DU SQUELETTE DU BASSIN
Le bassin est une espèce de ceinture osseuse, fort irrégulière dans sa forme, que les anciens accoucheurs comparaient assez bien au piài des barbiers. Il est formé par quatre os, le sacrum, les deux iliaques et le coccyx, réunis entre eux par quatre symphyses; en outre, le détroit inférieur est complété par les ligaments sacrosciatiques. Ce n'est |)as ici le lieu de nous occuper de la surface extérieure du bassin; la face postérieure du sacrum appartient à la région sacrée ; la face externe des os iliaques forme le squelette de la hanche, et siéra étudiée en môme temps que l'articulation coxo-fémorale ; il nous reste donc seulement à examiner, d'une part, la surface intérieure du bassin ou la cavité pelvienoe. d*aulre part» ses articulations.
(i) Journal hebdomadaire^ 18)3, t. lill, p. 160,
S 1. — Be kl eavlié pelvleme.
Le bassin, ù riutérîear, est partagé en deux portions par un rebord saillant, arn>ndi, qu*on nomme marge du bassin ; la portion supérienre, oa le grand bassin^ largement écbancré en avant, où il correspond à rhypogastre, forme è droite et à gauche les deux fosses iliaques internes que nous avons étudiées ; la portion inférieure est le petù bassin^ ou bas^ sin proprement dit, dans lequel on dislingue deux oriGces ou détt^s^ et une cavité qui porte le nom à^excavaiioti pelvienne.
Le détroit supérieur est circonscrit par la marge du bassin, complétée en arrière |^r Fangie sacro- vertébral, promontoire des accoucheurs. Gel angle est assez aigu pour que, dans la grossesse, la portion de la matrice qui appuie contre soit amincie par la pression, et conséquemment plus disposée âi la rupture. Il en est de même en avant, où le pubis, h partir de sa symphyse, présente un bord assez tranchant en haut et en arrière; aussi Pamincissement et le danger d'une rupture sont d'autant pins grands, que la tête du fœtus appuie le plus souvent sur ce rebord.
La forme du détroit supérieur se rapproche plus ou moins d'un ovale, ou plutôt d'un cœur de carte à jouer dont l'extrémité la plus large serait tournée en arrière; mais quand on l'examine sur un cadavre frais, tapissé sur les côtés parles muscles psoas, il représente un triangle tronqué dont la hase serait tournée en avant.
Le détroit inférieur ou périnéal^ formé par la pointe et les bords du coccyx, les bords des ligaments sciatiques, delà tubérositédu même nom et de l'arcade pubienne, se rapproche également de la figure d'un cœur de carte à jouer, mais dont l'angle rentrant antérieur est plus aigu, de même que l'angle saillant postérieur qui répond au coccyx.
Entre les deux détroits s'étend V excavation pelvienne, qui n'a en avant que la hauteurde la symphyse pubienne, tandis qu'en arrière elle a toute la hauteur du sacrum et du coccyx. Elle offre une concavité très forte en ce sens, surtout chez la femme ; un plan incliné en bas et en dedans de chaque côté ; quant à sa face antérieure, formée par la symphyse pubienne, elle est très légèrement convexe.
La direction du bassin et de ses détroits est une question qui a beaucoup occupé les accoucheurs depuis un siècle. Nous avons vu déjà que son inclinaison sur la colonne vertébrale peut varier d'un quart de cercle tout entier, en sorte que le détroit supérieur, dans les cas extrêmes, tantôt regarde directement en hant et tantôt directement eu avant. Quint 11. 30
ttét DU TRONC.
à sa direction moyenne, Naegele, d'après des recherches faites de 1810 à 18t8, avait fixé l'atiglë qu'il Ibrinêrait avec une ligiiè horizontale à 55""; des études ultérieures lui montrèrent qu*il était un peu plus ouvert, et enfui les mômes rechercher, coniiiiuii.'s depuis pendant six années consécutives, lui ont donné pour résultat :
i^ Que l'angle formé par le plan du détroit supérieur avec le plan norizonlal, quand le sujet est debout, est en général de 59 à ()0*; conséquemment que l'angle sacro-vertébral se trouve à 10 centimètres plus fiant que le bord supérieur de la symphyse pubienne, et qu'une ligne tirée de ce dernier point parallcjement à Thorizon tombe sur le coccyx à l'endroit où la seconde vertèbre de cet os s'unit avec la troisième ;
2* Que le terme moyen de l'inclinaison du diamètre antéro posiérienr du détroit inférieur est un angle de 10 à 11*"; conséquemment que b pointe du coccyx se trouve placée, terme moyen, de 15 à 18 millimètres plus haut que le sommet de l'arcade pubienne.
l.es mesures pour déterminer la position de la pointe du coccjx furent prises sur plus de 800 sujets, suivant le procédé de Rœderer, c'està-dire en employant un ruban de fil ayant un plomb à l'une de ses extrémités. Lorsque le plomb touchait le plan horizontal sur lequel la femme était placée debout, un aide le retenait contre le sol pour tendre modérément le ruban, et Ton pressait légèrement l'extrémité supérieure contre le bord inférieur de la symphyse et contre la pointe du coccyx, pour fixer la hauteur de ces deux points. Sur 500 femmes bien conformées, parmi lesquelles 1^9 étaient d'une taille haute, 57 de petite taille et les autres de stature moyenne, il y en eut /i5/i chez lesquelles la pointe du coccyx était plus haute, 26 où elle se trouva plus basse, et 20 cbex lesquelles elle resta au même niveau que le sommet de Tarcade pubienne. Le maximum d'élévation du coccyx fut trouvé de 5 centimètres, le maximum de son abaissement de 2 centimètres; la marche de l'accouchement n'avait été contrariée ni par l'une ni par l'autre disposition (Il
Naegele ne nie point cependant la possibilité de rinfluencc que des rapports d'inclinaison insolite peuvent exercer sur la marche du travail Lobstein a insisté surtout sur l'inclinaison trop forte du bassin; il a même cherché à établir qu'ïY existe, par cette seule cause, certains nccoucfn^ mewts laborieux qui exigent le secours de l'art , particulièrement in
(1) NBgele, Z0 bat9in de la femme considéré tout le rapport de aoninclmaisem; Archives généraUs de médecine, t. XIV, p. 259. ^ N«gele« Des prinàpmus niées de conformatùm du bassin^ trad. par A.-C, Danyao. Paris» tSiO» io-S«
version de l'enfant par les pieds^ quoique cet enfant se présente par la tête et dans une bonne )x>sitio*i.
« Dans un bassin trop incliné en ayant, dit-il, les obliquités antérieures de la matrice et tous les accidents qui peuvent s*ensuivre sont inévitables. Fait-on prendre à la femme en travail une position perpendiculaire, les contractions de la matiice dirigeront la tête, à la vérité, vers Texcavation du sacrum; mais lorifice de Tutérus remontera de plus en plus vers Tangle sacro- vertébral, pendant que la paroi antérieure sera de plus en plus abaissée, et il est impossible que la femme accouche tant que Tutérus gardera cette mauvaise position. Place-t-on, an contraire, la femme horizontalement, lui soulève-t-on le bassin aGn de ramener Torifice en avant, Tutérus abandonnera bien l'axe du détroit supérieur avec d'autant plus de facilité que ce détroit est ordinairement plus large d'avant en arrière ; mais tons les eflbrts de la matrice iront se briser contre les os pubis.
» Dans les bassins trop pen inclinés en avant, et dont l'axe du détroit topérieur coïncide presque avec celui de l'excavation du bassin et avec ta ligne médiane du corps, comme cela a lieu chez les quadru|)èdes, l'accouchement doit être également plus laborieux, parce que, les deux points les plus rapprochés du bassin étant placés dans on plan horizontal, la partie la plus large de la léte, aiusi que les épaules, s'engagent à la fois et en même temps dans le détroit supérieur, taudis que dans ceux des bassius dont le détroit est incliné, ces parties ne descendront que l'une aprl*s l'autre ; qu'une bosse pariétale et une épaule ont déjà dépassé la base du sacrum, que l'autre bosse pariétale et fautre épaule sont encore au-dessus dn pubi:»; c'est un a\anlage marqué, et qui facilite beaucoup le passage de l'enfant ^ travers le bassin. »
Je me suis arrêté un moment sur cette opinion, parce que le mémoire de Lobstein fut l'objet d'un rapport fait à la Société de la Faculté de médecine de Paris, par Â.. Dubois et Désormeaux, et que ce dernier déclara « que l'élude des bassins mal conformés l'avait déjà conduit à un résultat à peu près semblable (1). » Ou voit cependant, par ieb recherches de Nsgele, que la doctrine de Lobstein est au moins fort aventurée; il est assez remarquable d'ailleurs que l'unique observation de Lobstein avait trait à uu bassin dont le détroit supérieur formait avec l'horizon ua angle de 55*, inclinaison moindre par conséquent que celle que ^sgele donne comme la plus naturelle.
Mais quand la symphyse du pubis est très relevée, lu \ulve conséquem-
(1) Voyei Sulletins d<f la Faculté de mitecine, 1818, l. V, p. 517.
iucut lournéc en avant, j*ai déjà fait remarquer que celte dispositkm doit exposer plus que toute auti*e à la déchirure du périnée, et spécialemeat à sa déchirure centrale. Les contractions utérines poussent en effet directement sur le périnée, qui se distend d*unc manière extraordinaire; dans un cas de déchirure centrale observé à la clinique de Dupaytrai et dont j*ai donné l'histoire, la vulve était en effet tournée eu avant (1). Quant aux dimensions des détroits et de l'excavation, voici, d'après Meckel, un tableau qui en montre les différences chez les deux
DIIIRNSI0N8 DO BASSItf.
BOVIIBS.
pnmt.
Entre les épines iliaques antéro-supérieures. .
Entre le milieu des deux crêtes iliaques
Détroit supérkwr : diamèire transverse
— diamètre oblique
— antéro- postérieur
Excavation : diamètre transverse
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