CHAPITRE XXVIl
ATX.\L1S ORGANIQUES.
On a donné le nom à' alcaloïmétrie aux divers moyens qn’on ajn’oposés pour doser les alcalis organiques contenus dans certains végétaux ; mais la plupart des procédés employés jusqu’ici pour le dosage de ces substances appartiennent à la méthode ordinaire. Ils sont, du reste, longs et d’ une application difficile. La détermination des alcalis organiques par les volumes n’a été tentée que pour la nicotine, la morphine, la quinine et la cinchonine.
ARTICLE PREMIER. — Nicotine.
La nicotine, si remarquable par ses caractères chimiques et par son action sur l’économie animale, existe en proportion assez considérable dans le tabac. Son dosage offre un grand intérêt, au point de vue de la fabrication de ce produit.
Nous devons à M. Schlœsing un procédé ingénieux , à l’aide duquel on peut doser la nicotine dans les tabacs. 11 consiste à la séparer par l’ammoniaque, à la dissoudre dans l’éther et à en déterminer la proportion au moyen d’une liqueur titrée d’acide sulfurique, après avoir chassé l’excès d’ammoniaque.
Pour faire cette analyse, on réduit le tabac en poudre, on en pèse 10 grammes pour le dosage de la nicotine et 10 autres grammes que l’on fait sécher dans une étuve pour avoir la proportion d’eau.
La nicotine est déplacée par l’ammoniaque, puis elle est dissoute, à l’aide de l’éther, dans un appareil à distillation continue (fig. 107), composé d’un petit ballon tubulé», où s’opère l’ébullition de l’éther ; au col de ce ballon est adapté
alcalis OIlGAiMOUliS.
mi tube qui traverse un manchou eu verre c , clans lequel on fait circuler de ])as eu liant an courant d’eau froide. Les
vapeurs éthérées qui s’échappent du ballon par le tube b se condensent dans le tube qui contient le tabac et dont l’extrémité inférieure porte dans le môme ballon la liqueur chargée de nicotine.
On introduit dans le tube d les 10 grammes de tabac par petites portions , en ayant le soin d’ajouter à chacune d’elles une
Fig. 167
goutte d’ammoniacpie, et l’on verse dans le ballon l’éther nécessaire pour épuiser le tabac. Cela étant fait, on procède à la distillation de l’éther. L’éimisement n’est complet qu’au bout de 3 ou h heures et, pour s’en assurer, on recueille c|uelques gouttes de l’éther qui s’écoule du tube, on les fait évaporer et on reconnaît, en chauffant le résidu, qu’il ne répand pas l’ocleur de la nicotine.
Lorsque l’épuisement est terminé , on retire le tube à tabac , on le remplace par un petit récipient et l’on ferme la tubulure du ballon. Puis on fait bouillir l’éther afin de se débarrasser du gaz ammoniac dissous, et on arrête la distillation lorsque les vapeurs éthérées ne renferment ni nicotine, ni ammoniaque. Il importe, dans cette opération, d’éviter une élévation' de température, afin qu’il n’y ait pas de perte de nicotine.
NICOTINE
Dès qu’on a chassé le gaz ammoniac, on décante la liqueur éthérée dans une petite capsule, on lave le ballon de l’éther, ’ que l’on verse également dans la capsule, et on laisse éva^ porer à l’air libre.
D’après les expériences de M. Schlœsing, 10 grammes de tabac fournissent de 2 à 8 décigrammes de nicotine , que l’on peut doser avec une solution normale d’acide sulfurique de manière à obtenir une approximation de 500 d’acide sulfurique réel neutralisant 2025 de nicotine, ce rapport devra être pris pour base dans la préparation de cette liqueur titrée.
Lorsqu’on fait bouillir la solution titrée de nicotine pour expulser l’ammoniaque, on observe qu’il se sépare clans la liqueur des flocons bruns qui forment une substance molle, résineuse et possédant l’odeur de nicotine. Il importe, en neutralisant la solution par l’acide titré, de diviser cette matière dans la liqueur môme, afin quelle ne retienne pas de nicotine libre.
M. Schlœsing a examiné la question de savoir si la nicotine préexiste dans le tabac ou si elle se produit pendant sa préparation sous l’influence de la potasse ; suivant ce chimiste, cette dernière supposition doit être rejetée. En effet, la soude, la chaux , l’ammoniaque, la baryte, la magnésie elle-même peuvent déplacer la nicotine. Sous l’influence des carbonates et des bicarbonates alcalins, dans une dissolution bouillante de tabac , il se dégage des vapeurs de nicotine. Quand on fait bouillir de l’éther ou de l’alcool sur du tabac et qu’on ajoute à la dissolution filtrée de l’acide oxalique, on obtient un précipité d’oxalate de nicotine. La dissolution alcoolique précipite par le bichlorure de mercure et donne naissance à un sel doul)le de mercure et de nicotine. Enfin, la dissolution aqueuse de tabac étant concentrée répand l’odeur caractéristique de la nicotine.