DE TOUS LES POISONS MINÉRAUX
De tous les poisons minéraux, Tarscnic est le plus dangereux et le loi plus fréquemment employé dans un but criminel. Parmi les composés arsenicaux, c'est à Tacide arsénieux (Farsenic blanc) que l'on donne la triste prélérence, parce que : 1° il donne la mort à petite dose ; â*" il n'a pas de saveur qui puisse le trahir ou tout au plus elle est très-faible, et 3® on peut se le procurer trop facilement.
L'acide arsénieux étant peu soluble dans l'eau, et en outre ne s*y dissolvant que fort lentement à cause de la difficulté avec laquelle il est mouillé, il en résulte qu'en général la plus grande partie de l'arsenic avalé se retrouve tel quel dans le corps; de plus comme les plus petites parcelles de cette substance peuvent se reconnaître promptement et avec certitude au moyen d'une expérience très-simple, et comme on peut affirmer (on pensera tout ce qu'on voudra de l'arsenic normal des os, etc.) que jamais l'acide arsénieux ne se trouve normalement dans l'économie à l'état de ^ains ou de pondre^ il faudra toujours rechercher avec un soin tout particulier Farsenic en substance et cela de la manière suivante.
A. Procédé pour trouver l'acide arsénieux non dissous,
i. Si l'on a des aliments, des matières vomies, etc., à examiner, on ^ mélange le tout, après l'avoir pesé, de manière à en faire un tout homogène et l'on en met un tiers de côté pour les cas imprévus; on agite les deux autres tiers dans une capsule en porcelaine avec de l'eau distillée, on laisse un peu reposer, on décante le liquide dans une autre capsule avec les matières légères en suspension. On recommence ce lavage encore une fois, et si c'est possible avec le même liquide que l'on transvase de la seconde capsule dans la première. Enfin on lave encore une fois avec de Feau pure, on enlève le liquide autant que possible et on examine attentivement si l'on ne voit pas dans le résidu de petits grains blancs, durs, semblables à du sable et craquant sous la pression d'une baguette en verre. Si cela n'est pas, on opère suivant le § «»4 ou le § ti5 ) si au contraire on en trouve, on les enlève tous ou en partie avec une petite pince, on les pose sur du papier à filtre, on les pèse sur un verre de montre et on en soumet un ou plusieurs à la chaleur dans un tube en verre : on en chauffe d'autres au rouge avec un peu de
charbon {voy, g ist, 2 et 11). — Si Ton obtient dans le premier cas un sublimé blanc cristallin, dans le second le miroir brillant et noir d'arsenic, cela démontre, sans laisser le moindre doute, que ces petits grains blancs essayés sont bien de l'acide arsénieux. — Faut-il doser Tarsenic quantitativement, ou chercher d'autres métaux vénéneux? on réunit le contenu des deux capsules et on opère d'après le g tt4ou le
2. Si Ton a entre les mains un estomac, on en verse le contenu dans une capsule en porcelaine, on le retourne, et on cherche : a.) sur les parois des petits grains sablonneux, blancs, durs; d*ordinaire les places oii ils sont attachés sont rougeâtres et souvent ils adhèrent fortement à la membrane interne du viscère : b.) après avoir pesé le contenu de Testomac, l'on le mélange intimement, on en traite les deux tiers comme en 1, et Ton garde le troisième tiers. — Avec les intestins on opère absolument comme avec Testomac. On ne peut pas trouver d'acide arsénieux en grains dans d'autres parties du corps (excepté quelquefois dans l'arrière-bouche et dans la gorge), quand le poison a été introduit par la bouche. — Si Ton a trouvé de semblables grains, on les essaie comme en 1, et si l'on veut chercher d'autres poisons métalliques, on traite d'après le g »»4 ou le g »«5.
B. Procédé pour trouver V arsenic dissous et les autres poisons
métalliques par la dialyse^.
Si en A on n'a pas trouvé d'acide arsénieux en substance, et si d'à- 289 près cela on procède de suite d'après le g tts, en détruisant complètement la matière organique au moyen du chlorate de potasse et de l'acide chlorhydrique, on se met dans l'impossibilité de pouvoir reconnaître, dans la portion de la substance avec laquelle on travaille, à quel était existait l'arsenic que l'on trouve : on obtient tout simplement une dissolution renfermant de l'acide arséniqne, que l'arsenic ait été primitivement à l'état d'acide arsénieux, d'arsenic métallique ou de sulfure d'arsenic. On peut éviter cet inconvénient en intercalant une opération dialytique B entre le traitement A et le traitement G. Le cercle est en bois ou mieux en gutta-percha : it a environ 5 centimètres de hauteur et 22 à 26 centimètres de diamètre.
A cet effet on se sert de l'appareil représenté g 8, fig. 5.
Lorsque le dialyseur est bien préparé, on y verse la matière à essayer (résidu et liquide du g »»S, A), après avoir ajouté préalablement, au cas échéant, les deux tiers de l'estomac, du canal intestinal, etc., cou-
* YqLt g 8.
392 2« PARTIE. — CHAP. II. — ANALYSES PARTICULIÈRES. [§25î
pés en petits morceaux et qu'on y avait laissés digérer pendant vingtquatre heures à une température d'environ 52^ : le tout doit faire une couche d'au plus 2 centimètres dans le dialyseur, qu'on laisse flotter sur l'eau contenue dans le plus grand vase et dont la quantité doit être environ quatre fois celle du liquide à dialyser. Au bout de vingt-quatre heures la moitié ou les trois quarts des substances cristalloldes sont passées dans l'eau extérieure, qui reste ordinairement incolore. On la concentre par évaporation au bain-marie, on acidulé avec de Tacide chlorhydrique, on traite par l'acide sulfhydrique, et en somme on opère d'après le n^ (291). S'il y avait dans l'eau un composé arsenical solubie (ou tout autre sel métallique dissous), on obtiendrait le sulfure correspondant, presque complètement pur. En faisant flotter le dialyseur avec ce qu'il contient sur de nouvelles eaux, on finit par enlever à la matière toutes les substances cristalloïdes solubles. — Dans le reste du liquide dialyse concentré par évaporation, on essaie enfin suivant le § 184, 9, si l'arsenic trouvé est à l'état d'acide arsénieuxou d'acide arsénique.
Le contenu du dialyseur épuisé par l'eau pourra en général fort bien servir à rechercher de suite suivant le g tt5, les combinaisons métalliques insolubles dans l'eau : dans beaucoup de cas il pourra être plus commode de le chauffer d'abord avec de l'acide chlorhydrique étendu et de le soumettre de nouveau à la dialyse, surtout pour bien établir le degré d'oxydation ou la nature de la combinaison des composés d'arsenic ou d'autres métaux insolubles dans l'eau.
Si entre le traitement de la matière soumise aux recherches suivant le § its et le § tts on ne veut pas intercaler l'essai par la dialyse (qui naturellement rend l'analyse plus longue), on peut, dans le cas oii l'on a trouvé un poison minéral, soumettre à la dialyse le tiers de la substance qu'on avait mis de côté, afin de bien s'assurer du degré d'oxydation et de la forme de la combinaison du métal.
C. Procédé pour trouver V arsenic, soiis quelque forme qu'il soit^ pour en déterminer le poids et en même temps reconnaître la présence ou r absence des autres poisons métalliques* .
Si par l'opération A ou par la dialyse on n'a trouvé ni acide arsénieux, ni composé arsenical soIuble, on évapore dans une capsule en
^ Cette méthode, dans ce qu'elle a d'essentiel, a été étudiée et publiée en 1844 par Frésénius en collaboration avec L. de Bobo (Ann. d. Chemie u. Phann. ÎLIV, p. 308). Depuis Frésénius l'a fréquemment appliquée lui-môme ou l'a fait employer sous ses yeux : elle a toujours donné les meilleurs résultats.
porcelaine au bain-marie et à consistance de bouillie la masse étendue d*eau par les lavages : on y ajoute, au cas où on ne l'aurait pas déjà fait pour la dialyse, les deux tiers de l'estomac, du canal intestinal, etc.» coupés en petits morceaux.
Si Ton avait encore à examiner d'autres parties du corps (les poumons, le foie, etc.), on les couperait également en petits morceaux et on en prendrait environ les deux tiers.
Le procédé comprend les opérations suivantes ^ :