et laisser ça et là quelques arbres le long des routes et une bonne lisière de bois dans la profondeur de leurs terres pour subvenir à leurs besoins.

Les Américains nos voisins nous donnent l'exemple d’un défrichement plus judicieux que celui de nos devanciers ; ils commencent par couper les broussailles et crouter les gros arbres en enlevant une partie de leur écorce. Ils les laissent sécher sur pied, sèment à l’entour de ieurs troncs et se procurent dès la première année des moyens de subsistance que nos ancêtres n’obtenaient qu'au bout de plusieurs années.

Suivez cette manière d'ouvrir les terres, jeunes Canadiens, et vous n’aurez pas autant de répugnance à vous y livrer, quand vous serez certains que des la première année, la terre fournira à vos plus pressants besoins, sans vous extenuer; laissez croitre les plus beaux arbres le long des routes et des lignes, de distance en distance; ne les coupez point dans les sols pierreux et stériles, vous les trouverez bien par la suite; n’en débarassez pas le bord des rivières, ils les préservent des déboulis, aue la crue des eaux occasionne; n’en dégarnissez pas les côteaux ils abrient les plaines ; laissez en épars par-ci par là dans vos champs, ils détournent la foudre de vos demeures; ne vous pressez pas d’abattre ces productions majes- tueuses et utiles à moins que vous ne soyez assurés d'être amplement édommagés des sueurs que vous répandrez dans cette pénible et longue entreprise.

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employez ces arbres que vous avez croutés à vous faire des demeures pour vous et vos animaux. Îls seront incorruptibles, en raison de leur aôutement.

Bruyeres,

Si ie sortne vous donne à cultiver que des terres de bruyère, de perdez pas courage; car si elles vous dounent peu de profit, elles n’exigent point un travail pénible. La terre est une bonne mère, qui nourrit ses enfants, pour peu qu’ils soient laborieux.

Les terres de bruyère consistent dans un mélange de sable et de débris de végétaux; on les regarde ordinairement comme stériles, quoiqu'il soit possible d'en tirer parti; elles sont rares dans le Bas-Canada. (Commé etles ne produisent que des broussailles, leur défrichèment est assez facile, ainsi que leur culture.

On arrache les plus grosses touffes de bruyère, de genets, de joncs, et autres plantes, à la pioche ; on en fait des composts, mêlés avec de la cendre des gazons et les plantes qu’on tire du fond de l’eau, que l’on trouve ordinairement dans les bas fonds ; aussitôt que l’on a défriché une certaine étendue de terrain, on y sème de l'avoine, parce qu’elle vient bien dans tous les défrichements ; l’année suivante on fait un nouveau défrichement, dans lequel on sème de l'avoine, et dans le premier défrichement des fèves, des pois, des choux, des patates, et autres lègumes ; la troisième année on pourra semer, sur le premier terrain défriché, du blé ; la quatrième du sarrasin et des naveaux; la.

cinqième du trefle ; la sixième du blé ; ainsi des ‘autres années.

La terre de bruyère est très propre et recher- -Chée pour certaines plantes et arbustes.

Landes,

On entend en général par landes, une étendue de pays où la terre est denuée d'arbres et -que l’on suppose stérile ; cependant avec de la persévérance et quelques faibles travaux on parvient à en tirer partie, comme des bruyères, -en se conformant à ce qui est indiqué à cet article, anquel je renvoie le cultivateur qui a le malheur d’étre obligé d'y vivre.

Marais.

On comprend sous cette dénomination de vastes terrains couverts d'eaux, qui n’ont aucun ou peu d'écoulement et qui ne disparaissent naturellement que par l'évaporation ou l'infiltration.

Un marais abondonné à lui-même est un dangereux voisin à tout être vivant lorsqu'il s’assèche; mais il peut par l’industrie humaine devenir un lieu charmant, former de belles prairies et alimenter hommes et bétes, en sui. vant les directions données à l’article Bruyères -æt Dessèchement.

Dessechements.

L'eau est indispensable à la végétation, mais -sa trop grande quantité est nuisible et fait même périr une grand nombre de plantes; il a faut donc utiliser judicieusement.

Il y a des terrains qui ont une surabondance d’eau dont il fant les débarasser au moyen du -dessèchement ; il y a de grands et de petits

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dessèchements ; je ne parlerai que des derniers qui concerneut chaque cultivateur en particulier et qu’il est de son intérêt de faire.

Dans les terrains très en pente les dessèchements se font facilement par le moyen de fossés tantôt parallèles, tantôt perpendiculaires à la pente, qu’on laisse ouverts, ou qu’on couvre de longues pierres, ou qu’en remplit de pierres ou de fagots d’épines et sur lesquels on jette la terre qu’on a tirée de ces fossés.

Dans les terrains peu en pente on pratique des trous profonds pour contenir les eaux ; on perce l'argile ou le lit de pierres qui les supportent et elles s'écoulent.

Dans les champs cultivés on fait des sillons avec la charrue, et dans les prairies, des rigoles qui conduisent les eaux dans lies fossés de ligne.

Un bon cultivateur ne doit point leisser séjourner les eaux sur ses terres, et encore moins les y laisser croupir; il doit après chaque abat de pluie, sortir avec sa pioche, visiter ses champs et accélérer l'écoulement des eaux, en faisant des rigoles.

Friches.

On appelle friche des terrains : qui ne sont point cultivés, qui ne produisent qu’une herbe chètive et quelques broussailles de peu de vadeur ; on donne encore ce nom aux terres qu'on laisse reposer, et sur lesquelles on met paccager des animaux.

Ces terres laissées en friche sont malheureusement trop communes en Canada, et diminuent beaucoup trop les produits agricoles du

pays.

venablement, pourrait cependant produire plus de nourriture aux animaux que vingt arpents dans cet état; ilesttemps, Canadiens, que vous ouvriez les yeux sur cette pernicieuse pratique, fondée sur une erreur grossière, que la terre « besoin de repos et qui est rejetée partout.

Si ces terrains sont labourables, mettez-les en bu s'ils ne le sont point, plantez-les en

ois.

Je n’entrerai puint dans le détail des moyens d'utiliser ces friches, attendu que ce serait répéter ce qui se trouve aux. mots LANDES, Bruy- ËRES, et MARAIS.

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