ANALYSE IMMÉDIATE DES DIVERSES VARIÉIÉS DE CARBONE
On doit à Brodie et à Berthelot? des procédés d'essai qui permettent de distinguer par des réactions chimiques et même de séparer au besoin les principales variétés de carbone (amorphe, graphite, diamant).
Lorsqu'on chauffe le graphite naturel à 50 ou 60° au bainmarie, pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, avec du chlorate de potassium (5 parties) et de l'acide nitrique fumant en quantité suffisante pour faire une sorte de pâte, cette oxydation énergique le transforme en un composé particulier, reconnu par Brodie et nommé oxyde graphitique*; ce composé est en paillettes jaunes, micacées, qui deviennent brunes et amorphes par dessiccation; elles répondent à la formule CHHO?, sont insolubles dans l’eau et décomposées par la chaleur avec production d’étincelles et boursouflement considérable. Le nouveau produit, qu'on appelle oxyde pyrographitique (oxyhydrate de carbone), soumis à la même oxydation énergique à basse température par le chlorate et l'acide azotique fumant, se transforme, en majeure partie, en produits solubles; il reste
1. Voir les recherches de M. Moissan sur le carbone, (C. R., 1893,1, p. 219, 292.) 2. Berthelot, Recherches sur les états du carbone (Ann. de Ch. et Phys., 4 série LÉ XX, P- 392): Comples Rendus,t. LXVIIL; Ann. des Mines, 1872, I, p. 139. . Étude de M. Berthelot sur les conditions de formation des oxydes graphititte (C. R., janvier 1890 ou décembre 1889).
un peu d'oxyde pyrographitique, qui disparaît complètement par trois ou quatre traitements semblables. Moissan s'est servi de l'acide sulfurique pour détruire l'oxyde graphitique par déflagration, sans transformation en oxyde pyrographitique!.
En soumettant diverses variétés de carbone à ce traitement, on constate qu'elles se comportent différemment :
1° Le diamant cristallisé, incolore ou noir, n’est pas oxydé sensiblement, quelle que soit la durée de l'attaque ;
2° Le graphite naturel ou plombagine est transformé complètement en oxyde graphitique insoluble dans l’eau, sans formation de composés solubles;
3 Le carbone amorphe est tout entier transformé en produits d'un brun Jjaunâtre, entièrement solubles dans l'eau (analogues aux acides humiques).
On peut done facilement distinguer les diverses espèces de carbone, et même analyser un mélange contenant ces différents carbones. En effet, on pourra transformer d'abord le carbone amorphe seul en produits solubles qu'on enlèvera; puis, le graphite, ayant passé à l’état d'oxyde graphitique, sera chauffé et soumis ensuite à une nouvelle action oxydante, et cela un certain nombre de fois, de manière àle changer complètement en produits solubles; le diamant restera seul comme résidu.
Berthelot a pu ainsi déterminer à quelles espèces, définies par les réactions précédentes, se rapportaient différentes variétés connues de carbone.
1° Les diamants comprennent seulement le diamant blanc et le diamant noir;
2° Les graphites comprennent, avec la plombagine, le graphite des fontes grises, le graphite électrique (transporté d’un pôle à l’autre dans l'appareil à lumière électrique), celui obtenu par la décomposition du cyanogène par la chaleur (P. et L. Schützenberger}? le graphite hexagonal (résidu du traitement par le chlore sec du bore adamantin). Deville les a divisés en graphites foisonnants et en graphites non foi-
sonnants où graphtites ; les premiers seuls se gonflent par la calcination, après un traitement à l'acide azotique monohydraté ou à l'acide sulfurique et au chlorate de potassium.
3° Les carbones amorphes sont les charbons de bois, houilles, anthracites, cokes, charbons de cornues, charbon métallique des tubes où l’on décompose des hydrocarbures par la chaleur, noir de fumée, noir animal, graphite artificiel, charbon de la météorite d'Orgueil, ete. Dans les expériences Une seule variété de coke d'aspect métallique et fondu et le noir de fumée ont laissé une trace d'oxyde graphitique, tandis que les autres carbones de cette classe se dissolvaient entièrement.