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CHAPITRE PREMIER

Le chalumeau est le premier instrument qui ait été employé aux recherches pyrognostiques sur les substances minérales; il se recommande d’ailleurs par des qualités de divers genres.

Dans un laboratoire, il fournit rapidement de tres utiles indications sur la nature des éléments qui constituent une substance minérale à reconnaitre; il permet d'obtenir en un point donné une température extrêmement élevée et d'y produire des effets de fusion, de volatilisation, d’oxydation, de réduction, qui souvent suffisent à caractériser nettement un corps. Dans certains cas, particulièrement pour les substances irès complexes, ses indications ne sont pas tout à fait concluantes et devront être controlées par la voie humide;

d'autres fois, au contraire, il servira lui-même au contrôle des opérations de voie humide, lorsque celles-ci. laisseront place au doute; la vérification par des procédés très differents est évidemment une garantie des plus précieuses.

Le chalumeau est très facilement transportable avec le matériel nécessaire pour en tirer tout le parti possible; c’est là un avantage important pour les voyageurs, qui n’ont pas sous la main un laboratoire d'analyse, tels que géologues, ingénieurs, etc.

Lorsqu'il s'agit de minéraux isolés, déjà connus et décrits dans les ouvrages de minéralogie, ses indications rapidement obtenues, jointes à l'aspect de la matière et à quelques caractères spéciaux, tels que la dureté, le poids spécifique, la fusibilité, permettent le plus souvent de déterminer en peu d'instants l'espèce minérale avec une certitude complète. On peut donc dire que le chalumeau est l’un des instruments indispensables au minéralogiste.

Si l’on a affaire à des substances minérales inconnues, dont on se propose de faire l'analyse, les renseignements qu'il peut fournir sont de telle importance, que l’on doit recommander aux élèves de se familiariser, dès l’abord, avec ce procédé de recherche.

Nous éviterons néanmoins d'exagérer les qualités de cet instrument jusqu'à conseiller son emploi comme moyen de détermination quantitative de certains métaux. Les manipulations deviennent, en effet, tellement délicates, lorsqu'on opère sur de très petites quantités de minerai, que le chalumeau peut à peine fournir des résultats suffisamment approchés, même entre des mains très exercées, et pour les dosages d'or et d'argent, qui sont les plus faciles à exécuter. Nous pensons que son véritable rôle doit étre circonserit dans les recherches qualitatives et que, dans ces limites, il peut rendre les plus grands services pour la détermination simple et rapide des divers éléments contenus dans un mélange ou -une combinaison plus ou moins complexe; nous présenterons une suite méthodique des essais à effectuer pour atteindre ce résultat.

HISTORIQUE

Le chalumeau a été emprunté par la science aux arts industriels, où il servait depuis longtemps pour le soudage des métaux; les petites pièces à souder étant disposées sur un morceau de charbon de bois avec les portions d’alliage fusible destinées à les réunir, on les chauffait en y dirigeant la flamme d'une lampe à huile au moyen du jet d'air produit par le chalumeau. L’instrument consistait en un simple tube de laiton, légérement conique et recourbé vers son extrémité la plus étroite, qui devait fournir le jet d'air, tandis que la plus large devait se placer entre les lèvres.

Anton von Swab, conseiller des mines en Suède, parait avoir été le premier, en 1738, à se servir du chalumeau pour l'essai des minéraux; après lui Cronstedt (1758), Engelstrœm (1770), Bergman (1779) et de Saussure firent faire des progrès successifs à la nouvelle méthode. Gahn, collaborateur de Bergman, acquit une très grande habileté au chalumeau, mais ne publia pas ses découvertes. Berzélius les ayant connues et ayant à son tour perfectionné les procédés d'essai, donna au monde savant son traité devenu célèbre (De l'emploi du chalumeau en chimie et en minéralogie, 1821 et 1898. — Traduction française par F. Fresnel, 1842). Après Berzélius, il faut citer surtout Le Baillif, Smithson, Turner, von Kobell, Terreil, Harkort et Plattner, comme avant fait faire de nouveaux progrès à la méthode du chalumeau. Les deux derniers, et surtout Plattner, arriverent à exécuter des essais quantitatifs pour l'argent, le cuivre, le plomb, le bismuth, l’étain, le nickel et le cobalt. Le traité de Berzélius a été repris et développé par Plattner (1834, 1846 et 1853), dont l'ouvrage est classique en Allemagne, par Richter et par Cornwall (1), très consulté en Amérique, où l'usage du chalumeau s’est beaucoup répandu.

(1) Manuel d'analyse qualitative et quantitative au chalumeau, par H.-B. Corn- Wall, — traduction française par J. Thoulet, 1874. Dunod, éditeur, Paris.

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