‹ Traité d'analyse chimique quantitativeChapitre 278 sur 304 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SÉPARATION DBS CORPS»

§ IKi.

Dans le chapitre lY nous avons indiqué les moyens à employer pour doser les bases et les acides, lorsque la combinaison ne renferme qu'un seul acide ou une seule base. C'était la préparation nécessaire à la solution du problème dont nous allons nous occuper maintenant, la séparation des corps, c'est-àdire le dosage des bases et des acides dans les composés complexes renfermant plusieurs bases ou plusieurs acides.

On peut arriver à ce but par trois moyens différents, savoir : a. par analyie directe, — b. par analyse indirecte^ — c. par différence. Par analyse diredty nous entendons celle dans laquelle on sépare réellement les bases ou les acides les uns des autres. Ainsi nous séparons la potasse de la soude parle chlorure de platine, — le cuivre de l'étain par l'acide azotique, — l'arsenic du fer par l'acide sulfhydrique, — l'iode du chlore par l'azotate de protoxyde de palladium, — l'acide phosphorique de l'acide sulfurique par la baryte, — le charbon du salpêtre par l'eau, etc. Dans tous ces cas on donne à l'un des corps une forme insoluble dans les circonstances où l'autre entre dans un composé soluble ou est lui-même soluble ; — parfois aussi l'un des corps peut être volatilisé, tandis que l'autre reste fixe, ou enfin on peut opérer une séparation analogue par tout autre moyen convenable. Ce procédé est le plus fréquemment employé, et quand on a le choix il faut lui donner la préférence.

On appelle au contraire analyse indirecte celle dans laquelle on ne fait pas de séparation réelle, mais on fait entrer les corps dans des combinaisons telles et dans des circonstances telles que l'on peut d'un produit obtenu conclure, par le calcul, les bases ou les acides qui se trouvent ensemble dans un même composé. ^ Ainsi dans une combinaison contenant de la potasse et de la soude on peut doser ces deux bases en les transformant ensemble en sulfates, que l'on pèse et dans lesquels on mesure la quantité d'acide sulfurique (§15*. 3.). — Enfin on fait un dosage par différence quand on pèse deux corps ensemble, puisqu'en déterminant le poids de l'un on conclut, en retranchant celui-ci du poids total, le poids de l'autre corps. Ainsi on dose l'alumine et le peroxyde de fer ensemble en prenant

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le poids total, on mesure par les liqueurs titrées le poids de peroxyde de fer et Ton conclut le poids d'alumine par différence. L'analyse indirecte et le dosage par différence sont certainement d'un fréquent usage ; mais ils n'offrent réellement d'avantage que lorsqu'on ne peut pas faire d'analyse directe. On ne peut pas indiquer tous les cas particuliers où l'analyse directe sera préférable ; aussi, dans ce qui suit, je me suis borné à faire connaître les circonstai^cesoù son emploi est le plus fréquent. — Quant aux calculs à faire dans les analyses indirectes, je les ai expliqués d'une manière générale sous le titre de « Calcul des analyses » dans la seconde section de la première partie ; du reste, quand cela m'a paru nécessaire, j'ai donné à ce sujet ce qu'il y avait d'important en même temps que j'indiquais la méthode.

En rédigeant ce chapitre j'ai eu deux buts en vue : d'abord fournir un guide certain dans le travail pratique, ensuite donner une connaissance aussi générale et aussi claire que possible des questions traitées. — J'ai donc conservé la subdivision des corps en groupes adoptée dans l'analyse quantitative; en suivant, autant que c'était possible, la marche systématique, j'ai indiqué d'abord la séparation des corps formant un groupe de ceux qui en composent un autre, puis la séparation de chaque corps de tous ceux ou de quelques-uns de ceux qui entrent tians les groupes précédents, et enfin la séparation des corps de tout un groupe : j'ai cru que ce moyen était le plus certain d'obtenir le résultat cherché. — On comprend du reste que les méthodes qui permettent de séparer tous les corps d'un groupe de ceux d'un autre, sont applicables aussi à la séparation d'un corps appartenant à un groupe d'avec un seul corps ou plusieurs qui font partie d'un autre groupe. Il n'est pas lion plus nécessaire de dire que l'application des méthodes spéciales sera toujours préférable à l'emploi des procédés généraux, parce que dans les premières on tient compte des circonstances particulières dans lesquelles on peut se trouver placé. Quant à ce qui est des méthodes générales de séparation des corps d'un groupe de ceux d'un autre, j'ai indiqué celles qui me semblent les plus convenables. Toutefois je ne veux pas dire par là que dans certains cas particuliers on n'en pourrait pas imaginer d'autres meilleures, plus rationnelles et qui résoudraient plus facilement la question : il y a là un vaste champ livré à la perspicacité du chimiste. Pour les bases comme pour les acides nous supposons toujours au point de départ qu'on les a à l'état libre ou sous la forme d'un sel soluble dans l'eau : dans les cas où cela ne serait pas, nous avons eu soin d'en faire la mention spéciale.

Parmi la multitude des méthodes indiquées pour des séparations générales ou particulières, nous avons toujours choisi, autant toutefois que cel^ était possible, celles que l'expérience avait ratifiées et qui se recommandaient par la plus grande exactitude dans les résultats. — Si par hasard il s'en trouve deux qui sont également bonnes sous ce double point de vue, ou bien je les indique toutes deux ou je donne la préférence à la plus siiîiple. — Je n'ai pas hésité à laisser de côté des procédés qui, d'abord recommandés, ont été plus tard l'objet de critiques méritées ou bien que mes propres expériences m'ont démontré ne pouvoir être conservés dans la science. — Autant que j'ai pu, je me suis efforcé de caractériser nettement les cas où plusieurs

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méthodes étant en présence il fallait donner la préférence à Tune ou à Tautre.

Quand Texactitude du procédé de séparation ressort de ce que nous avons dit dans le chapitre lY, nous n'avons pas cru devoir en parler davantage; mais quand les paragraphes des chapitres précédents méritent une attention particulière, nous les rappelons entre parenthèses.

Comme le développement actuel de la chimie amène presque chaque jour de nouvelles méthodes d'analyses, que l'on préfère souvent avec raison mais parfois aussi à tort aux procédés anciens, l'époque actuelle, sous ce point de vue comme sous beaucoup d'autres, doit être regardée comme une période de transition dans laquelle le présent lutte avec le passé. Je fais cette observation pour qu'on comprenne l'impossibilité où l'on est parfois de pouvoir toujours ajouter à la description d'une méthode les raisons réelles qui la font préférer et pour lesquelles elle est plus exacte ; et aussi pour qu'on n'oublie pas que dans ces conditions il ne faut pas perdre de vue l'ensemble général de la question. C'est dans ce but que j'ai coordonné les méthodes de séparation d'après des principes fondamentaux scientiOques, bien convaincu que par là cette étude sera considérablement facilitée et qu'elle pourra en outre conduire soit à appliquer les principes connus à d'autres corps, soit à chercher de nouveaux procédés là où l'on n'a tiré des anciens que des méthodes défectueuses. — Pour ne pas négliger le point de vue pratique, qui exige que Ton puisse trouver facilement et rapidement toutes les méthodes qui se rapportent à la séparation de deux corps, j'ai fait précéder chaque paragraphe d'un petit tableau qui, je crois, remplira le but. Enfîn pour faciUter les recherches j'ai placé en marge des numéros d'ordre comme dans l'analyse qualitative : c'est à ces numéros que se rapportent les nombres des tableaux synoptiques qui se trouvent en tête de chaque chapitre et les nombres qui dans le texte sont entre parenthèses, sans être précédés du signe (§) des paragraphes.

Je termine cette introduction par cette observation importante : On ne doit regarder une séparation comme bien faite, que lorsqu'on s'est assuré que les substances pesées sont pures et exemptes de celles dont on devait les séparer.

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