‹ Traité d'analyse zoochimique qualitative et quantitative; guide pratique pour les recherches physiologiques et cliniques à l'usage des médecins, des pharmaciens, des chimistes et des étudiants, [electronic resource]Chapitre 139 sur 340 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ANALYSE DE L’URINE

L’urine, le produit de la sécrétion des reins, est un liquide très-complexe, dont la composition varie avec les différentes classes d’animaux. Le mode d’alimentation exerce sur ses propriétés l’influence la plus décisive, de sorte qu’en général l’urine des animaux, qui se nourrissent des mêmes aliments, offre une composition chimique analogue.

En outre, la composition de l’urine est aussi sous la dépendance de nombreuses conditions corporelles, physiologiques et pathologiques, et l’organisation des animaux doit également avoir une certaine influence sur les propriétés de ce liquide.

Comme l’urine de Yhomme est celle qui a été étudiée avec le plus de soin et que c’est aussi celle que l’on a le plus fréquemment à examiner, elle sera, dans les pages suivantes, l’objet d’une attention toute spéciale.

Après l’examen des caractères chimiques de l’urine humaine, nous nous occuperons de l’urine des animaux, en indiquant les faits pratiques les plus importants au point de vue physiologique.

A. — Urine de l'homme.

CARACTÈRES PHYSIQUES DE l’üRINE HUMAINE.

L’urine normale fraîchement émise est limpide; elle a une couleur jaune d’ambre, une odeur aromatique particulière, une saveur amère et salée et une réaction nettement acide. Abandonnée au repos, elle laisse ordinairement déposer quelques, petits flocons de mucus. Son poids spécifique varie entre 1,003 et 1,050. Souvent elle se trouble quelque temps après son refroidissement, et elle donne alors un dépôt, dont la couleur est très-

ANALYSE DE I/URINE

varial,le. Abandonnée pendant quelque temps à elle-même, elle dépose des cristaux d acide urique etdurat.es acides (urate de soude, urale d’ammoniaque), au bout de trois ou quatre semaines, souvent même beaucoup plus tôt, elle prend une odeur ammoniacale et une réaction alcaline, elle se couvre d une pellicule muqueuse blanchâtre et bientôt après il se forme aussi au fond du vase des masses blanches floconneuses, dans lesquelles se montrent des cristaux reconnaissables même à l’œil nu. Ces cristaux sont du phosphate ammomaco-magnésien (voyez § 26, page 70). Si l’on mélange avec des acides une pareille urine putréfiée, elle fait effervescence, par suite de la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque (fermentation alcaline de l'urine). Cette altération s’explique de la manière suivante : l’urine renferme du phosphate acide de soude, qui est la cause principale de la réaction acide de ce liquide à l’état normal ; lorsqu’on abandonne pendant longtemps l’urine à elle-même ce sel décompose peu à peu les urales, et il se précipite d’abord des urates acides, puis de l’acide urique, tandis que le phosphate acide de soude est converti en phosphate basique. Ce n’est que lorsque l’urine a perdu de cette façon sa réaction

acide, que commence la formation de la pellicule et la fermentation alcaline.

burine normale ne contient pas d’éléments organisés qui lui soient propres. Lorsqu’on l’examine au microscope, on y trouve des cellules épithéhales pavimentaires , provenant de la vessie et des uretères, et des cellules de mucus isolées.

ÉLÉMENTS NORMAUX DE l’uRINE HUMAINE.

Les substances suivantes doivent être considérées comme des éléments normaux et constants de l’urine humaine :

Eau, urée, acide hippurique, créatinine, xanlhine, indican, ovalate de chaux, mucus vésical, chlorure de sodium, chlorure de potassium, sulfates alcalins, phosphate acide de soude , phosphate de chaux, phosphate de maqnésie, de très-petites quantités de sels ammoniacaux, des traces de fer et de silice, deS traces d'azotates et d ’azolites.

Elle renferme en outre de l 'acide carbonique et de l 'azote.

On a aussi trouvé dans l’urine de personnes saines de petites quantités d 'oxalate d' ammoniaque, d'acide succinique, et des traces de sucre de raisin, mais on ne sait pas d’une manière positive si ces substances doivent être considérées comme des éléments constants.

Les matières que l’on désignait autrefois sous le nom de substances extractives de l’urine, sont des corps visqueux dont la constitution chimique est inconnue.

ACTION DES IIÉACTIFS.

action des réactifs sur l’urine normale..

1. L’urine normale ne se coagule pas par l’ébullition, et elle n'est pas précipitée par les acides. Si on la mélange avec de Y acide chlorhydrique ou de Y acide azotique , ou même avec de y acide acétique , il se développe une odeur particulière repoussante, et, en même temps, le liquide prend une couleur plus foncée. Mais, au bout de 24 ou 56 heures, on trouve un précipité d’acide urique.

2. Les alcalis produisent un trouble ou des précipités de phosphates terreux, qui, comme on le sait, sont insolubles dans les liquides alcalins.

5. Le chlorure de baryum donne un précipité d urate , de sulfate et de phosphate de baryte; si l’urine a été préalablement acidifiée avec de 1 acide chlorhydrique ou de l’acide azotique, le précipité ne contient que du sulfate de baryte.

4. l'azotate d'arçjent précipite du chlorure et du phosphate d'argent; mais si l’on a préalablement acidifié la liqueur, ou si la solution d’argent renferme de l’acide libre, le précipité ne contient que du chlorure d'argent.

5. l'acétate de plomb précipite du chlorure , de Yurate, du sulfate et du

phosphate de plomb . ,

6. Si l’on mélange de l’urine avec une solution étendue d’azotate de bioxyde de mercure , il se produit un trouble qui disparait d’abord, parce que le chlorure de sodium contenu dans l’urine forme, avec l’azotate de bioxyde de mercure, de l’azolate de soude et du bichlorure de mercure; mais aussitôt que tout le sel marin a été décomposé, l’addition d’une nouvelle quantité de la solution mercurielle donne lieu à un trouble blanc persistant, parce que maintenant l’azotate de bioxyde de mercuré s’unit avec l’urée, pour former une combinaison insoluble. (Voyez § 105.)

7. Si l’on mélange de l’urine avec une solution d 'azotate de biorcyde de mercure , jusqu’à ce qu’il se forme un précipité persistant. Si ensuite on continue d’ajouter de la solution mercurielle, tant que le liquide s’épaissit, et si, de temps en temps, on neutralise l’acide libre du mélange avec du carbonate de soude, on obtient un précipité blanc, floconneux, insoluble dans l’eau. Mais il finit par arriver un moment où l’addition du carbonate de soude produit, dans le mélange ou dans le point où tombe la goutte du réactif, une coloration jaune, due â la formation d hydrate de bioxyde de mercure ou d 'azotate basique de bioxyde de mercure. A ce moment, toute l’urée est précipitée, et ce précipité contient 1 équivalent d’urée pour 4 équivalents de bioxyde de mercure.

8. Le perchlorure de fer, ajouté à de l’urine mélangée avec de l’acide acétique, produit un précipité peu abondant de phosphate de peroxyde de fer.

9. l'acide oxalique , ou mieux Yoxalate d'ammoniaque, donne un précipité d'oxalate de chaux.

ANALYSE DE L’UIUNE.

do11®auL' alco°l concentré produit un trouble qui disparait lorsqu’on ajoute

normale"^ "e l™uble’ Pas’ ou seulemonl. très-peu, l’urine

12. Ilu sang /rats, mélangé avec de l'urine chaude, est d abord coagulé

puis hematine du coagulum se dissout dans l’acide libre de l’urine cl colore celle-ci en rouge.

15. Lorsqu’on agile de l’urine avec de la teinture d’indigo et une solution de sulfate de protoxyde de fer , la couleur bleue de la teinture disparait.

1-r. Si dans 50 ou 40 grammes d'urine fraîche, on laisse tomber 8 à ®,0UÜes d® teinLure d'indigo complètement décolorée par \e per sulfure ( hydrogéné, le mélangé reste incolore, mais il se colore aussitôt lorsqu’on ajoute quelques gouttes de solution de sulfate de protoxyde de fer. Ces deux réactions ne réussissent pas si l'on a préalablement ajouté à l’urine une petite quantité d’acide sulfureux. Schônbein a conclu de ces faits que l’urine renfeime des traces de peroxyde d’hydrogène.

lo. Si Ion mélange de l’urine fraîche à réaction acide avec quelques gouttes d une solution étendue d'iode dans Yiodure de potassium , le liquide se décoloré au bout de quelques minutes, parce que l’iode entre en combinaison, et l’empois d’amidon n’est pas bleui. Enfin, si l’on ajoute à de 1 urine fraîche un peu d ’iodure d'amidon , celui-ci perd sa couleur bleue.

16. Si l’on chauffe de l’urine à 60 ou 70° avec de l’empois d’amidon, l’amidon se dissout complètement avec formation de sucre de raisin. Si l’on mélange de l’urine normale filtrée avec deux ou trois fois son volume d’alcool à 90 p. 100, on obtient un précipité dont la solution aqueuse possède la piopiiété de transformer 1 amidon en sucre [néplirozymase de Béchamp).

ÉLÉMENTS ANORMAUX DE l’üRINE.

Ces éléments sont :

h' albumine, le sucre de raisin [glucose), l'inosite, l'acule lactique cl les lactates, les graisses et les acides gras volatils, l'acide succinique , l'acule benzoïque, les sels à acides biliaires, les pigments biliaires , la cystine , la leucine et la tyrosine, b hémoglobine (sang), la fibrine, les éléments du pus et du sper me, le carbonate d'ammoniaque , i hydrogène sulfuré.

ÉLÉMENTS DES SÉDIMENTS URUNaiDeS.

Il arrive quelquefois qu’une urine trouble, au sortir de la vessie, devietil claire lorsqu’on l’abandonne quelque temps à elle-même, par suite du dépôt au fond du vase des corps qui occasionnaient le trouble, et le dépôt ainsi formé porte le nom de sédiment. Mais quelquefois aussi l’urine est émise

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