‹ Traite d'anatomie chirugicale et de cirurgie experimentale v.2Chapitre 27 sur 65 · DU TISSU CELLULAIRE · texte numérisé non relu

DU TISSU CELLULAIRE

Dans le thorax, c'est sur la ligne médiane qu'il est accumulé ; rinlervallc des {leuï médiaslins eu est abondamment pourvu; les en virons du péricarde en sont surchargés, surtout autour des gros vaisseaux qu'il accompagne pendant un court trajet ; le reste de la poitrine occupé par les poumons en contient beaucoup moins. Le tissu pectoral cammuniipiâ avec l'abdominal : \^ par les diverses ouvertures du diaphragmct pif celles de l'aorte et de Tœsopbage spécialement , à peine par celle de ïi veine cave; 2° par rinlervalle des libres diaphragmatiques, uotamment par Tespace triangulaire qu'elles laissent entre elles près de Tâppendice xiphùïde ; aussi est-ce par là que les dépôts du médiasLin antérieur fuseiâ presque toujours eu bas. Ûcsauit citai l une collection purulente, furoiée primitivement dans le cou, qui était venue par le médiaslin antérieuT faire saillie au-dessus du ventre.

Les communications cellulaires de T intérieur à l'extérieur de la poî- Irino sont très- limitées, n^ayant lieu que par les Intervalles des musdeï intercostaux. Le Ussu cellu taire estlérieur est très^abondant à la région mammaire, surtout cbe£ ta femme ; il Test beaui:oup aussi sous les muscles pectoraux; mais là il appai'tient^ à proprement parler, à c^luï de Taissel le, ainsi que le tissu làctieet lamellÊux qui sépare le grand dentelé du sous-scapulaireetqui favorise les mouvements de rornoplate.

Dans l'abdomen, le tissu cellulaire est peu abondant en haut entre le péritoine et les muscles : en bas il le devient davantage, et quand il

pus ou Furine. G^est surtout par les alentours du rectum et notamment à sa partie postérieure que le tissu ceUulaire interne du bassin communique avec Texterne ; et en suivant le trajet de Turètre à sa partie antérieure quUl communique avec celui du scrotum chez l'homme et des grandes lèvres chez la femme. Aussi les fistules à Tanussiégent-elles plus souvent sur le demi-contour postérieur de cette cavité qu^en avant ; tandis que dans les infiltrations d'urine qui ont lieu en avant^ comme après la taille bypogastrique^ le liquide se porte dans la verge et les bourses, et rarement au périnée, malgré les lois de la pesanteur.

Le tissu cellulaire externe de Tabdomen^ du bassin, du dos, est principalement sous-cutané ; ses communications eu haut et en bas sont faciles à voir ; il communique avec celui de Tintérieur par les mêmes voies que celui des membres dont il nous reste à parler.

Aux membres, le tissu cellulaire se trouve divisé par de fortes aponévroses en deux portions distinctes : Tune sous-cutanée, Fautre profonde, qui ne communiquent entre elles que là môme où toutes deux communiquent avec le tissu cellulaire du tronc. Il y a bien aussi au tronc, principalement au dos, à la poitrine, à Fabdomen, quelque chose d'analogue ; mais la séparation est moins marquée et les communications plus nombreuses. Du reste, soit dans sa couche sous-cutanée, soit dans sa couche profonde, le tissu ceUulaire diminue en quantité de la partie supérieure des membres à Tinrérieure. Le creux de Faisselle en est presque entièrement rempli ; là se trouvent des communications larges et patentes avec le tissu cellulaire des parois de la poitrine sous les pectoraux, et, en suivant le tnyet des vaisseaux, avec le tissu cellulaire du cou et de la cavité thoracique. Cest par là que Portai expliquait la sympathie qui se révèle dans certaines maladies entre les poumons et les membres supérieurs ; et l'efficacité des révulsifs appliqués sous les bras, sous les aisselles, sur les parties latérales de la poitrine. Piccamilh, médecin de File de»Rhé, ayant vu à la Martinique plusieurs nègres guéris de fluxions de poitrine par des frictions aux extrémités supérieures avec un drap ou une brosse bien rude, jusqu'à ce qu'elles fussent bien enflées, avait mis lui-même cette pratique en usage avec succès (1). 11 faut reconnaître en effet que la pratique vulgaire, qui consiste à appliquer les révulsifs, sangsues, ventouses, vésicatoires, etc., sur le lieu de la douleur lorsqu'elle est très-profonde, semble en opposition avec les données anaiomiques, et qu*un topique mis

(1) Portai, Observations sur quelques voies de communication du poumon avec les bras et avec les parties extérieures de la poitrine, dans ses Mém. sur la nature et le traitement de plusieurs maladies, t. II, p. 70.

DU TISSL' CELLlXArRE.

sur la poitrmej par ciemple, pour une aireution du paumcD, est bien plu^ tilQigné anatomiquËment de i 'organe uialade que si on le meLtail aa cou et à raisselle. Le point par lequel nous commuuiquoiis la plus près avec le poumot) cstrt^cbaucrure sus^sternale, puis les régions sous-elaviculairÊS, puis la race latérale de la poitrine et le cMé interne du bras.

Des rapports semblables unissent le tissu cellulaire des membres mté^ s rieurs à celui de la cavité abdominale ; les cammuntcalions sont lïMtiifestes par le canal inguinal^ Tanneau crural, les trous sciaLiquçs. Si l'on injecte un fluide quelconque dans le tissu cellulaire abdominal d'uo cadavie, ce fluide va spontanëmetit iuQltrer les membre» inrérieurs, tandii qu'il ne parvient aut supérieurs qu'à l'aide d>me impulsion très-long-' temps continuée* Presque toute s les hydropisies ascttes sont accompagnées de rinQltration des membres inférii^ur^.» les supérieurs restant intacts* Ainsi donc encore, les régions anatomiquement les plus voisioes de restomac, des intestins, et en gcuéitl des viscères du bas-ventrr, après la région anale, sont colles des aines et du pli de la fesse qui répond aux troua sciatiquea ; et en poursuivant les idées de Portai, c'est là qu% faudrait appliquer les sangsues et les exutoires pour les aiïections Internes ' de Tabdomcn.

' Le reste du tissu cellulaire dt:s membres olTre peu de circonstances à noter. Les bras et la cuisse onl entre leurs muscles de grands interralles cellulaires; il est accumulé près des articulations du coude et du genou^

ffitneticc. En réalité^ il est loin de se présenter partout sous la même forme.

Le tissu cellulaire des parenchymes, par exemple^ ne parait nullement organisé ; séparez les fibrilles d*un muscle, vous les trouverez unies par une sorte de colle visqueuse qui obéit à vos tiraillements et aux coups du scalpel, et qui mérite réellement le nom de tissu ou plutôt de matière muqueuse.

Dans d'autres régions^ Torganisation paraît plus avancée; au scrotum, par exemple, il y a de véritables cellules humectées par un liquide séreux, et rendues sensibles par l'œdème. On alléguera en vain que Tœdèmeseul ici a créé ces cellules; car videz-les par l'incision, tout affaissées qu'elles seront, la cellulosité ne sera point détruite, et cependant le tissu ressemblera à celui d*un scrotum sain. Ce tissu cellulaire séreux forme une variété à part, en ce que dans Tétat normal il ne se charge jamais de graisse; on le rencontre au scrotum, autour des articulations^ des gros troncs vasculaires, et partout enfin où il se passe des mouvements très-étendus. 11 semble que ce soient de ces cellules dilatées qui donnent naissance aux kystes séreux ; du moins il ne se produit pas accidentellement de nouveaux mouvements très-considérables dans une région que ce tissu ne s*y organise en bourses muqueuses ou synoviales ; et dans Tétai normal^ on pourrait lui rapporter comme dépendances les bourses muqueuses qu'on rencontre sous les tendons de certains muscles et même sous la peau, là où elle glisse sur des saUlies osseuses^ comme à l'olécrâne et à la rotule ; mais on a préféré les rattacher au système séreux.

Il y a un degré d'organisation de plus dans le tissu sous-cutané et en général dans le tissu adipeux. Là se représente encore cette question de savoir si les cellules adipeuses préexistent à la graisse, ou si c'est la graisse qui les forme en se déposant dans le tissu cellulaire. Mais quand la graisse disparait, les cellules restent pourtant, et Ton peut s*en assurer surtout chez les sujets qui n*ont perdu qu'à demi leur embonpoint, et où elles paraissent trop grandes pour le peu de graisse qu'elles contiennent encore. J'ai dit qu'il y a dans le tissu adipeux un degré d'organisation de plus que dans l'autre ; en effets quand une cause d'irritation lente appelle les fluides dans une partie spécialement affectée au tissu cellulaire séreux et y détermine une nutrition plus active^ j*ai remarqué que ce tissu se charge de graisse; c'est ainsi que la graisse se dépose dans le scrotum^ dans les affections chroniques de cette région, jusqu'à produire ces masses énormes décrites sous le nom de sareocèle ou d'oschéochalasie ; et j'ai vu un chirurgien distingué opérant un anévrisme au milieu de la cuisse, sur un sujet d'ailleurs peu riche en embonpoint, s'égarer dans un amas de L 7

OU TISSU CELLUiAmE.

tissu adi[>eui développé autour de la tumeur et Jusque daus la gaine cel^ luleusc de rBrtère, Enfin, il y a une différence capitale entre le tiâfo câHuiaire occupé par la c:raîsse et celui qui ii*en con lient pas. Le premier se compose de cellules qui conimuQiqucnt toutes les unes avec les aulïts^ vn sorte que dans Tana^arque des membres abdominaui^ il sufEl de quelques scai ifîcalions prèï; des malléoles pour ouvrir une issiie mu H* quide. Le tissu adipeux au contraire est constitué par des cellules closes. sans communication les unes avec les autres | et si l'on soumet qttel<|iïÊf» unes de eus vésicules k une chaleur suffisante, ou voit la graisse » fondre â 1^ intérieur sans s'écouler au dehors* Ne pourrai l-on pas rapporter à rbypertropbie d'une ou de plusieurs de ces cellules le développement des lipomes ou tumeurs graisseuses^ qui tanlAt en elTet forment une masse unique, et tantôt une masse composée de plusieurs lobes, séparés par des intersections celluleuaes ou âbreuses?

Enfui j avec un degré de plus désorganisations le tissu cellulaire deTieot fibreux ; tantôt seulement celluto-flbreui comme dans les fascias cl \tf enveloppes de certains organes, tantôt apo névrotique comiut^ dans le< cloisons musculeuses, etc.

Bans ces divers états il ne jouit pas des mêmes propriétés. Le iïmi mu queux s'étend et revient sur lui-même presque comme un liquide ; le tissu séreux jouît d'une extensibilité énorme ; ainsi le bras ne paol g*élever sans que le tissu de Taisselle acquière une étendue double, tnpk

la faite de tractions énergiques pour réduire une ancienne luxation de rhamënis chez une femme très-obèse, le bracelet, appliqué au-dessus du coude, glissa jusque près du poignet, entraînant avec lui la peau du bras repliée comme un bas qu'on déroule. 11 n*y avait pas de plaie extérieure ; toutefois les portions de téguments ainsi repliées furent frappées de gangrène. Lorsqu'il y a une plaie extérieure, il semble que Tair soit attiré au dedans par le brusque refoulement de la peau qui agirait à la manière d*un piston ; et il se forme sous les téguments un emphysème d'autant plus grave que Pair se trouve en contact avec cette graisse huileuse et ce sang défibriné. Peut-être aussi les gaz se forment-ils dans les tims broyés sous Tinfluence du choc et de la stupeur. Chez un sujet mort le quatrième jour d'une plaie de la cuisse, avec gangrène et emphysème du membre, j'ai fait analyser les gaz ; c'était de Thydrogène protocarboné avec un cinquième au plus d'air atmosphérique (i).

L^exteDslbilité se perd également quand, à la suite d'une inflammation aiguë on chronique, ou de quelque autre travail pathologique, le tissu cellulaire s'épaissit, s'indure, se transforme en tissu fibreux. Dans ces flexions forcées des doigts, déjà citées à propos des téguments, fréquemment le doigt est retenu par des brides fibreuses sous-cutanées que Dupuytren attribuait à l'aponévrose palmaire, et que Gerdy a justement rapportées, dans un bon nombre de cas, à l'induration du tissu cellu< laire (%). La difficulté de réduire les luxations un peu anciennes tient à rinduralion du tissu cellulaire formant comme de nouveaux ligaments antoor des o» luxés ; et il en est de même pour les fractures non réduites et qui ne sont pas consolidées.

Le tissu celluUire séreux, si extensible qu'il soit, se laisse cepi^ndant rompre sans trop de^résistance ; la chirurgie a profité de cette circonstance pour isoler avec le doigt, ou énucléer les tumeurs non adhérentes. Si le tisen oellnlaire ambiant est chargé de graisse, cet isolement est déjà beaucoup plus difficile ; s'il est induré ou passé à Tétat fibreux, il faut, poor le détruire, recourir à l'instrument tranchant.

L^état séreux ou adipeux du tissu cellulaire n'est pas non plus sans influence sur la marche de ses maladies. A Tétat séreux, l'inflammation s'y propage plus aisément, les fusées de pus éprouvent muins d'obstacles à se répandre au loin ; les décollements sont plus communs et par suite lei ulcères fistulcux plus rebelles, par exemple au scrotum et à l'aisselle. A l'état adipeux, l'inflammation et la suppuration sont plus circonscrites,

(I) Maigidgne, Traité d« Iuxaiioiu, p. 528. — Traité éf$ fractum, p. tSf . (H Gerdy, Chirurgie pratique, t. II. p. 67 .

DU TISSU CELLULAmE,

elle furoncle est un eiemple de cette Umltâtîoii au dernier d^gré^ p4f^ que les parois de la cdltile adipeuse SQiit plus fortes et ptuâ résistantes.

Le développement eice^^it de k graisse est une cbose peu favoralita pour les grandes opétuUons^ aiosi qu'il a été ûéjk dît* 11 semble, à pari les causes d'infiuccès purement locales, que cet embonpoint ue s'acquière qu'au £ dépens des forces vitales; Bichât a note que tes indiTÎdns trè$gras^ hommes ou femmeâ^ sont peu propres à la géoêratioTK EoOn^ quand une opération a mis à nu une surface graisseuse, il kut que l'absar|i* tion Tamaigrisise d'abord, pour que le travail de ciciitrisatlou s of^L-re. Vanhoom, cité par Béclardj a vu après les amputations ce tissu ad ipetii disparaître d'abord h la surface de la pkie, pour être rempiacé par un nouveau tissu plus dense et plus résistant.

11 reste une question k éclalrcii'. Le tissu cellutaire estait sensible I On l'a nié, sous le préteile qu'il n'a point de nerfs en propre^ cDTnme s'il n'était pas traversé par les nerfs qui vont aux organes* Les chirurgiens répèteol volontiers que dans lei opératlotis la section de Id peau est le temps le plus douloureux; ce qui est assurément inexact dans nombre d'opérations. L'un des partisans les plus ardents des sections souscutanées a prétendu que la ponction de la peau seule était douloureuser et qu*au delà le malade ne sentait rien. Lorsqu'il s'agit de diviser large- £nt le tissu cellulaire sons-culanë. comme gtiand on divise U

titë bien plus considérable sous la peau que partout ailleurs. Les viscères celluleux de l'abdoDien, Tépiploon en particulier, n*en contiennent point à cet âge ; il n'y en a que quelques flocons, encore souvent à peine sensibles, autour du rein ; la poitrine n'en contient guère plus ; le tissu cellulaire en est presque partout privé. Bichat a vérifié ces faits sur un grand nombre de sujets. Presque toujours aussi chez les enfants, il y a entre le buccinateur, le masséter et les téguments une espèce de boule graisseuse qui fait un corps isolé de la graisse environnante, et qu*on peut extraire en bloc ; elle contribue beaucoup à la saillie remarquable que font les joues à cette époque de la vie.

Vers rflge de 30 ans, le tissu adipeux commence à se développa, principalement dans Tabdomen, et en dehors de cette cavité, vers Thypogastre et les régions inguinales.

Le tissu cellulaire pur a une énergie vitale très-marquée dans l'enfance et la jeunesse ; il se reproduit avec une admirable facilité, soit à la surface des plaies, sous forme de bourgeons charnus, soit dans la profondeur des parties, comme après les phlegmons diffus. 11 perd de sa puissance de reproduction chez le vieillard; en même temps il offre moins d'élasticité, comme au reste tous les autres tissus ; la graisse diminue et devient jaune ; de là en partie cette laxité générale, cette flaccidité qui caractérisent la vieillesse.

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