Acide pecttqne, pectose, pectine. — La
pectine sera séparée par l'eau, et dosée dans la dissolution ; la raaliËre végétale lavée, ne contenant plus que la pectose et l'acide pectique, rentrera dans le cas précédent. L'extraction de la pectine peut entraîner celle d'une certaine portion d'acide pectique ; par e:i,en)ple, le jus de poire mûre contient, outre la pectine, de l'acide dissous it la faveur des malates. En pareil cas, on fera bien de traiter la dissolution p;ir un sel calcaire neutre, qui précipitera l'acide sans agir sur la pectine.
Dans la plupart des recherches d'analyse immédiate, il n'est pas indispensable de déterminer l'état des corps gélatineux : ils ont évidemment une origine commune; leur détermination en bloc, sous forme d'acide pectique, est suffisante. L'analyse est alors simplifiée. La substance est traitée tout d'abord par l'alcool alcalinisé, qui convertit la pectine et la pectose en acide pectique, qu'il reste h déterminer.
Nous avons dit que les substances végétales doivent être broyées : c'est une condition à remplir avant toute opération d'analyse, dans la plupart des cas. Hais elle peut embarrasser assez souvent, notamment quand la substance est gonflée de sucs, comme une feuille verte, un fruil. La trituration de libres humides est presque impossible; d'ailleurs les sucs frais exposés à l'air s'altÈrent rapidement. Il fau( donc commencer par éliminei l'eau. Or, la dessiccation è i'étuve n'est pas sans inconvénient, sous le rapport de l'altération des principes immédiats-, ainsi, si l'on veut étudier la maturation des fruits, fera-t-on sécher des tranches de pomme ou de poire dans une étuve, sans avoir h craindre de transformation dans les corps gélatineux. Pour nous, l'emploi de l'alcool c«mn;e agent de dessiccation et de conservation, a résolu la dilliculté. Quand nous avons à faire l'analyse immédiate
d'une matière végétale verte, après l'avoir pesée, et découpée au besoin, nous l'immergeons dans l'alcool. Celui-ci dissout certains principes qu'il faudra y rechercher : ce n'est pas un inconvénient, c'est au contraire un commencement d'analyse. Le résidu de la macération, imbibé d'alcool, peut être ensuite séché rapidement et broyé, sans danger d'altération. C'est ainsi que nous procédons au début de l'analyse du tabac vert, de la betterave, des fruits.
255. — Sucre. — La feuille du tabac vert ne contient qu'une très-petite proportion de sucre; on en trouve davantage dans la moelle de la tige. Pour l'extraire, il convient d'épuiser par l'alcool à 36°; le liquide évaporé laisse un résidu composé de nitrates, chlorures, résines vertes, malate, acide, nicotine, sucre, on le reprend par l'eau, on filtre, et dans la liqueur filtrée on détermine le sucre par la liqueur de Neubauer (*). Pendant la fermentation lente que le tabac éprouve dans les magasins de la culture, le sucre disparaît, et les feuilles livrées aux manufactures n'en contiennent plus.
256. — Amidon. — Ce principe existe dans le tabac comme dans la plupart des végétaux, mais en petite quantité. Dans des circonstances spéciales, la proportion peut devenir considérable : c'est quand on diminue, par des moyens artificiels, l'absorption des bases minérales par les racines, par exemple quand on enferme la plante dans une atmosphère confinée, alimentée d'acide carbonique. L'évaporation naturelle est alors en partie suspendue ; il en. résulte que l'absorption par les racines est moins énergique, et que les bases minérales dont la plante a besoin pour constituer ses acides organiques ne lui arrivent plus en quantité suffisante. Cependant l'assimilation de l'acide
(■) Voir sa préparation à Tanalyse des betteraves.
carbonique continue, et la matière hydrocarbonée qui en provient s'accumule dans les feuilles, sous forme d'ami* don, comme dans un magasin où elle attend un emploi. Dans des expériences de ce genre, Th. Schlœsinga obtenu des feuilles contenant jusqu'à 20 p. 100 d'amidon. Cette production anormale est due évidemment à un dérangement d'équilibre dans les fonctions naturelles. Il est probable qu'elle a lieu souvent, sans qu'on s'en doute, dans les plantes cultivées sous châssis.
La détermination de l'amidon demande d'autant plus de soin que sa. proportion est moindre. On le sépare, comme on sait, en le transformant en un principe soluble, le sucre, par l'action de la chaleur et d'un acide étendu : la substance organique, enfermée dans un flacon bouché est chauffée à 108"* dans un bain d'eau salée, avec de l'acide sulfurique étendu de 50 parties d'eau. Dans ces conditions, la transformation totale s'accomplit en deux heures. Le sucre est ensuite déterminé avec la liqueur de Neubauer. C'est une analysé indirecte, dans laquelle un principe est dosé par une réaction proportionnelle : en pareil cas, l'analyste ne peut compter sur les résultats obtenus qu'à l^r condition d'être assuré de l'absence de tout autre principe offrant la même réaction. Or, le sucre partage avec quelques autres substances, notamment avec les acides solubles dérivés des corps gélatineux, la propriété de réduire la liqueur cupro-potassique. Il est essentiel d'éliminer toute substance de ce genre. Nous conseillons, à cet effet, de placer le dosage de l'amidon après celui des corps gélatineux, exécuté, bien entendu, d'après les instructions précédentes : la matière organique, objet de l'analyse, a bouilli avec de l'alcool alcalinisé, puis a été traitée par l'alcool chargé d'acide chlorhydrique, puis encore a digéré à la température de SO"", avec une dissolution étendue d'oxalate d'ammoniaque, qui a dissout
Tacide pectique. C'est (Jans le résidu de ces traitements que nous déterminons l'amidon en recourant à sa transformation en sucre. Il n'y a pas à craindre que la cellulose subisse une modifiq^tion semblable pour peu qu'elle soit agrégée : la cellulose des très-jeunes organes, en quelque sorte naissante, doit seule inspirer des inquiétudes en pareil cas.
257. — Cellulose. — La détermination de ce principe dans le tabac ne présente rien de particulier. Après avoir éliminé, par les dissolvants neutres, acides et alcalins, le plus possible de matières, et avoir obtenu ce que' les Allemands ont appelé la cellulose brute, on fait digérer b résidu avec le réactif de Schweizer, dans un mortier, sous une cloche, en ayant soin de renouveler les surfaces en contact par des broyages fréquents. On lave avec du réactif, puis on précipite la cellulose par l'acide acétique. Le précipité est recueilli sur un filtre taré, lavé, séché et pesé. (Voir Analyse des fourrages,)
258. — Principes solùbles dans l'éther. — Ce sont les résines, cires, huiles, graisses, essences. On les dose ensemble, parce qu'on ne sait pas les séparer. Malgré son imperfection, ce dosage simultané rend de grands services, en pratique, pour la détermination de la valeur nutritive des fourrages. Mais il est clair qu'il ne peut suffire, en analyse immédiate, et que celle-ci présente à cet égard une lacune regrettable.
Dans le tabac, et probablement dans d'autres substances végétales, ces divers corps ne sont pas extraits en totalité par l'éther, si prolongé que soit l'épuisement; et quand on fait succéder l'alcool à ce dissolvant, on en obtient encore une quantité très-notable, s'élevant souvent au quart de leur poids total. Il est évident qu'une portion des résines, graisses, etc., était, lors du traitement par l'éther, soit à l'état de combinaison insoluble dans ce
liquide, soit mtimement mélangée avec des corps insolubles qui l'ont protégée. Nous signalons ce fait uniquement pour mettre en garde les chimistes -qui accorderaient trop de confiance à l'efficacité de Tépuisement pratiqué en vue d'extraire la totalité des matières solubles dans ce liquide.
La quantité d'essence extraite du tabac par l'éther est absolument négligeable. Il faut distiller au moins 100 kilos de feuilles pour obtenir, après un grand nombre de rectifications successives, quelques gouttes d'une essence peu volatile et très-persistante. Sa composition, ses propriétés n'ont pas été examinées.
259. — Matières azotées. — Il n'y a pas à songer à séparer les unes des autres des substances dont les chimistes savent à peine distinguer les propriétés. Le meilleur mode de détermination consiste à doser l'azote total de la substance, et à en défalquer celui qui appartient aux nitrates, à l'ammoniaque, aux bases organiques, et autres principes définis; le reste appartient aux matières azotées proprement dites, lesquelles renferment en moyenne 16 p. 100 d'azote : on multiplie donc son poids par -^ ou 6j25 pour avoir le poids de ces matières.
260. — Analyse immédiate du tabac. — Nou^ considérons seulement le tabac tel qu'il arrive dans les manufactures. Il faut d'abord Téchanlillonner. Une centaine de feuilles sont prises au hasard dans le tas, mises à Tétuve à 40* et broyées grossièrement. Dans le mélange de débris, on prend 100 grammes que l'on réduit en poudre fine; c'est l'échantillon d'où l'on tirera les différents lots nécessaires aux opérations analytiques.
261. — Humidité. — 5 à 10 grammes sont desséchés à i00% pendant deux ou trois heures, dans l'étuve de Gay- Lussac : la perte de poids donne ce qu'on appelle l'humidité; mais l'expression n'est pas juste. Dans le tabac.
comme dans la plupart des substances végétales, il y a de l'eau hygroscopique, de l'eau retenue par des sels déliquescents, de l'eau combinée. On ne dessécherait pas complètement, à 100*', une dissolution de chlorure de calcium, on ne déshydraterait pas non plus de l'oxalatede chaux : de même, on ne peut éliminer à cette température toute l'eau retenue par les sels déliquescents de nicotine, par les malate et citrate de potasse, ni F eau engagée dans les combinaisons salines qui abondent dans le tabac; aussi quand on porte à 110"^ seulement du tabac qui ne perd plus rien à 100% lui erilève-t-on encore plusieurs centièmes de son poids.
L'incertitude dans la détermination de l'eau s'oppose au contrôle final de toute analyse qui consiste à comparer au poids de la matière, la somme des poids de tous les principes isolés. On a toujours, heureusement, la ressource de faire une semblable vérification sur le carbone. La composition élémentaire de chaque principe étant connue, celle de la matière l'étant aussi, il est clair que, si l'on a tout dosé, la somme du poids de carbone des divers principes doit égaler le poids du carbone de la matière.
262. — Ordre des analysés. — 10 grammes de tabac sont consacrés au dosage de la nicotine; on les épuisera ensuite par l'alcool ; les deux extraits des dissolutions éthérée et alcoolique donnent la totalité des corps solubles dans l'éther. Après ces deux épuisements, la matière est extraite de l'appareil à distillation continue, séchée à l'air, et divisée en deux parts égales représentant chacune 5 grammes de tabac : l'une sert au dosage de l'acide peclique et de l'amidon, l'autre à celui de la cellulose.
10 autres grammes, épuisés par l'alcool, donnent un extrait qu'on divise en deux parts, servant à la détermination du sucre et de l'acide nitrique ;
10 autres sont employés au dosage des acides oialique, maliqae, citrique;
10 autres, à celui de l'acide acétique.
11 en faut encore 10 pour doser Tammoniaque, soit à froid, par le procédé de Th. Schlœsing, soit par distillation, par le procédé de Boussingautt.
Enfin, Tazote est déterminé, dans 1 gramme de matière par la chaux sodée, ou mieux par la combustion avec l'oxyde de cuivre.