Principe de la méthode. — On a proposé
(«) Ànn. de chim. et de phys,, 5* série, t. V, 1875. Le dosage du tannin présente, par les méthodes employées jusqu'ici, des incertitudes considérables, c'est ce qui m'engage à décrire complètement et, à Texclusion de tout autre, le procédé Mûntz et Ramspacher.
il y a longtemps, de déterminer le tannin contenu dans une dissolution en y plongeant un morceau de peau pesé, qu'on repèse après la fixation du tannin. Quoique séduisante par son apparente simplicité, cette méthode n'est pas applicable, la peau sèche étant une matière extrêmement hygrométrique, qu'il est presque impossible de ramener à un état de dessiccation constant.
Le procédé de dosage basé sur l'emploi d'une dissolution de gélatine ne donne aussi que des résultats peu certains; il est presque généralement abandonné. Mûntz et Ramspacher ont remarqué que la dissolution d'une matière tannante, filtrée par pression ou aspiration à travers un morceau de peau, lui abandonne tout son tannin, tandis que la totalité des autres matières dissoutes traverse le tissu animal.
Cette propriété leur a paru pouvoir être appliquée à la détermination exacte du tannin. En effet, si l'on évapore à sec des quantités égales de la dissolution de la matière tannante et de cette même dissolution débarrassée de tannin par son passage à travers la peau, on obtient deux résidus, dont l'un contient toutes les matières solubles de la substance à analyser, et l'autre les mêmes matières, moins le tannin. En retranchant le poids du second résidu du poids du premier, on a le poids du tannin contenu dans le liquide soumis à Tévaporation.
On peut remplacer cette évaporation par la prise des densités des liquides avant et après la filtration, l'augmentation de densité que donne le tannin à l'eau étant déterminée par des expériences préliminaires.
270. — Description de l'appareil. — L'appareil de * Mûntz et Ramspacher (fig. 34 et 35) se compose d'un socle, d'une couronne et d'un chapeau; ces trois parties sont reliées au moyen de trois petites pinces, P, fixées au socle et destinées à serrer la peau p. Le chapeau a la forme d'un
élrier; il porte une vis, V, terminée par un petit disque de bronze. En abaissant la vis, ce disque vient comprimer le caoutchouc C qui, communiquant la pression qu'on lui
Fig. 34.
Appareil pour le dosage da tannin.
donne au liquide placé en A, le force à traverser la peau. La couronne qui sépare le chapeau du socle porte un petit orifice en forme d'entonnoir, par lequel on introduit le liquide et que Ton bouche au moyen d'un petit bouchon à
vis. Le caoutchouc C est serré entre la base du chapeau et la couronne.
La peau qu'on emploie de préférence est celle qui sort
Pig. 35.
Appareil pour le dosage da tannin (conpe verticale).
du travail de rivière, c'est-k-dire qui, après avoir été dépoilée, a séjourné quelques jours dans Teau courante. Il est indifférent d'employer telle ou telle espèce de peau, pourvu qu'elle soit assez épaisse pour retenir tout le
tannin et pas assez ferme pour s'opposer à une filtralion rapide.
Les parties dites creuses paraissent se prêter le mieux aux expériences, parce qu'elles permettent au liquide de les traverser rapidement. Dans le bœuf, on choisit le flanc; dans la vache, le flanc et la tête; dans le veau, la tête seulement. De cette manière, la peau sur laquelle on a prélevé Téchantillon n'est pas endommagée. Il semble préférable aussi d'employer les peaux dépoilées à l'échauife ; si cependant on se sert de celles qui ont été dépoilées à la chaux, il faut avoir soin de les malaxer dans l'eau pour en faire sortir la chaux. Le morceau étant découpé à la grandeur voulue, on l'exprime à la main pour en faire couler l'eau qui l'imbibe; on le pose en place et on le serre avec les pinces.
271. — Marche d'un essai. — Pour faire la dissolution du tannin, Mûntz et Ramspacher opèrent de la manière suivante :
Après avoir prélevé un échantillon moyen de la matière tannante à examiner, on le broie dans le moulin à engrais. La matière étant ainsi pulvérisée, on en pèse une certaine quantité; pour les écorces de chêne ordinaires, on prend 20 grammes; pour les écorces plus riches, comme celles d'Afrique, la garouille, etc., on pi;pnd 10 grammes ; pour le kina, le dividivi, etc., 5 grammes suflisent ; enfin, si la matière contient au delà de 60 p. 100 de tannin, comme les extraits secs de* châtaignier, on n'opère que sur 3 grammes de matière. Cette matière est placée au fond d'une allonge éfiilée, munie d'un tampon de coton et posée au-dessus d'une éprouvette graduée à 100 centimètres cubes. On tasse légèrement et l'on y verse de l'eau bouillante par petites portions, en aygnt soin que la filtra tion ne s'opère pas trop vite. l\ est prudent de mettre une heure au moins à faire ce lavage par déplacement. Quand on a
obtenu iOO centimètres cubes de liquide, on ne recueille plus ce qui passe. A ce moment, on peut considérer la matière comme épuisée. On mélange le liquide en bouchant l'éprouvette avec la main ; quand il est revenu à la température ambiante, on y plonge le tannomètre et on lit le degré au point d'affleurement. Le liquide est alors introduit dans Tappareil, la peau étant en place, par l'orifice B(fig. 35), qui est immédiatement rebouché. Ce liquide remplit alors, en partie ou en totalité, l'espace A compris entre le caoutchouc et la peau. En abaissant la vis Y, on exerce sur le caoutchouc une pression qui force le liquide à filtrer à travers la peau ; il tombe goutte à goutte dans le vase R, avec une rapidité variant avec la pression donnée (*).• De temps en temps on fait jouer la vis pour maintenir la pression, qu'on peut rendre assez forte. Quand on a obtenu assez de liquide pour remplir une petite éprouvette, ce qui arrive au bout de vingt ou trente minutes, on arrête l'opération et on lit le degré que marque au tannomètre le liquide filtré transvasé dans la petite éprouvette. Le second chiffre obtenu est retranché du premier, donné par le liquide avant la filtra tion. La différence entre les <leux chiffres donne directement la quantité de tannin <;ontenue dans 100 centimètres cubes du liquide. Supposons que l'on ait obtenu :
Pour le liquide primitif 3,2
Pour le liquide filtré 1,5
On aura pour différence .... 1,7
ce qui veut dire que 100 centimètres cubes de liqueur con-
.(*) Pour les expériences de précision, il est bon de rejeter les 10 ou 15 centimètres cubes qui passent en premier lieu et qui contiennent l'eau imbibant la peau. Dans la pratique il n'est pas nécessaire de faire disparaître cette cause d'erreur, qui est insignifiante.
tiennent 1*',7 de tannin. Pour savoir combien de tannin contient la substance analysée, on multiplie la différence trouvée par Vo" = 5> si Ton a opéré sur 20 grammes de matière; par ^= 10, si Ton en a pris 10 grammes; par * J® == 20, si Ton en a pris 5 grammes, et ainsi de suite.
Quand la matière à analyser est liquide, comme les extraits de châtaignier, on se borne à en mélanger 5 grammes avec de l'eau et à amener le volume à 100 centimètres cubes. Quant aux jus des passements ou jus d'écorces dont on veut connaître la richesse, on les emploie tels quels; la différence entre les deux densités donne directement le tannin qu'ils renferment.
Si l'on veut se servir du procédé de l'évaporation, qui est susceptible d'une précision bien plus grande, mais qui ne peut s'exécuter que dans un laboratoire, on prélève 10 centimètres cubes de la liqueur tannique et autant de la liqueur filtrée; on évapore à sec dans des capsules à fond plat, et l'on maintient quelque temps à 110 degrés. La différence entre les deux poids donne la quantité de tannin contenue dans les 10 centimètres cubes du liquide employé.
272. — Graduation du tannomètre. r- Pour graduer leur densimètre, auquel ils donnent le nom de tannomètre, les auteurs ne se sont pas bornés à ajouter à de l'eau des quantités connues de tannin et à prendre les densités des solutions; ils se sont placés dans les conditions mêmes de la pratique des dosages, c'est-à-dire qu'ils ont fait une série de dosages très-exacts du tannin dans des matières lannantes, par le procédé de l'évaporation décrit plus haut, et ils ont comparé les densités aux quantités de tannin dosées.
1^ On a dissous dans de l'eau distillée du tannin à Féther, retiré de la noix de galle et préparé à un état de pureté satisfaisant. La température était de 15 degrés. Un
densimètre très-sensible, qui donnait les densités à tùoo^ près, marquait :
Dans Teau pure 1000,0
Dans l'eau conteDant O^^S p. 100 de tannin .
Ainsi la proportionnalité entre la quantité de tannin et l'augmentation de densité produite se maintient quand les quantités de tannin ne sont pas trop fortes ; quand le liquide en contient 5 p. 100, on ne peut plus compter sur la densité pour un dosage rigoureux; aussi n'employonsnous que des liqueurs qui ne contiennent pas au delà de 2 à 3 p. 100 de tannin.
T Ecorce de chêne jeune de la haute Bourgogne; 20 grammes épuisés par 100 centimètres cubes d'eau.
Densité primitive 1011,0
Densité après filtration 1004,5
Différence attribuable au tannin. . 6,5
Par l'évaporation, on a dosé, dans 100 centimètres cubes de liquide, 1«',66 de tannin (soit 8,30, p. 100 d'é-
corce).
Dans cette expérience, 1 p. 100 de tannin a augmenté la densité de 5,95.
3" Ecorce de chêne d'Afrique; 10 grammes épuisés par 100 centimètres cubes d'eau.
Densité primitive 1007,25
Densité après filtration 1002,50
Différence attribuable au tannin. . 4/75
Par l'évaporation, on a dosé, dans 100 centimètres cubes de liquide, 1»%24 de tannin (soit 12,4, p. 100 d'écorce).
Dans cette expérience, 1 p. 100 de tannin a augmenté la densité de 3,84.
4° Dividivi; 3 grammes épuisés par 100 centimètres cubes d'eau.
Densité primitive 1007,40
Densité après filtration 1002,80
Différence attribuable au tannin . . 4,60
Par l'évaporation, on a dosé, dans 100 centimètres cubes de liquide, 1«',19 de tannin (soit 37,0, p. 100 de matière).
Dans cette expérience, 1 p. 100 de tannin a augmenté la densité de 3,86.
5° Cachou {terra japonica)] 10 grammes épuisés par 100 centimètres cubes d'eau.
Densité primitive 1031,5
Densité après filtration 1015,0
Différence attribuable au tannin . . 1 6,5
Par Tévaporation, on a dosé, dans 100 centimètres cubes de liquide, 4«',35 de tannin (soit 43,50, p. 100 de matière).
Dans cette expérience, 1 p. 100 de tannin a augmenté la densité de 5,80.
6° Extrait de châtaignier liquide; 10 grammes dans 100 centimètres cubes.
Densité primitive , . . 1014,76
Densité après filtration ...... 1002,50
Différence attribuable au tannin. . 12,25
Par Tévaporation, on a dosé, dans 100 centimètres cubes de liquide, 3 grammes de tannin (soit 30, p. 100 d'extrait).
Les chiffres obtenus pour l'augmentation de densité que le tannin fait subir à Teau pure ou chargée des autres matières solubles des substances tannantes, sont assez concordants pour que les auteurs aient pu, avec ces données, construire un densimètre spécial gradué de manière
» indiquer les quantités réelles de tannin contenues dans UQ liquide. En moyenne, 1 p. 100 de tannin fait subir à l'eau ou aux dissolutions aqueuses des matières tannantes une augmentation de 3,9 millièmes. Le tannomètre marque 0 dans l'eau pure à 15 degrés; 1 dans une dissolution ayant une densité de 1003,9; 2 lorsque la densité est de i007,8; 3 à la densité de 1011,7; les intervalles entre chacune de ces unités sont divisés en 10 parties; chacune de ces divisions correspond à y-uVô de tannin contenu dans le liquide.
Il est inutile de tenir compte de la température dans les essais; en effet, la lecture de la densité se faisant potir les deux liquides à la même température, le résultat obtenu est identique, quelles que soient les variations thermométriques, la dilatation du liquide étant la même dans les deux cas.
Exemple. — Une dissolution d'écorce de chêne marquait à 11 degrés :
Avant la filtration 2,60
Après la filtration 0,65
Tannin dosé dans la dissolution. . . 1,95
Celte même dissolution, portée à 32 degrés, marquait :
Avant la filtration 3,35
Après la filtration 1,50
Tannin dosé dans la dissolutiop . . . 1,95
Les résultats obtenus à des températures très-dififérentes, mais identiques pour les deux dissolutions, sont donc les mêmes.