‹ Traité d'analyse des substances minéralesChapitre 159 sur 230 · ASS · texte numérisé non relu

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l’entonnoir dans l’étuve et on l’y laisse tout le temps nécessaire à la dessiccation des deux filtres; pour plus de süreté, on les sépare l’un de l’autre et on les replace, soit côte à côte dans le même entonnoir, soit dans deux entonnoirs voisins, pour achever la dessiccation à la fois sur les deux filtres, à la même température de 100 ou 110 degrés.

Après un temps suffisant, on les retire et on les laisse refroidir dans l'air sec, puis on les porte sur les deux plateaux de la balance en mettant, comme la première fois, le filtre enveloppant à gauche et celui qui renferme le précipité desséché dans le plateau de droite. On procède à la pesée et on la vérifie par une seconde pesée faite dans les mêmes conditions après un nouveau séjour assez long dans l’étuve.

Les deux filtres étant presque identiques de nature et de dimensions et ayant subi, pendant toute l'opération, des traitements à peu près identiques, doivent avoir conservé le même poids ou la même différence de poids. La pesée doit donc faire connaitre à peu près exactement le poids de la matière après dessiccation, et l’on peut éviter presque complètement les erreurs dues à l’eau hygrométrique des filtres et à la dissolution des matières minérales du papier.

Dans certains cas, on pèse après dessiccation, non pas un composé bien défini permettant de calculer le poids d'un de ses éléments constituants, mais un mélange de plusieurs composés sur lesquels on devra continuer les opérations d'analyse. Comme il n’est pas toujours possible d'enlever du filtre la totalité de la matière, ni de la redissoudre sur le filtre, on se trouve obligé de laisser la partie adhérente et de n’'opérer dans la suite que sur une partie du précipité que l’on a pesé. Il faut alors prendre exactement le poids de la partie détachée, après l’avoir de nouveau desséchée dans l’étuve. Si l’on dose sur cette partie l’un des éléments, on devra, pour en con-

naître le poids total, multiplier le résultat par le coefficient 2

exprimant le rapport du poids du précipité total p à celui de la portion p’ sur laquelle on a opéré.

La calcination est le moyen le plus usité pour amener les corps à un état bien défini et à une composition exactement connue.

Elle se fait tantôt dans une capsule ou dans une nacelle de porcelaine ou de platine, tantôt dans un creuset de porcelaine, qu'on peut fermer avec son couvercle et plus souvent encore dans un creuset de platine, qui est moins lourd, à capacité égale, et qui surtout est moins fragile, soit aux chocs, soit à l’action brusque de la chaleur.

La calcination doit presque toujours être précédée d'une dessiccation complète, car la chaleur appliquée brusquement à une matière encore humide pourrait donner lieu à des pertes très notables; la dessiccation à 100 degrés sur le filtre ne suffit pas toujours et l’on doit chauffer lentement à une température quelquefois bien plus élevée, pour chasser entièrement la vapeur d’eau.

La silice hydratée qu'on retire des silicates, offre un exemple des plus frappants de la nécessité de cette dessiccation; si l’on n'attend pas qu'elle soit complète pour commencer la calcination, la vapeur d’eau, en se dégageant vivement, entraine des parcelles très fines de silice, qui forment quelquefois comme un nuage au-dessus du creuset. D'autres substances, comme l'hydrate d’alumine, celui de peroxyde de fer, etc., forment en se desséchant de petites masses agglomérées et dures, qui éclatent souvent, s’il y a encore de l'humidité à l’intérieur, et projettent violemment des fragments hors du creuset ou de la capsule. Cependant Bunsen a montré que certains précipités, celui d'alumine par exemple, pouvaient être calcinés encore humides, mais après avoir été suffisamment égouttés par succion ; il faut alors les laisser enveloppés de leurs filtres et avoir soin de les chauffer dans le creuset incliné, de manière à carboniser lentement le papier avant de porter le creuset au rouge vif (1). Mais, d’une facon générale, on devra considérer

(1) Zeitschrift für analytische Chemie, VIII, p. 186.

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comme nécessaire de dessécher complètement les précipités avant de chercher à les calciner.

Certains précipités peuvent être calcinés dans les filtres où ils ont été recueillis et desséchés ; on a soin d’en réunir les bords avant de les placer dans le creuset, on met le couvercle et on chauffe doucement sur la lampe on dans le moufle, Jusqu'à ce que le filtre soit carbonisé. On découvre le creuset, on l'incline, s'il est sur une lampe, de manière à porter l’ouverture en dehors de la flamme et des gaz de la combustion ; on peut même placer en avant le couvercle du creuset ou une lame de platine pour y faire pénétrer l'air; on chauffe plus fortement, en remuant au besoin avec une spatule ou un fil de platine, de manière à incinérer complètement toutes les parties du filtre. On replace le couvercle, on laisse un peu refroidir, on porte sous le dessiccateur et ensuite sur la balance, où l’on fait la pesée. On aura à retrancher du poids trouvé celui des cendres du papier, qui doit être connu d’après la grandeur du filtre.

Cette méthode ne peut être employée que si la précipité est de telle nature que l’on n'ait pas à craindre sa réduction partielle par les gaz ou par le charbon du filtre. Si une pareille réduction pouvait se produire, on serait obligé de séparer le filtre et de l'incinérer à part; souvent on préfère opérer ainsi, lors même qu'il n’y à pas de réduction possible. Mais la calcination dans le filtre doit être recommandée, lorsque le précipité est très peu abondant et adhérent au filtre.

Pour séparer le précipité du filtre, après dessiccation vers 100 degrés, on le tient sur une feuille de papier glacé, on le retourne ou bien on l’ouvre du côté de la pointe et on le presse entre les doigts en frottant doucement les faces opposées du filtre et quelquefois en s’aidant de la spatule de platine. On a soin, bien entendu, d'empêcher toute projection hors du papier ou tout entrainement par un courant d'air. Quand le filtre est aussi bien nettoyé que possible, on l’introduit, soit en entier, soit par morceaux, au moyen d'une petite pince ou d'un fil de platine, dans le creuset où doit se faire la pesée.

Ce creuset doit avoir été taré à l’avance. Il est chauffé au rouge dans le moufle ou sur la lampe à gaz et, en ce cas, dans une position fort inclinée pour avoir une atmosphère oxydante. Lorsqu'il ne reste plus de portion de filtre noir, mais que tout est bien incinéré, on retire le creuset, on le laisse refroidir et, sur les cendres du filtre, on ajoute le précipité qui avait été laissé à part sur la feuille de papier glacé. On chauffe le creuset peu à peu jusqu’au rouge, avec ou sans couvercle. Dans tous les cas, le creuset étant ensuite retiré du feu doit être couvert ; on le laisse refroidir dans le dessiccateur et on le porte sur le plateau de la balance. Ici encore, on devra retrancher du poids trouvé celui des cendres du filtre.

En certaines circonstances, on est obligé, dans le lavage des précipités, d'employer jusqu'à la fin de l’eau chargée de sels ammoniacaux et notamment de sel ammoniac, parce que l’eau pure entrainerait un peu du précipité. Il arrive alors que le filtre desséché, restant imprégné de ces sels, se consume difficilement jusqu'au bout; on ne parvient à l'incinérer d'une facon complète qu'en le séparant du précelpité et appuyant au moyen du fil de platine les parties carbonisées sur les parois rouges du creuset pour les brüler entierement. Quelquefois on peut remplacer, pour le lavage du précipité, le sel ammoniac par l’azotate d'ammonium, ou bien on peut, après carbonisation du filtre, l'imprégner d'acide azotique ou d'une solution concentrée d’azotate d'ammonium, sécher et calciner de nouveau; cela facilite beaucoup l’incinération.

Dans certains cas, on coupe le filtre en lanières, qu'on fait brûler une à une, en se servant d’une pince fine, au-dessus du creuset où l’on achèvera l’incinération.

Bunsen a indiqué un procédé d'incinération des filtres qui est souvent fort commode. Le papier est replié plusieurs fois sur lui-même, roulé sous une faible pression des doigts et maintenu au moyen d'un long fil de platine qui l'entoure en spirale. On allume l'extrémité du papier et, tenant le fil de

platine à l’autre extrémité, on le place au-dessus du creuset de platine, porté lui-même sur une soucoupe en porcelaine, dont le centre est percé d'un trou par où passe l'extrémité d'un brüleur de Bunsen. On arrive ainsi à recueillir toutes les parcelles de cendres, à mesure qu'elles tombent; on peut activer la combustion en approchant le papier de la flamme du brüleur, tout en évitant le courant d'air, qui pourrait donner lieu à des pertes.

Les précipités peuvent, le plus souvent, être calcinés dans le creuset fermé; mais quelquefois il y aurait inconvénient à procéder de cette facon, par exemple lorsque la vapeur d’eau ou l’ammoniaque dégagée du précipité pourrait réagir sur lui à haute température dans une enceinte fermée et modifier sa composition. C’est ainsi que l’oxyde de fer hydraté, l’arséniate ammoniaco-magnésien, etc., doivent être calcinés en atmosphère oxydante, afin d'éviter une réduction partielle donnant naissance à de l’oxyde magnétique de fer ou à de l’anhydride arsénieux volatil, ce qui occasionnerait une perte de poids. Il convient alors d'opérer en creuset ouvert, avec libre admission de l'air et en évitant les gaz de la combustion, afin que le précipité ne cesse pas d'être dans une atmosphère très oxydante. Il est placé à cet effet soit dans le creuset incliné, dont le bord inférieur doit rester hors de la flamme, soit dans le moufle, où il est plus facile encore d'éviter les gaz réducteurs.

Dans certains cas, le but poursuivi est un véritable grillage, destiné à transformer en oxyde bien défini soit un composé moins oxvgeéné, soit un métal, soit un sulfure anhydre ou hydraté. On peut convertir ainsi en peroxyde le fer métallique en poudre ou en feuille trés fine ou bien l'hydrocarbonate ferreux. On opère souvent ainsi pour obtenir l’oxyde rouge de zinc et d'étain peuvent aussi être transformés en oxydes; mais ceux-ei retiennent très fortement l'acide sulfurique forme pendant le grillage et l’on parvient difficilement à en chasser les dernières traces par une calcination à haute température ;

on réussit mieux en chauffant très progressivement, en présence d’une quantité d'air limitée qui se renouvelle peu à peu, et, pour cela, on place le creuset couvert en avant du moufle, puis on le fait pénétrer lentement et on ne le découvre que lorsqu'on à réussi à brüler presque tout le soufre à l’état d'anhydride sulfureux ; on termine par un coup de feu très vif, en laissant le creuset largement ouvert au fond du moufñle.

Quelquefois, le grillage complet de la matière à doser exige l'emploi d'un courant d'air ou même d’un courant d'oxygène ; ce cas se présente notamment lorsqu'on doit brüler le graphite naturel ou bien le graphite d’une fonte grise, que l’on aasolé avec de la silice en dissolvant le métal. On se sert alors d’une nacelle placée dans un tube, où l’on fait passer le gaz comburant avec la vitesse convenable pour recueillir l’anhydride carbonique produit.

D'autres fois, sans avoir de grillage proprement dit à opérer dans le creuset, il importe au plus haut degré d'éviter, pendant la calcination, toute espèce d'action réductive. C'est ainsi que les sulfates, les phosphates et même certains oxydes métalliques pourraient être partiellement réduits par le contact du papier du filtre ou de son résidu carbonisé, par les gaz provenant de sa combustion ou par les gaz du foyer ou de la flamme, incomplètement brülés et encore réducteurs; non seulement il pourrait en résulter des produits mal définis pour la pesée, mais il pourrait se produire une détérioration plus ou moins grave du creuset de platine mis en contact avec des sulfures, des phosphures ou du plomb métallique, de l'argent, etc. Le chlorure d'argent lui-même pourrait donner naissance à de l'argent réduit par suite de décomposition par les gaz ou par la vapeur d'eau. Dans la crainte d’un pareil accident, difficile à éviter mème par une grande attention, il faut toujours, avec de pareilles matières, se servir d’un creuset ou d’une capsule de porcelaine.

Il en sera de même, à plus forte raison, lorsqu'on cherchera à obtenir un métal ou un sulfure, comme produit de la calei-

nation faite dans une atmosphère spéciale.

DOCIMASIE., — T. I.

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