DES MEMBRES INFÉRIEURS
Les membres infdrieiirs, «le^tinés à la sustentation du tronc et à la progression, ne peuvent remplir ce double office sans réunir certaines conditions indispensables. Il faut premièrement qu'ils soient tons deux d'une égale longueur ; deuxièmement, qu'ils s'insèrent au bassin à un égal niveau; troisièmement qu'ils se fléchissent dans leurs diverses articulations pour la marche, et se roidissent au contraire en un levier solide pour la station ; quatrièmen)ent, que leur direction soit telle que la plante du pied pose pleinement à terre, et ne soit pas trop éloignée du centre de gravité du corps ; cinquièmement enfin, qu'ils aient la force nécessaire pour ne point fléchir sous le poids qu'ils ont à supporter.
Que l'une ou l'autre de ces conditions manque, et la station ne saurait être que peu solide, la marche que vacillante et inégale. On voit par là combien de causes générales, embrassant une foule de causes particulières, peuvent déterminer la claudication ; en voici l'énumération :
1° L'alongement réel de l'un des membres inférieurs, soit par une luxation, soit par quelque affection articulaire:
2" Le raccourcissement réel, produit, tantôt par une atrophie congéniale ou accidentelle, générale ou partielle ; tantôt par une luxation ou une affection organique, soit que le tissu osseux s'affaisse, comme dans le rachitis chez les enfans, comme dans le ramollissement rouge des vieillards , soit par fracture et chevauchement des fragmens, ou par résection et perte de substance;
3° L'alongement apparent, du à rahai-sement du bassin du côté correspondant, ainsi que cela paraît avoir lieu dans la première période de la coxalgie ;
4° Le raccourcissement apparent, produit au contraire par l'é le'vation du bassin ; nous pouvons sinnilrr ces deux phénomènes da^is l'état normal, en appuyant par exemple le corps tout entier ^ur une >ciûe. jambe; tantôt l'antre s'infléchit dans ses diverses articulations, comme si elle était trop longue ; tantôt, au contraire, nous pouvons la lever verticalement, comme si elle étai'
520 ANATOMIE CHIilURGlCALE,
trop courte pour atteindre le sol. Certaines déviations du racliis produisent un résultat analogue, abaissant le bassin d'un côté, l'élevant de l'autre ; et il est bien rare que cette cause d'alongcinent ou de raccourcissement ne s'ajoute pas à celles qui déterminent une diflérence plus réelle dans la longueur des deux membres ;
T)" La roideur des articulations, le membre étant étendu; alors, en effet, le membre ankylosé, ne pouvant quitter le sol que tout d'une pièce, est obligé de s'élever en masse, tandis qu'il suffit à l'autre de se flécliir ; il y a donc un soulèvement inégal des deux côtés du bassin, et les sujets marchent &n fauchant, selon l'expression reçue, comme les individus qui portent une jambe de bois ;
6° Des articulations insolites, comme après une fracture non consolidée ;
7" L'inflexion du membre en divers sens ; les luxations accidentelles ou cougéniales , les fractures dont les fragmens sont réunies à angles, le pied-bot, le rachitis, déterminent cette cause de claudication ;
8' Enfin, la faiblesse des muscles et des nerfs, tantôt due à une affection locale, comme celle que Fricke appelle spécialement coxalgie; ou à une paralysie des troncs nerveux, à une inflammation ou à une contracture musculaire, etc. Il faut ranger ici la faiblesse qui succède généralement aux fractures du membre inférieur, et qui tient quelque temps les malades en hésitation avant qu'ils osent s'appuyer sur le membre guéri : elle est due uniquement au défaut d'exercice, et trouve son remède dans l'exercice même.
Nous aurons dans chacun des chapitres suivans l'occasion de revenir sur plusieurs de ces causes : je n'ajouterai, pour le moment, qu'une seule observation ; c'est que, quelle que soit l'affection qui détermine la claudication, et quelle que soit la longueur du membre, les malades, dans la marche, rejettent toujours le poids du corps sur la jambe saine, ce qui tend à faire relever le jjassin du côté aftécté; et s'ils portent une canne, c'est toujours à la main du côté sain. Cette remarque n'est pas inutile, même pour les praticiens. Lorsqu'on veut faire marcher un malade encore iujpotent, presque toujours on s'empresse de lui offrir un appui du côté aftecté ; la physiologie raisonnée et l'observation indiquent précisément le contraire.
Le mode de division que nous avons suivi pour les membres supérieurs s'applique naturellement aux inférieurs. Nous étudierons donc successivement 1" la hanche ; 2° la cuisse ; 3° le genou; 4" la jambe ; 5' le comlc-picd ; 0" le pied.