CHAPITRE VII
DU STSTÈMB OSSEUX.
§ I*r. — DtopoftiUoB générale.
Les os diffèrent singulièrement, et par leur forme et par leurs connexions, selon qu'on les considère au tronc et aux membres. Au tronc appartiennent les os plats, formés d'une mince couche de diploé entre deux lames de substance compacte, et une classe spéciale d'os courts, demi-spongieux, demi-compactes, spécialement réunis pour former la tige vertébrale. Destinés presque exclusivement à former des cavités de protection, les os du tronc sont solidement réunis, tantôt par des sutures immobiles, comme au crâne, ou par des symphyses qui ne le sont guère moins, comme au bassin ; et enfin, là où il fallait un peu de mobilité, les articulations ne sont pas encore toutes diarthrodiales, et elles sont mêlées d'amphiarthroses plus ou moins serrées. Les articulations sternoclaviculaires et temporo-maxillaires, auxquelles on peut joindre encore celles de l'atlas avec l'axis, font seules exception à cette règle ; elles sont presque les seules aussi qui présentent des luxations simples. Les luxations des autres vertèbres sont dans la plupart des cas compliqués de fractures articulaires.
De cette solidité dans leurs jonctions, il résulte que les os du tronc ont à peine à craindre quelques déplacements dans leurs fractures. Sans doute, un projectile qui enfonce la voûte du crâne déplace quelques fragments ; mais à part cette cause toute extérieure, il n'en existe pas
d^aiiUes ; ïes muscles ne peuvent rien sur les fractures du crâne, sur ïg plupart <le celles des vertèbres et du bassin ^ ni même, malgré l'opÎQîou générale, sur celles des côtes; la mâchoire inférieure seule et Thyoîde font exception. Aussi tout ce que Fou trcvuve de généralités sur les frac^ tures daus nus Traites de chirurgie ne s'applique qu'aux ôs des membres; les os du troue, à leur tour, présentent de tout autres dangers et de nouvelles indications thérapeutiques, à raison du voisinage des tiS' cères qui sont souvent simultanément lésés.
Les os des membres se présentent sous deux formes généra) ei, us longs, 08 courts; Tomoplale seulCj qui se rattache eu partie au trotK, rappelle ici la forme plate. Les os longs sont eitrêniement durs^ tous for^ mes de tissu compacte au centre, le tissu spongieux rejeté à leurs extrémités; aussi la nécrose, affection presque exclusive au tissu compact^f aJTecte le milieu des os longs bien plus fréquemment que leurs exlréinttés. CeUes*ci sont plus suj elles à la gangrène humide, à Tinllammatloo, à rulcératiûu et aux tubercules, de mSme que les os courts^ qui sont auf^si presque tous spougieux. N'oublions pas que la clavicule, qui se rapproche des os longs pour la forme, est un os court par sa structure celiuleuse et sou défaut de canal central*
A partir de la racine des membres, rappareil osseux est disposé en forme d'éventail, ou si Ton vent de pyramide, de telle sorte que la première brisure n^a qu*un us unique, la seconde en a deux ; la premièra
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gnet qu'au coude, et au coude qu'à l'épaule. Le rapport n'est point le même pour le membre in rérieur, soumis à une autre cause non moins puissante de ces altérations, la fatigue qui résulte du poids du corps.
Le corps ou la diaphyse des os longs ne présente aucune émioence ; seulement on y Toit des lignes saillantes destinées à des implantations musculaires ou aponéyrotiques, et qui, en général, sont au nombre de trois pour chaque os, et le divisent en trois faces à Teitérieur. Ces trois faces ne sont pas parallèles à Taxe de Tos ; la plupart des os longs sont comme tordus sur eux-mêmes, en sorte que la direction de la partie sur périeure n'est pas la même que celle de l'inférieure. Pour ajuster ensemble ces taces dans les fractures compliquées, les chirurgiens n'ont eu d'autre indication jusqu'à présent que celle de la direction générale du membre ; aussi les exemples de cal difforme par altération de la direction de Tos ne sont pas rares. Les saillies articulaires des os ofifraient des données bien plus importantes, si on avait soigneusement étudié leurs rapports réciproques. C*est une étude que nous ferons dans chaque r^on avec tout le soin qu'elle mérite.
Le squelette de Thomme diffère assez notablement de celui de la femme pour permettre de les distinguer dans la plupart des cas. Le squelette de la femme est dans son ensemble plus petit et plus grêle. A grandeur égale, un os de femme adulte présente des aspérités moindres, des sillons plus légers, des extrémités articulaires moins grosses, une forme plus arrondie et un plus grand poli qu'un os d'homme. La diaphyse des os longs, à largeur égale de surfaces articulaires, a une gracilité plus marquée.
Chez la feoune, le circuit de la tête est moins étendu, les sinus frontaux plus étroits, les os de la face beaucoup plus fins, l'ouverture des narines moins large. La cavité buccale, plus courbe et plus étroite, est cernée par des bords alvéolaires plus elliptiques ; et les dents, plus petites, sont aussi beaucoup plus égales entre elles, en sorte que, sous le double rapport de la forme et de la grandeur, les incisives se rapprochent plus des canines et des molaires que chez l'homme.
Les corps des vertèbres ont plus de hauteur, de même que les fibrocartilages qui les séparent, ce qui explique en partie pourquoi le tronc de la femme est, proportionnellement aux membres inférieurs, plus long que celui de l'homme. Ce surcroît de longueur est destiné presque exclusivement à augmenter la capacité de l'abdomen; en effet, le thorax a moins de hauteur que chez l'homme. Il est aussi plus large à sa partie supérieure, jusqu'à la 4* côte ; en revanche il s'évase moins inférieure-
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ment; et comme le baasin de la femme a plus d*amplâur, il en i
que la circonférence iurérieure du thorax ne déborde point Je pta sympby&e pubieuDCi tandis que chez i^homme elle le dépasse | moins. Les côtes, plus grêles^ ont des l>ords plus trunchantâj les eaj de^ vraies c6tes sont plus bngs que chez rbomme* proportionne! à la portion osieuse ; les fausses côtes décroissent plus rapîdemï la dernière* Le sternum est plus court et ne descend pas au » TiiTeau de la 4- côte, tandis que chess Thomme il va Jusqu'à la comme si c'était un dessein arrêté, dont le but nous est inco rétrécii' autant que possible les cavités tboraciques^ les apoph^fsc verses des vertèbres dorsales sont moins inclinées en arrière, côH! ment les côtes moins arquées et les gouttières thoraciques mo fondes.
L'intervalle qui existe entre la poitrine et le bassin^ déjà acci rapetissement de la première, Test encore par l'inclinaison plui du second en avant et en bu. Tous les diamètres du bassin i d'étendue, le vertical eiceplé ; k symphyse pubiénnCj plus larg^ épaisse, a moins de hauteur ; Tarcade pubienne^ bien moins alg rapprochant de la forme d'un arc, a de 80 à 100" d'ouverture. L de cette arcade sont repliés en avant; les tubérosités sciatiques e volumineuses et plus planes ; les os iliaques plus larges^ plus plus cambrés à leur partie postérieure i le sacrum plus large druii, son sommet conséqoemmcnt a' avançant mains dans le bj les pièces du coccyx sont aussi plus grêles. Ces modiâcalioni iuf les cavités es lé Heure s du bassin aussi bien que sur leurs rappc cbancrure iacbiatique et le trou obturateur sont plus grands ; a est triangulaire, avec moins de hauteur et plus de largeur ; aussi cotyloïdeest'Clleplus écartée delasjfmphyse pubienne que cheï V tandis que Tintervalle est moindre entre elle et la tubérosité scifl
Les os des membres i^nférieurs forment un angle plus prononci résulte de deui choses 3 d'abord la largeur plus grande du h écarte davantage par le haut, et cet écartement est encore augn la direction du col du fémur, qui se porte pi us directement en i fait avec le corps un angle presque droit, el par la longueur mé col, que Sue a trouvée de quelques lignes plus grande chez la feu cbei l'homme (1). Le corps du fémur est plus recourbé en avan^^
(1) Cha«aAlgnac, De la fractun du col du fémur; Ibèse loaug., Piîii, ^ Sue» Sur leî prQpùftiQnt du tquehUt il« r/iotnm«.
flition dont le but nous échappe ; mais riDclioaison plus forte de Textrémité inférieure du fémur en dedans explique naturellement pourquoi le condyle interne est plus volumineux^ plus arrondi et plus long que le condyle externe.
Pour le membre supérieur, les clavicules sont moins recourbées et dirigées plus horizontalement en dehors; rhumérus est plus recourbé; tous les 08 en général plus petits (1).
§ 2. — Stmctnre et propriété*.
En général, le tissu spongieux des os se présente comme un assemblage de cellules qui communiquent toutes les unes avec les autres, ainsi que Bichat l'a démontré ; le tissu compacte, privé de ces cellules, semble constitué par des fibres juxtaposées, dirigées longitudinalement dans les os longs, rayonnées dans les os plats, entre-croisées en tous sens dans les 08 courts ; et ces fibres dans les diaphyses forment des plaques concentriques, comme il résulte de la séparation en plaques des os calcinés, mais surtoutde cette belle expérience de Fougeroux qui, ayant enlevé les sels calcaires d'un os long par un acide, et ayant soumis le tissu restant à Faction de Teau bouillante, le vit se diviser spontanément en feuillets (2). On avait signalé aussi en preuve de cette structure laminée, les lames qui se séparent quelquefois d'un os vivant par exfoliation ; mais Bichat a fort bien fait remarquer que ces lames sont le produit de Texfoliation elle-même.
D'ailleurs ces premières vues sur la disposition apparente du tissu osseux ont été fortement modifiées par des recherches plus approfondies. Déjà Scarpa n'y voyait partout qu'aréoles, tant dans la substance compacte que dans la substance spongieuse (3) ; Gerdy les regarde comme presque entièrement formées de canalicules. Selon lui, les os sont composés i^ de tissu compacte ; 2^ de tissu canaliculaire ; 3® de tissucanaliculaire entrecoupé ; 40 de tissu réticulaire. Le tissu compacte est un composé de tubes osseux très-fins et trè^-serrés, parallèles à Taxe des os longs, quelquefois convergents dans les os plats vers les points primitifs d'ossification. Le tissu canaliculaire , mal à propos désigné sous le nom de tissu spongieux dans les os longs, est un ensemble de canalicules longitudinaux criblés de trous dans leurs parois communes, en sorte qu'ils communiquent les uns
(1) Orûla, Médecine légale, t. 1er, p. m.
(2) Fougeroux, Mémoire turles ot, p. 56.
(3) Scarpa, Depenitiori oifittin structura Commentarius.
teo
avec les autres. Le tissu canalictdaire entrecoupé est formé de eaoaUeu les entrecoupés pai^ des lames et des dlets osseuif q ai leur donnent tiiuî apparence tellement ce)lul&us« qu'on pourrait encore rappeler tissu aréotaire ou celluteui^ ce ttssu occupe les ëpîpbyses àe% q% longs, les os courts et l'mtervatla des lames et des os plats. Li^ tissu réiitmlaire est on réseau formé de filels osseux solides qui occupe ta cavité mëduliaîra des os longs; on en trouve aussi dans les os courts qui ont uue caTité médullaire, lesquels, selon Cerdy, feraient k pluâ g-raud nombre (i). Enfîa les micrographes composent k tissiu osseux f* d'ostéoplases, matière hontogèuéf amorphe, creuséo de petites cavités de la pénphérte ticsquelles par*' tent des canal icules ramifiés: c'est l'élément osseux proprement dit, ou la substance fondamentale ; t° de vaisseaui parcourant des conduits Itmîtéi par la substance précédente, et qui ne sont autre chose que des ramifi* cations du conduit ou des conduits nourriciers. Du reste, ces recherches de haute anatomie ont trop pou de relation avec la chirurgie pour fiou9 arrêter plus longtemps; disons seulement que Tos se fend aussi bien en travers de ses ûbres que suivant leur direction^ comme on le voit dans lef fractures du crâne ; et que riaflammatlon du tissu compacte y développe réellement des cellules et le ramène h h condition du tissu spongieux.
Au point de vue chimique» le tissu osseui est composé de deui éléments diû'érents daos leur nature. On sait que Hérissant, faisant tremper de» morceaux d'os dans de Tacide nitrique étendu de quatre parties d^eau^ las Ml bout d'une heure et demie à dem heures sous fo
pensent aussi, un cartilage; car il n*en a ni la blancheur^ ni la consistance, ni la composition; c'est un tissu fibreux particulier, auquel A. Bonn, qui Pavait étudié dans le cal, donne le nom de corium^ flexible comme les ligaments, et ne différant des tissus fibreux ordinaires que parce que l'ébuUilion le transforme plus aisément en gélatine^ et qu'il est plus promptement ramolli par la macération. On lui a donné récemment le nom d'asséîne ou ostéïne,
La chirurgie a essayé de tirer parti de cette composition bien connue. Déjà Allouel, pour Taire tomber plus promptement un bout d'os nécrosé après l'amputation, l'avait attaqué et presque détruit avec le nitrate acide de mercure (1). Delpecb a imité ce procédé en 1814 sur un jeune soldat amputé du bras, chez lequel Tos faisait saillie d'un pouce et demi. 11 fit recouvrir l'os à Textérieur d'un plumasseau de charpie trempé dans l'acide sulfurique affaibli ; un bourdonnet humecté du même liquide fut ensuite introduit dans le canal médullaire, dont on avait ôté préalablement la substance réticulée. Au bout de vingt-quatre heures^ dit M. Poujet qui rapporte ce fait, la portion de l'humérus dénudée était ramollie au point (Qu'elle put être facilement détachée. Dix jours après, l'extrémité de l'os était recouverte de bourgeons charnus, et laguérison ne se fit pas attendre.
J'avoue que ce fait laisse quelque doute dans mon esprit. D'une part, ce n'est pas en vingt-quatre heures qu'on ramollit si aisément une diaphyse osseuse; j'ai tenu un fragment du fémur plongé dans de l'acide hydrochlorique non étendu pendant plus de huit jours avant d'obtenir la solution des sels calcaires. En outre, on sait que sur un os vivant le contact des acides détermine la nécrose, et que la séparation est l'ouvrage d la nature seule, et demande bien plus longtemps encore pour s'opérer. Mais cette objection ne s'applique plus à l'emploi des acides pour ramollir un séquestre isolé, afin d'en faciliter la sortie. La première idée en appartient à Troja ; voulant extraire le tibia nécrosé d'un pigeon, mais l'ouverture de l'os nouveau étant trop étroite pour permettre cette extraction, il porta dans le canal médullaire de l'os ancien un peu de charpie imbibée d'acide nitrique étendu dans quatre parties d'eau ; et pendant quelques jours répéta plusieurs' fois cette introduction. 11 parvint ainsi à retirer le séquestre, non sans quelques efforts; et dans une autre expérience, le séquestre se cassa en deux, ce qui prouve qu'il n'était pas complètement ramolli (2). Je ne sache jusqu'ici que Delpech qui ait répété cet essai sur l'homme. Dans un cas de nécrose^du tibia, après avoir
(1) Mém. de VAcad. de chirugie, t. II, p. 280.
(2) Troja, De novorum ossium regeneratione, p. 78 et 8J.