I. — Acides organiques non azotés
Les acides organiques qui se rencontrent dans le corps des animaux n’y sont que rarement à l’état libre, ils s'y trouvent plutôt sous forme de sels, ou bien de glycérides, c’est-à-dire sous forme d’éthers composés de l’alcool triatomique, la glycérine. Les sels de ces acides sont neutres, basiques ou acides; les bases sont soit des alcalis : potasse, soude, ammoniaque; soit des terres alcalines ; chaux et magnésie, ou bien de l’oxyde de fer. Si dans les pages suivantes nous décrivons tout d’abord les propriétés des acides libres, cest parce que presque toujours leur détermination est basée sur leur séparation de leurs combinaisons salines et leur préparation à l’état pur, et aussi parce que la nature des composés dans lesquels ils sont contenus dans 1 organisme n est pas toujours connue d’une manière positive.
A- — Acides gras volatils et proprement dits.
Parmi ces acides de la formule générale CnHnO\ qui forment, comme on le sait, une série homologue très-complète, les acides gras volatils sont liquides à une température moyenne, généralement de consistance huileuse et d’une saveur brûlante ou piquante; quelques-uns d’entre eux sont si volatils qu’ils se volatilisent partiellement même à la température ordinaire,
COMPOSITION DES COUPS
en répandant une odeur pénétrante particulière. Quelques-uns d'entre eux se solidifient au-dessous de 0° en prenant la forme cristalline. Ils distillent sans décomposition et ils entrent en ébullition à une température qui offre un rapport déterminé avec le nombre des équivalents de carbone. Le point d’ébullition s’élève d’environ 19° pour chaque augmentation de 2 équiv. de carbone.
Ils sont solubles dans l’eau, l’alcool et l’éther, cependant leur solubilité diminue à mesure que leur richesse en carbone et leur point d’ébullition augmentent ; ils rougissent fortement la teinture de tournesol et ils forment avec les bases des sels bien caractérisés, qui généralement sont solubles et cristallisables.
Les acides gras proprement dits, les termes les plus élevés de la série homologue, sont solides à la température ordinaire, inodores et insipides ; lorsqu’ils sont fondus, ils produisent sur le papier des taches qui ne disparaissent pas et ils ne peuvent être distillés sans décomposition que dans le vide. Ils sont insolubles dans l’eau, mais ils se dissolvent dans l’éther et l’alcool bouillant, et s’en séparent par le refroidissement. Leurs solutions alcooliques ne rougissent que faiblement le tournesol. Ces acides gras sont inflammables et ils brûlent avec une flamme éclairante et fuligineuse. Lorsqu’on les chauffe, ils fondent au-dessous de 100° et ils offrent un point de fusion constant, qui augmente avec leur teneur en carbone. Parmi leurs combinaisons salines, il n’y a que les sels alcalins (savons) qui soient solubles dans l’eau. Les acides gras sont contenus dans les matières grasses sous forme de glycérides.
Tous ces acides sont monobasiques.
Nous ne nous occuperons que de ceux qui se rencontrent dans 1 oiganisme animal.
Acides gras volatils.
Composition centésimale : carbone 26.00, hydrogène 4.55, oxygène 69.50.
Formule : C*H*0*.
tlal naturel ■ Il se rencontre (libre) dans les fourmis, probablement lussi dans les organes venimeux et les aiguillons de certains insectes ainsi nue dans les poils des chenilles processionnaires ; combine aux bases, on le trouve dans la sueur, dans le liquide de la rate, du pancréas, du thymus,
de la chair, dans le cerveau, le sang et l urine.
A l’état concentré, c’est un liquide incolore, un peu fumant, d une odeur pénétrante particulière; il cristallise au-dessous de 0", son poids specilioue est égal à 1,2555 et il bout à + 100”. A l’état de vapeur ,1 est combustible Extrêmement caustique, il produit sur la peau une éruption
vésiculeuse; il est miscible avec l’eau. Étendu, il a une saveur acide agréable.
Les combinaisons de l’acide formique avec les alcalis sont déliquescentes ; tous les sels, chauffés au rouge, laissent soit des carbonates fleis sels alcalins et alcalino-lerreux), soit des oxydes et des métaux. Tous les sels sont solubles dans l’eau, mais la plupart sont insolubles dans l’alcool.
1. Si à un formiate neutre on ajoute An per chlorure de fer , le liquide prend une couleur rouge de sang (formiate de peroxyde de fer).
2. L'azotale d’argent ne précipite pas l’acide formique libre; il ne précipite les formiates alcalins que dans des solutions concentrées. Le précipité blanc, cristallin, difficilement soluble de formiate d’argent prend une couleur foncée même à froid, en même temps qu’il se dépose de l'argent métallique. Si l’on chauffe le liquide avec le précipité, la réduction devient immédiatement complète, et tout le liquide prend une couleur noire due à de l’argent finement divisé qui s’est précipité. Cette réduction de l’oxyde d’argent a lieu quand même la liqueur est trop étendue pour donner un précipité, ou si l’on opère avec de l’acide formique libre.
5. L 'azotate de protoxyde de mercure ne donne rien avec l’acide formique libre; dans les dissolutions concentrées des formiates alcalins, il détermine un précipité blanc de formiate de protoxyde de mercure. Ce dernier devient bientôt gris, à cause du mercure mis en liberté ; avec le temps la réduction est complète à froid, elle est presque instantanée à chaud. Elle a lieu même dans les liquides assez étendus et avec l’acide formique libre.
4. Si l’on chauffe de l’acide formique ou un formiate alcalin avec du bichlorure de mercure , il se précipite du protochlorure de mercure (calomel). Sous l’influence d’une longue ébullition il se sépare en même temps du mercure métallique.
5. En chauffant de l’acide formique ou un formiate avec de l’acide sulfurique concentré, l'acide formique se dédouble en oxyde de carbone et en eau : C3I130V = C20- -+- 2110.
6. Si 1 on chauffe un formiate avec de V acide sulfurique étendu, l’acide formique se dégage avec son odeur caractéristique : si auparavant on ajoute un peu d’alcool, il se dégage de l’éther formique, reconnaissable à son odeur rappelant un peu celle des noyaux de pêche.
Recherche. — Les réactions précédentes indiquent la manière dont on doit procéder à la recherche de l’acide formique; mais celle-ci doit être précédée de son isolement, qui s’effectue comme il suit : S’il s’agit de rechercher 1 acide formique dans un liquide, on introduit ce dernier dans une cornue avec quelques gouttes d’acide sulfurique concentré et on distille; si 1 on a affaire à des matières solides, on y ajoute 5 ou 6 fois leur poids d eau, on triture ou au moins on mélange aussi bien que possible, et on soumet également cette masse à la distillation. Ou obtient ordinairement un produit de distillation, qui n’a qu’une réaction acide faible ou à peine sensible, et qui est plus ou moins opalescent. On sature ce liquide avec du carbonate de soude j on évapore au bain-marie, et le résidu 5 qui est très-déli-
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quescent, s’il ne se compose que de formiute de soude, est soumis à la distillation avec de l'acide sulfurique étendu (il faut avoir soin que la réfrigération soit aussi parfaite que possible). Si les matières essayées renferment de l’acide formique, il passe maintenant un liquide nettement acide, offrant les propriétés de l’acide formique étendu, et avec lequel on peut produire immédiatement les réactions précédentes, ou bien le combiner de nouveau à des bases et laisser cristalliser les sels dans leurs solutions. Une partie du formiate obtenu est ensuite essayée.
Dans tous les cas il faut éviter dans la première distillation d’ajouter un excès d’acide sulfurique, parce que sous l’influence de l’acide sulfurique concentré les substances organiques les plus variées donnent naissance à de l’acide formique ; on n’en ajoutera donc que quelques gouttes, jusqu a ce qu’on ait obtenu une réaction nettement acide, et pour cette même raison on ne continuera la distillation que jusqu à ce que la moitié environ du liquide soit passée.
Il est en outre convenable dans ce cas, comme dans fous ceux où il s’agit de mettre des acides volatils en liberté, de se servir, au lieu d’acide sulfurique, de l’acide phosphorique plus fixe et moins facilement décomposable.
Si l’on a des raisons pour admettre la présence d’acide formique libre dans une substance, on peut distiller sans addition d’acide, procédé qui doit être vivement recommandé comme moyen de contrôle.
Si d’autres acides de ce groupe étaient présents, si par conséquent le produit distillé était un mélange, on pourrait séparer l’acide formique des autres acides par distillation fractionnée, parce que son point d’ébullition est beaucoup plus bas que celui des autres acides.
Composition centésimale : carbone 40.00, hydrogène G. 67, oxygène 55.35.
Formule : C*ll"40*.
État naturel : 11 se rencontre, soit uni à des bases, soit à l’état libre, dans la sueur, le liquide de la rate et d’autres glandes, dans le liquide musculaire, dans le sang des leucémiques, dans le sang des animaux qui ont reçu des aliments imprégnés d’eau-de-vie, dans l’estomac et dans son contenu après l’ingestion de matières amylacées, dans la bile.
À l’état le plus concentré c’est un liquide caustique incolore, d’une odeur acide, pénétrante et agréable, d’une saveur piquante, d’une densité de 1,065 et qui entre en ébullition à 119°. 11 est inflammable, brûle avec une flamme bleue et cristallise au-dessous de — |— 1 7°. Au-dessus de 17° il est liquide. 11 se mélange avec l’eau en toutes proportions.
Étendu, il possède les propriétés du vinaigre.
Les acétates sont cristallisables, et généralement solubles dans l’eau et l’alcool. Ils se décomposent lorsqu’on les chauffe au rouge; ceux qui sont
Mo
ACIDE i’RUPIUMQUE.
combinés avec une base alcaline ou alcalino-terreuse se transforment alors en carbonates. Parmi les sels à base métallique, les uns laissent le métal, les autres l’oxyde, quand on les calcine. Distillés avec des bases fortes, ils donnent de V acétone.
1. Eu présence du per chlorure de fer les acétates se comportent comme les formiates.
2. L’azotate d'argent donne dans les solutions neutres des acétates un précipité blanc, cristallin d'acétate d'argent , qui est soluble dans l’eau bouillante sans réduction et qui par le refroidissement se sépare de nouveau à l’état cristallin. L’ammoniaque le dissout facilement.
5. L'azotate de protoxyde de mercure ne précipite pas immédiatement les solutions étendues des acétates, mais au bout de peu de temps il se forme de petites écailles cristallines à aspect gras et brillant, qui sont de l 'acétate de protoxyde de mercure. Celui-ci est soluble dans l’eau bouillante, mais il se sépare par le refroidissement. Sous l’influence d’une ébullition prolongée le sel est partiellement décomposé, et le mercure métallique mis en liberté communique au précipité une coloration giise.
A. Si l’on chaulfe un acétate avec de l’acide sulfurique étendu , il se dégage de l’acide acétique reconnaissable à son odeur. Mais si l’on chauffe le sel avec un mélange à parties égales en poids diacide sulfurique concentré et d alcool, il se dégage de V éther acétique , caractérisé par son odeur agréable.
Recherche. — Pour isoler l’acide acétique des autres acides non volatils et des combinaisons, il faut procéder exactement comme il a été dit pour la séparalion de 1 acide formique. Mais l’acide acétique se rencontre fréquemment mélangé avec d’antres acides volatils du groupe. On le sépare facilement de 1 acide formique en faisant bouillir le mélange avec du bioxyde de mercure, qui détruit l’acide formique ; pour l’isoler des acides suivants, on se base sur la facilité avec laquelle ses sels cristallisent. Pour plus de certitude, il est convenable de déterminer cristallographiquement 1 un ou 1 autre de ses sels, ou bien de brûler le sel d’argent, et de déterminer la teneur en ce dernier métal.
L’acétate d’argent contient 64,67 pour 100 d’argent.
En présence du perchlorure de fer, l’acide sulfocyanhydrique réagit également comme l’acide acétique et l’acide formique. Mais si la coloration rouge est produite par ce dernier, du bleu de Berlin se sépare très-promptement, lorsqu’on fait bouillir la solution avec du ferrocyanure de potassium, ce qui n a pas lieu avec l’acétate de peroxyde de fer.