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Quant à la densité des espèces, elle peut être appréciée rapidement par un procédé simple, indiqué par Thoulet. On isole avec l’aide de la loupe un grain de chacun des minéraux contenus dans le mélange et on le place dans un tout petit tube de verre, ouvert à une extrémité et percé à l’autre d’un trou fin, au travers duquel le grain ne puisse pas tomber. On plonge ce petit tube dans une série de flacons renfermant des solutions de plus en plus étendues et de densités connues (en l’essuyant chaque fois pour ne pas modifier ces densités); il flotte dans les premières, il tombe au fond dans celle où l’on s'arrête; on peut attribuer au grain une densité intermédiaire, moyenne entre celles des deux dernières solutions essayées.
Lorsque la solution d'iodure ou de borotungstate a éte étendue d’eau, on la ramène, par évaporation au bain-marie, à une densité suffisante. On peut aussi obtenir, par refroidissement, des cristaux que l’on fera dissoudre dans une solution un peu étendue de même origine, pour lui rendre la densité voulue.
Triage par l'électro-aimant. — Dans un certain nombre de cas, on peut opérer un triage entre les minéraux d’une roche ou entre les diverses parties d’un produit artificiel, tel qu’un laitier ou une scorie, au moyen d’un barreau aimanté ou d’un électro-aimant.
Le fer natif et le fer oxydulé parmi les minéraux naturels, la fonte, les battitures, les silicates ferreux les plus riches, parmi les produits d'usines, s’attachent à un barreau aimanté et peuvent être ainsi triés au milieu d'une poudre non aftirable. Un électro-aimant peut enlever des grains de composés
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ferreux, que le barreau aïmanté ne fixerait pas ; on peut aller d'autant plus loin, c’est-à-dire jusqu'à des teneurs en fer d’autant plus faibles que le courant voltaïque possède une plus erande puissance (Fouqué). En employant deux ou trois éléments de pile Bunsen, on pourra trier, dans une roche pulvérisée, la hornblende, l’augite ou le péridot riches en fer; pour d’autres minéraux plus pauvres, il faudra six ou huit éléments ou bien un appareil Gramme, mû par une machine Lenoir. On peut ainsi, en quelques instants, enlever tout le mica magnésien ferrugineux d’un granite. Mais il est à remarquer que ni la chlorite, malgré sa richesse en fer, ni le peroxyde de fer hydraté ne peuvent être triés de cette facon.
Triage par dissolution. — Dans un certain nombre de cas, on peut opérer la séparation de divers composés artificiels ou celle des divers éléments contenus dans une roche, en se servant de liquides capables de dissoudre une partie d’entre eux sans attaquer les autres. On arrive ainsi à faire une sorte d'analyse immédiate.
Nous ne donnerons iei que quelques exemples :
L'eau pure permet souvent de dissoudre certaines substances à l'exclusion des autres ; ainsi, en traitant par l’eau les produits des salines, on laissera insolubles certains composés et l’on aura en dissolution les sels de potassium, de sodium, de magnésium, de calcium... On pourra également dissoudre par l’eau seule le gypse contenu dans un calcaire préalablement pulvérisé.
L'acide azotique ou l'acide chlorhydrique étendu attaque aisément une roche calcaire et laisse insolubles diverses maüeres qu'elle pouvait renfermer; il peut être utile d'analyser séparément la partie soluble et la partie insoluble dans les acides. Une méthode analogue peut être appliquée à des roches silicatées : on pourra, par exemple, dissoudre le péridot et non le pyroxène d’un basalte par l'acide azotique faible.
L'acide fluorhydrique peut être employé d'une facon plus générale avec les silicates, en suivant la méthode de Fouqué,
à qui l'on doit des études approfondies sur les roches silicatées et, en particulier, sur les roches volcaniques. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire le résumé donné par luimême (1), de la série des opérations à effectuer :
« On pulvérise la roche, on dispose une certaine quantité d'acide fluorhydrique concentré et très pur dans une capsule de platine de 0,08 environ de diamètre et on y verse la poudre, assez doucement pour éviter un bouillonnement trop violent et susceptible de faire déborder le liquide, mais assez rapidement pour que la température s'élève et que le bouillonnement soit modéré. Ainsi on peut introduire environ 30 grammes de matière en cinq minutes. Pendant l’effervescence, on ne cesse de remuer le mélange avec une spatule en platine emmanchée.
« Quand l'acide à fini d'accomplir son action, les différents minéraux sont transformés en fluorures et fluosilicates, sauf les minéraux ferromagnésiens, qui sont généralement inattaqués. La silice et l’alumine forment une gelée épaisse. On fait alors couler un filet d'eau dans la capsule : on écrase la gelée avec la spatule de platine, et, après quelques minutes de lavage, lorsque tout danger de contact avec l'acide fluorhydrique a disparu, on écrase le résidu avec le bout du doigt nu ou revêtu d'un doigtier en caoutchouc. La grande différence de densité entre la gelée et les minéraux inattaqués permet d’entrainer la première ; les seconds demeurent seuls au fond de la capsule et il ne reste plus alors qu'à sécher la poussière cristalline et à la recueillir.
« L’acide fluorhydrique attaque d’abord les matières amorphes, puis les feldspaths, puis le quartz cristallisé et, enfin, les silicates ferrugineux et le fer oxydulé. Les différents temps de l'attaque sont assez marqués pour qu'on puisse, dans beaucoup de cas, séparer ainsi les divers éléments d'une roche.
« On peut donc s’en servir utilement pour extraire le feldspath d’une roche riche en matière vitreuse. Il suffit pour cela
(1) Fouqué et Michel Lévv, Minéralogie micrographique, p. 116.
d'arrêter brusquement l’action de l’acide, en étendant d’eau, avant que les feldspaths aient été attaqués.
« Si, par exemple, on traite une ponce, mélange de matière amorphe et de minéraux cristallins, on attaque successivement la matière amorphe, les feldspaths, puis l’olivine, le fer oxydulé, l’'amphibole, le pyroxène. Si l’on arrête l'opération après l'attaque des feldspaths, on peut avec un barreau aimanté séparer le fer oxydulé, avec l'acide azotique étendu dissoudre le péridot, et finalement il ne reste que du pyroxène. S'il existait, en outre, de l’amphibole dans la roche, ce minéral resterait avec le pyroxène, et il conviendrait d'appliquer alors le triage mécanique pour leur séparation mutuelle. Il en serait de même si on voulait recueillir le péridot. »