CHAPITRE I
I. — Définition de l'intégrale définie, ses propriétés fondamentales.
i. Le Calcul intégral a pris naissance le jour où Ton s'est posé la question suivante : une fonction y^'j*) étant donnée, existe-t-il une fonction qui admettey(x) pour dérivée, c'est-à-dire une fonction telle que Ton ait
On a d'abord répondu à cette question par une représentation géométrique qui n'a aucune valeur par elle-même, mais qui n'en a pas moins fait faire de grands progrès à la Science. On construisit P. — I. I
la courbe y := /(x)j et l'on considérait Taire comprise entre celte courbe, l'axe des x et deux parallèles à l'axe des j', l'une fixe, l'autre variable^ on montrait que l'aire, considérée comme fonction de l'abscisse x de celte dernière ordonnée, est une fonction de X ayant /(^) pour dérivée. Il est clair qu'à moins d'admettre que la notion d'aire est une notion première, il n'y a pas là une réponse rigoureuse au problème posé.
Nous allons supposer que la fonction y*(jr) est une fonction continue de X entre les limites où restera celte variable. Les considérations suivantes conduisent dVUes-mémes à la combinaison analytique qui, dans le Calcul intégral, joue le rôle essentiel.
Admettons, pour un moment, qu'il existe une fonction j^ satisfaisant à la relation (i), la fonction j' prenant la valeur yo pour X = a^ et la valeur Y pourx = />. Partageons Tintervalle («, b)en n intervalles et soient ;r<, x^, ..., ^«-i les valeurs de x aux points de subdivision ; on désignera par >'< , ^^27 • • • 1 yn^t les valeurs correspondantes de^'. Si rinlervalle x^ — o est suffisamment petit, le quotient ^^-î--<-? diflière peu de /(a), et nous écrivons les relations approchées
Y —yn-l = ( ^ — Tn-\ )/(Tn-i ).
En additionnant membre à membre, il vient
Y -7o---(^i— «)/(«)-H(-2'2— •2'i)/(^i)-^...-H(i> — ar„,)/(:r„-,),
égalité approchée, mais qui, vraisemblablement, sera d'autant plus approchée (|ue le nombre des intervalles sera plus grand, chacun d'eux se rapprochant de zéro. Nous sommes donc ainsi conduit, étant donnée la fonction continue /(^r), à étudier la somme.
(Xi — a)/{a) -^ . . ,-i- {b — x„-i)/{x„-i).
2. Dans cette étude, nous nous appuierons sur le lemme suivant, où nous entendrons par oscillation d'une fonction continue dans un intervalle la différence entre la plus grande et la plus petite des valeurs qu'elle prend dans cet intervalle.
Soient un intervalle (a, 6), pour fixer les idées a<C^b^ et une fonction y(^) continue dans cet intervalle. Étant donné un nombre positif e, aussi petit que Ton voudra, on peut toujours trouver une quantité positive 3 telle que, dans tout intervalle compris dans {a, b) et inférieur à o, V oscillation de la fonction soit inférieure à t.
Ce fait résulte immédiatement de la continuité. Supposons que rintervalle (a, b) soit partagé en un certain nombre de parties égales, chacune d'elles en ce même nombre de parties, et ainsi de suite. Je dis que nous arriverons ainsi à des intervalles dans chacun desquels Foscillation Ae f{x) sera inférieure à - • Admettons,
on effet, que notre lemme soit inexact; qu'arrivera-t-il? Si loin qu^on pousse la division, on aura au moins un intervalle dans lequel Toscillalion sera supérieure à -> dans cet intervalle un autre
intervalle où l'oscillation seraencore supérieure à -i et ainsi de suite.
Ces intervalles étant compris les uns dans les autres, et tendant vers zéro, les extrémités de chacun d'eux tendent forcément vers un même point limite a ; nous arrivons donc à cette conclusion que
Toscillation de la fonction serait supérieure à - dans un intervalle
(a — A, a 4- /(t), Il étant aussi petit qu'on voudra, ce qui est im- ])ossible puisque la fonction est continue. D'ailleurs a pourrait coïncider avec a ou 6, mais le raisonnement reste toujours applicable.
Pour le mode de subdivision adopté, il arrivera donc un moment où l'oscillation dans chaque intervalle sera inférieure à - ;
prenons alors pour o la longueur de cet intervalle, ce nombre satisfera aux conditions de l'énoncé, puisque un intervalle de longueur se composera toujours au plus de deux parties, dans chacune desquelles l'oscillation sera inférieure à - •
Cela posé, nous pouvons démontrer le théorème fondamental qui suit :
Théorème. — La somme
(^1 — a)f{a) 4- ... H- ( 6 — Xn-i )/(^rt-i )
tend vers une limite^ quand tous les intervalles (x/^i,j:,) tendent vers zéro, suivant une loi quelconque^ en même temps que leur nombre augmente indéfiniment.
FVenons d'abord une première loi de subdivision telle qu'on passe d'une subdivision à la suivante en fractionnant chacun des intervalles. Nous poserons
et nous désignerons par ^ii^\ et /»i^.« le maximum et le minimum de f{x) dans cet intervalle ; dans ces conditions, les deux sommes, qui comprennent la somme proposée,
Mi^i-f- MtOj -4-. . .1- Mrt 0,,,
/lll<?iH-//ljOj -!-.. .-!-/«« o„
ont chacune une limite, car la première va constamment en décroissant, et la seconde en croissant. Les deux limites sont d'ailleurs égales, car si nous prenons une subdivision telle que tous les intervalles soient moindres que o, on aura W/ — //// <; s, et la différence des deux sommes sera inférieure à
e(Oi 4- 02 -f-. . .-^ Ort) ou i{b — a).
La différence des deux limites étant plus petite que tout nombre donné, puisque £ est arbitraire, sera donc rigoureusement nulle. Soit [JL la valeur de celte limite. Il faut maintenant montrer que tout autre mode de subdivision conduira à lu même limite.
Considérons un certain systèmed'intervalles./*,(r7,j7i,...,.r„«, t), compris dans la loi de subdivision qui nous a donné la limite |jl ; nous supposons, commç il est permis, (pie tous ces intervalles soient moindres que 0. (Concevons alors un autre mode do subdivision, et dans celui-ci un système d*intervall(îs -)', (r/, j)',, ..., 6), tel que le plus grand des intervalles >' soit inférieur au plus petil des intervalles x. Entre deux valeurs consécutives quelconques de X se trouvera au moins une valeur de y, Kcrivons sur une même ligne l'ensemble des valeurs de x ci y
Soient S»: et Sv les sommes relatives aux subdivisions x et )*.
Nous pouvons écrire S^ de la manière suivante :
O'i -«)/(«) ^- (7j -7i)/(7i)-^- ••• -^-(r II ~7ii-i)/(7ii- i)+(^i--7ii)/(^^^ -^ OVi -^i)/(^[i)-+- -+-(^î-^v)/f7v)
Comme /(j^i ), . . . , f{y^) diffèrent de f{(f) de moins de s, la première ligne pourra se mettre sous la forme
/(a)(j:, — a)-4-R, avec | Ri | < £(a?i — a)
(le crochet | a | indiquant la valeur absolue de a)] de même la seconde ligne pourra s'écrire
/(^i)(J"i— J^i)-i- Ri avec I R, 1 < e(a:*î — J^i),
et ainsi de suite. Si donc on forme la différence Sx — S^, on aura
évidemment
ISx-Sj I <t{b-a).
Or Sjc tend vers la limite jjl; il en résulte qu'à partir d'un certain moment S^ diffère de jx d'aussi peu qu'on veul, c'est-à-dire a a pour limite, comme nous voulions l'établir.
La limite dont l'existence vient d'être démontrée s'appelle une intégrale définie et se représente par le symbole
qui sV»nonce : somme de a à bf{x)dx.
Le signe / rappelle l'origine de cette limite de sommes; la lettre X sous le signe d'intégration peut être remplacée par toute autre
lettre; l'expression / f{y)dy est identique à la précédente.
On a supposé, pour fixer les idées, a<^b, mais on établira évidemment de la même manière l'existence de Tintégrale dans le cas où a est supérieur à b,