ANALYSES QUANTITATIVES
Si Ton veut indiquer avec quelque exactitude une méthode analytique générale, il faut que les corps auxquels elle s'appliquera forment un ensemble bien limité et caractérisé par certaines propriétés générales, car, pour tracer un chemin, il faut connaître les points par où il doit passer. D'après ce principe, je suppose donc, dans Tindication des opérations analytiques générales que je vais donner, qu'il ne sera question que de la séparation et de la détermination du poids des métaux et de leurs combinaisons avec les métalloïdes, des acides et de leurs composés salins du régne inorganique. Pour les autres combinaisons, on ne peut les soumettre à une méthode générale : il faut le plus souvent transformer leurs éléments d'abord en acides ou en bases avant de les séparer ou de les peser : ainsi c'est ce qu'il faut faire avec le sulfure de phosphore, le chlorure de soufre, Je chlorure d'iode, le sulfure d'azote, etc.
11 est bien entendu que Ton connaît parfaitement les propriétés des substances à analyser et la nature de leurs éléments. D'après ces données, on verra s'il est nécessaire de doser directement toutes les parties constituantes, s'il faudra faire les opérations sur une seule et même quantité de la substance, ou s'il sera plus commode pour doser chaque élément de traiter des portions différentes du corps à étudier. Si l'on a, par exemple, du chlorure de sodium et du sulfate de soude, et qu'il s'agisse de trouver dans quelle proportion ils sont mélangés, il est évidemment superflu de doser directement chacun de.s deux composés : on voit de suite qu'il suffit de connaître la quantité de chlorure ou celle de sulfate; et de plus on comprend que si l'on dose le chlore et l'acide sulfurique, cela sera un contrôle pour l'exactitude de l'analyse : car en calculant les poids du sodium et de soude correspondants, le poids total devra représenter le poids du mélange sur lequel on aura opéré. .
Mais on pourrait faire l'analyse sur un seul et même poids de la substance, en précipitant d'abord l'acide sulfurique avec de l'azotate de baryte, puis l'acide chlorhydrique dans le liquide filtré avec de l'azotate d'argent ; ou bien on pourrait pour ces deux dosages prendre chaque fois un poids nouveau du mélange. — Si l'on a une quantité suffisante de la substance, si celle-ci est parfaitement homogène, cette dernière manière d'opérer est évidemment la plus commode et celle qui donne le plus d'exactitude ; parce que, par le premier procédé, il faut pour les séparations faire tant de lavages qu'on finit par avoir des quantités tellement considérables de liquides que l'analyse en devient plus difficile, et que les chances de perte sont beaucoup augmentées.
Avant de commencer une analyse, surtout si le travail est important et
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difficile, il faut prendre des notes exactes sur tout ce que Ton fait, diaprés un plan bien qonçu. Il est très-imprudent de s'en rapporter à sa mémoire. Ceux qui pensent pouvoir agir ainsi ne tardent pas, presque toujours, à reconnaître que, Iorsqu*une analyse n'est terminée que huit ou quinze jours après qu'on Ta commencée, ils ont oublié beaucoup de ce qu'il leur importerait maintenant le plus de connaître. La marche que Ton suit dans une analyse Chimique doit être toujours rationnelle et scienlifique ; elle doit reposer sur la connaissance claire et précise de tous les phénomènes chimiques. Celui qui travaille sans plan arrêté et réfléchi ne peut pas dire qu'il fait de la science : faire, sans s'en rendre compte, une série de filtralions, d'évaporations, de calcinations et de pesées, quelques soins qu'on puisse y mettre', ce n'est pas faire de la chimie.
Nous allons maintenant décrire les différentes opérations que l'on a toujours, ou au moins le plus souvent, à pratiquer dans une analyse proprement dite.